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:Bien
que datant déjà de quelques années,
ce livre reste toujours d'actualité et
décrit l'architecture de la réponse
libérale aux problèmes du réchauffement
de l'atmosphère.Le
livre est désormais disponible on line.
Voir notamment
la partie IV (disponible en format
.pdf).
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Autres
lectures récentes :
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Une
politique doit se juger par ses objectifs, non sur ses
moyens. Pour Robert Crandall (l'un des piliers de la
Brookings
Institution, spécialisé dans
l'économie des réglementation - c'est
notamment un
expert des problèmes de gestion du
marché des télécommunications et
d'internet), comme pour Fred Smith ( le Président-fondateur
du Competitive
Enterprise Institute de Washington), le recours
à des "marchés de droits" pour
obtenir que les objectifs de réduction des rejets
de CO2 soient réalisés à moindre
coût n'enlève rien, à leurs yeux,
au fait que, compte tenu des connaissances que nous
en avons aujourd'hui, ce n'est certainement pas la meilleure
réponse possible au problème du réchauffement
de la planète.
L'Administration
présidentielle américaine a eu le courage
de rejeter l'Accord de Kyoto, mais elle est en train
de se rallier, semble-t-il, à l'idée d'un
système de mesures "volontaires" pour réduire
les émissions de gaz carbonique qui aurait les
mêmes conséquences. Selon cette idée
l'Etat fixerait un plafond global pour les rejets de
gaz carbonique à l'intérieur du pays,
ce qui se traduirait par la création de "droits
d'émission" distribués entre les entreprises
polluantes, le système étant conçu
pour "inciter" les entreprises à accepter "volontairement"
de réduire leurs rejets au niveau souhaité.
Comment on connaît très mal ce que sont
les coûts exacts de dépollution, le mécanisme
fonctionnera toutefois de façon à permettre
à certaines industries d'acquérir des
"droits" au-delà du volume de rejets autorisé.
Cette
approche a beaucoup de défenseurs. Un certain
nombre de groupes écologiques reconnaissent aujourd'hui
les inconvénients d'un système de contrôle
purement réglementaire, et se font les champions
de "solutions de marché" fondées sur l'utilisation
de taxes écologiques spécifiques alliées
à des mécanismes de "droits à polluer".
Les entreprises qui ont fondées leurs dernières
décisions d'investissement sur le calcul qu'Al
Gore allait gagner les élections et imposer une
nouvelle batterie d'impôts sur l'énergie,
sont très favorables à la mise en place
d'un tel système qui aurait l'avantage de valider
en quelque sorte leurs récentes dépenses.
Par ailleurs il s'agit d'une solution qui a le soutien
de la plupart des économistes qui y voient une
approche plus rationnelle des problèmes d'environnement.
Après tout, qu'est-ce qu'on pourrait y reprocher
puisqu'il s'agit d'agir par le moyen d'échanges
de marché volontaires ?
En
fait, cette approche n'est pas sans défauts,
loin de là. Tout d'abord, première remarque,
il est contradictoire, comme le fait l'Administration
Bush, d'admettre qu'il faille réduire les niveaux
de CO2 dans l'atmosphère, tout en maintenant
que ce que la science connaît aujourd'hui des
phénomènes d'effet de serre n'est pas
suffisant pour justifier des décisions et des
actes engageant aussi lourdement l'avenir. La concession
que l'Administration semble aujourd'hui disposée
à faire ruine tout l'effet de son discours précédent.
A l'inverse, s'il est vrai que les niveaux de CO2 déjà
atteints dans l'atmosphère sont manifestement
trop élevés et dangereux, comment peut-on
alors justifier un projet qui aurait pour effet de limiter
la hausse du coût des énergies fossiles
? Plus fondamentalement, il y a enfin le problème
que ces soi-disant "mécanismes de marché"
ne relèvent pas du tout d'une logique de marché
: il s'agit de mécanismes qui utilisent le recours
à l'impôt et au rationnement autoritaire
pour atteindre des objectifs purement politiques. Si
ces objectifs n'ont aucun sens, peu importe alors la
nature plus ou moins élégante des moyens
avec lesquels on cherche à les atteindre !
Ceux
qui défendent ce projet s'appuient sur le précédent
du système de marché mis au point il y
a une dizaine d'années, à l'époque
du premier gouvernement Bush (père), pour réduire
les rejets d'oxydes de soufre dans l'atmosphère,
et ainsi apporter une solution au célèbre
problème des pluies acides. Mais en réalité
ses résultats ne prêchent pas du tout en
ce sens.
Il
n'est toujours établi de manière définitive
qu'il était impératif de limiter les rejets
de SO2 dans l'atmosphère. Le gouvernement américain
vient de dépenser plus de 500 millions de dollars
pour une étude sur l'origine des pluies acides
qui a mis en évidence que les coûts du
mécanisme mis alors en place ont été
très supérieurs aux avantages qui en ont
été en définitive retirés.
Parcequ'ils étaient pressés de montrer
comment la science économique pouvait enrichir
les politiques d'environnement, les économistes
ont activement soutenu la création de ces "marchés
de droits" sans jamais se demander si l'objectif - réduire
les rejets de SO2 - en valait vraiment le coût.
Ils commettent à nouveau la même erreur
aujourd'hui. Sauf que cette fois-ci les coûts
en jeu n'ont plus rien à voir avec ceux de l'époque,
et cela pour des gains éventuels de nature encore
plus incertaine.
Ceux
qui s'enthousiasment pour ces marchés de permis
de polluer ont insuffisamment réfléchi
aux problèmes que pose leur mise en pratique.
La première de toutes les tâches, qui consiste
à déterminer les limites globales à
respecter, est loin d'être évidente. Faut-il
respecter les limites fixées à Kyoto ?
Comment intégrer la prise en compte de ces bassins
de regénération que sont les grandes forêts
et les immenses territoires agricoles dont les plantes
absorbent le CO2 ? Sur quelles bases procéder
à la distribution de ces droits sachant que les
entreprises qui ont déjà volontairement
investi dans les technologies propres risquent ainsi
de se trouver défavorisées ?
S'assurer
que les entreprises ne rejettent pas plus de C02 dans
l'atmosphère que ce à quoi leurs droits
les autorisent, ne sera pas tâche facile non plus.
Si on élargit les échanges de droits au
niveau international, les problèmes seront encore
plus compliqués. Comment saura-t-on que telle
entreprise chinoise ou russe, située au cœur
de la Sibérie, réduit bel et bien ses
rejets conformément au plan adopté par
les diplomates ? Avec la création de valeur qui
résultera de la mise en place du système
- on considère que la valeur totale des droits
désormais échangeables avoisinera les
3 000 milliards de dollars -, l'intérêt
à tricher sera énorme !
Un
autre problème essentiel de ce genre de mécanisme
est qu'il encourage les entreprises à adopter
un comportement de plus en plus opportuniste. La valeur
des "droits" dépendra en effet de leur rareté.
Il faut donc s'attendre à l'apparition d'un formidable
lobby industriel s'opposant bec et ongles à toute
libéralisation des limites de pollution fixées,
même si cela est parfaitement justifié.
Regardez ce qui se passe dans les grandes villes avec
les systèmes de quotas pour taxis. Même
si les besoins augmentent, les propriétaires
de taxis font tout ce qu'ils peuvent pour bloquer la
distribution de permis supplémentaires, leur
valeur marchande au sein de la profession étant
d'autant plus élevée que la pénurie
est grande. L'institution d'un marché de "droits
à polluer" pour les rejets de CO2 aboutirait
à un résultat similaire, sauf qu'il serait
à une échelle infiniment plus grande.
Il
est désormais plus que certain que notre connaissance
des mécanimes de réchauffement de l'atmosphère
terrestre progressera de manière formidable au
cours des dix prochaines années.Si les progrès
de notre savoir nous laissent entrendre qu'après
tout il n'y a pas vraiment lieu de nous acharner à
réduire nos rejets de CO2, la meilleure décision
consistera alors à abandonner tout ce que nous
aurons mis en place. Mais la logique des "marchés
de droits" opposera un formidable obstacle à
la révision souhaitable de notre politique. Les
entreprises qui auront acheté de tels droits
à grands frais, ou qui envisageaient d'en acheter,
s'opposeront à voir leur valeur ainsi réduite
à néant.
Le
plan énergie du Président Bust est déjà
en difficulté. Contribuer en plus au développement
de politiques anti énergies fossiles ne ferait
qu'aggraver les choses. Si le gouvernement Bush participe
à la mise sur pied d'un marché de "droits
CO2", il lui faudra abandonner l'espoir de conserver
le soutien des entreprises pour une politique d'énergie
bon marché.
Plutôt
que de nous engager plus avant dans la mise au point
d'un projet extrêmement complexe de "marché
de droits", nous serions mieux inspirés de nous
consacrer toutes nos ressources et nos efforts à
la recherche de la croissance la plus forte possible.
Plus la société sera riche, plus sa résilience
sera forte, et plus elle acquièrera la capacité
de répondre à tous les problèmes
qui risquent de se poser dans l'avenir, quels qu'ils
soient, y compris tout ce que peut impliquer un phénomène
tel que le réchauffement de l'atmosphère.
Ce n'est pas parce que nos gaspillons nos ressources
en utilisant des techniques économiques fondées
sur l'usage de marchés que cela rend ces gaspillages
davantage désirables.
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