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| L'économie
en quelques signaux graphiques |
31 Janvier 2000 |
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L'EUROPE VA-T-ELLE SUIVRE
LE CHEMIN DE LA "NOUVELLE ECONOMIE" AMERICAINE
?
par Henri LEPAGE
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En
Europe, l'heure est plutôt à l'euphorie.
Ce que justifient, semble-t-il pleinement, les deux
graphiques ci-contre.
Le
premier fait clairement apparaître le mouvement
de reprise de la croissance du PIB, intervenue cet été.
L'Allemagne, comme on le sait, était à
la traîne. Son taux de croissance est sensiblement
inférieur à la moyenne des autres pays
européens. Mais, qu'on se rassure : la reprise
est bien là. Le retour des revendications salariales
en apporte la preuve la plus vivante.
Le
second montre que, pour la première fois depuis
longtemps, le chômage est enfin en nette régression.
Pour combien de temps ?
La
grande interrogation concerne maintenant la nature de
cette reprise. Est-il permis d'espérer qu'elle
représente les prémisses d'un phénomène
de retour à une croissance durable sans inflation,
à la manière de ce qui se passe depuis
neuf ans aux Etats-Unis ? Autrement dit, allons-nous
à notre tour connaître ce que les USA viennent
de vivre: une longue période de croissance forte
et non inflationniste ?
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A
cette question, je proposerai pour l'instant trois éléments
de réponse :
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- L'effet
"nouvelle économie" commence à
se diffuser vers l'Europe. Dans le graphique ci-contre
nous avons décomposé l'indice de la
production industrielle en Europe en deux secteurs
: l'un représentatif des secteurs les plus
impliqués dans la nouvelle révolution
techologique et industrielle; l'autre qui regroupe
la production des secteurs traditionnels de l'économie.
Depuis 1996-97, il y a ( et cela se vérifie
pour les différents pays pris individuellement)
un démarrage des premiers. Mais l'avance prise
en cinq ans n'a rien de comparable avec ce qui s'est
passé aux Etats-Unis.
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Pour
la même période, la high tech a vu sa production
multipliée par 4, contre seulement + 50 % en
Europe. Pour corriger cette impression négative;
il faut toutefois tenir compte du caractère très
défectueux des séries statistiques européennes,
comparé à la précision des mesures
américaines. L'appareil statistique européen
n'a toujours pas été adapté pour
prendre en compte l'irruption des nouvelles technologies.
Les graphiques donnent donc vraisemblablement une image
qui sous-évalue l'effet réel . On peut
toutefois corriger ce biais en utilisant des séries
boursières qui permettent d'évaluer la
croissance relative de la production des différents
secteurs.
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- De
là à conclure que l'Europe va connaître
au cours des années qui viennent un phénomène
exceptionnel d'expansion analogue à celui des
Etats-Unis, il y a un pas que nous ne franchirons
pas. L'émergence de la "nouvelle économie"
compte peut-être pour 25 % dans la reprise des
derniers mois, mais celle-ci nous paraît bien
davantage s'expliquer par la politiques budgétaires
menées depuis deux ans, ainsi que le caractère
"permissif" de la politique monétaire
de la Banque centrale européenne depuis le
début de l'année. Autrement dit, loin
d'être le signe d'une "nouvelle croissance"
à l'américaine, la reprise actuelle
nous paraît plutot relever d'une dynamique cyclique
très traditionnelle.Ce sentiment s'appuie sur
le contraste qui oppose les deux graphiques ci-contre
(M2 est en courbe noire pointillée). Où
est la soi disante rigidité de la BCE ? Comparé
à la gestion de la FED, et compte tenu des
différences de croissance, son comportement
apparaît beaucoup plus laxiste. D'où
la perspective d'une résurgence de l'inflation
qui devrait, selon toute vraisemblance, être
plus rapide qu'aux USA - malgré ce que tout
le monde en dit généralement (mais aussi
ce que font apparaître actuellement les indices).
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Le
retour des revendications salariales en Allemagne est
un signe (les métallurgistes d'IG Metall réclament
une augmentation de 5,5 %). La banque centrale va devoir
remonter ses taux d'une manière de plus en plus
agressive, coupant ainsi progressivement court aux espoirs
de voir l'Europe s'installer durablement dans une croissance
à l'américaine. D'ores et déjà,
certaines voix (Horst
Siebert, le président du très
libéral Kiel Institüt) laissent entendre
que la croissance allemande pour l'année 2000
sera moins forte que la majorité des économistes
ne l'annoncent.
L'Europe
est de nouveau sur la "montagne russe" d'un
cycle classique alors que l'Amérique connait
un épisode de "vraie croissance".
Il en découle une conclusion importante : contrairement
à la plupart des diagnostics, l'euro devrait
rester plutôt faible par rapport au dollar. Ce
n'est pas un hasard s'il vient de tomber en-dessous
de la parité.
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- Paradoxalement,
les inquiétudes actuelles se reportent plutôt
sur les perspectives de l'économie américaine.
Ceux qui croient à l'existence d'une "maxi-bulle"
boursière s'attendent d'un jour à l'autre
à un inévitable effondrement de Wall
Street. Je n'y crois pas. J'ai expliqué pourquoi
(cf "pourquoi
la bulle n'éclatera pas").
Reste néammoins une inquiétude : que,
devant le dérapage de la masse monétaire
enregistré au cours des deux derniers mois,
ainsi que la croissance toujours aussi exhubérante
de la consommation, la FED ne se croit contrainte
de relever ses taux directeurs d'une manière
telle qu'elle provoque une sévère correction
boursière dont les conséquences pourraient
compromettre les perspectives d'un atterrissage en
douceur de l'économie. Je n'y croit pas non
plus, car je ne vois pas Alan Greenspan abandonner
brutalement la stratégie qu'il conduit depuis
un an et qui (à la différence de la
politique "pro-active" que menait la Bundesbank)
consiste à maintenir un "spread"
à peu près constant de manière
à ne pas prendre à rebrousse-poil les
anticipations du marché - cf le graphique ci-contre.
Tous les arguments utilisés pour suggérer
que la FED agisse de manière beaucoup plus
brutale reposent en fait sur des raisonnements erronés.
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La
"surconsommation" américaine (l'effet
richesse), la déficit extérieur record,
la disparition de l'épargne domestique, ne sont
pas les signes d'accumulation de déséquilibres
indépendants qui se surajouteraient les uns aux
autres et annonceraient l'imminence d'une grave crise.
Avec la mondialisation des marchés et la situation
actuelle de flottement totalement libre des monnaies,
nous vivons dans un univers d'interconnection et d'autorégulation
des grandes ères économiques où
ces différents faits n'ont pas plus de signification
que si l'on se plaignait de voir des parisiens qui s'enrichissent
très vite à la Bourse trop consommer et
vivre au dessus de leurs moyens grâce au "trop
plein" d'épargne accumulé par des
bretons certes plus déshérités
mais tentés de tirer eux aussi profit de la révolution
industrielle qui enrichit ceux qui ont, par rapport
à eux, la chance de vivre en Ile de France. L'économie
française serait-elle pour autant au bord de
l'implosion ?
Dans
ce nouveau contexte, ce qu'il faut craindre n'est pas
la rupture soudaine d'un équilibre économique
local (américain), mais le retour de certaines
velléités interventionnistes internationales,
motivées par exemple par le désir de remettre
de l'ordre dans le fonctionnement des taux de change,
et qui viendraient ainsi perturber le délicat
mécanisme des prix relatifs qui permet à
ces "déséquilibres" de cohabiter
sans rupture (voir par exemple les récentes déclarations
du Prix Nobel Robert
Mundell et de Fred
Bergstein de l'Institute for International
Economics cités par le Financial Times). Le jour
où le G7 annoncera par exemple son intention
de véritablement "faire quelque chose",
alors nous aurons de réelles raisons d'être
inquiets pour l'économie américaine.
Qu'on
s'entende bien. Il n'en reste pas moins que, depuis
la fin du mois de Novembre, on assiste sur le marché
boursier américain à un emballement insoutenable
des valeurs de haute technologie qui ne peut que déboucher
sur une correction prochaine. Ainsi que le fait remarquer
Alan
Greenspan dans l'une de ses dernières
interventions publiques, il faut y voir le signal de
l'arrivée d'un retournement de conjoncture imminent,
le signe d'une classique fin de cycle.. Mais même
si cette "bulle" de la high tech éclate,
il n'y a aucune raison de croire qu'après les
dix glorieuses années qu'elle vient de vivre
l'Amérique connaîtra à son tour
les affres d'une descente aux enfers "à
la japonaise". Les conditions ne sont pas du tout
les mêmes.
H.L.
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