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Le
gouvernement Jospin est à son tour confronté
au problème récurent du financement des
retraites à venir. Chaque Premier ministre de
la cinquième république, ou presque, est
associé à une réforme du système
de cotisation devant chaque fois résoudre définitivement
un problème qui ne l’est toujours pas. De rapports
en rapports, le temps passe. Et c’est ici que le bâts
blesse car il s’agit bien d’une course contre la montre.
Chaque trimestre qui passe sans modification sensible
de notre politique de cotisation est autant de temps
de perdu. Entre les allongements de durée de
cotisation, l’augmentation des cotisations, quatre fois
plus rapide que l’évolution des prestations depuis
6 ans, l’avancée des dates de mise à la
retraite, une fantastique machine à paupériser
les retraités s’est mise en place en moins d’une
dizaine d’année. Malgré tout, à
en croire la plupart des rapports, le système
restera en déficit à l’horizon 2020-2040.
Pourtant,
le problème est simple. L’allongement de la durée
de la vie accroît la durée de reversion
d’une retraite. Il y a vingt cinq ans, la reversion
durait environ 10 ans. Elle avoisinera 30 ans en 2020.
A quantité de nouveaux retraités égale
(et elle augmente), les besoins tripleront sur cette
période. Ce simple constat justifie à
elle-seule que l’on se pose la question de savoir si
les critères qui ont prévalu au modèle
social retenu dans les années 70 sont toujours
d’actualité. Le départ en retraite le
plus tôt possible –à l’exception de certaines
situations qu’il faudrait d’ailleurs redéfinir-
est-il une véritable avancée sociale ?
L’allongement de la durée de vie au travail devrait
être anticipée en toute sérénité,
avec à l’esprit les besoins de transferts de
connaissances et d’expériences qui font dès
à présent si cruellement défaut
dans de nombreux secteurs d’activités. En outre,
que voudra signifier partir en retraite pour tous ceux
qui vendent leurs propres prestations et qui devraient
être nombreux dans les années à
venir (40% des actifs américains en 2010 exerceront
en micro-entreprises). Or, la logique qui prévaut
aujourd’hui tend à unifier les caisses et les
régimes sous le prétexte que l’ensemble
doit être financièrement consolidé.
Cette logique strictement financière ne répondra
de toute façon pas à la modification en
profondeur à la fois des réalités
démographiques du moment et des disparités
sociales aux quelles elle sera confrontée.
Car
le système actuel va passer du généreux
statut répartiteur à une monstrueuse machine
à fracture sociale. Si on écoute ceux
qui balayent d’un revers de la main cet obstacle, la
croissance économique va être telle qu’elle
" paiera " cette montée en
puissance des pensions reversées. Peut-être,
mais alors au détriment de qui ? On reste
dans une approche malthusienne de partage où
l’on envisage une fois de plus que ceux qui créent
la richesse en seront dépossédés.
Le taux actuel de 25% de cotisations (part salarié
et employeur) devra atteindre 40% pour maintenir un
niveau de prestation constant à chaque retraité.
Dans ces conditions, il peut probable que la croissance
s’épanouira au niveau de ce qui est envisagé
pour sauver la situation. Finalement, le modèle
français cherche à réaliser la
quadrature du cercle : obtenir du travail ce qu’il
ne peut pas fournir, c’est à dire une rente.
Seule la capitalisation peut le permettre. En appuyant
systématiquement leurs conclusions sur l’antique
lutte du capital contre le travail, les décideurs
nationaux nient cette évidence.
Presque
tous les autres pays développés ont adopté
une démarche mixte, à la fois de capitalisation
–fonds de pension- et de répartition –solidarité-.
La clé de leurs succès n’est pas le fruit
d’un hasard mais bien d’un choix. Si depuis 1986, les
français avaient cotisé, dans des proportions
modestes (3%), à des fonds de pensions et si
l’on avait ajouté dans ces fonds l’argent des
privatisations, comme le suggéraient les libéraux
d’alors, ils détiendraient aujourd’hui, malgré
les krach de 87 et de 98, l’équivalent de ce
que possèdent leurs homologues américains,
hollandais ou anglais dans leurs propres fonds. Les
déficits de retraite annoncés pour 2020
représenteraient à peine le montant des
revenus encaissés alors par ces fonds, et qu’ils
pourraient bien évidemment redistribuer. Il n’y
aurait plus de problème de retraite.
La
gauche avance dans cette direction, mais en regardant
avec anxiété dans son rétroviseur.
Mettre les actions de France Telecom dans un fonds de
péréquation, qui existe d’ailleurs déjà,
ne peut marcher que si un plan d’ensemble est envisagé,
qui introduit une part importante de capitalisation
dans l’ensemble du système. C’est cette partie
là qui, dans 20 ans, peut seule assurer les suppléments
de reversions dont les retraités d’alors auront
besoin. Placer cet argent pour combler des déficits
sans modifier en profondeur la nature du financement
des retraites revient à mettre un emplâtre
sur une jambe de bois. La solution passe sans doute
par la montée en puissance d’un régime
de capitalisation en parallèle du régime
répartiteur. A niveau de cotisation égale
–soit 25% de cotisations-, passer progressivement de
0% à 15% de cotisations salariales vers un système
de capitalisation tout en maintenant, jusqu’à
10% des cotisations, le système de répartition
–pôle de solidarité-, permettrait de viabiliser
l’ensemble du système bien au-delà de
2040. Mieux, la part capitalisée pourrait financer
dès la deuxième année, les légers
déficits qui déjà se font jour
tant au niveau des caisses complémentaires que
du régime général.
Capitaliser
nécessite du temps. Or, les déficits à
venir sont programmés. Il n’est pas encore trop
tard pour faire en sorte que les 300 Milliards annoncés
pour 2020 et les 800 Milliards de déficit annoncés
pour 2040 ne soient plus qu’une hypothèse d’école.
Mais il faut faire vite. Le passage d’un système
tout répartition –viable jusqu’en 2010- à
un système mixte –viable à partir de 2015-
a un coût. Il représente environ 65% de
la masse des salaires versés qu’il faudrait apporter
dès aujourd’hui pour assurer le financement de
l’ensemble. Or ce chiffre, bien qu’énorme, représente
la part que détient l’Etat dans le secteur concurrentiel,
coté en bourse (environ 1000 Milliards) ou pas(environ
1000 Milliards en plus).
Sans
paraphraser Tony Blair, il n’y a plus de dogmes ;
il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas. Plus vite
la France mettra en place ce qui marche aujourd’hui
dans tous les pays développés, plus vite
elle s’évitera une fracture inéluctable
entre les salariés des générations
à venir et leurs parents. Cet enjeu vaut la peine
de remiser au vestiaire les dogmes anachroniques fondés
sur une vision malthusienne de l’économie. Le
capital a autant besoin du travail que les salariés
ont besoin d’un capital. Tous les pays développés
profitent des marchés financiers pour asseoir
leur stabilité sociale et leur prospérité.
Cela semble plus malin que de les montrer du doigt en
permanence.
Olivier
CARRE
Président
de Fiva
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