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Un
des faits terrifiants du XXème siècle est le traitement
que réservent les sociétés libres aux défenseurs
de la liberté personnelle. Il est rare qu'ils soient honorés
par l'Etat. C'est à peine si l'Université et les média
les reconnaissent. L'un des grands économistes du XXème
siècle, Ludwig
von Mises, réfugié du socialisme hitlérien,
n'avait pu obtenir de poste de professeur aux Etats-Unis. Mises
disait que l'Etat était le problème, et non la solution
ce qui mettait
en fureur les
"progressistes" partisans de l'Etat "Providence",
qui l'ont ostracisé. On s'est moqué de F.A. Hayek
pendant de longues années parce qu'il mettait en garde contre
le tout-Etat, tout comme de Milton
Friedman. Dans les années 1960, l'University
of Virginia avait la section d'économie la plus
innovatrice du monde. Les universitaires qui s'y trouvaient ont
créé non pas une mais deux branches de l'économie
politique : la théorie des choix
publics et la théorie économique du droit. Dans
les deux cas, lesdits innovateurs se sont retrouvés avec
des prix Nobel.
L'Université, cependant, s'était retranchée
de cette gloire-là. Pour complaire aux démocrates-sociaux,
qui étaient gênés de voir des membres de leur
faculté d'économie conseiller le candidat à
la présidence Barry
Goldwater, autre incrédule du tout-Etat, l'administration
de l'Université avait chassé les futurs lauréats
du prix Nobel.
C'était la même chose en Grande-Bretagne.
Il fallait seulement essayer de trouver la tombe
d'Adam Smith
ou un signe de lui. On pouvait le faire, mais c'était un projet
de recherche. Il n'y a pas eu de prix pour ceux dont les travaux
favorisaient la liberté. Et il n'y a pas non plus de bourses
de la Fondation Ford, Rockefeller, Carnegie, ni de la fondation
MacArthur "pour
les génies". Le préjugé socialiste
a été tel qu'aucun promoteur de la liberté
ne pouvait en aucune circonstance passer pour un génie. La
classe socialiste dirigeante avait oeuvré à faire
taire les individus de ce genre. Apercevant le vide, un jeune
entrepreneur qui avait réussi et qui souhaite garder l'anonymat,
a pris contact avec Edward
Crane, Président du Cato
Institute, avec la proposition de créer un Prix
Milton Friedman pour La Promotion de la Liberté. Le prix,
qui sera attribué tous les deux ans, apporte un chèque
de 500 000 dollars. Un comité
de sélection avait choisi Peter Bauer comme premier récipiendaire.
Tous
les adjectifs qui font un personnage aussi délicieux qu'exceptionnel
s'appliquent à Peter Bauer. Peter Bauer était arrivé
en Angleterre de sa Hongrie
natale dans les années 1930. Par son seul talent, il est
devenu un Professeur de Cambridge, puis de Londres, et Pair du Royaume.
Il est sans aucun doute le plus grand économiste du développement
de notre époque. Pendant des décennies, Lord Bauer
est demeuré seul dans son opposition à l'idée
suivant laquelle seules la planification
autoritaire et l'aide internationale pourraient engendrer le développement
économique dans les pays pauvres du Tiers monde.
Il
voyait les monopoles d'achat détruire une agriculture locale
orientée vers l'exportation, forçant les paysans à
revenir à la culture de subsistance. En théorie,
ces monopoles d'achat étaient censés "stabiliser
les prix" ; dans la pratique, on s'en servait pour confisquer
les revenus des agriculteurs.
Le
principale effet de la "planification du développement",
disait Bauer, était de détruire l'initiative
individuelle, qui est le plus important des facteurs de production.
La
dissidence de Bauer à propos du développement
tenait à ce que lui avait compris l'importance des intermédiaires
pour le passage d'une économie de subsistance à une économie
d'échanges. Cette activité cruciale des commerçants,
les réglementations imposées par la planification
du développement l'empêchaient de fonctionner. La planification
et l'aide internationale n'amenaient que la pauvreté et le conflit.
L'aide extérieure, soulignait Bauer, faisait du contrôle
de l'Etat une question de vie ou de mort, provoquant des guerres
tribales qui tournaient au génocide.
Il
n'épargnait pas ses collègues à l'esprit confus,
qui s'imaginaient fébrilement faire le bien en socialisant
les pays pauvres, alors que n'importe quel imbécile pouvait
voir que même l'Angleterre
ne pouvait pas se permettre de subir le socialisme.
Les livres de Peter Bauer sur l'économie du développement
sont les seuls qui vaillent la peine d'être lus. Le reste
n'est que le témoignage d'une pathologie de l'illusion
qui a ravagé la vie de millions d'innocents.
Lord
Bauer, à 86 ans, s'est éteint paisiblement à
son domicile de Londres le 2 mai [2002], à la veille
de son départ pour les Etats-Unis où il devait
recevoir le Prix
Milton Friedman.
Lorsque
le Cato
Institute se réunira le 9 mai pour célébrer
son 25ème
anniversaire, la réunion fera honneur à Peter
Bauer, ami de la liberté et champion des victimes
du développement planifié. Son oeuvre, pour sa
part, lui survit.
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