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25
Octobre 2000
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Pétrole,
euro, inflation, bourse... que nous réserve
la suite ?
six
documents pour répondre
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En
moins de deux mois, le climat économique s'est
brutalement retourné. L'inquiétude est revenue.
La hausse des prix du pétrole, la chute prolongée
de l'euro, le retour des menaces inflationnistes, la sévérité
de la baisse de la bourse... tous ces évènements
conduisent de nouveau à se demander ce que l'avenir
nous réserve. Comme il y a deux ans, les médias
redonnent dans la surenchère au pessimisme.
Les
opinions sont très partagées. Pour notre
part, nous partageons l'avis que nous donnent Charles
et Louis-Vincent Gave dans leur dernière étude
de conjoncture mondiale (dont nous sommes heureux qu'ils
nous aient autorisé à en reproduire ci-contre
un substantiel extrait) : il n'y a pas de quoi s'affoler;
la vigueur inattendue de la reprise mondiale, dans un
contexte de resserrement monétaire US, joint
aux effets que cela a entraîné sur les
prix du pétrole, a provoqué une pénurie
mondiale de liquidités en dollars qui explique
l'ampleur persistante de la chute de l'euro ainsi que
la récente baisse des cours de bourse.
Il
s'agit en quelque sorte de la résultante d'un
concours de circonstances assez exceptionnel, mais qui
ne devrait pas se transformer en déroute, ni
même durer. Les conditions objectives d'un sévère
retournement de conjoncture - l'apparition de surcapacités
notoires dans l'offre des nouvelles industries -, nous
dit l'étude de Gaveco,
ne sont pas réunies, malgré l'inquiétude
que suscitent les résultats actuellement annoncés
par de nombreuses entreprises.
Une
chose est certaine : la situation actuelle n'a rien
à voir avec celle de 1974. Elle ressemble plutôt
à celle d'octobre 1998 lorsque la majorité
des analystes prévoyaient quasiment la fin du
monde, mais où le rebond qui a suivi a pris tout
le monde à contrepieds.
En
accompagnement, mais aussi en contrepoint de ce diagnostic,
nous vous proposons des extraits de cinq autres documents
qui ont attiré notre attention au cours des dernières
semaines ::
- Jean-Jacques
Rosa, dans un article du Figaro (20
octobre 2000),
- Daniel
Yergin, le patron de Cambridge Research
Associates, dans un article du Wall Street Journal
( 17 octobre 2000)
- Stephen
Cechetti,
professeur à Ohio State University, dans un
commentaire adressé au Wall Street Journal
(12 octobre 2000).
- David
Fand,
du Buchanan Center for Political Economy, dans un
texte (de septembre 99) resté indédit.
- Steven
Pearlstein ,du
Washington Post Service, dans un article du International
Herald Tribune en date du 19 octobre 2000.
Le
texte du Professeur Fand est particulièrement
intéressant en ce que son auteur, un monétariste
de la pure lignée Friedmanienne, ami très
proche du prix nobel d'économie James Buchanan,
y exprime une vision très critique de la "nouvelle
économie". A ses yeux le soi disant miracle
américain des dernière années s'expliquerait
uniquement par le fait que les USA ont profité
d'une situation mondiale caractérisée
par un volume considérable de ressources inutilisées
- d'où une élasticité très
élevée de l'offre qui a empêché
le redémarrage de l'inflation.
Nous
ne partageons pas cette analyse, mais elle méritait
d'être mentionnée, d'autant qu'un récent
voyage à Washington nous a confirmé que
les avis des économistes des think tanks libéraux
sur la question de la 'nouvelle économie' sont
plutot assez diversifiés.
Henri
Lepage
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Jean-Jacques
Rosa : "le fantôme de la stagflation"
(Le Figaro du 20 octobre 2000).
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(..)La
configuration d'une récession accompagnée
d'inflation apparaît ainsi vraisemblable, et très
semblable aux conjonctures des années 70., lors
de la stagflation qui ne découlait que très
partiellement des "chocs pétroliers". Mais les
évolutions sont beaucoup plus modérées
aujourd'hui : au lieu d'atteindre les deux chiffres, l'inflation
n'a dépassée que très récemment
un modeste 2 % en Europe, pour pousser une pointe à
2,8 % en septembre, et la "core inflation" reste dans
la zone des 3 ou 4 % aux Etats-Unis, alors même
que les capacités de production sont utilisées
à plein.
Dans
le même temps, la croissance attendue, même
révisée à la baisse, devrait être
soutenue des deux côtés de l'Atlantique
au lieu qu'il y eut en 1974 et en 1979 des baisses absolues
du PIB, c'est à dire des taux de croissance négatifs
dans certains pays.
D'autre
part, le prix du pétrole n'a ni quadruplé
comme en 1973 ni décuplé comme en 1979.
Et, en ce début du nouveau siècle, la
part du pétrole dans le PIB des pays développés
est sensiblement moins importante qu'elle n'était
il y a trente ans. Elle est passée en dessous
de celle des technologies de l'information qui jouent
au contraire dans le sens d'une réduction des
coûts de production, d'accroissement de la productivité
et donc de stimulation de la croissance de l'ensemble
des économies.
Enfin,
si les politiques monétaires deviennent plus
restrictives, c'est avec une très grande prudence
aux Etats-Unis où les taux d'intérêt
de la Réserve fédérale n'augmentent
guère plus que l'inflation, ce qui se justifie
dans la mesure où cette dernière reste
très modérée. En Europe, grâce
à M. Duisenberg
si injustement décrié, la politique monétaire
est devenue résolument expansionniste avec la
dépréciation d'un quart ou plus de la
valeur de l'euro en un peu moins de deux ans tandis
que les taux de refinancement n'augmentent que de façon
homéopathique. Le "choc pétrolier" de
plus faible ampleur, l'inflation incomparablement plus
faible, les politiques monétaires moins restrictives
ou expansionnistes font que les circonstances actuelles
ne ressemblent pas à celles de la stagflation
des années 70 .
(..)
Le vrai risque vient plutôt d'un freinage monétaire
strict répondant à une accélération
de l'inflation et qui amplifierait une correction boursière
qui reste nécessaire. C'est la conjonction de
la dégradation des perspectives de profit des
entreprises en fin de phase d'expansion et de la déflation
boursière qui devra corriger les partis pris
sur les gains futurs - particulièrement aléatoires
- des entreprises de la nouvelle économie (..),
qui peut entraîner une récession un peu
marquée d'abord aux Etats-Unis, puis, par contraction
de la demande internationale, en Europe.
Mais
les conditions exceptionnellement favorables découlant
de la mise en œuvre de la révolution de l'information
demeurent. Comme dans les autres périodes d'expansion
longue de type "schumpétérien", la récession
américaine, et peut-être européenne,
devrait être, le moment venu, et sans rapport
avec le prix du pétrole, plus brève et
moins sévère qu'à l'ordinaire.
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Daniel
Yergin : "crise de l'énergie ? laquelle ?
" (Wall Street Journal du 17 octobre 2000). |
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(..)Ce
qui arrive, au moins jusqu'au jour d'aujourd'hui, n'est
pas une crise. Ce n'est qu'un choc qui s'inscrit dans
le cadre d'un cycle économique particulièrement
marqué, mais dont l'effet devrait passer.
Il
y a quatre ans, le marché pétrolier était
particulièrement tendu, en raison de la forte
demande qui provenait des économies asiatiques
en plein boom. Tout le monde s'attendait à ce
que la croissance progresse encore. Au lieu de cela,
l'économie des pays asiatiques s'est effondrée.
Le pétrole fut la première industrie mondiale
à en ressentir les conséquences. Au lieu
d'augmenter, les achats de pétrole ont plongé,
cependant que la production mondiale de pétrole
continuait d'augmenter. Résultat : des installations
de stockage totalement submergées et une chute
des prix qui a ramené le prix du pétrole
de 27 $ le baril à moins de 10 $ en l'espace
de quelques mois.
Les
conséquences en furent les mêmes que pratiquement
après chaque effondrement des prix depuis que
le célèbre "Colonel"
Edwin Drake fora le premier puit de pétrole
dans l'Ouest de la Pennsylvanie en 1859. Les compagnies
les plus petites ont fait des coupes massives dans leurs
dépenses pour survivre. Les plus grandes ont
retardé leurs projets d'investissements. Les
gens se sont débrouillés. L'industrie
s'est restructurée. La baisse des investissements
a entraîné un ralentissement des efforts
d'exploration et de mise en production de nouveaux puits,
et les effets s'en sont fait très rapidement
sentir. Les capacités mondiales de production
sont aujourd'hui presque inférieures de 10 %
- soit l'équivalent de 8 millions de barils/jours
- au chiffre que les prévisions de 1997, faites
juste avant que l'effondrement de la monnaie thaïlandaise
ne déclenche la crise asiatique, laissaient attendre
pour la fin. Depuis deux ans, les achats ont repris
avec vigueur, entraînés notamment - ce
qui n'est pas surprenant - par le remarquable rétablissement
de la plupart des économies d'Asie.
Tant
que les nouvelles livraisons dont ont dit qu'elles sont
actuellement en route n'auront pas atteint leurs ports
de destination, le marché retera très
tendu, et un marché très tendu est un
marché sensible à toute menace d'interruption,
ou encore à toute possibilité d'erreur.
Une combinaison d'évènements inattendus
- comme l'accès de violence au Moyen Orient,
quelques sombres manœuvres irakiennes, des troubles
sociaux sur les puits vénézuéliens,
l'apparition de goulets d'étranglement dans la
logistique de transport, un hiver particulièrement
rigoureux… - peuvent suffire à rompre la chaîne
d'approvisionnement et faire que les marchés
passent du jour au lendemain d'une sourde inquiétude
à un état de panique irrépressible,
susceptible d'envoyer les prix au-dessus de 40 $ le
baril, au moins pour quelques temps.
Cet
emballement des prix, même pour une période
relativement brève, se fera sentir dans l'inflation.
Il aura pour conséquence de réduire le
moral des entrepreneurs et des consommateurs, ce qui
risque de déstabiliser les marchés financiers
et ralentir les achats des particuliers, provoquant
ainsi une récession économique que l'on
s'efforcait d'éviter. Les risques d'un tel engrenage
sont réels.
Toutefois
il convient d'avoir une vision plus équilibrée
de ce qui est en train de se passer. Si les risques
d'une désorganisation du marché, ou d'une
panique affectant particulièrement les marchés
à terme sont réels, il n'en reste pas
moins que ces phénomènes seront temporaires,
qu'ils ne seront en aucun cas les annonciateurs de l'installation
d'un état de pénurie durable - dont le
spectre a tant hanté les années 1970.
L'une des grandes leçons qu'il faut tirer de
cette époque est que "les marchés, ça
marche !". Pendant les sept années que j'ai passées
à écrire mon livre sur l'histoire de l'industrie
pétrolière, j'ai passé beaucoup
de temps à décrire des tas de personnages
qui ont joué un rôle essentiel dans cette
histoire. Mais j'en tire la conclusion qu'il n'y a jamais
en réalité que deux personnages qui comptent
: le premier qui s'appelle "l'offre", le second qui
s'appelle "la demande".
Tout
compte fait, le monde a toujours vécu avec l'impression
que le pétrole allait manquer, et cela depuis
que cette industrie existe. Lorsqu'en 1885 John Archbold,
qui allait devenir le successeur de John
D. Rockefeller à la tête
de la Standard Oil, entrepris de brader les actions
de sa société, c'est parce que l'un des
ses experts lui avait expliqué qu'il n'y avait
"qu'une chance sur cent" de trouver de nouveaux champs
de pétrole à exploiter en remplacement
des puits de Pennsylvanie - qui, à l'époque,
était au fond l'équivalent de ce qu'est
aujourd'hui l'Arabie séoudite - dont les ressources
étaient en train de s'épuiser.
Le
pétrole a démontré son importance
stratégique pour la première fois pendant
la Grande Guerre 1914-1918, lorsque certains y ont vu
"le sang de la terre", ou encore "le sang de la victoire".
De telles expressions ont renforcé l'impression
de "pénurie pétrolière" qui a dominé
la politique des gouvernements après la guerre.
En 1920, le directeur des services géologiques
américains annonçait que les réserves
US de pétrole seraient épuisées
en moins de … neuf ans et trois mois, exactement.
Mais
en quelque années l'ouverture de nouveaux territoires
à la prospection pétrolière, ainsi
que l'essor des nouvelles technologies ont tranformé
ce qui était pénurie en véritable
inondation. En 1930, juste au moment où l'on
avait annoncé que tous les puits seraient épuisés,
la découverte des énormes champs pétrolifères
de l'est Texas ont bouleversé tous les calculs.
La surabondance qui a suivi a fait tombé les
prix à moins de 10 cents le baril au moment de
la Grande Dépression, mais moins de dix ans plus
tard, avec le déclenchement de la seconde guerre
mondiale, le pétrole redevenait à nouveau
une denrée particulièrement précieuse
pour les Alliés. Dans l'après guerre,
à nouveau, la crainte d'une pénurie massive
d'énergie a provoqué d'énormes
progrès technologiques qui ont permis la mise
en exploitation des immenses terrains pétroliers
du Moyen Orient (Arabie Séoudite, Koweit).
Vers
la fin des années 1970, la crainte d'une pénurie
durable de pétrole s' était solidement
installée dans les esprits. Tout le monde parlait
de la menace de voir l'industrie succomber faute d'approvisionnements
suffisants. Mais malgré cela, malgré toute
l'agitation politique autour des problèmes de
l'énergie, et toutes les interventions et réglementations
auxquelles cela a donné naissance, les marchés
ont fonctionné, et plutôt rapidement (du
moins à l 'échelle du temps historique).
Ils se sont vite ajustés. De nouveau on a mis
en place de nouvelles technologies (les plates formes
off shore pour exploiter le pétrole sous-marin).
De nouvelles zones ont été explorées,
et l'offre de pays non membres de l'OPEP s'est développée.
Simultanément les hauts prix ont ralenti la demande
et en même temps clamé la peur de manquer.
En quelques années on a reconstruit les conditions
d'une nouvelle situation excédentaire, et les
prix se sont de nouveau effondrés.
En
1970 le volume des réserves mondiales prouvées
était de 560 milliards de barils. Aujourd'hui
les estimations ont doublé à plus de 1
000 milliards de barils, et la production, avec 79 millions
de barils/jour est supérieure de plus de 50 %
à ce qu'elle était au début des
années 1970. Comme toujours, il est apparu que
la plus difficile des choses est d'anticiper ce que
sera l'effet des nouvelles technologies. Qui, dans les
années 1970, aurait imaginé que la révolution
des technologies de l'information, une fois adaptée
aux conditions de l'industrie pétrolière,
allait faire chuter de manière aussi spectaculaire
les coûts d'exploration par exemple ?
Quoi
qu'il se passe au cours des quelques mois difficiles
à venir, le processus d'ajustement est déjà
en cours. L'annonce de la fusion entre Chevron
et Texaco
montre que le processus de restructuration - dont la
finalité est de faire baisser les coûts
et d'assurer la rentabilité des projets à
long terme grâce à des économies
d'échelle - se poursuit. Les hauts prix vont
tempérer la consommation. La "reliquéfaction"
financière de l'industrie pétrolière
va permettre de faire arriver sur le marché du
pétrole provenant de nouvelles zones d'exploitation.
Bien
évidemment, cela ne se passe pas en un jour.
Dans une industrie faisant montre d'une telle complexité,
il est normal qu'il y ait d'inévitables délais.
Les entreprises y font montre d'une plus grande prudence
que ce n'était le cas autrefois. Elles ne s'attendent
pas à ce que les prix persistent longtemps au
niveau qu'ils ont aujourd'hui atteint, et elles ne veulent
à aucun prix faire les frais d'une nouvelle crise.
La reprise est également ralentie par l'incidence
des licenciements et des pertes de savoir faire et de
capital humain provoqués par l'intensité
des politiques de réduction de coûts de
l'année 1998.
Quoiqu'il
en soit, nous prévoyons que les capacités
mondiales de production en 2002 dépasseront de
4 millions de barils celles d'aujourd'hui, ce qui signifiera
que la croissance de l'offre sera spérieure à
celle de la demande. En 2010 l'offre sera supérieure
de 30 % à aujourd'hui. Cela exclut toute pénurie
possible. Ce que nous ne connaissons, ce sont tous les
problèmes auxquels il faudra faire face avant
que nous n'en arrivions là.
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Stephen
Cechetti : "Rappelez-vous la
stagflation !" (The Financial Times du 12 octobre
2000). |
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Personne
n 'aime l'inflation, mais tout le monde adore la croissance.
C'est pourquoi, les années soixante dix - la
décennie au cours de laquelle le monde a découvert
la pénurie de pétrole et la stagflation
- restent aussi impopulaires dans la mémoire
de la plupart des gens. Aujourd'hui que les prix du
pétrole se remettent à grimper, il est
essentiel que nos décideurs politiques ne renouvellent
pas les erreurs qu'ils ont commises au cours de cette
période.
La
cause immédiate de la stagflation des années
soixante dix se trouve dans la succession de hausses
qui a marqué le marché pétrolier
de 1974 à 1979. Le prix du pétrole se
trouvait à 4 $ le baril au début de la
décennie; il est brutalement passé à
10 $ en 1974, pour terminer à 40 $ en 1980. Ce
sont ces hausses successives, combinées à
une réponse macroéconomique totalement
inapproppriée qui ont donné en Europe
et aux Etats-Unis dix ans d'inflation à plus
de 7 % par an, avec un taux de croissance moyen tombé
à tout juste 2 % par an.
Par
comparaison, la hausse de 15 $ en 1998 à 35 $
aujourd'hui paraît relativement raisonnable. De
fait, si on déduit l'inflation, l'Occident revient
tout simplement à un prix du pétrole égal
à celui de 1974. Il n'en reste pas moins que
le pétrole reste une source d'énergie
essentielle, et que le doublement de son prix est ressenti
comme une lourde menace pour l'avenir.
Qu'en
est-il exactement ? Dans quelle mesure le sort de nos
économies industrielles est-il lié à
la caacité de l'OPEP
de maintenir des prix élevés ?
Pour
répondre, il faut revenir un instant sur l'historique
des récents événements. Au cours
de la seconde moitié des années 1990 l'inflation
est tombée en dessous de 2 % des deux côtés
de l'Atlantique, cependant que le taux de croissance
réel américain est passé au dessus
de 4 % par an. A cela , plusieurs causes. La première
de toutes, aux Etats-Unis, vient de l'explosion des
gains de productivité, elle-même liée
aux énormes investissements réalisés
dans le domaine des technologies de l'information. Mais
il n'en reste pas moins que la baisse des coûts
de production a été fortement aidée
par la baisse enregistrée au cours de la même
période dans les prix de l'énergie.
L'histoire
nous montre qu'il y a peu de chances que l'OPEP
réussisse à maintenir pendant longtemps
les prix aujourd'hui atteints. La tentation est trop
forte pour les pays qui bénéficient des
hauts prix du pétrole d'en profiter pour construire
de nouvelles capacités de raffinage, et ainsi
de conduire à une nouvelle baisse. Néanmoins,
entretemps, du fait de la hausse de leurs coûts
de production, les occidentaux se trouvent confrontés
à des problèmes qui leur imposent de faire
un choix difficile. Les entreprises doivent décider
si elles préfèrent relever leurs propres
prix, ou au contraire accepter d'amortir la hausse des
prix de leurs approvisionnements par une réduction
de leurs marges. Un tel choix est rarement populaire
auprès des investisseurs. D'où le fait
que leur réponse est le plus souvent d'augmenter
leurs prix.
Les
hausses de prix provoquées par le pétrole
provoquent à la fois une augmentation de l'inflation
et un ralentissement de la croissance. Ce qui crée
un dilemme pour la banque centrale : celle-ci doit choisir
entre 1. relâcher la politique monétaire
pour contrer le ralentissement économique, au
prix d'une certaine relance de l'inflation, et 2. relever
les taux d'intérêt afin d'enrayer l'inflation,
en courant le risque de déclencher une récession
brutale.
Dans
les années 1970 la FED
américaine a choisi la première solution,
et c'est l'une des raisons qui ont conduit à
ce que depuis lors les pouvoirs publics accordent un
tel prix au maintien prioritaire de la stabilité
des prix. Tout le monde s'est rallié à
l'idée qu'en période de hausses de prix,
une politique monétaire restrictive sert mieux
les intérêts économiques à
long terme de chacun que l'inverse. Relever les taux
n'est jamais populaire, en particulier lorsque l'économie
est déjà entrée en phase de ralentissement.
Néanmoins, le consensus est que c'est ce qu'il
convient de faire.
La
plupart des économistes s'attendent à
ce que la croissance de l'économie américaine
ralentisse à un rythme de 2 à 3 % l'an
au cours du second semestre 2000. Selon certain, ce
ralentissement est le signe que le relèvement
des taux de plus de 1 % intervenu depuis juin 1999 a
eu l'effet attendu sur la demande. Mais les plus récentes
statistiques sur les prix à la consommation sont
inquiétantes : il apparaît désormais
que l'inflation sous-jacente (non compris la hausse
du pétrole) est plus proche de 3 % que de 2 %.
Normalement,
sans événement imprévu (tel que
la hausse du pétrole) on devait s'attendre à
ce que les taux de croissance et d'inflation des prochains
mois reflètent l'influence de ce resserrement
de la politique du FED. En relevant progressivement
ses taux, l'objectif de l'Open
Market Committee était de peser à
la fois tant sur l'inflation que la croissance. Mais
la hausse du taux d'inflation suggère que d'autres
facteurs sont actuellement à l'œuvre.
Si
l'on veut éviter une répétition
de ce qui s'est passé dans les années
1970, il faut agir vite et casser le mécanisme
de l'inflation avant que celle-ci ne se trouve répercutée
dans les anticipations qui commandent l'ensemble du
système de négociations salaires/prix.
Ce qui implique que l'on relève les taux d'intérêt
de manière à éviter toute accélération
des salaires, et à casser les anticipations inflationnistes.
De ce point de vue l'augmentation des anticipations
inflationnistes que révèlent les dernières
statistiques est plutôt inquiétante.
En
Europe la tâche de la
BCE est rendue plus compliquée par
la manière dont les pays de l'Union européenne
gérent leur marché du travail. L'expérience
du dernier quart de siècle montre qu'il est très
difficile d'y réduire le chômage une fois
que celui-ci s'est installé. En conséquence,
tout relèvement des taux d'intérêt
en réponse à la hausse des prix du pétrole
implique un prix à payer en termes de chômage
plus élevé et plus durable qu'en Amérique.
Mais malgré cela, c'est encore la politique la
plus appropriée à la situation actuelle.
Depuis
dix ans les banques centrales européennes et
américaines ont fait un remarquable travail pour
rétablir les bases d'une période durable
de forte croissance et de faible inflation. Mais elles
se trouvent de nouveau à la croisée des
chemins, devant des choix difficiles. Il faut rester
attentif à la possible nécessité
d'avoir à relever encore davantage les taux.
Les pouvoirs publics ne doivent pas se contenter de
compter passivement sur les effets du ralentissement
économique.
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David
Fand : "Il n'y a pas de nouvelle économie"
(extraits) |
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Dans
ce texte j'explique que l'extraordinaire boom de la
bourse américaine est le produit accidentel de
la rencontre d'un certain nombre de facteurs particuliers.
Je rejette tant la notion d'un "nouveau paradigme" que
l'idée d'une "nouvelle économie". Si les
P/E ratios américains ont atteint de tels sommets,
c'est seulement à cause de facteurs spéciaux.
Mon
point principal consiste à noter que les Etats-Unis,
au cours de ces dernières années, ont
profité d'une situation économique mondiale
caractérisée par la présence d'un
volume énorme (65 %) de ressources sous-utilisées,
tant en Europe, qu'au Japon, en Asie, et même
en Amérique latine. L'énorme volant de
capacités disponibles sur les marchés
mondiaux fait que l'Amérique s'est retrouvée
avec en face d'elle une courbe d'offre globale très
élastique. Cette élasticité de
l'offre mondiale mettait l'Amérique à
l'abri de l'inflation. A son tour, cette absence d'inflation
liait les mains d'Alan
Greenspan qui, compte tenu de ses prises
de position antérieures, ne pouvait plus prêcher
pour une politique monétaire plus restrictive
puisque le taux d'inflation restait très bas.
Enfin, la prise de conscience par les professionnels
des marchés que la FED se retrouvait ainsi avec
les mains liés les encourageait à en profiter
et à s'endetter massivement pour financer leurs
accroissements de portefeuille.
A
mon avis, c'est ce mécanisme qui explique l'absence
relative d'inflation aux Etats-Unis alors même
que l'expansion atteint sa neuvième année,
avec des taux de croissance de la masse monétaire
extrêmement élevés, un extraordinaire
boom de la valeur des actions et des placements immobiliers,
et enfin les rapports Prix/Bénéfices les
plus élevés de l'histoire.
Autrement
dit, le fantastique boom américain est en réalité
une conséquence directe des taux de chômage
élevés et du faible niveau d'utilisation
des capacités enregistrés en Europe, au
Japon, en Asie et en Amérique latine au cours
des années 1990. Le boom US d'après 1995
est une conséquence de l'accroissement du chômage
provoqué en Europe par la politique européenne
d'après Maastricht, ainsi que de la dépression
japonaise qui s'est traduite par un accroissement considérable
du volume des capacités inutilisées en
Asie. Autrement dit, cette formidable croissance sans
inflation pendant plus de neuf années dépend
de ce que nous vivons présentement dans un monde
économique que je qualifierai de "keynésien"
(c'est à dire un monde caractérisé
par la présence d'un volume considérable
de capacités inutilisées au niveau de
l'économie mondiale).
Je
ne doute pas qu'il y ait des progrès technologiques
impressionnants tant dans le domaine des ordinateurs
que pour les télécommunications, avec
pour conséquence d'énormes progrès
de productivité. Mais, comme je l'ai rappelé
en citant Schumpeter,
c'est exactement ce qu'on avait déjà observé
pour l'industrie automobile dans les années 1920.
Si
le secret de ce boom américain des années
post-1995 est que nous vivons dans un monde "keynésien",
il en résulte que, comme pour le monde keynésien
des années 1930, ce ne peut être qu'un
phénomène temporaire, et non la marque
d'un changement permanent. Je rejette donc la notion
de "nouveau paradigme" et je conclue que l'extraordinaire
montée des valeurs boursières depuis 1995
correspond sans aucun doute à un véritable
phénomène de bulle spéculative.
Août
1999
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Steven
Pearlstein : Le dollar fort, c'est aussi un problème
pour les américains".(International Herald
Tribune, 16 octobre 2000). |
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L'innondation
du marché américain par un flot d'importations
bon marché fait tituber les industriels de l'acier
et du papier. Sur les marchés mondiaux la compétitivité
des exportations agricoles américaines s'est
tellement dégradée que l'on s'attend à
un doublement du volume global des subventions aux agriculteurs.
Les ménages ont arrêté d'épargner,
cependant que les cours de bourse vacillent. Chaque
jour les américains continuent de dépenser
des milliards de plus que ce qu'ils produisent, ajoutant
ainsi record sur record au gigantesque déficit
commercial qui s'accumule depuis des années.
Les
économistes voient dans ces éléments
la manifestation d'un énorme déséquilibre
qui menace la bonne santé de l'économie
mondiale. Au centre de ce déséquilibre,
ce qui en est à la fois une cause et un symptôme
: la force du dollar sur le marché des changes.
Pendant
presque une décennie, le gouvernement américain
n'a eu de cesse d'expliquer qu'un dollar fort était
une excellente chose pour les américains. Pour
le Secrétaire d'Etat au Trésor, Lawrence
Summers, le dollar fort est le reflet de
la bonne santé de l'économie américaine
et du désir des non américains d'obtenir
pour leur argent un taux de rendement plus élevé
en échangeant leurs euro et leurs yens contre
des dollars qu'ils investissent ensuite dans des sociétés
US. Ces investissements ont, à leur tour, permis
à ces entreprises d'accroître leur productivité
et donc leurs bénéfices, ce qui les a
rendu encore plus attirantes pour les capitaux étrangers.
Un
grand nombre d'économistes pensent toutefois
que ce cercle vertueux atteind ses limites et que le
dollar atteint des niveaux qui menacent maintenant le
fonctionnement de l'économie mondiale. Comment
y mettre un terme ? Faut-il même vraiment intervenir
pour y mettre un terme ? Tel aujourd'hui le grand sujet
de discussion qui préoccupent les milieux de
Washington ainsi que les gouvernements du monde entier.
Trois
camps se retrouvent essentiellement face à face
: les alarmistes qui militent pour une intervention
active; les optimistes qui considèrent que le
dollar n'est après tout pas surévalué
du tout; enfin les réalistes qui pensent que
même si le dollar est trop haut, il n'y a en réalité
rien que l'on puisse réellement faire d'efficace,
ou de politiquement acceptable, pour y porter remède.
Ci-joint une rapide présentation des arguments
de chaque camp.
Les
alarmistes : Leur argumentation part de l'idée
que le dollar a été poussé bien
au-dessus de sa parité d'équilibre par
des flux massifs de capitaux spéculatifs vers
les Etats-Unis. En conséquence les produits américains
sont chassés des marchés mondiaux et les
consommateurs US sont incités à développer
au-dessus de toute raison leurs achats de biens importés
meilleurs marchés. Par exemple, l'une des conséquences
de la force du dollar a été de chasser
les produits agricoles américains des marchés
mondiaux, malgré le très haut niveau de
productivité des exploitations américaines.
De la même manière, les industriels US
de la pâte à papier considèrent
que la montée des importations étrangères
les a contraint à fermer 36 usines au cours des
dernières années, au prix de 23 000 licenciements.
Cette semaine, les représentants de l'industrie
sidérurgique sont montés à Washington
pour demander au gouvernement qu'il entreprenne quelque
chose contre la montée des importations qui fait
chuter les prix, se traduit par la disparition des profits,
et induit une chute spectaculaire des cours de bourse.
Certains craignent que le dollar fort ne provoque une
catastrophe tant boursière qu'économique
lorsque les marchés se retourneront contre lui.
C'est ainsi que Fred
Bergstein, le patron de l'Institute
for International Economics de Washington,
affirme : "tant l'histoire que la logique la plus élémentaire
nous démontrent que l'appétit apparamment
insatiable de l'étranger pour les placements
en Amérique finira bien par s'arrêter un
jour, et que ce jour là ce sera particulièrement
douloureux pour tout le monde".
Quelle
sera l'ampleur du crash lorsque le dollar se retournera
? Des simulations faites à l'OCDE
montrent qu'une chute de 30 % du cours du dollar ferait
certainement rebondir l'inflation, contraignant la FED
à relever les taux d'intérêt de
près de 4 points, ce qui ferait tomber les cours
de bourse de 25 pour cent en moyenne, et ralentirait
la croissance de moitié. Ces alarmistes considèrent
qu'une communication publique des banques centrales
bien menée, ainsi que quelques interventions
au bon moment sur le marché des changes permettraient
de ramener progressivement le dollar vers son taux normal
d'équilibre.
Les
optimistes : A cela les optimistes répondent
par des arguments teintés de chauvinisme. Compte
tenu de l'état abominable de délabrement
de l'économie japonaise, ainsi des retards de
l'Europe à mener à son tour les réformes
de fond qui s'imposent, le dollar, expliquent-ils, est
en réalité côté à
peu près à son bon niveau . D'après
certains calculs venant de Wall Street, les investissements
dans des sociétés américaines offriraient
encore des rendements supérieurs de près
de 5 % à ce que l'on peut gagner en plaçant
son argent dans des entreprises européennes,
et encore plus s'il s'agit d'entreprises japonaises.
Tant que cet avantage relatif n'aura pas disparu - soit
à cause d'un ralentissement dans les progrès
de la productivité américaine, ou au contraire
à cause d'une forte reprise des principales économies
étrangères - il n'y a rien, disent ils,
qu'on puisse faire pour le dollar. "D'après nos
calculs, souligne Paul Kimball, directeur général
de Morgan
Stanley Dean Witter, ce sont l'euro et le
yen qui sont surévalués, pas le dollar".
Pour d'autres, s'il est vrai que le dollar est quelque
peu surévalué, en réalité
ce n'est pas un handicap, mais un avantage, dans la
mesure où c'est précisément cela
qui a nourri la grande croissance américaine
qui a tiré d'affaires les marchés mondiaux
au cours des trois dernières années.
Les
réalistes : Ils sont sans doute les plus
nombreux. Leur caractéristique est de considérer
que l'économie américaine est désormais
en surchauffe, et que la surévaluation du dollar
en est l'un des symptômes. Ils craignent toutefois
que tout effort pour pousser progressivement le dollar
à la baisse soit se révèle inefficace,
soit n'implique un prix politique trop élevé.
Tant au Trésor qu'à la banque centrale
on considère que ce serait gaspiller son argent
et sa crédibilité sur les marchés
des changes que d'entrer dans des schémas d'interventions
massives impliquant la mise en vente de milliards de
dollars. Ce scepticisme s'est trouvé renforcé
cette semaine par le passage de l'euro en-dessous du
seuil des 85 cents, le niveau auquel les banques centrales
d'Europe, du Japon et des Etats-Unis étaient
intervenus le mois dernier pour enrayer la baisse de
l'euro. Bill Dudley, l'économiste du Groupe
Goldman Sachs résume ainsi
leur position: " Une fois que vous avez passé
en revue toutes les options possibles, vous arrivez
rapidement à la conclusion que la seule chose
qu'on puisse raisonnablement faire est de continuer
à faire une bonne politique économique,
et ensuite de croiser tout simplement les doigts".
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