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LECTURES COMPLEMENTAIRES
:
La
chronique mensuelle de John
H. Makin, American Enterprise Institute:
"A
Fiscal Boost Ends the Recession For Now"
(April); "Has The Recession Started Yet ?"
(mai); What's in Store for the Dollar ?"
(juin).
Sur
le site du Mises Institute. "The
Death of Desinflation",
par Sean Corrigan (23 mai). "The
Misleading Indicators", par Frank
Shostak (17 mai).
A
propos de l'affaire ENRON. "Enron's
Long Shadow", parChristopher Westley
sur le site du Mises Institute.. "Enron :
Market Exploitation and Correction", par
Christopher Westley, Ronnie Clayton et William
Scroggins, dans la revue Financial Decisions,
spring 2002. "Enron's
True Lesson : Political Opportunism",
par Fred McChesney sur le site du Liberty Fund.
Les
discours et interventions d'Alan
Greenspan, President de la FED.
"New
Economy, New Recession", l'analyse
des économistes de la Federal Reserve Bank
de Dallas.
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Lorsque
nous avons donné notre dernier diagnostic conjoncturel
- c'était à la fin du mois de novembre
- nous êtions quasiment seuls contre tous. Tout
le monde s'attendait à ce que le contrecoup de
l'attentat du 11 septembre déclenche un véritable
enchaînement déflationniste avec, à
la clé, une "méchante récession".
Notre avis était que le 11 septembre s'était
produit alors même que le cycle conjoncturel américain
approchait de son terme, et que l'économie US
s'apprêtait à rebondir. L'effet de l'attentat
devait être de différer le processus de
seulement quelques semaines. Vue l'énormité
des liquidités monétaires injectées
dans l'économie au cours du second semestre 2001,
compte tenu également de la bonne orientation
de la courbe des taux (l'écart entre taux longs
et taux courts étant à un niveau record),
le diagnostic qui s'imposait était celui de la
probabilité d'une forte reprise intervenant dans
les six mois à venir. Notre opinion était
que les discours sur la présence d'une "trappe
à liquidité" précipitant l'économie
US dans un processus à la japonaise n'étaient
pas crédibles.
Les
événements nous ont donné raison,
contre les médias qui, eux, annonçaient
le plongeon. Les graphiques présentés
dans le diaporama ci-dessus sont clairs. Ils font apparaître
un processus de retournement de l'économie enclenché
dès la fin de l'année, et qui met fin
au processus baissier déclenché
dix huit mois plus tôt. Ce cycle s'achève
sans même qu'il y ait eu l'apparition d'une véritable
récession (puisqu'il aurait fallu que le PNB
soit négatif pendant deux trimestres consécutifs).
Ce refroidissement économique a été
brutal, en ce sens que les entreprises ont connu des
chutes vertigineuses de leurs résultats. Mais
cette impression de brutalité venait surtout
de ce que, lorsque le ralentissement s'est produit,
l'économie connaissait des taux de croissance
d'un niveau exceptionnellement élevé.
En termes de croissance pure, les dégats du ralentissement
sont restés relativement limités.
Les
statistiques publiées depuis le début
de l'année montrent que, de mois en mois, tous
les compteurs sont en train de virer au vert, les uns
après les autres. Reste tout de même une
interrogation sur la vitalité de cette reprise.
Ceux qui l'attendaient, qui l'annonçaient, anticipaient
quelque chose de certainement beaucoup plus net, beaucoup
plus affirmé que ce qui transparaît à
travers les chiffres actuels. De ce point de vue, il
y a peut être une certaine déception, une
certaine erreur d'appréciation.
Un
certain nombre d'indicateurs tardent en effet à
sortir de la zone négative. Dans les commentaires
des journaux on parle beaucoup de la panne des investissements
qui semble se prolonger. On fait aussi grand cas des
résultats des entreprises qui restent nettement
dans le rouge, retardant par là le processus
de reprise des investissements. Mais les derniers chiffres
publiés font apparaître, dans ces deux
cas, là aussi, un certain frémissement.
Surtout, il y a la totale absence de reprise des prêts
bancaires au secteur productif. Les banques n'ont pas
encore recommencé à prêter aux entreprises.
Enfin, sans doute le plus important, il y a la bourse
dont les résultats semblent démontrer
qu'elle ne croît pas à la reprise, puisque,
après avoir quelque peu remonté, elle
a de nouveau plongé à la fin du mois de
mai. Normalement, en cette phase du cycle, les bourses
devraient au contraire rebondir dans l'anticipation
des bons résultats à venir.
Le
résultat est que la plupart des observateurs
et commentateurs ont du mal à se départir
de leur pessimisme foncier sur l'avenir de l'économie
US. La chute du dollar,et donc le rebond de l'euro,
mais aussi la forte montée du prix de l'or, semblent
apporter de l'eau à leur moulin. Le pronostic
qui émerge est qu'il s'agirait en quelque sorte
d'une "fausse reprise", et qu'il faudrait
donc s'attendre à ce que l'économie américaine
replonge, ou du moins connaisse une nouvelle phase d'arrêt,
d'ici à la fin de l'année. C'est le scénario
dit du "W". Ce nouveau trou d'air proviendrait
d'un affaiblissement des deux moteurs qui, l'an dernier,
ont tant bien que mal soutenu la demande globale : la
consommation et l'immobilier, survenant avant que la
reprise des investissements prenne le relais. Ce trou
d'air apparaîtrait d'autant plus inévitable
que, d'un part, les chiffres de l'inflation ne paraissent
pas franchement bien orientés (ce qui devrait
contraindre la FED à remonter ses taux), et que,
d'autre part, ce sont toute la finance et toute l'industrie
qui aujourd'hui sont sévèrement secouées
par les retombées de la fameuse affaire Enron.
Comment anticiper une franche reprise tant que les prêteurs
nourriront des doutes sur la sincérité
des bilans de la plupart des grandes entreprises ? Dans
cette optique, la baisse récente du dollar serait
enfin le signe de l'amorce de la revanche tant attendue
de l'euro.
Nous
ne partageons pas ce diagnostic. Celui-ci se fonde,
implicitement ou explicitement (selon les cas), sur
deux présupposés que nous ne partageons
pas : d'un côté, une croyance en une faiblesse
financière intrinsèque de l'édifice
économique américain, illustrée
par les déboires spectaculaires d'un certain
nombre de grandes firmes US; de l'autre, l'idée
que la "nouvelle économie" est une
illusion qui désormais appartiendrait au passé,
et que tout ce que les Etats-Unis ont connu depuis plusieurs
années ne serait finalement que l'expression
d'une gigantesque bulle spéculative appelée
à n'avoir aucun lendemain.
L'affaire
Enron est incontestablement un événement
qui marque les esprits, et prouve que l'insolente prospérité
des cinq dernières années s'est accompagné
de l'extension de pratiques financières et comptables
douteuses. Mais qu'est-ce que démontrent les
événements ? Que précisément
le marché fonctionne. S'il avait fallu s'en remettre
uniquement à une agence publique de régulation
et de surveillance pour mettre à jour les malpratiques
des gestionnaires d'Enron, il ne fait aucun doute qu'il
aurait fallu attendre bien plus longtemps avant de découvrir
le pot au rose. C'est après tout la sanction
du marché - la dégringolade du cours de
bourse - qui, en l'occurrence, a alerté les autorités.
Des actionnaires se sont doutés qu'il y avait
quelque chose de louche bien des mois avant que les
tuteurs officiels du marché commencent à
se poser des questions et à enquêter. Comparons
les délais de réaction à ce qui
se serait passé si, au lieu d'avoir affaire à
une entreprise américaine comme Enron, c'était
une banque française comme le Crédit Lyonnais
qui avait été en cause ?
C'est
précisément la fonction des refroidissements
conjoncturels que de purger l'économie de ses
brebis galleuses en mettant à jour leurs fraudes
et combines. Au lieu d'en tirer prétexte pour
demander une révision des règles en vigueur,
et la mise en place d'une réglementation encore
plus rigoureuse, il vaudrait mieux s'interroger sur
ce qui est à l'origine de l'aggravation de ces
comportements. En un sens, la réglementation
financière crée un faux sens de sécurité
qui incite l'actionnaire à moins faire attention
à ses choix, à être moins critique,
moins prudent dans ses placements. Autrement dit, à
moins faire son travail, puisque d'autres sont censés
le faire - mieux - à sa place. C'est ce qu'on
appelle en langage économique un "risque
moral". Ce phénomène est d'autant
plus ample que par ailleurs une politique monétaire
facile injecte des liquidités abondantes qui
entretiennent l'optimisme et suscitent l'illusion qu'on
est quasiment gagnant à tout coup. Nous tenons
là l'un des mécanismes par lesquels l'action
des banques centrales provoque ces "malinvestissements"
que la théorie économique autrichienne
rend responsables des cycles économiques. Les
managers d'Enron sont incontestablement coupables tant
aux regards des canons d'un bon management qu'aux yeux
de la morale des affaires la plus fondamentale. Ils
l'ont déjà payé très cher,
du fait de la sanction du marché (la perte de
la majeure partie de leur patrimoine). Mais il y a aussi
une responsabilité collective en cause. Et ce
n'est pas l'aggravation des réglementations et
des sanctions visant les managers qui y portera remède.
Ces
événements font apparaître l'extraordinaire
résilience financière du système
économique américain. Dans notre commentaire
du mois de novembre nous nous opposions à ceux
qui craignaient qu'une récession US ne débouche
sur un engrenage à la japonaise du fait d'un
phénomène de "trappe monétaire"
provoqué par la multiplication de faillites en
cascade. Notre argument était que l'état
du système financier américain n'était
en rien comparable à la situation japonaise,
et cela même en présence de taux d'endettement
records. L'étonnant dans l'affaire Enron est
précisément le peu de conséquences
de cette faillite, malgré l'énormité
des sommes en jeu, sur l'ensemble des marchés.
Du fait même de l'importance prise par tous les
nouveaux instruments financiers si souvent décriés
comme facteurs de spéculation, les marchés
américains viennent de révéler
un degré de solidité et de résilience
tout à fait exceptionnel. Ce qui nous ramène
à la "nouvelle économie" et
au second élément de notre désaccord.
La
plupart des commentaires sur la situation économique
américaine continuent de se situer dans une optique
"keynésienne" où ce qui importe
est l'évaluation des facteurs de la "demande
globale". Nous pensons au contraire que la croissance,
aujourd'hui, reste dominée par des facteurs d'offre.
De
ce point de vue, la nouvelle la plus importante concerne
les gains de productivité. Dès le dernier
trimestre de l'année 2001, celle-ci a retrouvé
un rythme de progression record tout à fait inhabituel
dans une telle phase du cycle. Cette reprise de la productivité
traduit l'extraordinaire flexibilité dont a fait
preuve l'économie américaine depuis le
retournement de la conjoncture en mars 2000. Pour s'ajuster
à leur nouvel environnement, les entreprises
n'ont pas hésité à immédiatement
rogner massivement sur leurs coûts, notamment
en supprimant de nombreux postes de travail. Le nombre
de gens au chômage a bondi. Mais en agissant ainsi
les entreprises ont créé les conditions
qui leur permettent actuellement de reconstituer leurs
marges bénéficiaires, et donc d'assurer
le redémarrage prochain de leurs investissements.
Le mécanisme n'est malheureusement pas instantané.
Il faut quelques trimestres. D'où les déceptions
qui prévalent encore (au niveau des résultats
ou des investissement). Mais cela ne devrait pas durer.
Les graphiques du diaporama font déjà
apparaître quelques signaux encourageants.
Par
ailleurs, cette reprise spectaculaire de la productivité
confirme qu'il ne faut sans doute pas encore remiser
la "nouvelle économie" au magasin des
accessoires dépassés. Le processus d'assainissement
et de résorption des excès de capacités
accumulés dans les nouvelles technologies a été
brutal et douloureux. Cependant, avec le redémarrage
d'une croissance positive, on va voir réapparaître
les effets mécaniques des énormes économies
d'échelle qui caractérisent ces industries.
En phase de crise, la réduction des chiffres
d'affaires avait pour effet de priver les entreprises
des secteurs de pointe de leurs gains d'échelle,
donc d'alourdir leurs coûts marginaux, et cela
alors même que la concurrence en prenait un coup
du fait de la réduction du nombre d'entreprises
rivales. D'où une explication possible du recul
some toute relativement limité du niveau d'inflation
(hors énergie) par rapport à ce à
quoi on aurait pu s'attendre en phase de mauvaise conjoncture..
En période de reprise, c'est l'inverse qui va
jouer. Les industries nouvelles vont de nouveau pouvoir
compter sur la réalisation de fortes économies
d'échelle, alors même qu'il s'agit de secteurs
où l'élasticité/prix de la demande
est très fortement supérieure à
un. Et ces économies d'échelle seront
à nouveau d'autant plus importantes que l'assainissement
du marché a précipité d'importants
mouvements de rationalisation entre capacités
concurrentes, ainsi qu'une réduction du nombre
des opérateurs. Si l'intensité de la concurrence
internationale ne faiblit pas - au contraire, du fait
de la dimension mondiale du ralentissement -, on devrait
logiquement retrouver tous les éléments
de l'engrenage vertueux qui fut à la source de
la croissance exceptionnelle des années 1996
à 2000 : une croissance rapide des ventes à
des prix qui continuent de baisser et génèrent
une masse impressionnante de profits du fait du caractère
quasi nul des coûts marginaux.
Pour que ce mécanisme ne joue pas, il faudrait
imaginer que les nouveaux secteurs technologiques ont
déjà épuisé toutes leurs
capacités potentielles d'économies d'échelle.
Cela paraît peu vraisemblable. Comme on peut le
vérifier sur les vagues précédentes
de grandes innovations industrielles, il s'agit de phénomènes
longs dont il est difficile d'imaginer qu'ils s'épuisent
en moins d'un cycle conjoncturel.
La
clé du processus cumulatif de reprise dépend
de la capacité des entreprises à retrouver,
en relations avec leurs nouvelles structures de coûts
allégées, des niveaux de ventes qui leur
permettent de renouer avec le cycle vertueux des économies
d'échelle. On peut penser que la principale préoccupation
d'Alan Greenspan à l'heure actuelle est vraisemblablement
de tout faire en sorte que ce point soit atteint au
plus vite. D'où la nécessité de
maintenir les taux aussi bas que possible pendant cette
période de transition. Une fois ce seuil atteint,
il n'y a plus de problème : la magie vertueuse
de l'économie de l'offre exercera ses effets.
Le caractère déflationniste de la reprise
des ventes permettra à la FED de conserver des
taux d'intérêt courts bas et limitera l'ampleur
du reflux de la pente des taux. L'incitation à
l'investissement restera maximale. Et l'Amérique
retrouvera son processus de croissance saine poussée
par l'offre, et non par la demande.
Sans
doute s'agit-il d'un scénario idéal. Des
incertitudes, des questions demeurent. Comment se fait-il
par exemple que les bourses - notamment le marché
des valeurs technologiques, le NASDAQ - n'aient pas
l'air d'y croire ? On peut y répondre en invoquant
trois facteurs explicatifs.
Le
premier, d'ordre monétaire, est lié au
processus de raréfaction des liquidités
qui prévaut sur le marché américain
depuis le début de l'année. Il semble
que la FED ait entrepris, sans pour autant toucher à
ses taux de base, de retirer du marché une large
part des excédents de liquidités injectés
l'année précédente au lendemain
des événements du 11 septembre. Cette
action n'a pas trouvé d'élément
compensateur dans l'offre privé de liquidités
puisque les banques ont continué de se retirer
du marché du crédit aux entreprises.
L'autre
tient aux craintes de nouveaux attentats sur le territoire
américain. Cette insécurité maintiendrait
les investisseurs dans les placements obligataires au
détriment des actions. La confirmation que de
nouveaux attentats étaient en préparation,
plusieurs semaines après que la bourse ait accusé
le coup, tendrait à prouver une fois de plus
que le marché était "bien informé".
Enfin,
certains évoquent des possibilités de
manoeuvre et d'intoxication des marchés dans
le but, souhaité par la FED, d'empêcher
toute remontée des taux tant qu'on n'est pas
raisonnablement certain que le cycle vertueux de l'offre
n'est pas encore enclanché.
Si
nous avons raison, cela signifie que le retour au déficit
budgétaire s'évanouira de nouveau très
rapidement, comme par enchantement. Mais aussi que la
remontée de l'euro tournera court, décevant
tous ceux qui croient déjà que l'heure
de la grande revanche européenne est venue. Pour
qu'il n'en soit pas ainsi, il faudrait que l'économie
européenne entre à son tour dans le processus
vertueux de "l'économie de l'offre";
et pour cela qu'elle porte définitivement remède
à tous les rigidités qui encombrent ses
structures concurrentielles. Le passage à droite
de la majorité politique de la plupart des pays
membres de l'Union européenne est certes un fait
encourageant. Peut-être que la simultanéité
du processus dans la plupart des grands pays européens
encouragera leurs dirigeants, par effet d'imitation,
à se montrer plus courageux et entreprenants.
Mais nos lecteurs comprendront que nous restions, sur
ce point, encore relativement assez sceptiques.
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