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Robert
Mendelsohn : Les
aspects économiques inattendus de l'effet de
serre.
A
Kyoto, en 1997, les discussions ont essentiellement
porté sur le coût potentiel des conséquences
de l'effet de serre. On ne s'est pas préoccupé
un instant des avantages qu'on pourrait éventuellement
gagner au réchauffement de la planète.
Tout le monde est parti du principe qu'entreprendre
de lutter contre l'effet de serre ne comportait que
des avantages, quel que soit le prix que chaque signataire
aurait à payer.
Sauf
pour les quelques pays qui se sentaient directement
menacés par le réchauffement de la planète
- en raison de ses conséquences sur l'élévation
du niveau des mers - personne, à l'époque,
ne s'est vraiment préoccupé d'étudier
les conséquences du réchauffement climatique
selon les différentes régions du globe.
Depuis lors, les résultats des études
entreprises nous incitent à faire montre de beaucoup
plus de prudence.
- On
assiste à une forte révision en baisse
des gains que pourrait rapporter une politique de
contrôle des rejets de gaz à effet de
serre. Bien que les scientifiques continuent de penser
que, globalement, le réchauffement ne soit
pas une chose souhaitable, il y a aujourd'hui de fortes
raisons de penser que, pour les projets qui voulaient
aller le plus loin dans la réduction ou l'interdiction
des rejets, les avantages à en attendre ne
justifient pas les coûts faramineux que cela
impliquerait.
- Il
apparaît maintenant clairement que tous les
pays ne sont pas égaux devant les conséquences
d'un éventuel réchauffement de la planète.
Seuls les pays tropicaux ont réellement le
maximum de raisons de craindre d'avoir à en
souffrir. Mais ce n'est pas le cas des pays situés
à proximité des pôles - comme
la Russie et le Canada - ou même des régions
tempérées - comme les Etats-Unis et
l'Europe de l'Ouest - dont on s'attend désormais
à ce qu'elles bénéficient plutôt
d'un réchauffement modéré.
Pourquoi
cette révision en baisse ? Les premières
études de l'IPCC (Intergovernmental
Panel on Cimate Change) estimaient que
si l'on n'entreprenait rien d'ici à 2060, cela
coûterait par an entre 1 et 3 % de la production
mondiale. Cinq ans plus tard, ces chiffres ne paraissent
plus guère crédibles. Les prévisions
initiales de l'IPCC étaient fondées sur
l'hypothèse que le réchauffement des températures
d'ici à 2060 serait compris entre 4 et 6 degrés
centigrades. Les derniers rapports de l'IPCC - fondés
sur la prise en compte de nouvelles données introduits
dans des modèles de simulation des océans
beaucoup plus sophistiqués - ne donnent plus
qu'un accroissement entre 1,5 degré et 4,5 degrés
centigrades à horizon de l'année 2100.
De
la même manière, les premières études
partaient du principe qu'un tel réchauffement
aurait des conséquences uniformément négatives
sur l'ensemble des écosystèmes terrestres,
qu'il s'agisse de régions de forêts, de
cultures ou d'élevage. On imaginait même
que certains de ces écosystèmes régionaux
s'effondreraient. Si ces études ont bien vu que
le réchauffement des températures pouvait
altérer profondément la nature des écosystèmes,
elles n'ont pas pris en compte le fait que ce phénomène
pouvait ne pas avoir que des conséquences négatives
sur la productivité des activités humaines.
Aujourd'hui, les scientifiques pensent que, globalement,
la production mondiale devrait plutôt tirer profit
de l'augmentation du taux d'oxydes de carbone dans l'atmosphère,
et que les écosystèmes qui seraient ainsi
les plus menacés laisseront la place à
d'autres mieux à même de servir les intérêts
des populations humaines.
La
caractéristique des premières prévisions
était de nous annoncer des catastrophes écologiques
susceptibles de transformer certaines régions
du globe en véritables paysages lunaires. Les
nouveaux modèles, eux, se contentent de prévoir
une simple extension des zones forestières tropicales
et boréales vers les deux pôles. Bien évidemment
un changement global d'une telle ampleur créera
des tas de problèmes locaux, qui pourront être
aussi bien mauvais que bons. Nos modèles actuels
ne nous permettent pas de simuler dans le détail
toutes les conséquences. L'essentiel est que
de tels mouvements ne constituent pas nécessairement
une menace ni pour l'humanité, ni pour la nature.
Troisième
point. La plupart des études d'impact initiales
se sont concentrées uniquement sur les inconvénients.
Ceux qui travaillaient sur l'énergie ne se sont
intéressé qu'à l'électricité
supplémentaire qu'il faudrait produire pour y
faire face. Les spécialistes de l'agriculture
n'ont étudié que les cultures des zones
tempérées qui seraient les plus menacées
par le relèvement moyen des températures.
Ceux qui s'intéressent au tourisme n'ont vu que
l'effet négatif que cela aurait sur les centres
de ski dont la saison serait raccourcie. Les professionnels
de la santé, enfin, n'ont pensé qu'au
nombre de décès supplémentaires
que les vagues de chaleur entraîneraient chez
les personnes âgées.
Aucune
de ces études n'a tenu compte des effets contraires
que le réchauffement serait susceptible d'entraîner.
Les scénarios énergétiques ont
oublié les économies de pétrole
et de gaz naturel dues à un moindre besoin de
se chauffer. Les prévisions agricoles ne se sont
pas intéressé aux plantes qui aiment la
chaleur et dont la croissance serait accélérée
dans un climat plus chaud. Les spécialistes du
tourisme ont négligé les nouvelles perspectives
offertes pour les vacances d'été par des
régions actuellement peu fréquentées
à cause du climat. Quant aux vieillards, on oublie
qu'ils préfèrent souvent finir leurs jours
dans des régions à climat plus chaud,
et qu'ils y vivent plus vieux.
Qui
plus est, il apparaît que ces avantages oubliés
sont étonnamment élevés. Si on
les inclus dans les modèles de calcul des coûts
et avantages économiques d'un réchauffement
climatique, il en résulte que le solde final
devient plutôt positif - et non pas négatif
comme tout le monde croît.
Enfin
ces études ont systématiquement négligé
les capacités humaines d'ajustement. La plupart
ont raisonné comme si le réchauffement
allait intervenir tout d'un coup, d'un jour à
l'autre, sans phase de transition; alors qu'en réalité
les changements de climats n'émergeront que très
progressivement, sur plus d'un siècle. A l'échelle
d'un siècle, cela laisse du temps aux agriculteurs
pour changer de cultures et faire progresser vers le
nord celles qui s'accomodent le mieux aux temps chauds.
Ce
n'est pas faire preuve de naïveté que d'écrire
tout cela. Les cent cinquante dernières années
ont connu des mouvements de culture d'une ampleur parfaitement
comparable. Par exemple, la modification des coûts
de transport a entrainé un déplacement
de la grande zone céréalière américaine
de plusieurs centaines de kilomètres vers l'Ouest.
Les agriculteurs peuvent s'ajuster en changeant les
dates de plantation, les périodes de récolte,
les techniques de labourage ou encore en changeant d'espèces
et de variétés. Ce genre d'adaptation
aurait non seulement pour effet de réduire le
coût des dommages subis par les régions
touchées, mais également d'accroître
les revenus de nombreuses régions actuellement
situées dans des zones trop froides.
De
la même façon, le coût des dommages
diminue considérablement si l'on prend une optique
d'adaptation progressive dans de nombreux autres secteurs.
Par exemple, initialement on a considéré
qu'il serait nécessaire d'ériger d'immenses
digues autour des zones menacées par le rélèvement
du niveau moyen des mers. Le coût en est prohibitif
s'il faut tout faire en quelques années. Mais
à l'échelle du siècle, cela pose
beaucoup moins de problèmes. La valeur actualisée
de l'effort financier que cela représenterait
peut en être divisé par un facteur 10.
Les
premiers modèles partaient de l'hypothèse
que le réchauffement de la planète ruinerait
l'écosystème en faisant mourir tous les
arbres qui ne peuvent pas s'adapter. Mais cela revient
à oublier que beaucoup de ces bois sont exploités
et entretenus par des hommes qui, au fil des années,
les remplaceront par d'autres espèces. Une étude
détaillée de la manière dont les
forêts réagiraient à un tel stress
climatique laissent penser qu'en réalité
le résultat serait plutôt favorable, les
anciennes forêts étant remplacées
par de nouvelles plus productives.
Les
premières études sur les conséquences
de l'effet de serre annonçaient qu'on allait
vers une pénurie d'eau dans les grandes zones
urbaines des régions semi arides. Des travaux
plus récents ont démontré qu'une
telle crise pouvait être évitée
en créant des marchés et en faisant payer
l'eau à son véritable coût d'opportunité.
La raréfaction des pluies causera certes des
problèmes, mais rien à voir avec la menace
d'une désertification catastophique de vastes
espaces comme l'imaginaient les conclusions initiales.
Il
résulte de ce qui précède que l'on
a aujourd'hui une vision très différente,
et beaucoup plus modérée, des dommages
que le réchauffement du climat pourrait causer
à l'humanité. Pratiquement tous les pays
développés se trouvent à des latitudes
où les avantages l'emporteront (largement) sur
les inconvénients. Ce ne sera pas le cas pour
certaines régions de ces pays. Mais globalement
le bilan sera plus positif que négatif.
Les
prévisions de la première génération
chiffraient le coût des dommages à venir
entre 56 et 63 milliards de $ par an pour l'Europe,
entre 60 et 140 milliards pour les USA, de 56 à
59 milliards pour les autres pays riches des régions
tempérées. Ce qui réprésentait
entre 1,3% et 1,6 % du PNB annuel.
Les
dernières évaluations donnent un gain
net de l'ordre de 0,1 % du produit de l'ensemble du
monde développé. Ce faisant les études
d'impact économique qui, initialement, fournissaient
aux pays riches une bonne raison pour activer la signature
d'un traité sur l'effet de serre, les poussent
désormais au contraire à temporiser.
Les
prévisions pour l'ancien bloc soviétique
étaient plus incertaines. Elles évoluaient
entre un avantage net de 8 milliards de $ et un coût
global de 18 milliards de $. Pour la Chine, le coût
total était estimé à 17 milliards
de $.
Cependant
la plupart de ces économies en transition se
trouvent dans cette partie du monde dont on considère
aujourd'hui qu'elle a le plus à gagner au phénomène.
Selon les dernières études, la Russie
pourrait en attendre un gain net compris entre 86 et
228 milliards de $. Pour la Chine, qui couvre un ensemble
de latitudes beaucoup plus larges, la fourchette serait
de 14 milliards à 43 milliards de $.(..)
(..)Ainsi,
paradoxalement, les pays qui contribuent le plus à
la pollution de l'atmosphère seraient aussi ceux
qui sont le plus susceptibles de bénéficier
des effets favorables d'un réchauffement de la
planète, alors que les nuisances en seraient
concentrées sur ceux qui en sont le moins responsables.
(..)
(..)
La science nous apprend aujourd'hui que le réchauffement
du climat est un processus lent et progressif, ce qui
nous laisse plein de temps pour réfléchir
prudemment aux réponses les plus appropriées.
Il n'y a tout simplement aucune urgence à se
lier les mains dans des dépenses démentes.
Ceux qui espéraient que l'effet de serre permettrait
enfin d'imposer à l'économie, au nom de
la nature, leur modèle de gestion planifiée
en seront pour leurs frais.
Traduction
Henri Lepage
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