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20
Décembre 2000
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Lawrence
Lindsey qui sera le Secrétaire d'Etat au
Trésor de la nouvelle administration Bush
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Où
va l'économie américaine ? Deux analyses
divergentes.
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La décélération
de la croissance économique américaine
est beaucoup plus brutale qu'on ne s'y attendait. L'atterissage
en douceur qu'annoncait Alan
Greenspan est-il compromis ? Ira-t-on jusqu'au
bord d'une véritable récession ? Les commentateurs
sont partagés. Nous vous livrons cette semaine
des extraits de deux des meilleures analyses parues
au cours des dernières semaines.
La première
vient du Wall
Street Journal en date du 5 décembre.
Elle est signé de Brian
Wesbury, Chief
Economist at Griffin, Kubik, Stephens, and Thompson,
Inc, une firme de Chicago. Il accuse la FED d'avoir
poussé trop loin sa politique de resserrement
monétaire. Son principal grief est que les dernières
hausses de taux intervenues au cours de l'hiver et du
printemps 2000 étaient inutiles, et qu'elles
sont aujourd'hui la cause de la brutalité du
ralentissement. Son commentaire donne a posteriori raison
à ceux qui, au sein du Comité directeur
de la FED, critiquaient le jugement des "faucons"
qui étaient en train de donner la priorité
aux inquiétudes concernant le retour de l'inflation.
Nous-mêmes, à l'époque, considérions
que l'arrivée des premiers signaux laissant attendre
un retournement progressif de la conjoncture devaient
permettre à la FED de faire l'économie
de ses dernières hausses. Ce qui n'a pas été
fait.
Le second texte vient
de The
Economist. Il s'agit d'un éditorial
publié en date du 6 décembre. L'hebdomadaire
londonnien exprime un point de vue clairement pessimiste.
Il fait remarquer que jamais une banque centrale n'a
réussi à piloter un véritable atterrissage
en douceur. Un "hard landing" lui paraît
inévitable, mettant ainsi fin à toutes
les illusions hyper optimistes que nourrissait l'émergence
de la "nouvelle économie". Une nouvelle
fois The Economist réaffirme son scepticisme
quant à l'idée que la "nouvelle économie"
aurait pour effet de relever durablement le taux de
croissance potentiel de l'économie américaine.
H.L.
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"Il est encore possible d'éviter un atterrissage
brutal", par Brian Wesbury (The Wall Street Journal,
5 décembre 2000). |
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Croire
que la chute de la bourse a surtout été
causée par les incertitudes du feuilleton présidentiel
américain est une profonde erreur. La principale
force négative qui pèse aujourd'hui sur
les marchés boursiers vient de la mauvaise politique
poursuivie par la Federal Reserve depuis dix huit mois.
La banque fédérale a remonté ses
taux d'intérêt par six fois, parce qu'elle
croyait que la hausse record des marchés et le
suremploi allaient ramener l'inflation. Elle est en
train d'obtenir ce qu'elle cherchait : la croissance
a ralenti et les actions ont baissé. Parmi les
ennemis imaginaires qu'il lui faut encore combattre,
il ne lui reste plus que le suremploi, et encore là
aussi ça va bientôt changer. Durant la
seule semaine de Thanksgiving, le nombre des demandeurs
d'emploi a augmenté de 358 000 - la plus forte
augmentation jamais enregistrée depuis presque
deux ans et demi - , signalant un probable changement
de tendance.
En
décidant de ne rien faire, lors de sa décision
du 15 novembre, la FED a commis une erreur. Encore plus
grave fut sa déclaration selon laquelle elle
restait décidée à ignorer les signaux
de ralentissement de la conjoncture tant que le chômage
resterait aussi faible. Les marchés savent que
le chômage est un indicateur qui enregistre toujours
un certain retard par rapport aux mouvements de l'activité
économique, et que lorsqu'il commencera à
augmenter il sera peut-être trop tard pour éviter
que l'économie ne tombe dans la récession.
Les
malheureuses hausses de taux de la FED sont en train
de saboter la croissance économique selon un
processus tout à fait classique. Ca commence
par la production industrielle et la construction, puis
c'est l'emploi, et enfin la consommation. Replacés
dans cette perspective, les problèmes économiques
de cette année résultent d'un ralentissement
typiquement provoqué par l'action de la Banque
centrale. Le secteur de la construction a culminé
l'an dernier, et l'activité industrielle est
en train de ralentir très rapidement. La production
industrielle (industries manufacturières moins
la 'high-tech") a baissé de 1,7% en taux annuel
au cours des six derniers mois.
Cependant
même les secteurs de technologie de pointe ont
maintenant des problèmes. Au cours des six derniers
mois la production du secteur des semi-conducteurs et
composants électroniques a augmenté de
50,9 % (en taux annuel). Cela peut paraître beaucoup.
Mais c'est à comparer aux 127 % de croissance
du second trimestre. Depuis, avec l'annonce par Gateway
d'un niveau de ventes décevant, il est vraisemblable
que la croissance du secteur s'est encore ralentie.
Voilà
un an déjà que les marchés multiplient
les signes d'avertissement, mais la FED a choisi de
les ignorer. Tous les grands indicateurs sensibles -
l'or, les prix des matières premières
(en dehors du pétrole), la courbe des taux de
rendement, et plus particulièrement le cours
du dollar -, tous laissaient clairement entendre que
la politique monétaire de la FED était
trop restrictive et que l'inflation n'était pas
un problème aussi grave qu'elle le déclarait.
Mais sa polarisation sur la courbe de Phillips l'a rendue
complètement aveugle à tous ces signaux.
Ses modèles lui disaient qu'avec un chômage
aussi bas et des prix du pétrole en pleine hausse,
cela allait relaner l'inflation.
En
réalité, dans un environnement qui est
caractérisé par une progression aussi
rapide de la productivité, mais aussi une concurrence
aussi intense, ce n'est pas parce que les coûts
progressent plus vite que cela entraîne nécessairement
un dérapage des prix de détail. De plus,
quand, dans un tel climat, l'activité économique
commence à ralentir, généralement
cela se traduit immédiatement par une intensification
de la pression sur les prix. D'ores et déjà
on observe par exemple que les prix des automobiles
ont été abaissé par les fabricants
et les revendeurs de manière à relancer
le volume des ventes. Clairement l'inflation ne représente
pas encore actuellement une vraie menace.
Pour
aggraver les choses, les impôts atteignent aujourd'hui
un niveau record. Au cours des douze derniers mois (octobre
à octobre), le revenu disponible des ménages
américains a progressé de 5,8 %, mais
le montant des impôts qu'ils ont payés
a augmenté de 12,8 %. L'an dernier, le taux marginal
de l'impôt sur le revenu a atteint en moyenne
les 32,4 %, ce qui fait que le prélèvement
fiscal moyen sur le revenu personnel des américains
est revenu à son niveau le plus élevé
depuis 1944.
C'est
cet alourdissement de la pression fiscale qui explique
pourquoi la bourse s'était de nouveau envolée
à la veille des élections, alors que les
marchés s'attendaient à la victoire de
Bush. Ils savent que Bush est favorable à une
nouvelle baisse de la fiscalité pour maintenir
l'économie en forme et relancer la bourse (..).
Lorsque
le nouveau Président entrera officiellement à
la Maison Blanche, sa première priorité
sera de programmer une baisse générale
des impôts et de nommer au comité directeur
de la Réserve Fédérale deux nouveaux
membres qui ne soient pas des adeptes de la Courbe de
Phillips. S'il ne le fait pas, sa Présidence
sera victime d'un atterrissage économique brutal
qui ternira son image, suivi d'une lente reprise qui
compromettra l'accumulation de nouveaux excédents
budgétaires.
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"Le
danger d'un atterrissage brutal est réel".
(The Economist, 6 décembre 2000).
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Le
coup de frein économique est plus brutal qu'on
ne s'y attendait. Il est clair que la bulle des valeurs
technologiques a fini par éclater. Pourtant,
comme l'a fait remarquer Mr. Greenspan, il n'y a pas
encore de quoi s'alarmer. Que le taux de croissance
ralentisse après les records atteints, était
exactement ce qu'il fallait. Voilà plusieurs
années que la demande dépasse l'offre.
Pour desserrer les tensions sur le marché du
travail et arrêter la reprise de l'inflation,
la Banque centrale a fait passer ses taux d'intérêt
de 1,75 % à la mi-1999 à 6,5 %. Mr Greenspan
semble croire qu'un atterrissage en douceur est en cours,
la baisse des valeurs boursières et le resserrement
des conditions financières contribuant à
affaiblir les dépenses des consommateurs.
Que
la prise de conscience du ralentissement en cours ait
provoqué une telle réaction des marchés
financiers prouve à quel point les anticipations
étaient surévaluées. En fait, il
est à craindre qu'on ne tombe dans un autre cercle
vicieux, à l'envers. A la suite des déclarations
de Mr. Greenspan, les prix des actions sont remontés
parce que les investisseurs pensent présentement
que les taux d'intérêts seront abaissés
au début de l'année prochaine. Mais la
FED n'abaissera ses taux que si la consommation ralentit.
Or si la bourse rebondit trop vite, cela soutiendra
la demande qui restera forte, et qui fera donc que les
taux ne seront pas abaissés, - et pourraient
même être relevés à nouveau.
Les
marchés s'attendent à une baisse des taux
de un demi point au cours du premier trimestre 2001.
C'est sans doute aller un peu vite en besogne. Tant
l'inflation de base que les coûts salariaux ont
connu une sensible dérive cette année.
Pour éliminer les tensions inflationnistes, il
faut que la croissance reste en dessous de son taux
de croissance potentiel pendant encore un certain temps.
De plus, il faut que la FED se garde de donner l'impression
de venir au secours de la bourse en baissant ses taux.
Le danger est en effet que ses succès passés
dans la gestion de la conjoncture américaine
ne suscitent l'apparition d'un effet "d'aléa
moral" : si les investisseurs considèrent que
la politique monétaire est faite pour la bourse,
ils n'hésiteront plus à prendre de plus
grands risques.
Beaucoup
de boursiers s'imaginent également que le nouveau
Président utilisera la baisse des impôts
pour renforcer les chances d'un atterrissage "en douceur".
C'est ce qu'a laissé entendre Dick Chesney, le
vice-président de George Bush. La présence
de larges excédents budgétaires rend cette
hypothèse plausible. Mais ce n'est pas un très
bon moyen pour faire du "fine tuning" économique.
Ne serait-ce que parce qu'il faut généralement
beaucoup de temps avant qu'un "tax cut" produise des
effets. Heureusement, la mauvaise élection du
nouveau Président, combinée avec un Congrès
où républicains et démocrates sont
quasiment à égalité, devrait rendre
particulèrement difficile la mise au point d'un
tel programme.
Bien
que la FED ait encore une chance de pouvoir guider l'économie
américaine vers un atterrissage "en douceur",
les investisseurs sous-estiment généralement
la difficulté d'une telle tâche. L'histoire
est là pour nous rappeler que les banques centrales
réussissent rarement dans ce genre d'entreprise.
La raison en est en grande partie qu'une économie
en train de ralentir se trouve naturellement plus vulnérable
à tout nouveau choc exogène. C'est aussi
parce que c'est au cours des phases de ralentissement
que s'accumulent les déséquilibres économiques
et financiers. Alors que l'économie ralentit,
la frénésie d'endettement qui s'est emparé
de l'Amérique dans l'attente de bénéfices
et de valeurs boursières en croissance continue,
devient une vraie menace. Le pessimisme est une attitude
aussi contagieuse que l'exubérance. Il existe
une réelle possibilité que le cercle vertueux
de l'investissement, de la productivité, des
profits et des cours de bourse ne se retourne en cercle
vicieux. Si c'est ce qui se passe, il faudra alors que
la FED baisse ses taux - mais pas avant.
Qu'est-ce
que ce ralentissement économique et la fin de
la fameuse bulle "high tech" signifient pour cette soi
disant "nouvelle économie" ? La première
leçon est que les vieilles régles de l'économie
continuent de s'appiquer : le cycle économique
n'est pas mort, et pour la bourse ce sont encore les
bénéfices qui font la loi. Au fur et à
mesure que l'économie ralentira, la nouvelle
économie subira son premier véritable
test : on saura enfin quelle est la part des accroissements
de productivité qui est de nature véritablement
structurelle, et non pas un simple effet de la conjoncture.
En temps de forte croissance, beaucoup d'entreprises
demandent à leurs employés de travailler
davantage, d'où un effet bénéfique
sur la productivité. Cet effet devrait disparaître
avec le ralentissement.
Parallèlement
au ralentissement de la croissance du PNB, la croissance
de la productivité a également ralenti,
passant de 6,1 % en taux annuel au second trimestre,
à seulement 3,3 % au troisième. Qu'est-ce
qui va maintenant se passer ? Si le recul de la croissance
de la productivité reste modeste, ce qui permettra
de contenir l'inflation tout en maintenant de relativement
bons résultats pour les entreprises, il y a alors
toutes chances pour que l'on ait effectivement un "atterrissage
en douceur". Mais si la décélération
se fait plus brutalement, cela rendra la tâche
de la FED beaucoup plus difficile. Les coûts unitaires
de travail risquent de flamber, faisant chuter le dollar
- ce qui n'incitera guère la Banque centrale
à réduire ses taux.
Voilà
longtemps que The Economist explique que l'économie
américaine souffre d'une bulle financière.
La révolution de l'information apportent d'inestimables
gains, mais les marchés restent conduits par
des anticipations déraisonnables quant à
ce que l'on peut attendre demain de la productivité
et de la croissance des profits. Ce ne devrait pas être
une surprise : les bulles financières ont toujours
accompagné les révolutions technologiques,
depuis la folie anglaise pour les chemins de fer dans
les années 1840 jusqu'à l'enthousiasme
américain pour les automobiles et l'électricité
dans les années 1920.
Quand
ces bulles éclatent, les investisseurs y perdent
leur chemise. Mais les gains réels perdurent.
C'est ce qui devrait encore se passer cette fois-ci.
Mais les expériences du passé devraient
inciter un certain nombre de fanas de la nouvelle économie
à se calmer un peu. L'idée que les technologies
de l'information aurait durablement élevé
de taux de croissance de la productivité américaine
à plus de 3 - 3,5 % par an n'est pas raisonnable
: cela impliquerait que la révolution des technologies
ait un effet sur l'économie encore plus fort
que celui qui résultât de l'introduction
de l'électricité au début de ce
siécle. C'est bien l'une des raisons pour lesquelles
il nous faut craindre qu'avec le refroidissement de
l'économie la productivité ne baisse cette
fois-ci bien plus que ce à quoi la plus part
des économistes s'attendent - ajoutant ainsi
une chance de plus à un atterrissage brutal.
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