8 Novembre 1999   Archives

Thomas Sowell
 
THOMAS SOWELL ET "L'EGALITE DES CHANCES"
 
  La sortie d'un nouveau livre de Thomas Sowell est toujours un événement. Pour accompagner la parution de son dernier ouvrage "The Quest for Cosmic Justice", Thomas Sowell vient de signer un court article dans la page éditoriale du Wall Street Journal (29 Octobre) intitulé "The Level Playing Field" dont voici une adaptation en français des principaux passages.  
 
     
 

"L'égalité des chances fait partie de ces expressions que tout le monde utilise, mais dont le contenu diffère considérablement d'une personne à l'autre. Une telle confusion favorise toutes les manoeuvres et récupérations à des fins de propagande politique...

Ceux d'entre nous qui continuent d'adhérer à la conception occidentale traditionnelle de l'idée de justice, considèrent qu'il y a égalité des chances dès lors que tout le monde respecte les mêmes règles du jeu et que chacun est jugé en fonction des mêmes normes et standards, quel que soit le résultat final sur lequel on débouche...

Ce n'est pas la conception qu'en ont ceux qui croient à "l'action affirmative" et pensent que la justice - et donc le degré réel d'égalité - se jugent en fonction du résultat obtenu comparé à une norme définie a priori. Pour ces gens-là la seule présence d'une différence statistique entre deux populations suffit à établir l'existence d'une injustice...

C'est ce qui est souvent fait quand on parle de statistiques sur les races. Des résultats différents sont immédiatement analysés comme preuves d'une discrimination, d'une absence d'égalité des chances...

Comme il n'existe encore aucune loi imposant obligatoirement une stricte représentation proportionnelle de tous les groupes dans toutes les activités, les activistes et les juges (souvent les mêmes personnes) en concluent naturellement que si les chiffres ne sont pas ceux qu'ils souhaiteraient voir, c'est qu'il y a quelque part un élément certain de discrimination, au sens traditionnel de différence de traitement Ce qui ne veut rien dire dans la mesure où, dans aucun pays, ni à aucun moment de l'histoire, on n'a jamais vu la moindre représentation proportionnelle de ce type s'établir spontanément. Seules des politiques de quotas ou de préférences peuvent parvenir à un tel résultat.

La malhonnêteté de cette attitude, qui implique que s'il n'y avait pas discrimination l'état naturel serait celui d'une telle distribution proportionnelle, fausse aujourd'hui toute discussion, et même le fonctionnement de nos institutions. Cette malhonnêteté apparait au grand jour dès qu'on observe la manière hautement sélective avec laquelle le critère ainsi conçu est utilisé.

Quand par exemple les statistiques font apparaître que parmi les dossiers de demandes d'hypothèque qui sont refusés par les banques, on compte proportionnellement plus de noirs que de blancs, cela est immédiatement interprété comme la preuve d'un préjugé racial dans l'attribution de ces crédits. Mais lorsque les mêmes statistiques montrent qu'il y a bien plus d'américains blancs à se voir refusés leur hypothèque que d'américains d'origine asiatique, alors là... silence. Personne n'en parle. Y a-t-il jamais eu personne qui se soit plaint de la discrimination dont sont victimes les blancs qui jouent au basket en compétition, par rapport à leurs camarades noirs ? Quand on regarde les résultats des tournois de basket, force est pourtant de constater que l'inégalité entre blancs et noirs y est infiniment plus grande que lorsqu'il s'agit de prêts hypothécaires (dont la très grande majorité sont en réalité accordés aux demandeurs, qu'ils soient blancs ou qu'ils soient noirs).

La réalité est tout simplement que les performances varient considérablement, et naturellement, d'un groupe à l'autre, qu'il s'agisse de clubs de basket, de races, de sexes ou de milliers d'autres façons de regrouper les gens entre eux en fonction de critères dont la liste peut être quasiment infinie. Compte tenu de la multiplicité des facteurs susceptibles de varier d'un groupe à l'autre (démographiques, géographiques, historiques...), il faudrait vraiment un miracle pour qu'ils se retrouvent tous véritablement égaux en tout.

Même quand des groupes gagnent un niveau de revenu équivalent - comme c'est le cas aux Etats-Unis avec le groupe des américains d'origine irlandaise, et celui d'origine italienne -, ils peuvent encore différer par exemple par leur atttitude vis à vis de l'alcool. Toutes ces comparisons de groupe à groupe ne signifient rien. C'est comme si on voulait à tout prix comparer des pommes et des oranges."