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La
mort de Peter Bauer ne peut pas passer inaperçue. Il était
l'une de ces personnes envers qui nous avons une grande dette de
reconnaissance, que nous en ayons conscience ou non. Il s'entêtait
à parler bon sens, même à l'époque où
l'insanité la plus dangereuse était au sommet de sa
popularité.
Au
cours des deux dernières décennies de sa carrière
il était Lord Peter Bauer, grâce à Margaret
Thatcher, Premier ministre britannique. Pendant la plus grande
partie de sa carrière, cependant, il était le Professeur
Peter Bauer de la
London School of Economics. Sa spécialité
était la théorie économique des pays sous-développés.
L'orthodoxie
alors dominante en économie du développement était
que les pays du Tiers monde étaient prisonniers d'un cercle
vicieux de la pauvreté qu'on ne pourrait briser qu'à
coups d'une aide massive des pays industriels plus prospères.
Cette doctrine traduisait une conception plus générale
de la gauche pour qui le monde se divisait en trois catégories
: les salauds sans coeur, les pauvres naturellement incapables
et les gens merveilleux de la gauche, qui allaient sauver les pauvres
en jouant les Bonnes Fées avec l'argent des contribuables.
Peter Bauer n'avait jamais gobé une seule
ligne de cette fable. Il avait trop de respect pour les gens du
Tiers monde, où il avait vécu pendant des années,
pour y voir des "incapables". "Avant 1886,"
faisait-il remarquer, "il n'y avait pas un seul plant de cacao
en Afrique Occidentale Britannique. Dès les années
1930, il y avait là-bas des millions d'hectares de cacao,
toutes possédées et gérées par des Africains."
Il rejetait la "condescendance envers les gens ordinaires"
du Tiers monde et la "stigmatisation des groupes comme incapables
de s'en tirer."
D'après
le Professeur Bauer et en dépit d'économistes du développement
comme Gunnar Myrdal qui prétendait qu'ils avaient besoin
qu'on leur impose une planification centrale d'Etat pour avancer,
les gens du Tiers monde étaient tout aussi capables de répondre
aux incitations d'une économie de marché que n'importe
qui d'autre. L'hostilité au marché des économistes
du développement et le "mépris des gens
ordinaires" n'étaient pour Bauer que "les deux
faces d'une même pièce de monnaie".
Si
la pauvreté était un piège dont
on ne pouvait pas s'échapper, déclarait
Bauer, nous vivrions tous encore à l'Age de pierre, puisque
tous les pays ont un jour été aussi pauvres que le
sont aujourd'hui ceux du Tiers monde.
Peter
Bauer tenait qu'il était arbitraire et intéressé
d'appeler aide au développement les transferts
internationaux d'argent aux Etats du Tiers monde. S'agissait-il
d'une aide ou d'une entrave, c'était à l'expérience
de l'établir. Il arrivait que cela ne soit finalement qu'un
simple "transfert des pauvres des pays riches vers les riches
des pays pauvres".
De
même, Bauer rejetait la "surpopulation" comme cause
de la pauvreté du Tiers monde, alors même qu'il s'agissait
d'un des dogmes-clés de l'"économie du développement".
Comme tant d'autres choses qui s'inspiraient de la vision du monde
socialiste-gauchiste, les théories de la "surpopulation"
étaient des rationalisations pour décider de la vie
des autres.
Peter
Bauer faisait remarquer que bien des pays du Tiers monde étaient
beaucoup moins densément peuplés que des pays industriels
prospères comme le Japon, qui avait 10 fois la densité
de population de l'Afrique sub-saharienne. En outre, certains pays
du Tiers monde avaient uns abondance de terres fertiles, en grande
partie inutilisées, et souvent avaient en plus des ressources
naturelles de valeur, ce que le Japon n'avait pas.
La
recherche ultérieure de Hernando
de Soto, publiée dans son ouvrage "The
Mystery of Capital" a fourni encore davantage de preuves
de la thèse de Peter Bauer suivant laquelle les gens du Tiers
monde étaient capables de créer de la richesse, même
si leurs gouvernements suivaient des politiques économiquement
destructrices qui les empêchaient de progresser.
Pendant
des décennies, Peter Bauer est demeuré pratiquement
seul à s'opposer aux dogmes officiels des économistes
du développement. En retour, ils l'écartaient comme
une sorte de marginal. Cependant, avec le passage du temps et la
répétition des échecs catastrophiques engendrés
par les politiques et les programmes fondées sur les théories
officielles, l'orthodoxie a commencé à céder
du terrain pour finalement s'effondrer.
A
la fin de sa vie, c'était Peter Bauer qui représentait
le courant dominant non parce qu'il aurait changé,
mais parce que l'opinion s'était rapprochée de l'endroit
où lui s'était toujours trouvé. C'est une note
amère, pour ceux qui attribuent les prix Nobel, que Gunnar
Myrdal en a reçu un et pas Peter Bauer. Et pourtant, la veille
de sa mort, Lord Bauer s'était vu attribuer le Prix
Milton Friedman d'un demi-million de dollars, pour son oeuvre.
La
carrière de Peter Bauer doit être une inspiration pour
tous ceux qui,
avec leurs
faibles moyens, se battent contre les orthodoxies dominantes.
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