2 avril 2001

 

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le site spécial de la BBC sur la fièvre aphteuse

La prise en charge par l'Etat de la protection contre les grands risques agricoles crée une situation d'aléa moral qui favorise la naissance et la diffusion des épidémies

 

 

Marché, agriculture et épidémies

par Christopher Westley

 

 

 

Que se passerait-il si l'Etat ne prenait pas à sa charge l'indemnisation des grands risques agricoles (inondations, sécheresses, épidémies, grêle, orages exceptionnels, etc...) ?

Sur un marché libre, cette protection serait assurée par des mécanismes d'assurance, relayés par toute une hiérarchie de marchés à terme.

L'analyse économique classique ne croît pas à l'efficacité de ces marchés. D'où la justification de l'intervention publique.

Dans un numéro de la revue REGULATION - le trimestriel du CATO Institute -, le professeur Jerry R. Skees rappelle que ces programmes publics d'assurance et d'indemnisation comportent un ensemble d'effets pervers qui permettent de douter que le monde agricole se trouve aujourd'hui dans une situation meilleure que celle qui aurait été la sienne si l'Etat s'était abstenu d'intervenir.

Son article "Agricultural Risk Management or Income Enhancement" démontre comment la principale conséquence des systèmes publics d'indemnisation est non pas d'améliorer le sort de tous les agriculteurs par rapport à ce qu'aurait été leur situation avec un marché libre, mais de procéder à toute série de transferts de revenus cachés au profit des propriétaires fonciers

On notera sur le site web de son Institut - le CIFFARM - une très intéressante bibliographie sur le rôle des marchés financiers comme instrument de protection contre les risques naturels. Ses vues sont résumées dans le compte-rendu d'une audition au Congrès : Conequences of Possible Responses to Current Farm Problems, de juillet 1998

 

 

 

 

 

Le syndrome de la vache folle atteint à son tour les Etats-Unis. En témoigne ce texte récemment publié sur le site du von Mises Institute. Celui-ci concerne le marché américain, mais les réflexions de son auteur Christopher Westley - notamment en ce qui concerne l'application du principe de précaution - ont une portée bien plus générale. Ce qui l'inquiète sont bien plus les réactions de l'Etat, et la manière dont les lobbies bureaucratiques profitent de l'occasion pour justifier l'extension du champ de leurs pouvoirs et l'augmentation de leurs crédits, que la maladie elle-même.

Si la socialisation de l'agriculture par les mécanismes de la PAC est l'un des facteurs qui ont amplifié le risque d'épidémie, un autre élément joue un rôle considérable : "l'aléa moral" qui résulte tout simplement de ce que tout agriculteur sait que de toute manière, quoi qu'il fasse, quelles ques soient les précautions qu'il prenne, il sera indemnisé. L' "aléa moral" est un phénomène bien connu des marchés financiers. Le mérite de l'analyse de Christopher Westley est de nous rappeler qu'il joue aussi en agriculture.

Christopher Westley, chercheur associé au Mises Institute, est professeur d'économie agricole à l'Université d'Etat de Jacksonville (Kentucky).

 

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M. Freeman est fermier dans l'Etat du Vermont. Un jour de la semaine dernière, au réveil, il a eu la surprise de découvrir une douzaine de policiers fédéraux en armes en train de rassembler ses moutons pour les faire monter dans des camions. Destination : l'Iowa où les animaux devaient être abattus et faire ensuite l'objet de tests pour découvrir s'ils étaient porteurs du virus de la vache folle.

Ce n'était pas la première fois que la maladie de la vache folle mettait M. Freeman en situation de devoir affronter les représentants de l'Etat fédéral. L'été dernier, avec un groupe d'autre éleveurs, il a rejeté l'offre que l'Etat leur faisait d'accepter volontairement l'abattage de leurs troupeaux en échange d'une subvention de 2,4 millions de dollars. L'affaire est montée au tribunal. Les juges leur ont donné raison en confirmant leur droit de refuser l'offre qui leur était faite. Alors les autorités ont tout simplement décidé d'abattre les moutons au nom de leurs prérogatives en matière de santé publique.

Voilà un nouvel exemple effrayant d'utilisation abusive des pouvoirs de contrainte de l'Etat, bien dans la manière des habitudes de l'ancien ministre de la Justice du Président Clinton, Janet Reno. Battu devant les tribunaux, l'Etat prend sa revanche en faisant appel à ses pouvoirs de contrainte. Pour le justifier, il invoque l'argument selon lequel les marchés sont par nature instables, et que si on les laissait opérer sans contrôles les épidémies et les maladies pourraient se développer et se diffuser librement.

La vérité est que c'est l'Etat lui-même qui, par sa politique, contribue à amplifier le danger de telles épidémies. Une grande part de l'hystérie qui commence à se répandre même aux Etats-Unis - où aucun cas de vache folle n'a encore été officiellement recensé - ne s'explique pas autrement que par l'occasion que les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture ou de la Food and Drug Administration y trouvent pour justifier l'appel à de nouveaux crédits qui viendront gonfler leurs budgets déjà pléthoriques.

Freeman élève des moutons non pour leur viande ou leur laine, mais pour leur lait dont il se sert pour fabriquer des fromages à l'européenne. L'été dernier, les services du ministère de la santé de l'Etat du Vermon ont demandé aux éleveurs d'arrêter leurs ventes de fromages, bien qu'il n'y ait strictement aucune preuve que le lait soit un vecteur de diffusion de la maladie de la vache foolle.

Les experts de l'administration déclarèrent que quatre moutons de son troupeau montraient des signes d'encéphalopathie spongiforme transmissible - terme générique de maladies neurologiques regroupant aussi bien l'encéphalopathie spongiforme bovine (la fameuse ESB) que la tremblante du mouton qui est présente aux Etats-Unis depuis 1947 et qui n'est pas dangereuse pour l'homme. Bien qu'il n'y ait pas encore de cas enregistré de maladie de la vache folle aux USA, l'administration invoqua l'argument selon lequel il était possible que les moutons de la ferme de M. Freeman soient porteurs du virus de l'ESB car ils auraient pu être contaminés par la consommation d'aliments du bétail d'origine européenne.

Aucun test ne permit de confirmer si oui ou non les moutons étaient bel et bien porteurs du virus de l'ESB, ou même de celui de la tremblante. Pourtant les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture décidèrent que les animaux devaient être exterminés afin d'examiner l'état de leurs tissus cérébraux dans un laboratoire situé à Ames, une ville de l'Iowa. On peut faire le pari que des pressions politiques énormes s'exerceront alors sur les employés du laboratoire afin qu'ils découvrent effectivement quelque chose de manière à ce que l'inadmissible comportement des autorités trouve finalement une justification a posteriori.

George Gray, un chercheur de l'administration travaillant à l'Université de Harvard, admet que le risque de contamination que font en définitive courir ces animaux est vraisemblablement très faible. Mais, ajoute-t-il, "on peut très bien imaginer un scénario" débouchant sur une véritable épidémie. "Rien n'est jamais impossible, ajoute-t-il.

Tous les jours que Dieu fait il existe un nombre pratiquement infini de mauvaise choses qui, techniquement parlant, peuvent se produire. Si c'est sur ce genre d'argument que les experts se fondent pour justifier la manière dont l'Etat intervient de manière de plus en plus fréquente dans nos vies - interventions qui, au fait, sont plutôt juteuses pour les chercheurs de Harvard - , nous ferions tout aussi bien de renoncer tout de suite aux protections de la Constitution et de proclamer haut et fort que l'expérience des pères fondateurs a désormais vécu.

Ce qui est irritant à propos de la maladie de la vache folle, c'est que ce sont précisément les actions du gouvernement qui ont contribué à donner au problème l'ampleur aujourd'hui atteinte. Dans un système de marché, les agriculteurs sont les premiers à avoir intérêt à tout faire pour réduire les risques de contamination de la maladie, à cause des conséquences sur leurs bénéfices. Si l'on était dans un véritable système de marché libre, les agriculteurs seraient assurés contre de tels risques, mais avec pour contrepartie l'engagement auprès des compagnies qui les assurent d'être les premiers à recourir à toutes les mesures de précaution possibles.

Dans le système actuel, où les agriculteurs savent qu'ils peuvent toujours compter sur l'aide de l'Etat pour les indemniser des pertes subies du fait de l'épidémie, ce mécanisme de motivation disparaît. La tendance naturelle du marché à minimiser les effets de diffusion de telles maladies ne fonctionne plus du fait que n'importe quel fermier, qu'il prenne les bonnes ou les mauvaises décisions, qu'il réagisse bien ou mal, sait que de toute façon il sera indemnisé. C'est ce qu'en économie on appelle un "aléa moral". Une notion bien connue des spécialistes du fonctionnement des marchés politiques.

L'analyse que Robert Higg développe dans son livre Crisis and Leviathan s'applique particulièrement bien ici. Le systèmes de motivation à l'œuvre dans le secteur public sont totalement différents de ce qui se passe sur les marchés privés. Une épidémie comme celle de la vache folle est en fait une bonne affaire pour les fonctionnaires de l'agriculture qui y trouvent une justification pour demander qu'on leur augmente encore davantage les crédits mis à leur disposition. La peur du public est un élément qui leur permet d'espérer des budgets encore plus importants pour demain.

L'intérêt des hommes politiques est d'entrer dans leur jeu car les votes des fonctionnaires représentent aujourd'hui un enjeu important dans toute élection. Toute crise de ce genre offre l'occasion de mettre en place de nouveaux échelons d'intervention publique qui, comme de bien entendu, perdureront une fois la crise passée. Ce n'est pas un hasard si à chaque fois que le monde politique parle de réduire les dépenses publiques, c'est à ce moment là qu'on voit apparaître - soi disant - de nouvelles crises.

C'est ainsi que l'Etat étend de plus en plus son empire, comme une maladie qui se diffuse. On ne pourra inverser la tendance qu'en commençant par casser l'Etat et en réduire la dimension avant qu'il ne tue lui-même la politique. Reste à savoir si nous découvrirons jamais un cas de vache folle en Amérique. En tout état de cause, le problème est beaucoup plus celui de la manière dont les Etats réagissent devant l'épidémie, ou les risques d'épidémie, que la maladie elle-même.