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Les
années cinquante furent la période sombre
du libéralisme classique. L’exigence d’un état
fort et largement présent était partagée
par à peu près tous les segments de l’échiquier
politique. A cette époque là, mon ami
et collègue Warren Nutter avait l’habitude de
me dire que le plus que nous, les libéraux, pouvions
ambitionner était seulement de sauver les meubles.
Pour cela il nous fallait au moins maintenir en vie
une véritable bibliothèque libérale.
C’est alors que Friedrich
Hayek généralisa l’idée
que ce qu’il nous fallait faire avant toute chose était
d’abord de " sauver les idées ".
Aujourd’hui,
ces deux objectifs ont été atteints. Les
livres libéraux ont une clientèle, ils
sont lus, et les idées qu’ils défendent
sont mieux connues et plus largement diffusées
que ce n’était le cas au milieu du siècle.
Par exemple, aujourd’hui, toute personne un tant soit
peu éduquée et intelligente sait que le
cœur de la doctrine libérale réside dans
la conviction que c’est d’abord en élargissant
le domaine de décision individuel, au détriment
des problématiques reposant sur des projets collectifs,
que l’on peut le mieux faire progresser la société.
Malgré
tous ces succès, nous, les libéraux, nous
n’avons pas su préserver l’âme du libéralisme.
Sauver les livres et les idées était certes
nécessaire. Mais, tout seul, cela ne suffit pas
pour assurer un avenir à notre philosophie. Notre
problème réside dans la manière
de présenter notre idéal.
Rappelez-vous
par exemple la manière dont le Président
Bush avait l’habitude de répondre à tous
ceux qui essayaient de comparer sa position à
celle de Reagan en évoquant d’un ton moqueur
cette " vision des choses " qui
était la sienne. L’image puritaine de la " cité
rayonnante là haut sur la colline "
qu’utilisait Reagan pour incarner l’idéal américaine,
était aux antipodes du cadre de pensée
d’un Monsieur Bush. Bush n’a rien compris à ce
que Reagan voulait dire, ni aux raisons pour lesquelles
cette image résonnait si fort aux oreilles du
public.
D’une
certain manière on peut penser que Ronald
Reagan s’adressait à une partie très
spécifique de l’âme américaine à
laquelle George Bush ne comprenait rien. On retrouve
entre eux la grande distinction qui oppose ceux dont
le regard sur la réalité se nourrit d’une
véritable vision de ce que le monde devrait être,
et ceux qui limitent leur perception du réel
aux enseignements d’un pragmatisme de bon aloi.
Ma
thèse est que le libéralisme n’aura jamais
la chance de s’imposer à l’opinion publique si
ceux qui s’en font les porte parole appartiennent exclusivement
à la classe des pragmatiques qui ne peuvent rien
faire sans commencer par se demander " est-ce
que ça marche ? ". La démarche
scientifique, ainsi que l’intérêt personnel
peuvent suffire à assurer la crédibilité
de n’importe quel argument. Mais pour convaincre il
faut en plus un idéal. Les gens ont besoin qu’on
leur présente une vision qui suscite chez eux
une véritable aspiration, un véritable
besoin de se battre pour quelque chose. Si le libéralisme
n’y réussit pas, il y aura un vide, et ce seront
d’autres idées qui le combleront. Assez curieusement,
les libéraux ne semblent pas comprendre ce besoin,
ni cette dynamique.
Ce
n’est pas que nous, les libéraux, manquions particulièrement
de matériaux à partir desquels travailler.
Les travaux d’Adam
Smith et de ses disciples, par exemple,
ont donné naissance à une vision particulièrement
complète et élaborée de la manière
dont les interactions humaines donnent naissance à
un ordre social. Que peut-il y avoir de plus convaincant
que la manière dont Adam Smith illustre le fonctionnement
de la " main invisible " , ou encore
les résultats d’un système de " liberté
naturelle ". Ces arguments en faveur de la
liberté individuelle et de la primauté
des individus entraînent encore avec eux une capacité
de résonance très forte aujourd’hui.
Précisément
parce qu’elle se focalise plus sur des finalités
potentielles que des buts immédiatement réalisables,
la vision libérale classique de la liberté
individuelle est faite pour satisfaire cette aspiration
humaine généralisée à un
idéal qui dépasse l’existant. Le libéralisme
classique partage cette caractéristique avec
son grand rival, le socialisme, qui lui aussi repose
sur une vision globale qui transcende à la fois
la démarche scientifique et les intérêts
particuliers à la défense desquels ses
propres avocats le réduisent trop souvent. Je
veux dire par là que tant le libéralisme
classique que le socialisme ont tous deux une âme,
même si les motivations et les aspirations qui
les animent sont profondément différentes.
Le
problème n’est pas dans le principe, mais dans
la tête des chefs de file de la pensée
libérale. Vous trouverez peu de socialistes pour
contester que le socialisme soit construit autour d’un
idéal central qui agit comme une sorte de principe
vital. En revanche, la plupart de ceux qui acceptent
d’être classés comme libéraux admettent
difficilement qu’il puisse exister une " âme "
au centre des positions qu’ils défendent. Leur
discours se réfugie généralement
- et même souvent exclusivement - dans la recherche
d’une justification " scientifique "
; parfois, occasionnellement, dans la référence
à un intérêt particulier " éclairé ".
Les
libéraux d’aujourd’hui éprouvent beaucoup
de mal à admettre que le libéralisme puisse
attirer les esprits par ses seules qualités idéologique
et, en tant que forme de Weltanschauung , exercer
ainsi une forme de séduction purement intellectuelle.
Si cette position peut suffire du poin de vue de ceux
qui bénéficient d’un certain savoir et
recherchent avant tout une certaine cohérence
personnelle interne, elle se retourne contre le libéralisme
dès lors qu’il s’agit d’obtenir l’adhésion
du grand public.
Là
comme ailleurs, les économistes libéraux
sont en quelque sorte victimes du syndrome qui les conduit
à modeler le comportement de chaque individu
sur le modèle d’un économiste rationnel.
Le seul savoir scientifique, la seule connaissance scientifique
ne suffiront jamais pour convaincre. Il y faut en plus
une conviction, et des idéaux. Qu’un libéral
ait pour caractéristique d’analyser ses propres
décisions selon le modèle des choix individuels
de l’économiste, fort bien; mais tout libéral
est aussi un homme qui possède au fond de lui-même
le désir de participer à une communauté
virtuelle d’êtres humains nourrissant une même
utopie fondée sur l’adhésion à
un ensemble de règles abstraites constitutives
d’un ordre social libéral.
Les
libéraux doivent comprendre que leur tâche
est infiniment plus complexe que celle d’un simple homme
de science. Le physicien ou le biologiste n’ont pas
besoin de se demander si l’opinion publique va admettre
ou non les résultats de leurs recherches. Le
peuple doit se soumettre aux réalités
de la nature physique. Il n’y a que les idiots qui peuvent
s’y refuser. Personne ne va jamais essayer de marcher
sur l’eau ou de passer à travers les murs.
De
même, pour bénéficier des apports
d’une technologie moderne, nous n’avons pas besoin de
connaître ce qui lui sert d’ " âme ",
c’est à dire son principe d’opération.
Je n’ai pas besoin de connaître les principes
sur lesquels est fondé le fonctionnement de mon
ordinateur pour écrire ces quelques lignes. Comparez
cette attitude à celle de l’individu qui participe
aux échanges économiques. Il peut se comporter
lui aussi de manière passive, se contentant de
répondre comme un automate aux opportunités
qui s’offrent à lui en tant qu’acheteur, vendeur
ou entrepreneur. Mais, au fin fond de lui-même,
pour accepter cet état de choses il a aussi besoin
de savoir qu’en agissant ainsi il participe d’un ordre
humain bénéfique, voulu et choisi par
les hommes.
C’est
seulement dans la connaissance qu’ils en ont, et le
respect qu’ils portent aux principes de base qui ont
permis l’émergence de l’ordre élargi du
marché, que les hommes peuvent puiser des raisons
d’éviter des prendre des décisions politiques
absurdes. Ceux qui défendent le salaire minimum,
préconisent le contrôle des loyers, veulent
développer les subventions, ou encore croient
aux bienfaits d’une certaine inflation, prouvent par
là qu’ils ne comprennent rien à la logique
des choix individuels, ni au fonctionnement du marché.
Pour l’universitaire libéral, la seule compréhension
de ces principes devrait logiquement suffire à
faire que les gens qui en ont connaissance se transforment
en avocats ou en propagandistes des idées libérales.
Mais il ne suffit pas d’être universitaire, ni
même un éminent économiste, pour
imposer ses propres idées. La science seule ne
suffit pas à les doter d’une telle autorité.
Il faut aussi que l’opinion publique au sens le plus
large y contribue.
Le
grand succès de l’économie politique classique,
celle de premières décennies du 19ème
siècle, en particulier en Angleterre, est d’avoir
su provoquer l’imaginaire des peuples, et ainsi d’avoir
capté le soutien des masses. Les libéraux
de cette époque ont réussi à articuler
une vision si convaincante, et si inspirée de
leurs idées qu’elle a entraîné un
phénomène politique massif d’adhésion
à leur programme de réformes. Rappelez-vous
l’épisode de l’abrogation des lois sur les grains
(Corn
Laws). Voilà une réforme qui
n’était certainement pas facile à obtenir.
Pourquoi, après tout, l’Angleterre devait-elle
cesser de protéger ses agriculteurs ? C’est seulement
parce qu’ils ont su présenter leur projet dans
le cadre d’une vision globale de ce que pouvait être
une société ouverte au libre-échange
que les opposants au contrôle des grains ont réussi
à imposer leur point de vue au législateur.
Leur succès a changé pour un temps la
face du monde.
Dans
les années qui ont suivi le milieu du 19ème
siècle, le mouvement libéral a perdu l’esprit
qui faisait précisément sa force. En 1848
Karl
Marx publie Le Manifeste Communiste, et le
puissant effet d’attraction exercé alors par
le socialisme a très vite fait pâlir les
lumières du libéralisme. Depuis cette
époque là, les libéraux se sont
repliés sur une position défensive, se
contentant de livrer un épuisant combat d’arrière-garde
contre les utopies utilitaristes de leurs adversaires.
La liberté individuelle a cessé d’être
au centre de leur combat.
Les
collectivistes clamaient qu’ils avaient la sagesse et
la vertu pour eux. La vie en vînt à s’identifier
à la quête d’un bonheur global " aggrégé ".
Entraînés par les doctrines de l’idéalisme
politique inspirées par Hegel,
les nouveaux intellectuels de cette époque ont
proggressivement glissé de la notion d’accomplissement
personnel à l’idée de réalisation
d’un esprit collectif. L’idéal socialiste a rencontré
un tel succès qu’il conduisit rapidement à
un certain nombre de grands changements politique et
institutionnels - alors même que l’expérience
de l’histoire allait démontrer qu’il s’agissait
d’erreurs colossales. Quoi d’autre que la puissance
d’attraction des idéaux du socialisme pourrait
expliquer sa longévité en Russie ou dans
certaines parties d’Europe ?
La
grande différence entre l’esprit du libéralisme
classique et celui du socialisme est que l’un idéalise
l’individuel, l’autre le collectif. L’individu est au
coeur de la vision libérale : c’est lui (ou elle)
qui se donne et s’efforce d’atteindre des objectifs
qui soient mutuellement compatibles pour tous les membres
d’une même société. Parce que ces
objectifs sont purement personnels, et qu’ils se situent
uniquement au niveau de la conscience individuelle de
celui (ou celle) qui choisit, décide et agit,
ce qui en résulte a pour caractéristique
de n’être ni mesurable, ni d’avoir la moindre
signification " sociale ".
Néanmoins
nous nous sommes habitués à ne pas concevoir
ni publier un chiffre aggrégé sans immédiatement
ajouer l’adjectif " social ". Prenez
par exemple les tableaux conçus par les spécialistes
de la fiscalité pour décrire le fardeau
des impôts qui pèse sur le pays : ils font
apparaître une distribution qui ne peut être
que " sociale ". Ou encore les statistiques
d’emplois que le gouvernement publie réguièrement
: ils s’agit par définition de statistiques " sociales ".
Dès
lors que nous utilisons ce langage, ne serait-ce que
pour se fixer un objectif " social ",
nous trahissons l’esprit même du principe libéral.
Pourtant les libéraux ne cessent d’y succomber.
Ils ont eux-mêmes contribué à obscurcir
le débat en prétendant que la supériorité
de l’ordre idéal du marché libre venait
de sa capacité à produire un bien plus
grand panier de biens et services de valeur que toute
autre forme d’organisation socialiste.
Invoquer
le principe d’efficacité d’une manière
aussi brutale et simpliste, même seulement au
niveau des concepts, revenait à abandonner l’essentiel
de ce qui fonde en réalité l’idéal
de la vision libérale. Nous tous, ou presque,
nous sommes rendus coupables de cette légèreté
dans la mesure où nous savons, bien sûr,
que l’une des propriétés du marché
libre est précisément de produire un panier
de biens qui est effectivement bien plus large que tout
ce que tout autre système peut nous apporter,
quel que soit le mécanisme de mesure adopté.
Mais à trop nous concentrer sur les valeurs aggrégées
(le taux de croissance par exemple, le niveau de vie,
les créations d’emploi...) nous en perdons de
vue que la singularité de l’ordre libéral
réside d’abord et avant tout dans son objectif
de liberté individuelle.
Bien
entendu, les libéraux ont de quoi bien se défendre,
même à l’aune de critères appartenant
traditionnellement à la sphère des ambitions
socialistes. Mais en agissant ainsi nous nous situons
par rapport à eux, sur leur propre terrain, au
lieu de les attirer sur notre terrain, et de juger leurs
résultats et réalisations par rapport
à nos propres critères. Fort heureusement,
un certain nombre de jeunes libéraux sont en
train de corriger cet état de choses en publiant
par exemple des tableaux comparatifs qui permettent
enfin de juger chaque pays par rapport à la manière
dont leurs statistiques traduisent un progrès
ou
un recul de la liberté individuelle. Nous devons
cesser de jouer sur leur terrain, pour de préférence
les comparer à nous sur notre propre terrain
de valeurs.
La
science économique, telle qu’elle a été
enseignée et qu’elle est pratiquée depuis
près d’un siècle, a de ce point de vue
causé pas mal de dégats. Plutôt
que de faire de l’étude de l’économie
une réelle et excitante aventure intellectuelle,
nous l’avons transformée en une science complexe
mathématisée à l’excès et
à contenu essentiellement empirique. Cette évolution
n’a été que partiellement freinée
pendant quelques décennies, alors que les événements
de la guerre froide et la lutte contre le communisme
offraient un nouveau challenge à des hommes comme
Hayek et un petit nombre de ses disciples. Mais depuis
lors, la discipline s’est plus que jamais enfoncée
dans la solution de rebus insipides et sans intérêt
réel. Comment pouvons-nous de nouveau faire de
l’économie une matière vivante et intéressante,
notamment pour tous ceux qui ne seront jamais des économistes
professionnels ?
La
réponse commence avec Ronald Reagan et son concept
de " cité rayonnante, là haut
sur la colline ". Reagan lui-même n’a
jamais su résoudre la moindre équation,
encore moins le système d’équations multiples
de l’équilibre général, cher aux
économistes. Son éducation économique
s’est arrêtée aux quelques cours suivis
pendant ses années de licence à Eureka
College. Mais il portait avec lui, en lui, une vision
de l’ordre social souhaitable. Cette vision était,
et reste toute entière construite sur l’idée
simple mais centrale que " nous sommes tous
libres ". Ce que Ronald Reagan nous fait découvrir
est que " le simple système (de la
liberté naturelle) " d’Adam Smith,
même s’il n’est compris que de manière
très approximative, est quelque chose qui est
encore en mesure aujourd’hui d’illuminer l’esprit, de
conférer aux idées libérales un
supplément d’âme capable d’en faire une
discipline philosophique à la fois pleinement
cohérente et unifiante.
Qu’y
a-t-il de plus à dire et à savoir sur
la nature de cet esprit libéral ? L’une des grandes
motivations offerte par la philosophie libérale
est, bien évidemment, le désir de liberté
de l’invidu, vécu comme l’absence de contrainte
imposée par le pouvoir d’un autre. Mais, au coeur
de l’esprit libéral, au centre de ce qui constitue
véritablement son âme, il y a un second
élément au moins aussi important : à
savoir l’absence de désir de soumettre les autres
à sa propre contrainte, à son propre pouvoir.
Dans la version idéalisée de l’ordre du
marché généralisé, toute
personne conserve toujours l’option de sortir, sans
coût, de chaque marché. Toute situation
de contrainte est a priori exclue : les individus sont
vraiment " libres ".
Bien
sûr, même aujourd’hui, aucun marché
n’est cent pour cent libre. Mais, comme idéal,
cet ordre imaginaire nous offre au moins l’espoir extraordinaire
et particulièrement motivant d’un monde au sein
duquel tout le monde serait libre de choisir pour lui-même.
Pour
cela, l’histoire américaine est pleine d’images
appropriées. Par exemple, on a raconté
beaucoup de choses sur l’esprit de frontière
américain. Mais pourquoi la frontière
a-t-elle joué un rôle si important pendant
le premier siècle de l’expérience américaine
? Parcequ’elle était le symbole de la liberté
des libéraux. La bonne interprétation
du rôle économique joué par la frontière
est de comprendre qu’elle garantissait alors à
chacun une possibilité de " sortie "
dont l’existence même contribuait à limiter
de manière spectaculaire les risques potentiels
d’exploitation par d’autres. Aujourd’hui, cette frontière
territoriale n’existe plus. Mais le mécanisme
opératoire de l’ordre du marché fonctionne
de manière à offrir à chacun d’entre
nous exactement la même chose : la capacité
de conserver une possibilité de sortie dans toutes
les relations que nous nouons avec les autres et qui
nous lient à eux.
Pour
retrouver l’esprit du libéralisme, il ne suffit
pas d’accumuler de petites victoires parlementaires
sur des ordres du jour ou des points de détail
législatifs. Ni de gagner des élections
avec des alliés qui épousent jusqu’à
un certain point les principes libéraux. Réussir
à nous opposer au contrôle des loyers,
ou même élire un Ronald Reagan comme Président,
ne suffisent pas pour que l’on puisse clamer que le
libéralisme a conquis les esprit et l’opinion.
Les libéraux se sont littéralement endormis
sur leurs lauriers au cours de la décennie des
années 1980 et depuis la chute du Communisme.
Le résultat est que l’opinion et les attitudes
publiques sont aujourd’hui beaucoup plus conditionnées
par l’Etat-providence, ou par des régimes à
caractère paternaliste et mercantiliste que par
les idées libérales.
Faire
émerger une nouvelle vision libérale,
afin de donner une nouvelle âme au libéralisme,
devrait actuellement être notre priorité
numéro un. Je ne veux pas dire que nous devrions
consacrer toute nos énergies à la mise
sur pied d’un énième programme politique
libéral. La politique, pour l’essentiel, est
une affaire de petits pas, d’action progressive, étape
par étape. Ce que je suggère est que nous,
ceux qui enseignent le libéralisme, devrions
focaliser nos efforts sur la vision, la mise en chantier
d’une véritable constitution de la liberté,
plutôt que de nous contenter de la démarche
pragmatique du calcul utilitariste our démontrer
que le libéralisme produit de meilleurs résultats
quantitatifs que les régimes fondés sur
la politisation des décisions économiques.
Autrement
dit, il ne faut pas que les libéraux se relâchent
en disant " notre travail est fini ".
La faillite du socialisme en tant que doctrine intellectuelle
et mode d’organisation social ne nous relève
pas du devoir d’offrir aux opinions publiques un discours
philosophique et politique renouvelé. Nous avons
plus que jamais besoin d’un discours qui nous permette
de préserver, de sauver, de recréer ce
que nous devrions, au sens propre, appeler l’esprit
du libéralisme. Si nous n’arrivons pas à
bien faire comprendre par l’opinion publique ce que
sont les principes de base de l’ordre abstrait du marché,
celui-ci n’aura aucune chance de survivre.
traduction
Henri Lepage
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