oints de repère

L'économie en quelques signaux graphiques 23 Novembre 1999

 

Le Boom de " l’économie virtuelle ": France et Allemagne à la traîne ?

 

Le graphique qui figure ci-dessous est très important pour comprendre ce qui se passe en Amérique. Il fait apparaître que, sur la période 1990-1999, la croissance de la production industrielle des industries manufacturières américaines (les industries traditionnelles) n’a pas été sensiblement différente du profil de la production française (index global). La différence entre la France et les USA sur l’ensemble de la décennie s’explique essentiellement par les performance des secteurs de haute technologie (résumés ici par un indice de production industrielle regroupant les secteurs clés de la nouvelle "économie virtuelle" : ordinateurs, communications et télécommunications, et semi-conducteurs,).

 
  L' "économie virtuelle" : secret de la nouvelle croissance américaine  
 

En 1991-92, quelque chose d’inhabituel s’est produit aux Etats-Unis : bien que les profits des entreprises y aient continué à stagner, on a assisté à l’envol des dépenses d’investissement (en pourcentage du PNB). Cette accumulation nouvelle de capital extrêmement rapide s’est concentrée au sein d’un seul secteur : celui des nouvelles technologies. Pour la première fois depuis cinquante ans, on a vu prendre forme un événement dont tout le monde avait perdu l’habitude : le déclenchement d’un cycle de croissance conduit par l’offre. Au lieu d’attendre la fin du cycle économique (lorsque l’industrie est à court de capital), l’accumulation de capital a démarré dès le début.

 
  Le décollage n'est pas encore apparent  

C’est ce formidable boom des dépenses en capital dans les secteurs de la nouvelle " économie virtuelle " qui est à l’origine des résultats extraordinaires affichés par les Etats-Unis depuis plus de huit ans : croissance rapide et continue, profits records, forte productivité, et faible inflation. Depuis 1994 l’économie américaine s’est ainsi profondément distinguée des autres grandes économies mondiales.

Nous avons voulu savoir si ce phénomène était à son tour en train d’atteindre l’Europe et s’il fallait y voir, comme le croyait Dominique Strauss-Kahn, la promesse, en Europe, d’un rattrapage de croissance " à l’américaine ".

Les résultats de cette enquête se trouvent regroupés dans la série de graphiques ci-contre. Pour chaque pays nous avons fait figurer deux courbes : la production industrielle totale et la production de biens d’investissements (en supposant que, comme aux Etats-Unis, les dépenses en capital correspondent principalement à des investissements en technologies avancées). Dans les statistiques européennes il n’existe aucun indice qui, à la manière de ce que font les américains, permettrait d’isoler – même de manière très indirecte - la production du secteur des technologies avancées. Il faut se contenter de ce que l’on a. Les résultats de cette quête sont néanmoins fort intéressants.

 
  Ce n'est pas mieux chez les allemands  

Ils font clairement apparaître que au moins pour deux pays (la Grande Bretagne et la Suède)), et peut-être trois autres (l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas), il y aurait depuis 1995 l’amorce d’un processus d’expansion suivant le nouveau modèle américain. En revanche, on ne peut encore rien isoler de tel pour les deux principales économies de l’Union européenne, la France et l’Allemagne. Même si la courbe de la production de biens d’investissement se situe au-dessus de celle de la production industrielle globale, on n’y décèle la présence d’aucun écart croissant du type de celui qui s’est manifesté depuis le début de la décennie aux USA, et qui est en train d’apparaître depuis bientôt quatre ans et d'une manière quasi tout aussi spectaculaire de l’autre côté de la Manche. Si l’on utilisait l’indice 100 = 1990, plutôt que la base 1995, le résultat serait encore plus défavorable à la France et à l’Allemagne.

 
  Mais les anglais, eux, sont en train de prendre le chemin américain.  

Il est inévitable que le nouveau modèle de croissance américain s’exporte progressivement vers le reste du monde. Mais il est à craindre que la France et la RFA ne prennent le train avec beaucoup de retard. Les décalages de conjoncture et de croissance entre les vieux pays du coeur de l'Europe et la périphérie risquent de s'accentuer encore.

Pour ceux qui ont des portefeuilles, cela signifie qu’il faut s’attendre à une inversion des performances relatives entre les places boursières du Vieux et du Nouveau monde. Les bourses européennes devraient désormais faire relativement mieux que la bourse américaine. Cela devrait notamment s’accompagner d’une faiblesse du dollar sur le marché des changes, rompant avec le profil de l’année écoulée. Mais il est à craindre que Paris et Francfort n’en profitent pas autant que Londres, Stockholm ou même Madrid et Milan.

 

 

Conclusion : les pays de la périphérie semblent mieux partis que ceux du vieux coeur industriel de l'Europe