30 Août 2000

 

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Effet de serre :

deux réponses à la dictature du "principe de précaution"

 

La première nous est donnée par le professeur Robert Mendelsohn de la Yale School of Forestry and Environmental studies dans un article publié par la Milken Institute Review (second trimestre 2000), sous le titre : "The Peculiar Economics of Global Warming".Il montre comment les études les plus récentes débouchent sur une estimation bien plus modeste des avantages qu'il y aurait à s'engager immédiatement dans des programmes extrêmement coûteux de lutte directe contre le réchauffement terrestre.

La seconde est un argumentaire d'Ingur Goklany présenté en résumé du chapitre qu'il a rédigé pour l'ouvrage collectif du Competitive Enterprise Institute "Earth Report 2000" sous le titre : "Richer is More Resilient : Climate Change versus More Urgent Environmental Problems".ZEEEffeE

 

 

 

 

Robert Mendelsohn : Les aspects économiques inattendus de l'effet de serre.

 

A Kyoto, en 1997, les discussions ont essentiellement porté sur le coût potentiel des conséquences de l'effet de serre. On ne s'est pas préoccupé un instant des avantages qu'on pourrait éventuellement gagner au réchauffement de la planète. Tout le monde est parti du principe qu'entreprendre de lutter contre l'effet de serre ne comportait que des avantages, quel que soit le prix que chaque signataire aurait à payer.

Sauf pour les quelques pays qui se sentaient directement menacés par le réchauffement de la planète - en raison de ses conséquences sur l'élévation du niveau des mers - personne, à l'époque, ne s'est vraiment préoccupé d'étudier les conséquences du réchauffement climatique selon les différentes régions du globe. Depuis lors, les résultats des études entreprises nous incitent à faire montre de beaucoup plus de prudence.

  • On assiste à une forte révision en baisse des gains que pourrait rapporter une politique de contrôle des rejets de gaz à effet de serre. Bien que les scientifiques continuent de penser que, globalement, le réchauffement ne soit pas une chose souhaitable, il y a aujourd'hui de fortes raisons de penser que, pour les projets qui voulaient aller le plus loin dans la réduction ou l'interdiction des rejets, les avantages à en attendre ne justifient pas les coûts faramineux que cela impliquerait.
  • Il apparaît maintenant clairement que tous les pays ne sont pas égaux devant les conséquences d'un éventuel réchauffement de la planète. Seuls les pays tropicaux ont réellement le maximum de raisons de craindre d'avoir à en souffrir. Mais ce n'est pas le cas des pays situés à proximité des pôles - comme la Russie et le Canada - ou même des régions tempérées - comme les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest - dont on s'attend désormais à ce qu'elles bénéficient plutôt d'un réchauffement modéré.

Pourquoi cette révision en baisse ? Les premières études de l'IPCC (Intergovernmental Panel on Cimate Change) estimaient que si l'on n'entreprenait rien d'ici à 2060, cela coûterait par an entre 1 et 3 % de la production mondiale. Cinq ans plus tard, ces chiffres ne paraissent plus guère crédibles. Les prévisions initiales de l'IPCC étaient fondées sur l'hypothèse que le réchauffement des températures d'ici à 2060 serait compris entre 4 et 6 degrés centigrades. Les derniers rapports de l'IPCC - fondés sur la prise en compte de nouvelles données introduits dans des modèles de simulation des océans beaucoup plus sophistiqués - ne donnent plus qu'un accroissement entre 1,5 degré et 4,5 degrés centigrades à horizon de l'année 2100.

De la même manière, les premières études partaient du principe qu'un tel réchauffement aurait des conséquences uniformément négatives sur l'ensemble des écosystèmes terrestres, qu'il s'agisse de régions de forêts, de cultures ou d'élevage. On imaginait même que certains de ces écosystèmes régionaux s'effondreraient. Si ces études ont bien vu que le réchauffement des températures pouvait altérer profondément la nature des écosystèmes, elles n'ont pas pris en compte le fait que ce phénomène pouvait ne pas avoir que des conséquences négatives sur la productivité des activités humaines. Aujourd'hui, les scientifiques pensent que, globalement, la production mondiale devrait plutôt tirer profit de l'augmentation du taux d'oxydes de carbone dans l'atmosphère, et que les écosystèmes qui seraient ainsi les plus menacés laisseront la place à d'autres mieux à même de servir les intérêts des populations humaines.

La caractéristique des premières prévisions était de nous annoncer des catastrophes écologiques susceptibles de transformer certaines régions du globe en véritables paysages lunaires. Les nouveaux modèles, eux, se contentent de prévoir une simple extension des zones forestières tropicales et boréales vers les deux pôles. Bien évidemment un changement global d'une telle ampleur créera des tas de problèmes locaux, qui pourront être aussi bien mauvais que bons. Nos modèles actuels ne nous permettent pas de simuler dans le détail toutes les conséquences. L'essentiel est que de tels mouvements ne constituent pas nécessairement une menace ni pour l'humanité, ni pour la nature.

Troisième point. La plupart des études d'impact initiales se sont concentrées uniquement sur les inconvénients. Ceux qui travaillaient sur l'énergie ne se sont intéressé qu'à l'électricité supplémentaire qu'il faudrait produire pour y faire face. Les spécialistes de l'agriculture n'ont étudié que les cultures des zones tempérées qui seraient les plus menacées par le relèvement moyen des températures. Ceux qui s'intéressent au tourisme n'ont vu que l'effet négatif que cela aurait sur les centres de ski dont la saison serait raccourcie. Les professionnels de la santé, enfin, n'ont pensé qu'au nombre de décès supplémentaires que les vagues de chaleur entraîneraient chez les personnes âgées.

Aucune de ces études n'a tenu compte des effets contraires que le réchauffement serait susceptible d'entraîner. Les scénarios énergétiques ont oublié les économies de pétrole et de gaz naturel dues à un moindre besoin de se chauffer. Les prévisions agricoles ne se sont pas intéressé aux plantes qui aiment la chaleur et dont la croissance serait accélérée dans un climat plus chaud. Les spécialistes du tourisme ont négligé les nouvelles perspectives offertes pour les vacances d'été par des régions actuellement peu fréquentées à cause du climat. Quant aux vieillards, on oublie qu'ils préfèrent souvent finir leurs jours dans des régions à climat plus chaud, et qu'ils y vivent plus vieux.

Qui plus est, il apparaît que ces avantages oubliés sont étonnamment élevés. Si on les inclus dans les modèles de calcul des coûts et avantages économiques d'un réchauffement climatique, il en résulte que le solde final devient plutôt positif - et non pas négatif comme tout le monde croît.

Enfin ces études ont systématiquement négligé les capacités humaines d'ajustement. La plupart ont raisonné comme si le réchauffement allait intervenir tout d'un coup, d'un jour à l'autre, sans phase de transition; alors qu'en réalité les changements de climats n'émergeront que très progressivement, sur plus d'un siècle. A l'échelle d'un siècle, cela laisse du temps aux agriculteurs pour changer de cultures et faire progresser vers le nord celles qui s'accomodent le mieux aux temps chauds.

Ce n'est pas faire preuve de naïveté que d'écrire tout cela. Les cent cinquante dernières années ont connu des mouvements de culture d'une ampleur parfaitement comparable. Par exemple, la modification des coûts de transport a entrainé un déplacement de la grande zone céréalière américaine de plusieurs centaines de kilomètres vers l'Ouest. Les agriculteurs peuvent s'ajuster en changeant les dates de plantation, les périodes de récolte, les techniques de labourage ou encore en changeant d'espèces et de variétés. Ce genre d'adaptation aurait non seulement pour effet de réduire le coût des dommages subis par les régions touchées, mais également d'accroître les revenus de nombreuses régions actuellement situées dans des zones trop froides.

De la même façon, le coût des dommages diminue considérablement si l'on prend une optique d'adaptation progressive dans de nombreux autres secteurs. Par exemple, initialement on a considéré qu'il serait nécessaire d'ériger d'immenses digues autour des zones menacées par le rélèvement du niveau moyen des mers. Le coût en est prohibitif s'il faut tout faire en quelques années. Mais à l'échelle du siècle, cela pose beaucoup moins de problèmes. La valeur actualisée de l'effort financier que cela représenterait peut en être divisé par un facteur 10.

Les premiers modèles partaient de l'hypothèse que le réchauffement de la planète ruinerait l'écosystème en faisant mourir tous les arbres qui ne peuvent pas s'adapter. Mais cela revient à oublier que beaucoup de ces bois sont exploités et entretenus par des hommes qui, au fil des années, les remplaceront par d'autres espèces. Une étude détaillée de la manière dont les forêts réagiraient à un tel stress climatique laissent penser qu'en réalité le résultat serait plutôt favorable, les anciennes forêts étant remplacées par de nouvelles plus productives.

Les premières études sur les conséquences de l'effet de serre annonçaient qu'on allait vers une pénurie d'eau dans les grandes zones urbaines des régions semi arides. Des travaux plus récents ont démontré qu'une telle crise pouvait être évitée en créant des marchés et en faisant payer l'eau à son véritable coût d'opportunité. La raréfaction des pluies causera certes des problèmes, mais rien à voir avec la menace d'une désertification catastophique de vastes espaces comme l'imaginaient les conclusions initiales.

Il résulte de ce qui précède que l'on a aujourd'hui une vision très différente, et beaucoup plus modérée, des dommages que le réchauffement du climat pourrait causer à l'humanité. Pratiquement tous les pays développés se trouvent à des latitudes où les avantages l'emporteront (largement) sur les inconvénients. Ce ne sera pas le cas pour certaines régions de ces pays. Mais globalement le bilan sera plus positif que négatif.

Les prévisions de la première génération chiffraient le coût des dommages à venir entre 56 et 63 milliards de $ par an pour l'Europe, entre 60 et 140 milliards pour les USA, de 56 à 59 milliards pour les autres pays riches des régions tempérées. Ce qui réprésentait entre 1,3% et 1,6 % du PNB annuel.

Les dernières évaluations donnent un gain net de l'ordre de 0,1 % du produit de l'ensemble du monde développé. Ce faisant les études d'impact économique qui, initialement, fournissaient aux pays riches une bonne raison pour activer la signature d'un traité sur l'effet de serre, les poussent désormais au contraire à temporiser.

Les prévisions pour l'ancien bloc soviétique étaient plus incertaines. Elles évoluaient entre un avantage net de 8 milliards de $ et un coût global de 18 milliards de $. Pour la Chine, le coût total était estimé à 17 milliards de $.

Cependant la plupart de ces économies en transition se trouvent dans cette partie du monde dont on considère aujourd'hui qu'elle a le plus à gagner au phénomène. Selon les dernières études, la Russie pourrait en attendre un gain net compris entre 86 et 228 milliards de $. Pour la Chine, qui couvre un ensemble de latitudes beaucoup plus larges, la fourchette serait de 14 milliards à 43 milliards de $.(..)

(..)Ainsi, paradoxalement, les pays qui contribuent le plus à la pollution de l'atmosphère seraient aussi ceux qui sont le plus susceptibles de bénéficier des effets favorables d'un réchauffement de la planète, alors que les nuisances en seraient concentrées sur ceux qui en sont le moins responsables. (..)

(..) La science nous apprend aujourd'hui que le réchauffement du climat est un processus lent et progressif, ce qui nous laisse plein de temps pour réfléchir prudemment aux réponses les plus appropriées. Il n'y a tout simplement aucune urgence à se lier les mains dans des dépenses démentes. Ceux qui espéraient que l'effet de serre permettrait enfin d'imposer à l'économie, au nom de la nature, leur modèle de gestion planifiée en seront pour leurs frais.

Traduction Henri Lepage

 

 

 

 

 

 

Indur Goklany : Quelques vérités bonnes à rappeler

  • Le réchauffement ne date pas d'aujourd'hui seulement. Pourtant on ne peut pas dire que nos conditions de vie depuis un siècle se soient détériorées. C'est à l'ingéniosité humaine (le changement technologique), à la croissance et au développement du commerce que nous le devons.
  • La productivité globale de l'agriculture n'a jamais été aussi élevée. Chaque hectare de terre nourrit environ deux fois plus d'êtres humains qu'en 1900. Bien que la population terreste ait augmenté de 84 % entre 1961 et 1994, dans le même temps la production agricole disponible par personne s'est accrue de 19 %. Jamais les gens n'ont été mieux nourri, et aussi bon marché. Entre 1971 et 1992 le nombre total de personnes souffrant de disette chronique dans les pays du tiers-monde est tombé de 35 à 21 %.

Si on ne compte plus guère de décès dans les pays riches dus à des maladies infectieuses ou à l'agression de parasites dont le développement est lié au climat, leur nombre est également en régression dans les pays en voie de développement du fait d'une meilleure alimentation et de l'amélioration des conditions sanitaires. Le taux moyen de mortalité dans ces pays est passé de 19,3 pour mille en 1950-55 à 9,3 pour mille sur la période 1990-1995. L'espérance de vie à la naissance y est désormais de 64,7 ans contre 46,4 ans .

  • Bien que l'accroissement de la population et de la richesse produite ait fortement augmenté la valeur globale des biens menacés, en Amérique, par des désastres naturels, on ne note pas de tendance clair à l'augmentation de la valeur des pertes enregistrées pour cause de catastrophes naturelles. Bien mieux, le nombre de décès lors de tempêtes, de tornades, d'inondations, ou encore dus à la foudre, a diminué de 50 à 90 %.
  • Dans d'autres domaines, les conditions ont continué de se détériorer, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le réchauffement de la planète.
  • Les zones boisées progressent dans les régions développées, mais diminuent dans les pays sous-développés, à cause de l'accroissement des besoins en sols d'une agriculture à faible productivité. Il en résulte une destruction et une fragmentation des habitats naturels qui menacent la biodiversité et mettent en danger le bon fonctionnement des zones naturelles d'absorption de gaz carbonique.
  • Le niveau des mers s'est relevé de 20 cm au cours du siècle passé, mais il est difficile d'évaluer quelle proportion peut en être attribuée aux effets du réchauffement. Quoiqu'il en soit, ses conséquences sont secondaires comparées aux effets directs des activités humaines sur la situation des côtes et des ressources côtières.
  • Les sociétés les plus pauvres sont bien évidemment les plus vulnérables. Si on compare la situation des pays pauvres à celle des pays les plus riches on constate que :
  1. Les ressources alimentaires y sont inférieures de 30 à 40%; les taux de malnutrition y sont beaucoup plus élevés.
  2. Seulement 50 à 60 % des gens savent ce qu'est une eau potable et bénéficient de conditions correctes, contre une proportion de plus de 90 %.
  3. Les taux de mortalité infantile sont 20 fois plus élevés.
  4. L'espérance de vie est plus courte de 30 ans.
  5. L'utilisation de l'espace y est très inefficiente en raison des bas rendements agricoles qui obligent à déforester et augmentent les dommages causés à la biodiversité.
  • La faiblesse de la croissance et le retard technologique de ces pays sont la principale cause de tout ce qui précède. S'il n'y avait le commerce, la situation de ces pays serait encore pire puisqu'ils importent près de 15 % de l'ensemble de leurs besoins alimentaires.
  • En ce qui concerne l'avenir, voici ce que seraient les conséquences probables - mais pas nécessairement inévitables - du réchauffement terrestre (si l'on admet la validité des hypothèses sur lesquelles est construit le modèle d'analyse 1995 de l'IPCC) :
  1. La production agricole devrait diminuer dans les pays en voie de développement, mais augmenter dans les pays développés - ce qui donnerait en 2060 une production agricole mondiale comprise entre - 1 % et + 2%. Même en l'absence de tout réchauffement, la production agricole mondiale devra augmenter d'ici là de plus de 80 % pour répondre à l'accroissement prévu de la demande alimentaire. Ce qui signifie qu'en tout état de cause tout ralentissement de la croissance et des échanges risquerait de conduire à une grande crise alimentaire mondiale. Comparé à ce risque potentiel, les conséquences du réchauffement, telles qu'elles sont prévues par les modèles, ne représentent pas grand chose.
  2. Toutes choses égales par ailleurs, il a été calculé que le seul effet du réchauffement conduit à une extension des zones couvertes par la forêt de l'ordre de 1 à 9 % d'ici 2050. Mais si l'on tient compte de l'augmentation des besoins en sols des agricultures des pays sous-développés un quart des zones boisées du globe auront alors disparu, mettant très sérieusement en danger le maintien d'une biodiversité suffisante.
  3. Le niveau de la mer augmentera entre 7 et 50 cm d'ici à 2060, avec une prévision moyenne de l'ordre de 25 cm, et peut-être deux fois plus pour 2100. Se protéger contre une élévation de 50 cm en 2100 coûterait 1 milliards de $ par an.
  4. En tout état de cause on estime que le nombre de cas de maladies infectieuses ou par parasites, liées au climat, augmentera entre 1/20ème et 1/10ème d'ici à 2060, même en l'absence de réchauffement; et deux fois plus d'ici à 2100.
  5. Ce sont les pays les plus pauvres qui seront les plus vulnérables aux effets du réchauffement, non pas parce que l'on s'attend à ce que leur climat change, mais en raison d'une maladie bien plus grave qui leur est spécifique : la pauvreté. A cause d'elle il leur manque les ressources de base qui leur donneraient accès aux technologies nécessaires pour s'adapter.
  • Il en résulte que consacrer dès aujourd'hui, et pendant les décennies à venir, d'immenses ressources financières pour obtenir une stabilisation des rejets de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, même si c'était possible, ne contribuera que très peu, ou même pas du tout, à la solution des problèmes qui sont le plus souvent invoqués pour justifier qu'on entreprenne d'urgence quelque chose pour lutter contre le réchauffement de la planète :
  1. La colonisation des terres et la déforestation continueront sans ralentir, sans que les dommages causés aux forêts ou à la biodiversité diminuent pour autant.
  2. On n'aura guère amélioré les chances de nourrir, vêtir et abriter le surplus de population qui verra le jour d'ici là - au contraire.
  3. Leur situation sanitaire n'aura guère évolué.
  4. Les pays les plus pauvres resteront comme dans le passé les plus vulnérables à toutes les catastrophes qu'on puisse imaginer, qu'elles soient d'origines naturelles ou causées par l'homme.
  • Ainsi donc, même si le réchauffement est une cause d'inquiétude dans le long terme, il ne constitue pas une menace à laquelle on devrait, aujourd'hui, et pour encore quelques décennies, se préoccuper de donner la priorité par rapport à la longue liste des problèmes de santé et d'environnement qui sont d'abord et avant tout liés à la pauvreté.
  • La meilleure façon de traiter les plus urgents de ces problèmes d'aujourd'hui et de demain, sans oublier ceux d'après demain, est de renforcer l'ensemble des institutions qui conditionnent la croissance, le progrès technologique, ainsi que le développement des échanges. Ces institutions sont celles qui sont nécessaires à l'établissement de marchés libres, à la sécurité des droits de propriété, ainsi qu'à la présence de gouvernements et de bureaucraties honnêtes et fiables. Les renforcer permettrait:
  1. de traiter à la base les véritables causes de la plus grande vulnérabilité des pays les plus pauvres aux changements climatiques ainsi qu'aux autres sources d'adversité que sont la faim, la malnutrition et les maladies épidémiques.
  2. d'améliorer les techniques d'usage des sols et d'utilisation de l'eau, ce qui réduirait les besoins d'espaces agricoles nouveaux pour répondre à l'accroissement des besoins en alimentation, et diminuerait ainsi les menaces qui pèsent tant sur les habitats naturels que sur les conditions d'une biodiversité satisfaisante.
  3. d'accroître les échanges volontaires de biens alimentaires et autres marchandises entre les régions excédentaires et les zones déficitaires, de manière à compenser la détérioration de la situation des pays qui ont le plus de chance d'être touchés par les conséquences les plus sévères du réchauffement.
  4. d'augmenter la capacité des pays en voie de développement à acquérir en temps utile les technologies les plus appropriées pour compenser les effets du changement climatique.
  • Ces sociétés seront d'autant mieux équipées et protégées que l'on aura investi dans la recherche et le développement de technologies concernant directement les problèmes d'environnement et de santé les plus sensibles aux modifications du milieu climatique. Si par exemple le problème est la malaria, il sera bien plus efficace d'investir dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments que de lutter directement contre le changement de climat. La mise au point de thérapies permettant de réduire de 0,2% par an le nombre de malades atteints de la malaria d'ici 2100 compensera bien au-delà le nombre supplémentaire de personnes infectées en raison du changement de climat de certaines zones du globe.
  • Accroître nos capacités d'adaptation relèvera le niveau à partir duquel l'accroissement de la densité des gaz à effet de serre dans l'atmosphère devient un phénomène dangereux. Cela réduira le coût global des contrôles nécessaires. Face aux conséquences climatiques de l'effet de serre, il ne saurait donc y avoir de stratégie optimale sans tenir compte des facultés et capacités d'adaptation des sociétés humaines.