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Que se passerait-il
si l'Etat ne prenait pas à sa charge
l'indemnisation des grands risques agricoles
(inondations, sécheresses, épidémies,
grêle, orages exceptionnels, etc...) ?
Sur un marché
libre, cette protection serait assurée
par des mécanismes d'assurance, relayés
par toute une hiérarchie de marchés
à terme.
L'analyse économique
classique ne croît pas à l'efficacité
de ces marchés. D'où la justification
de l'intervention publique.
Dans un numéro
de la revue REGULATION
- le trimestriel du CATO
Institute -, le professeur Jerry
R. Skees rappelle que ces programmes
publics d'assurance et d'indemnisation comportent
un ensemble d'effets pervers qui permettent
de douter que le monde agricole se trouve aujourd'hui
dans une situation meilleure que celle qui aurait
été la sienne si l'Etat s'était
abstenu d'intervenir.
Son article
"Agricultural
Risk Management or Income Enhancement"
démontre comment la principale conséquence
des systèmes publics d'indemnisation
est non pas d'améliorer le sort de tous
les agriculteurs par rapport à ce qu'aurait
été leur situation avec un marché
libre, mais de procéder à toute
série de transferts de revenus cachés
au profit des propriétaires fonciers
On notera sur
le site web de son Institut - le CIFFARM
- une très intéressante bibliographie
sur le rôle des marchés financiers
comme instrument de protection contre les risques
naturels. Ses vues sont résumées
dans le compte-rendu d'une audition au Congrès
: Conequences
of Possible Responses to Current Farm Problems,
de juillet 1998
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Le
syndrome de la vache folle atteint à son tour
les Etats-Unis. En témoigne ce texte récemment
publié sur le site du von
Mises Institute. Celui-ci concerne le marché
américain, mais les réflexions de son
auteur Christopher
Westley
- notamment en ce qui concerne l'application du principe
de précaution - ont une portée bien plus
générale. Ce qui l'inquiète sont
bien plus les réactions de l'Etat, et la manière
dont les lobbies bureaucratiques profitent de l'occasion
pour justifier l'extension du champ de leurs pouvoirs
et l'augmentation de leurs crédits, que la maladie
elle-même.
Si
la socialisation de l'agriculture par les mécanismes
de la PAC est l'un des facteurs qui ont amplifié
le risque d'épidémie, un autre élément
joue un rôle considérable : "l'aléa
moral" qui résulte tout simplement de ce que
tout agriculteur sait que de toute manière, quoi
qu'il fasse, quelles ques soient les précautions
qu'il prenne, il sera indemnisé. L' "aléa
moral" est un phénomène bien connu des
marchés financiers. Le mérite de l'analyse
de Christopher Westley est de nous rappeler qu'il joue
aussi en agriculture.
Christopher
Westley, chercheur associé au Mises Institute,
est professeur d'économie agricole à l'Université
d'Etat de Jacksonville (Kentucky).
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M.
Freeman est fermier dans l'Etat du Vermont. Un jour
de la semaine dernière, au réveil, il
a eu la surprise de découvrir une douzaine de
policiers fédéraux en armes en train de
rassembler ses moutons pour les faire monter dans des
camions. Destination : l'Iowa où les animaux
devaient être abattus et faire ensuite l'objet
de tests pour découvrir s'ils étaient
porteurs du virus de la vache folle.
Ce
n'était pas la première fois que la maladie
de la vache folle mettait M. Freeman en situation de
devoir affronter les représentants de l'Etat
fédéral. L'été dernier,
avec un groupe d'autre éleveurs, il a rejeté
l'offre que l'Etat leur faisait d'accepter volontairement
l'abattage de leurs troupeaux en échange d'une
subvention de 2,4 millions de dollars. L'affaire est
montée au tribunal. Les juges leur ont donné
raison en confirmant leur droit de refuser l'offre qui
leur était faite. Alors les autorités
ont tout simplement décidé d'abattre les
moutons au nom de leurs prérogatives en matière
de santé publique.
Voilà
un nouvel exemple effrayant d'utilisation abusive des
pouvoirs de contrainte de l'Etat, bien dans la manière
des habitudes de l'ancien ministre de la Justice du
Président Clinton, Janet Reno. Battu devant les
tribunaux, l'Etat prend sa revanche en faisant appel
à ses pouvoirs de contrainte. Pour le justifier,
il invoque l'argument selon lequel les marchés
sont par nature instables, et que si on les laissait
opérer sans contrôles les épidémies
et les maladies pourraient se développer et se
diffuser librement.
La
vérité est que c'est l'Etat lui-même
qui, par sa politique, contribue à amplifier
le danger de telles épidémies. Une grande
part de l'hystérie qui commence à se répandre
même aux Etats-Unis - où aucun cas de vache
folle n'a encore été officiellement recensé
- ne s'explique pas autrement que par l'occasion que
les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture
ou de la Food and Drug Administration y trouvent pour
justifier l'appel à de nouveaux crédits
qui viendront gonfler leurs budgets déjà
pléthoriques.
Freeman
élève des moutons non pour leur viande
ou leur laine, mais pour leur lait dont il se sert pour
fabriquer des fromages à l'européenne.
L'été dernier, les services du ministère
de la santé de l'Etat du Vermon ont demandé
aux éleveurs d'arrêter leurs ventes de
fromages, bien qu'il n'y ait strictement aucune preuve
que le lait soit un vecteur de diffusion de la maladie
de la vache foolle.
Les
experts de l'administration déclarèrent
que quatre moutons de son troupeau montraient des signes
d'encéphalopathie spongiforme transmissible -
terme générique de maladies neurologiques
regroupant aussi bien l'encéphalopathie spongiforme
bovine (la fameuse ESB) que la tremblante du mouton
qui est présente aux Etats-Unis depuis 1947 et
qui n'est pas dangereuse pour l'homme. Bien qu'il n'y
ait pas encore de cas enregistré de maladie de
la vache folle aux USA, l'administration invoqua l'argument
selon lequel il était possible que les moutons
de la ferme de M. Freeman soient porteurs du virus de
l'ESB car ils auraient pu être contaminés
par la consommation d'aliments du bétail d'origine
européenne.
Aucun
test ne permit de confirmer si oui ou non les moutons
étaient bel et bien porteurs du virus de l'ESB,
ou même de celui de la tremblante. Pourtant les
fonctionnaires du ministère de l'Agriculture
décidèrent que les animaux devaient être
exterminés afin d'examiner l'état de leurs
tissus cérébraux dans un laboratoire situé
à Ames, une ville de l'Iowa. On peut faire le
pari que des pressions politiques énormes s'exerceront
alors sur les employés du laboratoire afin qu'ils
découvrent effectivement quelque chose de manière
à ce que l'inadmissible comportement des autorités
trouve finalement une justification a posteriori.
George
Gray, un chercheur de l'administration travaillant à
l'Université de Harvard, admet que le risque
de contamination que font en définitive courir
ces animaux est vraisemblablement très faible.
Mais, ajoute-t-il, "on peut très bien imaginer
un scénario" débouchant sur une véritable
épidémie. "Rien n'est jamais impossible,
ajoute-t-il.
Tous
les jours que Dieu fait il existe un nombre pratiquement
infini de mauvaise choses qui, techniquement parlant,
peuvent se produire. Si c'est sur ce genre d'argument
que les experts se fondent pour justifier la manière
dont l'Etat intervient de manière de plus en
plus fréquente dans nos vies - interventions
qui, au fait, sont plutôt juteuses pour les chercheurs
de Harvard - , nous ferions tout aussi bien de renoncer
tout de suite aux protections de la Constitution et
de proclamer haut et fort que l'expérience des
pères fondateurs a désormais vécu.
Ce
qui est irritant à propos de la maladie de la
vache folle, c'est que ce sont précisément
les actions du gouvernement qui ont contribué
à donner au problème l'ampleur aujourd'hui
atteinte. Dans un système de marché, les
agriculteurs sont les premiers à avoir intérêt
à tout faire pour réduire les risques
de contamination de la maladie, à cause des conséquences
sur leurs bénéfices. Si l'on était
dans un véritable système de marché
libre, les agriculteurs seraient assurés contre
de tels risques, mais avec pour contrepartie l'engagement
auprès des compagnies qui les assurent d'être
les premiers à recourir à toutes les mesures
de précaution possibles.
Dans
le système actuel, où les agriculteurs
savent qu'ils peuvent toujours compter sur l'aide de
l'Etat pour les indemniser des pertes subies du fait
de l'épidémie, ce mécanisme de
motivation disparaît. La tendance naturelle du
marché à minimiser les effets de diffusion
de telles maladies ne fonctionne plus du fait que n'importe
quel fermier, qu'il prenne les bonnes ou les mauvaises
décisions, qu'il réagisse bien ou mal,
sait que de toute façon il sera indemnisé.
C'est ce qu'en économie on appelle un "aléa
moral". Une notion bien connue des spécialistes
du fonctionnement des marchés politiques.
L'analyse
que Robert Higg développe dans son livre Crisis
and Leviathan s'applique particulièrement
bien ici. Le systèmes de motivation à
l'œuvre dans le secteur public sont totalement différents
de ce qui se passe sur les marchés privés.
Une épidémie comme celle de la vache folle
est en fait une bonne affaire pour les fonctionnaires
de l'agriculture qui y trouvent une justification pour
demander qu'on leur augmente encore davantage les crédits
mis à leur disposition. La peur du public est
un élément qui leur permet d'espérer
des budgets encore plus importants pour demain.
L'intérêt
des hommes politiques est d'entrer dans leur jeu car
les votes des fonctionnaires représentent aujourd'hui
un enjeu important dans toute élection. Toute
crise de ce genre offre l'occasion de mettre en place
de nouveaux échelons d'intervention publique
qui, comme de bien entendu, perdureront une fois la
crise passée. Ce n'est pas un hasard si à
chaque fois que le monde politique parle de réduire
les dépenses publiques, c'est à ce moment
là qu'on voit apparaître - soi disant -
de nouvelles crises.
C'est
ainsi que l'Etat étend de plus en plus son empire,
comme une maladie qui se diffuse. On ne pourra inverser
la tendance qu'en commençant par casser l'Etat
et en réduire la dimension avant qu'il ne tue
lui-même la politique. Reste à savoir si
nous découvrirons jamais un cas de vache folle
en Amérique. En tout état de cause, le
problème est beaucoup plus celui de la manière
dont les Etats réagissent devant l'épidémie,
ou les risques d'épidémie, que la maladie
elle-même.
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