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Article publié dans
Atlas
Investors' Report.
Traduit par François
Guillaumat.
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Je suis tombé pour la première
fois sur les travaux de P. T. Bauer à la fin des années
1950 : Murray
Rothbard avait attiré mon attention sur eux alors que
l'un et l'autre préparaient des textes pour une conférence
à Sea
Island, en Géorgie, parrainée par le William
Volker Fund. je me souviens que les travaux de Bauer avaient
été traités à la première réunion
aux Etats-Unis de la Société
du Mont Pèlerin, à l'Université
de Princeton en 1958 (il en était devenu membre
en 1951), de même qu'à un séminaire d'économie
politique du William Volker Fund auquel j'ai assisté à
l'Université
de Caroline du Nord à Chapel Hill, où
les intervenants étaient F.
A. Hayek, James
Buchanan, Greg
Lewis et Harrell de Graff [de Cornell University]. [
]
En 1954, Bauer avait publié West
African Trade (1954), où il décrivait la délicate
transmission de l'information des marchés mondiaux vers
les cultivateurs d'arachide et de cacao. Les Africains,
agriculteurs et commerçants, s'étaient livrés
à des transactions capitalistes pendant des milliers
d'années avant que les Européens développent
des activités de marché. Cependant, au moment
où les administrateurs britanniques avaient été
relevés par leurs successeurs africains, formés à
l'Université
de Londres, on avait remplacé les activités
capitalistes traditionnelles ou historiques des producteurs africains
par le dernier cri de la planification centrale à l'européenne.
Des bureaux de planification créés par les administrations
coloniales et maintenus après les indépendances
achetaient les récoltes des paysans et les vendaient
sur les marchés mondiaux les bureaucrates
recevant les devises et les paysans étant payés
avec le papier-monnaie du cru.
A
mesure que passaient les décennies passaient, de plus en
plus d'Africains avaient quitté le socialisme du secteur
agricole pour s'installer dans les villes où les hommes de
l'Etat subventionnaient les prix de la nourriture et des produits
de base. En 1958 Bauer publia "The Political Economy of
Non-Development" [1].
Il y notait l'acharnement que mettait l'industrie de l'aide
internationale à imposer une épargne force aux pays
sous-développés.
"Aujourd'hui,
on considère généralement que l'épargne
forcée est un élément central d'une planification
globale, et on la prône vigoureusement comme essentielle
pour le développement économique de quelque
deux tiers de la population du monde, pour briser le cercle
vicieux du sous-développement, de la pauvreté
et de la stagnation. Or, pas un seul des pays aujourd'hui
développés (la Grande Bretagne, l'Europe occidentale,
la Scandinavie, l'Amérique du Nord, l'Australie) n'a progressé
par de tels moyens. C'est dans les pays soviétisés
que l'épargne forcée et la domination étatique
de l'économie sont des caractéristiques essentielles
de l'activité économique. Ces instruments 'essentiels'
du progrès, aujourd'hui imposés au monde
sous-développé, sont précisément ceux
de l'Union soviétique." (p.129-30)
Bauer
décrivait ainsi les effets de l'imposition et de la
redistribution des impôts dans la planification autoritaire :
"Lorsque
l'économie travaille en partie à des fins de
subsistance, comme c'est le cas dans tous les pays sous-développés,
c'est la production pour les marchés que frappe l'impôt.
Ceci atténue l'intérêt de la production marchande :
l'avantage relatif est pour le producteur qui réduit sa
production pour le marché et retourne à l'autarcie.
C'est un recul vis-à-vis du développement.
Dans la mesure où l'épargne forcée refoule
les gens de l'économie monétisée vers
l'économie de subsistance, elle éloigne le pays
d'une possibilité de demeurer sur le marché
international où il s'agit d'acquérir les produits
industriels nécessaires à l'investissement
s'il faut que les pays sous-développés les obtiennent
l'épargne forcée a toutes les chances de réduire
le volume de l'épargne privée." (p.132)
"Cependant,
il y a bien des influences qui s'exercent sur une affectation
non économique des dépenses. Celle-ci méconnaît
les différences dans la contribution de ses 'investissements'
à la production finale, a fortiori à la
production que les consommateurs désirent vraiment ;
elle refuse aussi de tenir compte du délai d'attente entre
la dépense et la production qu'elle est censée
permettre, et de même de l'incertitude affectant la
valeur de cette production à venir à un terme
qu'on ne précise pas. Il s'ensuit que le produit de l'épargne
forcée n'est pas une addition nette au stock de capital,
mais une simple redistribution d'argent. Le traiter comme s'il
s'agissait d'une contribution nette, comme le font généralement
les plans de développement, équivaut à le
traiter comme s'il ne coûtait rien à personne. Une
telle approche refuse de considérer les inévitables
répercussions sur le secteur privé (sur les
activités productives non étatiques) aussi bien
de la distribution que de la confiscation de ces fonds.
En refusant de voir la réduction du secteur privé
qui doit presque inéluctablement en résulter, elle
présente une formation brute de capital comme s'il s'agissait
d'une formation nette. Il est même possible qu'une amputation
excessive de la formation privée du capital conduise
à un déclin supplémentaire du capital total
accumulé dans le pays. Quel que soit son résultat,
la politique d'épargne forcée ne peut
rationnellement se décrire que d'une seule manière :
comme une redistribution politique de l'argent."
(p. 133)
[
]
La dernière réunion de la Société
du Mont Pèlerin à laquelle j'ai assisté
avec Lord Bauer était celle de Vienne en 1996. Lors de l'excursion
au monastère bénédictin de Melk,
il avait de la peine à marcher du stationnement des autocars
jusqu'au monastère. Je le soutenais lorsqu'un honorable Autrichien
que j'avais vu aux séances avec un sac de médecin
se présenta. C'était un médecin à la
retraite embauché par les organisateurs de la conférence
pour la durée de la réunion. Il demanda à Peter
s'il parlait allemand. Peter répondit que c'était
à peine s'il se souvenait de quelques mot. J'ai passé
le reste de la journée à rigoler, parce que Peter
s'était immédiatement mis à parler allemand,
et qu'il continuait à le faire lorsque nous avons quitté
Melk pour descendre le Danube,
le médecin restant avec lui jusqu'à l'arrivée
dans une joyeuse conversation.
L'article
de Paul Lewis dans le New York Times (du 14 mai
2002) concluait par la remarque que les travaux de Bauer
avaient inspiré un changement au sein des institutions
d'aide internationale :
"Le
financement des barrages et autres méga-projets de développement
passa de mode, pour être remplacé par un accent nouveau
mis sur la nécessité de rendre les pays
en développement plus amènes à l'égard
des entrepreneurs privés, en les aidant
à
garantir la liberté personnelle, un Etat bien géré
et la règle de droit."
Le
18
avril le Cato
Institute avait annoncé que Peter Bauer venait de
recevoir le premier prix
Milton Friedman pour la Promotion de la Liberté, qui
sera décerné tous les deux ans.
Notes:
[1]
Cet article parut dans Foreign Aid Reexamined: A Critical Appraisal,
recueil constitué par James W. Wiggins et Helmut Schoeck.
Les autres auteurs étaient J. Fred Rippy de l'Université
de Chicago, Elgin Groseclose Trésorier Général
d'Iran, Gottfried Haberler de Harvard University et Wilson Emerson
Schmidt de George Washington University [Retour
au texte].
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