24 Avril 2000

 

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RALPH RAICO

LE LIBERALISME ALLEMAND, CET INCONNU

 

Le professeur Ralph Raico - que l'on voit ici en compagnie de son collègue et ami Leonard Liggio - n'est pas un seulement un bon connaisseur de l'école libérale française; c'est aussi et surtout une encyclopédie vivante sur tout ce qui concerne l'histoire des libéraux européens. S'il lit le français, il maîtrise également l'allemand. .C'est ainsi qu'il vient de sortir un livre en allemand - non encore traduit en anglais - sur l'histoire du libéralisme germanique au 19ème siècle : "Die Partei der Freiheit: Studien zur Geschichte des deutschen" (Lucius and Lucius, Stuttgart, 1999)..

Cette histoire nous est tellement inconnue qu'il m'a semblé intéressant de traduire et de présenter ici le résumé commentaire qu'en donne Joseph R. Stromberg dans le numéro Printemps 2000 de l'Independant Review, magazine trimestriel publié à San Francisco par The Independant Institute. Non seulement les libéraux allemands sont peu connus à l'étranger, mais, qui plus est, les historiens germaniques trahissent le plus souvent ce que fut leur rôle véritable dans l'histoire de leur pays. Raico tente enfin de leur rendre justice.

H.L.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Otto von Bismarck (1815-1898)

 

 

 

 

 

 

 

Gustav von Schmoller (1838-1917)

 

 

 

 

 

 

 

Eugen Richter (1838-1906)

Se contenter de dire que le nouveau livre de Ralph Raico, Professeur d’Histoire à Buffalo State College, comble une lacune de la littérature historique sur le libéralisme, est insuffisant. Il n’y a tout simple encore jamais eu de livre comme celui-ci. Tous les étudiants allemands qui font des études d’histoire savent que les manuels ou même les études spécialisées sont généralement très anti-marché, ou au mieux favorables au marché mais de manière très timide. Le livre de Raico dont le titre est " Le parti de la liberté : études sur l’histoire du libéralisme allemand ", est quelque chose qu’on voit rarement dans cette discipline : une histoire pro-marché racontée par un libéral classique.

Raico a étudié avec Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek. Il a lui même traduit en anglais, en 1962, le livre de Mises " Le libéralisme ". On ne pouvait donc avoir un auteur mieux qualifié pour une telle tâche. Rares sont les historiens disposant d’une connaissance économique aussi approfondie et capables d’en utiliser les apports pour faire avancer la recherche historique dans des domaines très controversés. (En fait, il est exceptionnel de trouver un historien faisant preuve d’une réelle connaissance de la pensée économique, d’où le fait que la plupart d’entre eux vantent encore aujourd’hui la politique sociale de Bismarck comme le " new deal " de Roosevelt comme autant de hauts faits de l’humanité ayant puissamment fait avancer la cause de la propérité). A partir d’une étude méticuleuse des sources historiques originales, ainsi que des récits de seconde main, Raico a réussi à reconstituer l’histoire perdue, voire délibérément oubliée, du libéralisme allemand. Le livre a six chapitres. Les trois premiers présentent les résultats de son travail de reconstruction (2,3 et 4). Les deux suivants (5 et 6) s’attardent sur ceux qui s’acharnèrent à détruire et faire oublier cette tradition libérale allemande. Le chapitre premier propose un survol de l’histoire du libéralisme allemand du 18ème siècle à la République de Weimar. Ce faisant Raico montre que les potentialités libérales du monde allemand, aux 18ème et 19ème siècles, contrairement à ce que l’on croit généralemen – ou tout du moins contrairement à ce que la fameuse tradition du " Sonderweg " - (l’autre chemin) allemand a voulu faire croire -, n’étaient fondamentalement différentes de ce qui se passait ailleurs en Europe de l’Ouest.

Dans le premier chapitre, Raico observe que les opinions politiques des gens découlent principalement de ce qu’ils savent de l’histoire, ou plutôt de ce qu’ils croient qu’ils savent. Depuis quelques dizaines d’années, on a assisté à l’émergence d’un nouveau paradigme en histoire, associé à des noms comme ceux de Jean Baechler, David Landes, Douglas C. North, E.L. Jones, ainsi que Ernst Nolte, avec Henri Pirenne comme illustre prédécesseur. Dans cette nouvelle façon de voir l’histoire, c’est la division de l’Europe en souverainetés et pouvoirs concurrents (l’Eglise en étant un élément parmi d’autres) qui a rendu possible l’essor d’un nouvel ordre social libéral fondé sur le marché. Malheureusement la plupart des historiens d’outre Rhin qui écrivent sur le libéralisme allemand négligent totalement cette intuition. Raico fait remarquer que les populations allemandes ont bénéficié du même système d’équilibre relatif des puissances que le reste de l’Europe ooccidentale. La vie économique en Angleterre, puis plus tard aux Etats-Unis, nous a appris comment promouvoir la prospérité. Les recherches de Raico font découvrir les noms de nombreux auteurs allemands se situant dans la mouvance de l’économie politique libérale du 18ème siècle (voir page 15), et défenseurs de la liberté économique ( page 22), aujourd’hui complètement oubliés et négligés. Il s’attarde par exemple sur Jakob Mauvillon, qui fut le mentor du grand auteur libéral français Benjamin Constant. Pour les libéraux allemands du 19ème siècle, le grand problème de l’époque était celui de l’explosion démographique (graphiques, page 24). Ils en tiraient la conclusion, qui apparaîtrait aujourd’hui comme politiquement hautement incorrecte, que seul un régime de libre entreprise et de libre concurrence fondé sur l’accumulation du capital pouvait éviter à l’Allemagne de connaître le drame d’une solution à l’irlandaise, avec famine généralisée et émigration massive. A cause de cela, ils furent cloués au pilori par leurs adversaires conservateurs, puis plus tard socialistes, qui dénonçaient ces disciples des " hommes de Manchester " et accusaient l’influence des idées anglaises de conduire l’Allemagne à sa ruine. Ils militaient pour un ordre libéral reposant sur la popriété privée, le laissez-faire, un gouvernement limité, la reconnaissance des libertés personnelles, et l’état de Droit (Rechstraat). Ce chapitre suit l’histoire du libéralisme allemand épisode par épisode : le Kulturkampf anti-catholique de Bismarck (où les libéraux allemands n’ont pas particulièrement brillé), la montée des groupes de pression politiques, la première guerre mondiale, et la République de Weimar dont la politique social-démocrate de subventions généralisées pour tout le monde a été directement responsable de mener l’Allemagne au plus grand désastre de son histoire.

Le chapitre 2 discute de manière approfondie l’histoire du " Freihandelspartei " (la ligue allemande du libre échange). Au cœur de cette histoire on trouve John Prince-Smith, un immigrant anglais qui prit en 1840 la tête du mouvement allemand pour le libre échange et y resta jusqu’à sa mort en 1874. Sa notion du " primat " de l’activité économique se rapprochait étonnamment de la conception marxiste du matérialisme historique. (Il y a des années que Raico et Leonard Liggio – à qui le livre est dédié – défendent la thèse que ce qui " marche " dans le Marxisme est précisément ce que celui-ci doit à l’influence libérale de ses premières années). Tout comme les défenseurs français du libre-échange, Prince-Smith voulait limiter le rôle de l’état à la défense et à la " production de sécurité ". Une des surprises du travail de Raico est de révéler qu’au Berliner Abendpost Prince-Smith était en fait associé à des libéraux encore plus radicaux qui ressemblaient à des anarcho-capitalistes qui s’attendaient à ce que l’état disparaissent graduellement pour faire place à une totale économie de libre marché. On note l’influence de Max Stirner sur ce groupe. Plus tard, à la fin de ses jours, Prince-Smith succomba à son tour à ce que Raico appelle le " syndrome de Pareto ". Inquiet de l’influence croissante des communistes qui voulaient détruire la société libérale, Prince-Smith rechercha la sécurité en se ralliant à l’idée d’un état autoritaire. Raico se demande, non sans raison, si ce n’est pas aux socialistes et aux communistes qu’incombe pour la plus grande part la responsabilité de ce retournement.

Le chapitre 3 renouvelle la vision que l’histoire donne d’Eugen Richter, un membre du Parlement prussien, chef du Freisinn, le parti libéral de gauche qui fut le principal mouvement libéral allemand à collaborer avec le Chancelier Bismarck. Présenté autant par les historiens que par ses contemporains comme un " minable petit bourgeois égoîste ", un " doctrinaire ", ou encore un " dogmatique " dépourvu de toute imagination, Richter fut en fait, selon Raico, " le dernier des vrais libéraux à rester au Parlement d’une grande nation " (page 89). Richter devait tous ses surnoms à son attitude systématiquement négative, mais parfaitement cohérente et bien pensée, à l’égard de toutes les mesures dont il pensait qu’elles ne pouvaient que fragiliser l’ordre social libéral, et avec lui, la liberté des allemands et la prospérité du pays.

1879 fut l’année où Bismarck commença à tourner le dos au libre-échange et à ouvrir toutes grandes les portes au jeu parlementaire des groupes d’intérêts. Pour éliminer les socialistes, il utilisa d’abord l’arme de la loi, puis il essaya de séduire les masses tentées par le socialisme grâce à ses premières mesures d’état-providence. Richter – qui avait pris ses distances par rapport au Kulturkampf, démontrant par là qu’il avait bien pris toute la mesure des problèmes posés par la séparation de l’Eglise et de l’état - s’opposa constamment à ces deux politiques. Le développement de la sociale démocratie le contraînt de se battre sur deux fronts de manière à défendre les réalisations libérales contre les attaques qui venaient autant de la droite que de la gauche. Faisant preuve d’une attitude libérale classique parfaitement cohérente, Richter s’est constamment opposé aux tentations militaristes et aventuristes de la politique étrangère allemande. Il décrivait celle-ci comme visant " à être partout où quelque chose va mal " (ce qui rappelle la définition que l’on pourrait aujourd’hui donner de la politique étrangère américaine). Richter était un homme de détails. Il avait appris les finances, et en connaissait bien plus au sujet du budget de l’état allemand que la plupart de ceux qui étaient chargés de le présenter au Parlement. Bismarck, qui voyait dans Richter son plus dangereux ennemi, a concédé qu’il " était le plus brillant orateur que nous avons jamais eu "(page 91). La conclusion de Raico est que le soi disant " négativisme " de Richter fut une attitude qui en réalité " a servi la paix et la prospérité dans son pays " (page 98). (Raico a publié une version anglaise de son chapitre sur Richter dans la Review of Austrian Economics – 4. 1990, 3-25).

Dans le chapitre 4, Raico raconte le combat des libéraux allemands pour s’opposer au flot montant des décisions néo mercantilistes, " welfaristes " et militaristes qui menaçaient de ruiner l’ordre libéral du marché fondé sur la propriété privée et la liberté, pour laisser la place à la rivalité généralisée de groupes de pression agissant dans un cadre hobbésien de lutte de tous contre tous. Cette explosion néo mercantiliste correspond à l’invention de ce que la politique moderne appellera plus tard " l’état providence ". La réintroduction de tarifs douaniers par Bismarck, ainsi que son projet d’assurances sociales et de retraites gérées directement par l’état, marqueront l’établissement d’un régime de " socialisme monarchique " qui fera l’admiration d’une génération d’universitaires américains très marqués par l’influence germanique, mais auquel continueront de s’opposer, par principe, une minorité de libéraux allemands. Parmi ceux-ci il convient de mentionner tout particulièrement Ludwig Bamberger, qui joua un rôle important à côté de Richter. Le principal parti libéral en revanche, les Nationaux Libéraux, ayant fait du soutien à Bismarck son fond de commerce, s’est rapidement vendu à lui.

Les grands féodaux des territoires à l’Est de l’Elbe, Bismarck le premier, dénoncèrent les industriels et les capitalistes comme d’affreux exploiteurs sans cœur. Ils dénonçaient tout particulièrement le fléau de la " mobilité du capital " . Ils s’inquiétaient de la pauvreté et de la détresse dans lesquelles le prolétariat vivait. Mais Raico, faisant écho à Franz Oppenheimer, rappelle que la pauvreté avait toujours été le lot des districts ruraux sur lesquels ces gentlemen exerçaient leur pouvoir et influence, et qu’elle on n’en a vraiment pris conscience qu’avec le développement des villes où l’essor d’une économie de marché travaillait à son élimination (page 25).


Tout comme leurs ennemis socialistes de gauche, les mouvements de droite partisans de l’état-providence jouaient avec expertise du registre des émotions en en appelant à l’humanitarisme, à la charité, et à tout ce qui s’ensuit (sans oublier sans doute de citer l’exemple de leurs propres villages et paysans). Leurs adversaires étaient désignés comme des Manchestériens sans foi ni cœur défendant les intérêts des grands exploiteurs capitalistes. (C’est l’époque où l’anti-sémitisme, autrefois le cheval de bataille des socialistes, a été adopté par la Droite). Les libéraux se sont défendus avec des contre-arguments convaincants. Ils ont souligné l’incohérence des grands propriétaires terriens qui venaient de voter pour l’adoption de droits de douane élevés afin de favoriser certaines industries, mais reprenaient les slogans de la gauche communiste. Ils ont fait remarquer, mais en vain, que la mise en place de toute cet appareil législatif en faveur des ouvriers équivalait à valider la condamnation des socialistes à l’encontre de l’injustice des mécanismes d’économie de marché. Ils se demandaient si un état qui commençait par réduire les revenus des travailleurs en soumettant le pays à des droits de douane, des impôts et des dépenses militaires élevées, pouvait encore raisonnablement ambitionner " d’aider " à leur relèvement en se proposant d’intervenir encore davantage dans le libre jeu de l’économie. Pour Bamberger, il était évident que lorsque quelqu’un dit : " l’état doit faire quelque chose ", cela veut en réalité plus précisément dire qu’il faut que le contribuable paie davantage. Les libéraux allemands savaient que de mauvaises lois peuvent facilement fausser le jeu extrêmement complexe des forces du marché. Ils préconisaient de s’en tenir à un strict principe de non intervention économique de l’état comme moyen d’empêcher " le pillage du plus grand nombre par ceux qui sont politiquement les plus influents " (page 166). Leur préférence pour le laissez-faire n’était ainsi pas le produit d’un dogme, mais la simple conclusion naturelle d’une analyse cohérente développée avec soin. Qu’ils aient perdu la bataille ne signifie pas qu’ils avaient tort. Raico pense que les libéraux germaniques ne disposaient pas, à l’époque, des outils économiques nécessaires pour clairement faire apparaître l’illusion d’optique liée au financement par les employeurs des dépenses d’assurances gérées par l’état : en réalité, c’étaient les travailleurs eux-mêmes qui finalement payaient toute l’addition, les employeurs se contentant d’en répercuter le montant sur les coûts du travail. En règle générale, les débats de la fin du 19ème siècle se sont déroulé à un niveau où de toute façon de tels arguments, s’ils avaient été disponibles, n’auraient pas fait grande différence.

La pauvreté des arguments économiques apparaît très clairement à la lecture du chapitre 5 qui évoque l’épisode des " socialistes en fauteil " (Kathedersozialistenthe, " socialists of the chair ") et leur rôle dans l’éclipse du libéralisme germanique. Inspirés et conduits par Gustav Schmoller, ces professeurs qui dominaient l’enseignement de l’économie dans leur pays, étaient des gens " sans théorie ", qui prétendaient naviguer à travers les courants intellectuels sans disposer de la moindre pagaie. Ils se contentaient d’accumuler des masses de données statistiques brutes et de séries de prix dans l’espoir que la " théorie " émergerait d’elle même de cet amas de faits empiriques, comme si la pratique empirique de l’histoire économique pouvait suffire à faire surgir le savoir.

C’était bien évidemment impossible. Mais cette attitude les conduisait naturellement à refuser de soumettre les projets sociaux qui avaient leur préférence aux tests de la théorie économique – alors même que celle-ci en mettait déjà en évidence les inconvénients. Non, il leur semblait bien meilleur de dénoncer le capitalisme, et de découvrir tous les jours de nouveaux problèmes sociaux pour lesquels il ne semblait pas y avoir d’autre solution possible que d’en appeler une fois encore à l’état pour y remédier. Selon Raico, il ne leur est jamais venu à l’idée que sans théorie économique, il leur était en fait impossible de déterminer si une réforme atteignait ou non son but (p. 184). Il compare ces gens éminents aux intellectuels sociaux-démocrates américains d’aujourd’hui. Il cite Arwed Emminghaus, pour qui une telle vision " n’admet par définition aucune limite aux interventions de l’état puisqu’elle ne reconnaît à l’état aucune tâche spécifique " (p. 40). Encore une fois, cet étatisme naîf, vague et pragmatique, qui se nourrit de tout ce qui passe à portée de main, me rappelle l’attitude de certaines administrations américaines contemporaines, auxquelles ces célèbres " professeurs en fauteuil " ont montré la voie.

Le chapitre 6 est une remarquable entreprise de démolition, qui donne quasiment autant de plaisir que ce qui est arrivé au Mur de Berlin il y a quelques années. Les décombres, ici, une fois que Raico en a terminé dans sa démonstration, c’est tout ce qui appartient à la réputation de Friedrich Naumann, un agitateur, un provocateurs que la plupart des allemands d’aujourd’hui considèrent comme la grande figure libérale de leur récente histoire. Promis très tôt à une carrière politique, Nauman a commencé par embrasser la foi du socialisme chrétien. Après une visite en Palestine, dont il ne comprit pas comment ce pays pouvait prétendre être le centre d’une grande religion, il adopta le parti de la laîcité. Il milita en faveur de la construction d’une grande marine allemande, politique qui compromit les relations avec la Grande Bretagne, et servit de tremplin aux grandes ambitions de Guillaume II. Dégrisé de son adoration pour le Kaiser, c’est lui qui lança la mode du " libéralisme social " dont il attendait toutes sortes de bonnes actions à la fois " nationales et sociales ". Il usa tant de cette formule qu’on peut sans crainte voir en lui, dans une certaine mesure, un précurseur du National Socialisme. Pendant la Grande Guerre, Naumann défendit l’idée d’une Mittle Europa dominée par l’Allemagne. Alors que la défaite se rapprochait, il rallia le camp de ceux qui voyaient dans la mise en place d’une nouvelle bureaucratie internationale le moyen de conserver à l’Allemagne un certain rôle dans la reconstruction du monde. Tout au long de sa vie Naumann n’a jamais renié son engagement de jeunesse derrière les grandes erreurs économiques du marxisme. Par sa capacité à trouvere toujours de nouvelles raisons pour justifier l’extention du pouvoir de l’état, il nous rappelle notre propre Max Lerner (une comparaison qui n’est certainement pas très flatteuse pour l’un des deux, sans qu’on puisse dire exactement lequel). En tant que fossoyeur du libéralisme allemand, Naumann a incontestablement joué un rôle important dans l’histoire du pays, mais de manière essentiellement négative, à l’inverse de Richter qui s’opposa de manière constructive au national socialisme, aux militaristes, et à leurs sinistres alliés.

Les deux chapitres sur Richter et Naumann sont incontestablement les meilleurs du livre, tant par l’effort de recherche que l’interprétation qui l’accompagne. L’esprit à la Raico, ainsi que son humour dévastateur, restent présents, même en allemand. Mon seul regret est que cet ouvrage important ne soit pas encore disponible en englais. Ceux qui ont quelque connaissance d’allemand se doivent de lire ce livre écrit de la plume de l’un des meilleurs historiens libéraux classiques de notre époque.

Traduction de Henri LEPAGE

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