27 Décembre 1999   Archives

Dr. Madsen Pirie, Président de l'Adam Smith Institute lors d'une conférence organisée à Paris par Euro 92

 

 

 

2000, LE GRAND TOURNANT DE LA FISCALITE

 

 
 

En cette veille de nouvel an, c'est le grand message d'espoir que nous envoie Madsen Pirie, le fondateur de l'Adam Smith Institute, dans une brochure spéciale de The Economist, intitulée "The World in 2000", diffusée jusqu'au 27 Février 2000. Il y a toutes raisons de penser, nous dit l'ancien conseiller de Lady Thatcher (dans un article dont le titre est : "The turn against taxes"), que l'année 2000 marquera le point de passage de l'histoire de l'humanité dans une nouvelle phase enfin marquée par le reflux de la fiscalité.

Depuis des siècles, le principe est toujours le même : il y a ceux qui travaillent, et ceux qui vivent en prenant leur part sur le travail des autres. Le XXème siècle a vu un colossal accroissement de la part des revenus individuels prélevés au profit de l'Etat. Mais ce mouvement arrive aujourd'hui à sa fin. Le cours de l'histoire est en train de se retourner. Pour quatre raisons :

 
 

 

 

 

 

La mondialisation de la concurrence limite le pouvoir fiscal des Etats.

La première est la mobilité croissante des facteurs de production, elle même conséquence du mouvement de mondialisation des marchés. L'Etat éprouve de plus en plus de difficultés à faire rentrer les impôts. Le capital, par exemple, est plus mobile que jamais. Il se déplace en fonction des impôts, fuyant les pays où la fiscalité est la plus élevée pour s'investir dans ceux où elle est plus faible. Même les sièges sociaux déménagent désormais pour se mettre à l'abri des fiscs les plus rapaces. Et les Etats sont bien incapables de réagir car eux ne peuvent pas déplacer leurs frontières ni leurs juridictions. Bien sûr, ils peuvent s'entendre et mettre en place une fiscalité internationale. Mais il y a peu de chances que de tels efforts réussissent jamais en raison de la concurrence plus féroce que jamais que les nations se livrent entre elles pour attirer les activités économiques aux dépens des autres.

La seconde raison tient à Internet et au développement des ventes du commerce virtuel. De plus en plus de biens et services s'achètent par ordinateur, sans tenir compte des frontières, dans des conditions qui rendent la surveillance des services de douanes de plus en plus difficile. Plus les échanges se dématérialisent, plus les Etats perdent une part croissante de matière fiscale. Le problème devient d'autant plus sérieux pour les trésors publics que la téléinformatique encourage le développement du télétravail - c'est à dire la capacité de travailler chez soi pour le compte d'un employeur localisé dans une autre contrée. De plus en plus de transactions se déroulent ainsi dans un nouvel espace virtuel où il devient quasiment impossible d'en suivre la trace matérielle, et donc d'y prélever tout impôt dessus.

La troisième raison est la résistance des contribuables. Les premiers signes sont apparus à la fin des années 1970 avec le vote de la fameuse "Proposition 13" en Californie. Il y eut ensuite Reagan, et le Gouvernement Thatcher. Ce dernier a ramené le taux marginal d'imposition sur le revenu de 90 % - ce qu'il était à l'époque des travaillistes - à 40 %. Même Blair est arrivé au pouvoir en promettant de ne pas y toucher. Les contribuables sont encore loin de disposer de moyens d'action réellement efficaces, mais partout - même dans les pays où les opinions sociales-démocrates sont les mieux installées - on sent une résistance croissante s'affirmer.

Enfin, il y a le problème des retraites qui imposera une profonde réforme des mécanismes actuels de financement des Etats. Le Chili a ouvert la voie. Depuis dix ans, l'Angleterre, et même la Pologne, se sont largement convertis aux fonds de pension privés. Le reste de l'Europe hésite encore, mais ne pourra pas résister indéfiniment.

Ainsi la roue tourne. Les Etats éprouvent des difficultés de plus en plus ouvertes à satisfaire leurs immenses besoins. Les nouvelles conditions de la concurrence mondiale vont les contraindre à limiter leurs appétits et à reconstruire complètement leurs systèmes fiscaux.

La fin des impôts indirects.

Comment, et dans quelles directions ? C'est The Financial Times qui nous livre la réponse dans un commentaire paru dans sa page éditoriale du 8 Décembre dernier, sous le titre : "Taxation in a dematerialized world". Son auteur, Edward Troup, spécialiste de stratégie fiscale chez Simmons & Simmons, décrit comment la Trésor anglais subit déjà les effets de la concurrence fiscale internationale.

L'exemple concerne les activités de paris (sur les courses, les matches de football, les événéments sportifs, etc...). Avec l'avènement de l'informatique, de plus en plus de parieurs utilisent désormais l'ordinateur pour placer leurs paris, et ne prennent plus la peine de se déplacer dans les boutiques de "bookmakers". Comme tout pari est soumis à une taxe de 6,75 %, la conséquence est que les sociétés de paris tendent de plus en plus à se délocaliser hors de Grande Bretagne (par exemple à Gibraltar, paradis fiscal), sans que cela compromette leur chiffre d'affaires. Le Trésor Public anglais a ainsi perdu plus d'un milliard et demi de livres de recettes en quelques années.

Le même phénomène se passe avec les fraudes sur la vente des tabacs : les recettes de droits fiscaux ont, cette années, été de seulement 5,7 milliards de livres, contre une valeur estimée initialement à 8,9 milliards.C'est un formidable manque à gagner !

Traditionnellement, la stratégie des Etats était d'éviter autant que possible d'imposer directement le contribuable en faisant payer pour lui toute une série d'intermédiaires. Telle est la raison d'être de la plupart des impôts indirects (comme l'essence et les alcools), ou encore de cette vache à lait qu'est la TVA. Même l'impôt sur les sociétés n'est en réalité qu'un moyen détourné de prélever l'impôt sur les actionnaires sans que ceux-ci le ressentent directement.

Cette stratégie avait pour avantage de rendre l'impôt en partie indolore, mais aussi d'éviter d'avoir à collecter beaucoup d'informations sur la capacité de payer des individus. A ce titre, elle permettait de préserver assez bien la vie privée des contribuables. Pas besoin de connaître vos différentes sources de revenus pour vous faire acquitter la TVA..

C'est, nous dit Edward Troup, toute cette stratégie qui est aujourd'hui remise en question par la plus grande capacité des intermédiaires traditionnels à échapper à la fonction de collecteurs d'impôts qui leur assignée par les Etats modernes.

C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.

Résultat : les Etats vont être contraints de changer de tactique, et de demander aux consommateurs, aux contribuables personnels, et aux usagers des services publics d'assurer directement une part de plus en plus grande des besoins de financement des administrations. La structure traditionnelle des prélèvements publics va en être totalement transformée.

En un sens, c'est une bonne nouvelle. Moins l'Etat aura la capacité de nous mettre des impôts "indolores", plus la fiscalité sera douloureusement ressentie par les contribuables, et plus grande sera la chance de les voir résister et militer activement pour obtenir une baisse du poids global des impôts et limiter ainsi les capacités dépensières du pouvoir politique..

Mais, avertit l'auteur de l'article du Financial Times, cette évolution a aussi son revers de la médaille. Pour imposer davantage directement les individus, il faudra que l'Etat dispose de plus d'informations sur eux. Ce changement risque donc de s'accompagner d'un mouvement de plus grande intrusion de l'Etat dans la vie privée des citoyens.

"Si la mondialisation de la concurrence, conclue ainsi Edward Troup, a pour conséquence de renforcer le contrôle des consommateurs sur le pouvoir fiscal des Etats, en contrepartie ils doivent prendre conscience de ce que cela n'ira pas sans les contraindre à accepter certaines nouvelles disciplines".

H.L.

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

N'hésitez pas à nous faire part de vos propres réactions en utilisant le lien de notre FORUM