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|
|
*
Le boom économique des dernières années
a atteint son apogée au cours du second trimestre
2000. Le
retournement du cycle
s'est produit simultanément des deux côtés
de l'Atlantique. Depuis lors, le rythme de progression
de la production n'a cessé de s'effondrer. Il
y a déjà dix huit mois que cela dure.
La croissance de la
production industrielle américaine
est devenue négative en Mars 2001 (en Europe,
au mois de mai). Et cela continue : le plongeon des
courbes est tout à fait impressionnant. La
brutalité du ralentissement économique,
ainsi que son intensité ont surpris la plupart
des experts. Au toisième trimestre de cette année,
le produit intérieur brut a baissé de
0,8 % par rapport au chiffre atteint au trimestre précédent.Tout
le monde s'attend à un chiffre négatif
pour le quatrième.
*
Les événements du 11 septembre se sont
produits au moment où le consensus des économistes
était que l'économie américaine
approchait de la fin de son processus de ralentissement,
avec la perspective d'une reprise à brève
échéance. Le début de l'été
avait en effet été marqué par l'apparition
d'un certain nombre de signaux laissant attendre un
retournement de la dynamique de croissance de l'économie.
Le fameux indicateur fondé sur les réponses
des directeurs
d'achats des entreprises avait cessé
de décliner. L'indice de dispersion des indicateurs
avancés de l'OCDE semblait mieux orienté.
Même l'offre bancaire de prêts commerciaux
aux entreprises semblait se redresser.
*
Aujourd'hui, deux mois après le 11 septembre,
l'opinion dominante est que les événements
n'ont en réalité rien changé à
la dynamique fondamentale de l'évolution économique
en cours. Le résultat est seulement de retarder
de quelques mois le processus de retournement. Ce qui
signifie que l'économie devrait traverser une
courte période de récession (PIB en croissance
négative), sans pour autant tomber dans un engrenage
d'effondrement déflationniste. Les vraies conséquences
sont à plus long terme. Les attentats ont accru
le degré d'incertitude, et donc augmenté
le
niveau de risque à prendre en compte
dans les décisions. Cela va avoir une influence
sur le taux de croissance potentiel. Celui-ci sera un
peu plus faible, mais restera néanmoins à
un niveau élevé du fait que les événements
n'affectent en rien les perspectives d'évolution
des gains
de productivité. Toutefois, comme
lors de la crise du pétrole
des années soixante-dix, ils imposeront un effort
important de réorientation sectorielle qui a
des chances de coûter moins cher à l'économie
américaine qu'à l'économie européenne
en raison de la plus grande flexibilité de ses
structures.
*Oû
en est-on actuellement ? C'est le régime de la
douche écossaise. Les données statistiques
publiées au cours des premières semaines
de novembre étaient particulièrement inquiétantes.
Tout plonge. Souvent dans des proportions spectaculaires
à donner le vertige, rarement observées
depuis bien longtemps. Mais ensuite sont venues de meilleures
nouvelles (concernant par exemple l'amorce d'un retournement
sur le marché de l'emploi). Qu'est-ce que cela
nous annonce ? Concernant les Etats-Unis, le choix est
entre trois scénarios.
1.
Scenario numéro un : la reprise économique
est seulement retardée.
Les
dernières statistiques reflètent essentiellement
le caractère exceptionnel de la situation qui
a prévalu dans les semaines qui ont suivi le
déclenchement des attentats. Mais, sur le fond,
rien n'a vraiment changé. Les événements
n'affectent pas le processus de déroulement du
cycle économique en cours. L'atteinte de son
point le plus bas - son "nadir" - a seulement été
retardé de quelques semaines. En fait, avec une
politique monétaire telle que celle qui a été
menée au cours des derniers mois et des dernières
semaines, l'économie américaine devrait
logiquement rebondir de manière très brutale
et spectaculaire d'ici à six mois. C'est logiquement
ce qu'impliquent, d'une part, les volumes extrêmement
élevés de liquidités
récemment injectés par la banque centrale,
d'autre part la repentification
très rapide de la courbe des taux d'intérêt
(jamais l'écart entre taux longs et taux courts
n'a été aussi élevé). Quoi
qu'il en soit de la discussion qui s'amorce depuis quelques
temps dans les journaux américains sur l'émergence
d'un éventuel engrenage déflationniste,
il est clair qu'on n'a jamais vu cela se produire dans
un tel environnement monétaire.C'est littéralement
impossible. La mondialisation des marchés financiers
nous a ramené dans un monde de type classique
où les mouvements de la conjoncture se trouvent
d'abord et avant tout déterminés par le
comportement des variables financières. Nous
ne sommes plus en univers keynésien où
la demande globale jouait le rôle vedette, mais
dans un monde où ce sont les conditions de l'offre
qui déterminent en premier lieu le profil de
l'évolution économique. Dans ce nouvel
univers, les modèles économétriques
traditionnels ne sont plus d'une grande utilité.
Ils ne peuvent qu'induire en erreur.
2.
Scenario numéro deux : une "'mauvaise" récession..
Les
USA vont connaître une récession plus longue
et plus sévère que ce que prévoient
la majorité des économistes. Les attentats
du 11 septembre ne sont pas neutres du point de vue
de la conjoncture. Le retard dans le déclenchement
de la reprise rétroagit sur le déroulement
des processus par lesquels le retour vers la croissance
doit normalement se produire. Plus l'arrêt de
l'activité se prolonge, plus on risque un effet
autocumulatif de "feedback" négatif du fait de
l'augmentation du nombre de chômeurs,
de la dégradation de la confiance
des consommateurs, du ralentissement des
gains
de productivité, d'une poussée
des coûts, avec conséquences sur les perspectives
de profit, le comportement des marchés
boursiers, etc...Les mesures de stimulation
fiscales et budgétaires exerceront un jour un
effet d'entrainement positif sur l'économie,
mais ce ne sera pas avant un certain délai. Entretemps
la croyance majoritaire en une reprise prochaine et
particulièrement forte va entretenir un redoutable
un effet pervers : en laissant faussement croire à
une reprise imminente des marchés, elle les empêche
d'aller au bout de leur ajustement, ce qui contribue
à renforcer le cercle vicieux du processus de
récession. Pour que les marchés redémarrent,
il ne suffit pas que les liquidités soient abondantes;
encore faut-il que les perspectives réelles de
profits rebondissent également. Or le rapport
"production
de biens d'investissement/production de biens de consommation"
- qui sert en quelque sorte d'indice pour évaluer
l'importance des excédents de capacité,
ou les "malinvestissements" accumulés au cours
la période de boom - est encore trop élevé
pour que l'on puisse espérer un redressement
rapide. Le retour de la croissance devra donc attendre
que la résorption de ce déséquilibre
ait davantage progressé et que l'on soit revenu
à des valeurs plus en harmonie avec les moyennes
de long terme. Ce qui prendra nécessairement
quelques temps.
3.
Scenario numéro trois : la déflation.
C'est
le scénario de l'effondrement financier qui,
chaque automne, fait désormais régulièrement
la une des magazines économiques depuis que la
crise asiatique de 1997 a ressuscité la grande
peur d'une "crise à la 1929". L'idée est
que le moment serait venu pour les Etats-Unis (et l'économie
mondiale) de payer le prix des déséquilibres
accumulés au cours des dix dernières années
de mondialisation économique, de croissance économique
forte et de spéculation financière débridée.
Les Etats-Unis ne seraient qu'au début d'une
phase de déflation
"à la japonaise" marquée par
une longue crise boursière sur fond d'économie
durablement en stagnation. Cette crainte se fonde sur
l'observation d'un phénomène inattendu
: les autorités monétaires ne cessent
d'injecter des quantités croissante de monnaie
dans l'économie, mais tout se passe comme si
celles-ci disparaissaient, se trouvaient stérilisées
avant même d'atteindre la poche des consommateurs
ou des investisseurs. La consommation
se tenait plutôt bien, mais elle est en train
à son tour de s'effondrer. L'investissement
est toujours négatif. Les banques commerciales
se font rembourser davantage de prêts qu'elles
n'en accordent de nouveaux, coupant ainsi le financement
bancaire aux entreprises. Le multiplicateur bancaire
implose. La politique monétaire, même avec
toutes les vannes ouvertes, se révèle
incapable de ranimer l'activité. On se retrouve
dans une situation typique de "trappe
monétaire" dénoncée
par la théorie keynésienne. Un phénomène
logiquement associé avec la crainte du déclenchement
d'un processus cumulatif de déflation-récession
Or que constate-t-on ? Que l'indice des prix industriels
est précisément en train de s'effondrer.
Que le recul de l'inflation est plus rapide que la baisse
des taux engagée par la Fed, ce qui risque de
priver cette politique de tout effet.. Les Etats-Unis
ne seraient-ils pas en train de suivre le chemin emprunté
par le
Japon au lendemain de la grande spéculation
de la fin des années quatre-vingt ? Le spectre
d'une autre grande déflation ne serait-il en
train de prendre corps ?
*
Le scénario numéro un est le plus
probable des trois (quoique le retour
de la croissance risque de prendre un peu plus de temps
que ne le pensent généralement ceux qui
y croient). Effectivement, l'économie connaît
actuellement une sorte de "trappe
à liquidité". Mais ce n'est
qu'une étape transitoire qui s'inscrit nécessairement
dans le déroulement du processus de retournement
du cycle vers une nouvelle dynamique de croissance.
Le problème est de savoir si cette phase qui
devrait être relativement courte ne risque pas
de durer infiniment plus longtemps. Tout dépend
de l'opinion que l'on entretient sur l'état de
santé du système bancaire et financier
américain. Nul doute que la chute des bourses
a fortement déséquilibré les bilans
de maints établissements américains en
révélant le caractère irrecouvrable,
ou pour le moins douteux de nombreuses créances.
Les banques doivent reconstituer leurs ratios. Pour
cela elles empruntent à la fed aux taux très
bas aujourd'hui pratiqués et elles utilisent
les liquidités ainsi acquises à l'achat
d'obligations d'Etat benéficiant d'une rémunération
beaucoup plus élevée. C'est ainsi qu'elles
exercent une sorte d'effet d'éponge temporaire
sur les liquidités créées par la
banque centrale. Mais l'état des bilans bancaires
américains n'a rien à voir avec la situation
du système financier japonais dans les années
quatre-vingt-dix. Grâce à la cure d'assainissement
imposée lors de la crise des Saving and Loans,
ainsi qu'aux innovations financières des quinze
dernières années, le système bancaire
américain reste solide. C'est du moins ce que
traduit le jugement des marchés financiers où
les
valeurs bancaires superforment constamment
le reste de la cote depuis que la tendance est à
la baisse. Les scénarios deux et trois n'ont
de vraisemblance que si on ne partage pas cette vision
relativement optimiste de la situation bancaire américaine.
(C'est d'ailleurs ce que font certains. Par exemple,
on peut se demander si la précipitation d'Alan
Greenspan à baisser les taux ne s'expliquerait
pas par une certaine inquiétude vis à
vis de la situation réelle des banques. Un autre
élément inquiétant est le niveau
tout à fait anormal de l'écart de taux
entre les obligation d'Etat à long terme et les
placements financiers privés, même pour
les entreprises bénéficiant des "ratings"
les meilleurs).
*
Dans un univers de marché global, l'instrument
de prévision le plus efficace est la pente de
la
courbe des taux (écart entre les taux
courts et les taux longs). On observe une forte corrélation
avec la production industrielle (avec un "lag" de six
mois). L'état actuel de la courbe nous indique
qu'une reprise très forte de la production industrielle
est plus que probable à échéance
de six mois. Toutefois cette bonne nouvelle a une contrepartie
: ce retour rapide de la croissance risque d'être
acquis au prix du retour à une plus grande
volatilité (graphique)
des performances économiques, inversant ainsi
la tendance à une moindre instabilité
des taux de croissance qui prévalait depuis le
milieu des années quatre-vingt. L'inflation
va continuer de diminuer au cours des prochains mois,
mais vraisemblablement pour revenir en force plus tard,
contraignant alors la fed à donner un coup de
frein comme au bon vieux temps des politiques de "stop
and go". Greenspan n'est plus le grand magicien
qu'on croyait. En fait, il a perdu son savoir
faire depuis la regrettable décision de la fed,
à la fin de 1999, de noyer l'économie
sous les liquidités pour faire face au célèbre
"bug"
de l'an 2000. Cette décision n'aura servi à
rien puisqu'il n'y a pas eu de "bug". Mais il fallait
ensuiter retirer du marché les liquidités
qu'on y avait mises. C'est ce qu'à entrepris
la fed en remontant ses taux tout au long du premier
semestre 2000. Malheureusement, ce premier semestre
fut aussi le moment où le boom s'est retourné,
engageant l'économie sur la voie du refroidissement.
D'où un conflit entre une politique de taux de
plus en plus dure, et une situation économique
qui aurait au contraire justifié un assouplissement
progressif. La fed a maintenu ses taux trop haut, pendant
trop longtemps, d'où la conséquence qu'il
n'est pas déraisonnable d'affirmer que c'est
la banque centrale elle-même qui est responsable
de la brutalité et de la soudaineté avec
laquelle la conjoncture s'est refroidie au cours de
l'été-automne 2000. Les Etats-Unis sont
en train de retomber dans une situation où les
variations de la politique monétaire redeviennent
le principal déterminant des fluctuations conjoncturelles.
La politique monétaire redevient un facteur
d'instabilité. Ce qui aura un effet négatif
sur le futur taux de croissance potentiel.
*
Et l'Europe ? Le discours officiel reste
concentré sur l'idée que l'euro protège
l'économie européenne. La réalité
est différente. Les données statistiques
de l'Eurozone
montrent que le ralentissement s'est déroulé
avec une pente un peu moins prononcée, mais le
retournement s'est produit simultanément des
deux côtés de l'Atlantique. D'ores et déjà,
comme les USA, l'Allemagne
connaît la croissance zéro. Ce n'est pas
l'euro
qui l'empêchera de connaître vraisemblablement
un taux de croissance négatif au cours de ce
dernier semestre. Et ensuite ? Il est vraisemblable
que l'Euroland ne connaîtra pas une reprise aussi
franche et rapide que les Etats-Unis. A cela deux raisons
: la première tient aux réticences de
la Banque centrale européenne à s'aligner
sur la politique monétaire américaine
et à écraser ses taux de manière
aussi spectaculaire; la seconde provient de l'état
de santé peut-être plus fragile du système
bancaire et financier européen. La politique
monétaire de la BCE reste extrêmement prudente.
Cela s'explique par la forte
dispersion des taux d'inflation au sein de
la zone euro. Résultat : les taux baissent, la
courbe des taux se repentifie, mais l'écart
entre les taux reste bien plus modéré
qu'aux Etats-Unis. Ce qui devrait logiquement annoncer
une reprise plus tardive et plus lente à
se dessiner. Comme aux Etats-Unis, les
valeurs bancaires et financières ont
globalement mieux résisté à la
chute des bourses que la moyenne de la cote, mais 1.
le retournement s'y est dessiné avant l'Amérique,
et surtout 2. la baisse des valeurs a été
plus forte qu'aux USA. Cela devrait se traduire par
des besoins de reconstitution des bilans plus importants.
La combinaison de ces deux facteurs fait que c'est en
Europe que le risque d'une récession en forme
de '"U" - et non pas une reprise en forme de "V" - est
aujourd'hui le plus grand. La récession
devrait y être plus accentuée et plus durable.
*
Certains économistes sont mêmes carrément
plus pessimistes. Ils s'inquiètent de l'absence
de réaction rapide de la BCE devant la multiplication
des indices qui laissent craindre, depuis le début
de l'été, une chute de la vitesse de rotation
de la monnaie, sans doute accentuée depuis les
événements du 11 septembre par une forte
augmentation de la préférence des agents
économiques pour la liquidité. Cette politique
trop restrictive - par rapport à celle suivie
aux USA - profitera sans doute à l'euro pendant
quelques mois. Celui-ci s'en trouvera momentanément
dopé. Mais ils en concluent que c'est l'Europe
qui, plus encore que les Etats-Unis, est réellement
sous la menace de déclenchement d'un processus
de "trappe monétaire" et de déflation
"à la japonaise". Cette crainte est sans doute
exagérée. D'abord, parce que le concept
(très keynésien) de "trappe monétaire"
est lui-même le produit d'une théorie très
discutable. Ensuite, parce pour que se produise un phénomène
"à la japonaise" il ne suffit pas que la banque
centrale maintienne trop longtemps des taux d'intérêt
indûment élevés, encore faut-il
que cela survienne avec comme toile de fond un environnement
bancaire et financier totalement pourri. Ce qui ramène
à la question clé : quel est le
véritable état du système bancaire
européen ? Peut-on vraiment le comparer
à ce qu'était la situation japonaise du
début des années quatre-vingt-dix ? Il
est permis d'endouter.
*
Cette politique de la BCE est très critiquée,
mais en réalité c'est peut être
une chance pour l'avenir. A court terme, l'Euroland
va sans doute connaître une évolution de
son économie moins favorable que les Etats-Unis,
mais à terme l'Europe y gagnera l'avantage d'aborder
sa phase de reprise et de retour de la croissance avec
une économie globalement plus saine, financièrement
sans doute plus solide, et certainement à caractère
moins inflationniste. La principale conséquence
du 11 septembre a été d'accroître
le niveau d'incertitude et donc d'augmenter les marges
de risque. Les entreprises le retrouveront dans leurs
courbes de coûts. Toute l'économie va devoir
payer une sorte "d'impôt terreur", de la même
façon que, dans les années soixante-dix,
l'Occident s'est trouvé contraint d'acquitter
un nouvel "impôt pétrole". Cette hausse
des coûts pesera sur la croissance pendant quelques
années. Mais ce nouvel impôt va aussi entraîner
des effets redistributifs importants entre secteurs
industriels. Le retour de la croissance sera commandé
par l'essor de nouvelles industries : par exemple tout
ce qui concerne les services ou les équipements
de sécurité, dont la demande va exploser.
Ces secteurs vont drainer une part croissante des ressources
disponibles, au détriment d'autres industries
pour les produits et services desquels, compte tenu
des circonstances, la demande sera désormais
moins prioritaire (tourisme, hôtellerie, transport
aérien). Ce mouvement de réallocation
globale des ressources sera douloureux pour
certains. Il est possible d'en retarder temporairement
les souffrances en ouvrant toutes grandes les vannes
de la création monétaire (comme cela se
passe actuellement aux USA). Une telle reflation permet
en principe de garder en vie des activités, des
établissements que la nouvelle compétition
pour lá capture des ressources condamnerait normalement
à la fermeture. Mais c'est une politique à
courte vue qui ne peut qu'échouer. Le redéploiement
se fera de toute façon, au prix d'une concurrence
par les prix, et donc d'une inflation plus intenses
- avec tous les inconvénients classiques qui
en résultent (déséquilibres financiers,
signaux économiques faussés, instabilité
conjoncturelle accrue). En acceptant la rigueur de sa
banque centrale, et en refusant d'entrer dans ce jeu,
l'Europe peut, à terme, et au prix d'une récession
temporairement plus sévère, y gagner la
chance de refaire une partie du handicap structurel
accumulé sur les Etats-Unis. Elle peut y récupérer
un potentiel de croissance
de long terme plus élevé, et
donc combler le point et demi de retard qu'elle affiche
depuis une quinzaine d'années par rapport à
l'Amérique. Toutefois, pour que cet avantage
possible se matérialise pleinement, encore faudrait-il
qu'elle trouve une solution au problème des rigidités
sociales et économiques (marché du travail,
concurrence) qui entravent toujours ses capacités
de croissance. Dans une économie confrontée
à une nouvelle dynamique de redéploiement,
ce déficit de flexibilité sera plus que
jamais un sérieux handicap. L'Europe gaspillera-t-elle
cette opportunité ?
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