15 Novembre 1999   Archives

 

George Priest Yale Law Shool

 

 
GEORGE PRIEST : EN DEFENSE DE MICROSOFT
 
 

 

Pour les médias la cause est entendue. Microsoft est un monopole coupable. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples. Le seul organe de presse à prendre la défense de Microsoft - au nom d'une vision dynamique des processus de concurrence, et non d'une conception statique des équlibres concurrentiels - est le Wall Street Journal. George Priest, économiste, professeur à l'Ecole de droit de l'Université de Yale, est l'un des grands spécialistes britanniques des problèmes de concurrence et de structures industrielles. Il a souvent publié pour le compte de l'Institute of Economic Affairs. Dans le WSJ du 8 Novembre, il a publié une colonne éditoriale intitulée : " The case against Microsoft is a feeble one" dont voici la traduction des principaux extraits.

 
 
     

 

 

 

L’histoire commence avec la découverte qu’en développant son fameux logiciel Windows Microsoft a en quelque sorte fabriqué une " barrière " à l’entrée sur le marché des logiciels d’applications. Selon le Juge Thomas P. Jackson, il est normal que les consommateurs préfèrent s’équiper d’un système de gestion d’ordinateur qui donne accès à un nombre élevé de logiciels d’applications hautement performants, et pour lequel il est certain qu’un grand nombre de programmes continueront d’être développés. Telles sont précisément les avantages de Windows.

La faute de Microsoft vient de ses efforts pour préserver cette " barrière à l’entrée ". Pour cela, la politique de la société a été de déceler le plus tôt possible tous les produits susceptibles de servir de plate-forme vers de nouveaux usages d’application. Le juge Jackson considère que l’attitude de Microsoft à l’égard de Netscape – dont le moteur de recherche Navigator constituait une menace potentielle pour le maintien de cette barrière – a été particulièrement pernicieuse. Après avoir essayé de s’entendre avec Netscape pour contrôler le marché, et essuyé un refus, Microsoft a développé son propre moteur de recherche, Internet Explorer. Microsoft s’est alors montré coupable d’user de son pouvoir de monopole pour contraindre les fabricants à intégrer Internet Explorer dans les matériels offerts, généralement au côté de Netscape (..).

(..) L’histoire que raconte le Juge Jackson est en fait pleine de trous. Il évoque en détail les pressions que Microsoft aurait exercées sur les autres firmes informatiques. Mais il oublie de signaler que, la plupart du temps, ces manœuvres n’ont jamais atteint leur but (..).

(..) La grande faiblesse intellectuelle de la décision du Juge Jackson est que sa conclusion que Microsoft aurait ainsi créé une " barrière " à l’entrée du marché des logiciels d’applications relève moins de l’observation d’un fait objectif, que du jugement de valeur porté par un juriste. Ce que le Juge Jackson ainsi que le Département américain de la Justice considèrent comme représentatif d’une " barrière " à l’entrée - à savoir le simple fait que la plupart des acheteurs d’ordinateurs accordent une valeur particulière au très grand nombre d’applications auxquelles Windows leur garantie l’accès – est aussi un facteur d’efficacité. Démanteler le mécanisme qui a permis de construire cette soi disante " barrière " aurait pour inconvénient de réduire les économies d’échelle dont les utilisateurs du monde entier tirent profit du fait de faire partie d’un réseau global.

Ni le Juge Jackson ni aucun autre tribunal n’ont encore compris les implications que le développement des économies de réseau entraîne au niveau de l’approche des problèmes de concurrence. Les réseaux fonctionnent d’une manière très différente des marchés classiques. Dans un réseau, plus grand est le nombre de participants, plus chacun y gagne. Sur un marché traditionnel, lier la vente d’un bien à celle d’un autre réduit la liberté de choix du consommateur. Mais dans un réseau, la vente liée élargit au contraire l’aire de choix des utilisateurs. Dès lors tout le débat sur le problème de savoir si le moteur de recherche et le logiciel système sont ou non des produits séparés n’est plus qu’une tempête dans un verre d’eau si on tient compte de ce qu’il s’agit d’un marché particulier où les effets de réseau sont importants.

C’est pourquoi le Juge Jackson éprouve en définitive beaucoup de mal à décrire précisément à qui le comportement de Microsoft a fait incontestablement du tort. Netscape Navigator a perdu des parts de marché. Mais pour le Juge Jackson les victimes sont les acheteurs d’ordinateurs qui ne veulent pas entrer dans le réseau, et qui l’expriment en refusant de voir un moteur de recherche Internet intégré à leur logiciel d’opérations. Peut-être s’agit-il de gens qui n’y connaissent pas grand chose. Ou bien, au contraire, de gens qui ne veulent pas perdre le moindre pouce d’espace sur leur disque dur, ou faire le moindre sacrifice de vitesse d’opérations parce que Microsoft insisterait auprès des fabricants pour que chaque ordinateur vendu recèle un accès de connection au réseau.

Je doute en fait qu’il y ait beaucoup de gens dans ce cas. Comparer le coût qui en résulterait pour eux aux avantages que tous les autres gagnent à bénéficier d’un accès de réseau direct déjà installé, ou à la perte que représenterait pour tous ceux qui sont déjà dans le réseau le fait de voir l’essor de celui-ci entravé, est un exercice qui, à mes yeux, suffit à démontrer les insuffisances intellectuelles de la position adoptée par le Juge Jackson dans sa récente décision ".

 

 

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