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| ""Pour
un capitalisme éclairé", lettre d'un
lecteur au Financial Times. |
Plus
de dix ans se sont écoulés depuis la chute
du communisme et la victoire de la société
ouverte. La lecture de l'article de Martin Wolf condamnant
le concept de "responsabilité sociale de l'entreprise",
me conduit à penser que nous avons mal compris
les leçons de la victoire du capitalisme.
Nous
ne nous sommes pas contentés d'admettre que la
recherche du profit est un objectif social respectable,
mais nous l'avons en fait placé comme but ultime
et unique de la société. Martin Wolf semble
suggérer que le seul objectif de l'entreprise
privée devrait être de consacrer ses ressources
uniquement à la recherche du profit financier.
Mais
à quoi cela nous servira-t-il d'être toujours
plus riche si dans le même temps la qualité
de notre habitat écologique s'est dégradée
au point de rendre la vie sur la planète impossible
plus longtemps ? De la même manière, quel
serait l'avenir d'une zone de libre échange extrêmement
riche et auto-suffisante, mais entourée de territoires
abandonnés à une anarchie barbare rappelant
les heures les plus noires du passé de l'humanité
?
Bien
sûr, on pourrait s'en remettre pour la production
de ces valeurs aux Etats (et aux organisations internationales),
ou encore au secteur non marchand, et laisser ainsi
le secteur privé libre de courir après
les profits financiers.
L'histoire
nous a montré que les premiers étaient
tout aussi inefficaces à distribuer le capital
social que le capital économique. Ils devraient
s'en tenir à la définition et à
la protection des droits inaliénables des individus
et des propriétés, ainsi qu'à la
répression des comportements socialements inacceptables
(par ce que condamnés par la très grande
majorité des citoyens).
Quant
au second, bien qu'ayant mieux réussi à
accomplir sa tâche, il souffre d'un manque de
fonds dû à sa dépendance à
l'égard de la générosité
des individus, ou des subventions de l'Etat; il n'assure
pas non plus le meilleur usage possible de ses ressources
dans la mesure où l'efficacité, à
la différence du secteur privé, n'est
pas un principe bien profondément ancré
dans ses gênes.
Nous
avons sans doute négligé la principale
leçon des succès du capitalisme. A savoir
que le marché reste le système d'allocation
de ressources le plus efficace lorsque les différentes
parties prenantes nourrissent des anticipations et des
préférences très différentes.
Peut-être
est-ce le moment d'étendre sa logique magique
à d'autres horizons que le seul monde de la finance.
Il est possible que la distinction traditionnellement
faite entre les secteurs marchand et non marchand de
l'économie ait atteint ses limites ultimes.
Fondamentalement,
le rôle des entreprises est de créer de
la valeur pour leurs actionaires. On a toujours assumé
que ce ne pouvait être que de la valeur financière.
Mais si certains utilisateurs sont prêts à
payer plus pour acheter de l'électricité
"verte", pourquoi les actionnaires (c'est à dire
en définitive les individus qui se cachent derrière
les puissants fonds de pension) n'accepteraient-ils
pas de faire un peu moins de profits (mais pas zéro
profits) en investissant de préférence
dans des sociétés qui, en contrepartie,
partagent les mêmes valeurs qu'eux ?
Il
en résulte que la définition de la valeur
générée par une entreprises pour
le compte de ses actionnaires doit être élargie
afin d'y inclure des éléments d'ordre
social, et pas seulement financiers.
Le
problème avec la mode actuelle pour la responsabilité
sociale de l'entreprise est qu'elle n'est pas une réponse
aux préférences des actionnaires, mais
le résultat des pressions qu'exercent sur les
firmes des groupes d'opinion minoritaires utilisant
des méthodes quasi-terroristes, ou encore, ou
encore le produit de réglements publics totalement
inadapatés qui ne font qu'accroître les
coûts des entreprises sans pour autant atteindre
leurs objectifs sociétaux.
Cela
ne contribue en rien à améliorer l'efficacité
de l'allocation des ressources. Shell doit décider
de dépenser plus d'argent sur des causes écologiques
non pas parce qu'un groupe d'écologistes quelconque
menace d'attenter à la vie de ses directeurs,
mais seulement parce que ses actionnaires pensent que
redistribuer ainsi une part de ses gains au profit de
la communauté est une bonne idée (qui
améliorera leur propre fonction d'utilité
personnelle).
Le
problème vient de ce que la plupart des actionnaires
institutionnels sont mal équipés pour
prendre de telles décisions dans la mesure où
leur mode de fonctionnement n'a jamais été
conçu que pour optimiser les retours financiers
des investissements de leurs propres actionnaires ou
retraités.
Mais,
à en juger par le succès populaire des
fonds écologiques, des fonds islamique, et autres
fonds à finalité sociétale, il
semble évident qu'il existe plus qu'une simple
niche de marché pour ce type d'investissements
qui marrient l'optimisation de valeurs financières
et sociales.
Normalement,
les causes sociales (aussi bien que régionales
ou sectorielles) qui répondent aux préoccupations
de la plus grande partie de la population trouveront
sur le marché toutes les ressources nécessaires
pour que prospèrent des organisations répondant
à ces demandes, alors que les rêveries
idéologiques que les groupes extrémistes
marginaux s'efforcent d'imposer au reste de la société
auront beaucoup plus de mal à trouver de quoi
survivre.
Nous
aurons alors besoin de toute une nouvelle génération
d'organismes de recherche et de classement pour calculer
les performances relatives des entreprises en fonction
de ces nouveaux critères de valeur.
Cela
devrait également contraindre les dirigeants
des fonds de retraite d'ajuster leurs offres en fonction
des préférences personnelles de chaque
retraité plutôt que de s'en tenir à
des modèles beaucoup plus confortables mais inefficaces
de benchmarking au plus près.
Alors
qu'il est déjà très discutable
de gérer le fond de retraite de Microsoft ou
celui de Japan Railways en se référant
aux mêmes indices, cela a encore moins de sens
de ramener tous les systèmes de valeur individuels
à un ensemble de références prédéterminées.
Cela devrait en conséquence contribuer à
accélérérer la mise sur le marché
de produits de retraite et de placement sur mesure de
plus en plus individualisés.
Dans
les pays où le problème des retraites
reste politiquement le plus chaud (comme en France,
en Allemagne ou au Japon), cela devrait faciliter le
passage à des régimes de retraite fondés
sur le libre choix des montants de cotisation désirés,
et non plus sur l'assurance d'un montant garanti de
reversement, en ajoutant à la nécessité
économique de base l'intérêt supplémentaire
de donner à chacun le sentiment qu'on agit pour
une cause qui lui importe personnellement.
Les
institutions financières devraient évoluer
vers un rôle croissant de conseil, aidant leurs
clients à choisir entre toute une gamme d'investissements
différenciés allant des pures valeurs
financières (comme celles auxquelles Martin Wolf
voudrait que l'on réserve tout son argent) jusqu'à
des placements à pure valeur sociétale
(comme les fondations ou les organisations non gouvernementales
d'aujourd'hui). Mais tous les choix intermédiaires
entre ces deux extrêmes resteront possibles.
Jean-Francois
Minier
Dresdner Kleinwort Wassertein
Deputy-Head of Global Equities, Japan
1-8, Toranomon 4-chome
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