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Je
suis venu au souverainisme par ma réflexion sur
l’euro – et donc sur l’Europe. Je ne suis pas, au départ,
un partisan farouche du nationalisme. Pas du tout. Je
suis un libéral. Mais je crois que le problème
qui se pose aujourd’hui à nous avant tout est
celui de la construction politique de l’Europe, la construction
d’un état européen. J’ai développé
dans mon livre les raisons pour lesquelles cela me paraissait
une mauvaise chose. Je vais les rappeler brièvement.
Je pense cependant qu’il y a aussi une incompréhension
profonde entre libéraux et souverainistes que
j’aborderai en évoquant le fond du problème.
Puis je concluerai sur la stratégie politique.
Un
phénomène général : la réduction
de la taille optimale des organisations.
Sur
le fond du problème. Les libéraux passent
la nation sous silence. Parce qu’ils n’aiment pas l’état.
Aujourd’hui les états définissent le périmètre
des nations. Il y a donc un système politique
général, au 20ème siècle
qui est celui des états nations. Nos sociétés
sont des sociétés d’états nations.
Donc je ne crois pas que l’on puisse passer sous silence
ni l’état – personnellement, je n’ai jamais cru
à l’état minimal -, ni les nations (parce
que ce sont des réalités de nos sociétés).
Les souverainistes, de leur côté, sont
imprégnés par la culture de l’état.
Pour eux, l’état est inséparable de l’interventionnisme,
du dirigisme. Ils se méfient des marchés.
Paradoxalement, libéraux et souverainistes se
rejoignent donc sur l’idée qu’il n’y aurait qu’une
alternative : l’état ou le marché,
et c’est tout. Je ne le crois pas. Je pense qu’il y
a plutôt complémentarité.
Je
partirai de l’évolution observée, depuis
deux ou trois décennies, des états. Si
nous regardons comment évolue l’organisation
de nos sociétés, nous constatons qu’au
20ème siècle, après un stade d’étatisation
intense – développement de la dimension des nations,
croissance interne et externe des états -, nous
sommes passés depuis quelques temps, deux ou
trois décennies, à une phase de désagrégation
des plus grandes organisations, parmi lesquelles je
place l’état. J’observe que, comme pour les entreprises,
on y recherche une plus grande efficacité à
travers la réduction de la dimension. Nous voyons
en effet les plus grands états se décomposer,
se désintégrer – l’URSS, bien sûr,
mais aussi les états les plus vulnérables
parce que les plus hétérogènes :
par exemple, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie,
mais aussi les tendances centrifuges dans tous les grands
États modernes. Il y a le Canada, la Belgique,
l’Espagne, pourquoi pas la France… Je crois que c’est
un phénomène significatif , un phénomène
qui tient à la diminution de la dimension optimale
des organisations. Telle est ma conviction.
Voilà
pourquoi je suis contre la construction d’un état
européen : parce que je crois que cela ne
marchera pas. Nous sommes les seuls en Europe, et dans
l’Euroland plus particulièrement, à vouloir
construire un grand état continental au moment
où, au contraire, les très grands états
tendent à se dissoudre ou à se désintégrer.
A se fractionner, à se séparer. Je crois
que nous allons totalement à contresens de l’évolution
qui, encore une fois, caractérise toutes les
organisations, privées comme publiques.
Est-ce
suffisant pour devenir souverainiste ? Je dirai
" oui ", en ce sens que le choix
qui nous est proposé aujourd’hui, à nous,
en France, quel est-il ? Il n’est pas du tout,
comme on nous le dit parfois, de nous dissoudre dans
le grand marché mondial. Ce que l’on nous propose
en réalité, d’abord avec l’euro, puis
avec tout ce qui vient derrière – c’est à
dire la politique budgétaire qui devra être
coordonnée ou harmonisée si nous voulons
que l’euro soit tenable… - c’est de mettre en place
un grand état continental, un super-état.
Un super-état qui n’abolira pas les étages
inférieurs, mais viendra seulement s’y superposer.
Nous allons donc augmenter le degré d’étatisme
de la société française, et non
pas le diminuer. Ce que l’on appelle construire l’Europe
consiste à ajouter des strates étatiques
supplémentaires. Voilà pourquoi j’y suis
farouchement opposé, d’un point de vue libéral.
Le
projet de super-état européen va à
contresens de l'évolution
Cela
signifie qu’aujourd’hui la défense de l’état
français, tel qu’il est, et de la nation française
telle qu’elle est, dans ses dimensions actuelles, représentent
la meilleure façon de résister à
la construction d’un état européen, parce
que les souverainistes sont les seuls à s’opposer
franchement à la construction de ce super état
continental. Donc je suis souverainiste ; parce
que je pense qu’il vaut mieux se soucier de réexaminer
ce que doit être la place de l’état français
au sein de la nation française, dans le cadre
d’une politique délibérément libérale,
plutôt que de s’en remettre à un autre
état pour réduire l’emprise de notre état
actuel – ce qui me paraît une vision totalement
utopique. Voilà les raisons de ma venue à
une position souverainiste.
Il
y a aussi d’autres raisons qui font que souverainisme
et libéralisme ne s’opposent pas comme on le
croit, mais sont complémentaires. En effet, si
nous prenons un état de dimension moyenne comme
la France - et non pas un état continental –,
il est clair qu’aujourd’hui un tel état ne peut
pas survivre sans être ouvert sur l’extérieur.
Nous ne pouvons pas bénéficier de la spécialisation
internationale, nous ne pouvons pas développer
nous-mêmes une forte spécialisation, si
nous ne bénéficions pas d’une économie
largement ouverte sur l’extérieur.
Dans
le cas d’un état de dimension continentale, cette
contrainte est beaucoup plus faible. Il y a possibilité
de substitution entre les marchés internationaux
et la dimension du marché interne. Les États-Unis
ont bénéficié pendant très
longtemps d’un grand avantage compétitif parce
qu’ils avaient un très grand marché interne.
Mais c’était à une époque où
l’économie mondiale était fragmentée,
et où régnait un protectionnisme dominant.
Aujourd’hui, l’ouverture économique internationale,
l’émergence des grands marchés mondiaux
permettent plus facilement le fractionnement des nations.
Certains grands auteurs l’ont récemment souligné :
Barro et Gary Becker, par exemple. Avec les grands marchés
mondiaux, nous pouvons maintenant avoir de petites nations.
Le prototype en est la Suisse, qui n’a pas besoin d’un
grand marché interne pour avoir de grandes entreprises
très compétitives.
Le grand marché mondial permet
plus facilement le fractionnement des nations.
Si
la moindre dimension des nations va de pair avec une
plus large ouverture de l’économie, j’en conclue
que la pression, en France, pour avoir une économie
ouverte sur l’extérieur, une économie
compétitive, sera d’autant plus forte que la
France restera ce qu’elle est, et non le xième
membre d’une nouvelle grande fédération.
Si nous faisons partie d’un très grand état
continental, la pression sera moins forte. Certains
font d’ailleurs déjà ce pari, explicitement.
Ils veulent l’état européen parce que,
pour eux, cela permettrait de rétablir des barrières
protectionnistes, notamment à l’encontre des
États-Unis, avec, éventuellement, un relèvement
des obstacles tarifaires.
Je
crois que de la taille de l’état dépend
le niveau d’ouverture internationale. Plus l’état
est petit, plus il y a de chances pour que cette ouverture
soit importante. Cela dit, à l’inverse, le degré
d’ouverture internationale rétroagit sur les
structures internes de l’état, sur l’importance
qu’un pays accorde à l’état, notamment
par le biais de la fiscalité. Si vous avez une
économie plus ouverte , avec des mouvements
plus faciles des capitaux et des hommes, il est clair
que la pression fiscale ne pourra pas être maintenue
durablement plus élevée que les autres.
Il y aura évasion de la matière fiscale,
parce que ce genre de situation augmente le coût
social de l’impôt – c’est à dire la manière
dont les citoyens ressentent le poids de l’impôt.
La sensibilité à l’impôt augmente
avec le degré d’ouverture de l’économie
sur l’extérieur. Cela fait politiquement plus
mal. Une économie plus ouverte est une économie
où l’on ne peut plus prélever autant d’impôts.
C’est
ce qui explique la farouche opposition actuelle des
gouvernements européens à la concurrence
fiscale. Que veulent-ils en réalité ?
Réponse : un cartel fiscal. Ils veulent
supprimer la concurrence fiscale. Pourquoi ? Parce
qu’elle conduit inévitablement à un allégement
de la fiscalité.
Avec un état qui reste petit,
plus d'ouverture extérieure, et donc plus de
libéralisme.
Pour
moi, donc, faire le pari d’une France qui reste de dimension
moyenne, c’est prendre nécessairement position
pour une économie plus ouverte sur l’extérieur,
où l’état perdra une partie de son pouvoir
fiscal. C’est faire le pari du libéralisme parce
qu’un état privé d’une bonne part de ses
ressources fiscales sera nécessairement obligé
de diminuer ses interventions.
Cela
me ramène au parallèle avec les entreprises
et les autres organisations. Nous sommes dans une phase
de recentrage, de restructuration, de respécialisation,
de reconcentration sur le métier principal. C’est
vrai des entreprises, mais c’est exactement vrai de
la même façon pour l’état. Un état
réduit à la seule dimension du périmètre
français est un état qui sera contraint
de se recentrer sur ses tâches principales. Voilà
pourquoi, encore une fois, je dis qu’il y a, non pas
opposition, mais complémentarité entre
souverainisme et libéralisme.
Si
les libéraux rejettent la position souverainiste
– indépendamment du fait que les souverainistes
sont des dirigistes -, s’ils rejettent la stratégie
souverainiste, c’est parce qu’ils ne prennent pas encore
vraiment au sérieux l’émergence de ce
très grand état européen. Ils ont
tort. Car, présentement, nous y filons à
toute vitesse. Tous ceux qui ont critiqué l’euro
et la monnaie unique ont souligné qu’il y avait
un engrenage. La monnaie unique européenne ne
survivra durablement que si l’Europe adopte une politique
de transferts fiscaux massifs. C’est ce que nous démontrent
les États-Unis, qui ne sont pas une zone monétaire
optimale. Or que nous dit-on aujourd’hui ? Qu’il
faut l’harmonisation fiscale. Qu’il faut augmenter les
impôts en Europe. Nous allons à toute vitesse
vers la formation d’un nouveau cartel fiscal. L’Europe
suit exactement le scénario annoncé par
les critiques de l’euro. Nous avançons très
vite vers l’état fédéral. Vers
le grand état continental. C’est à dire
vers une aggravation du degré d’étatisation
en Europe.
Voilà
pourquoi, sur le fond, je suis arrivé, de manière
peut être un peu surprenante, chez les souverainistes.
Parce que ce sont les seuls à s’opposer à
la construction du grand état continental. Parce
que, dans cette affaire, les libéraux n’ont pas
fait leur métier. Je vous le dis très
directement.
Libéralisme
et souverainisme sont complémentaires.
Les
raisons stratégiques, maintenant. Nous avons
une droite française qui est en déconfiture.
Sur quelles base pourrait-on la reconstruire ?
Il faut à la fois faire montre d’une certaine
cohérence dans la démarche, et il faut
- c’est le jeu de la démocratie – s’opposer aux
socialistes. Les socialistes sont partisans du grand
état européen. Ils sont parfaitement logiques
avec eux-mêmes. A droite, que peut-on faire ?
On peut être libéral, bien sûr ;
mais les socialistes évoluent , ils se montrent
un peu plus libéraux, de manière peut
être un peu maladroite, mais néanmoins
certaine. Sur le terrain même du libéralisme,
il y a donc maintenant de la concurrence. Il subsiste
toutefois un terrain sur lequel cette concurrence n’existe
pas, et qui est le terrain traditionnel de la droite :
c’est le nationalisme.
Je
vous ai dis dès le départ que je n’étais
pas moi-même nationaliste, par principe. Mais
il faut reconnaître que s’il y a un noyau dur
à droite, c’est bien la position nationale. Alors,
puisque l’analyse me conduit à penser que souverainisme
et libéralisme sont complémentaires, et
non pas opposés aujourd’hui, il me semble que
la stratégie politique que la droite devrait
adopter est claire. Nous devons jouer le terrain traditionnel
de la droite sur lequel les socialistes ne nous suivront
pas : c’est à dire la défense de
la nation. Mais, en même temps, nous devons faire
comprendre aux nationalistes qu’ils n’ont pas le choix :
dans les circonstances actuelles, marquées par
une plus grande mobilité du travail et des capitaux,
ils ne peuvent pas ambitionner avoir à la fois
une France indépendante, et une France fermée
du point de vue commercial, ou encore une France dotée
d’un état plus lourd que celui des voisins. C’est
tout simplement impossible.
Donc
mon pari est que, placés devant cette nécessité,
devant l’impossibilité d’une politique à
la fois d’indépendance nationale et d’accroissement
du poids de l’état, les souverainistes n’ont
pas le choix. Ni la droite non plus.
Quant
à l’idée que la construction d’un état
européen serait le moyen qui devrait nous aider
à assouplir nos structures françaises,
nous avons déjà quelqu’un qui occupe le
terrain : le parti socialiste, qui, je dois le
reconnaître, gère assez habilement ses
affaires. Ma conclusion est donc que, dans ces conditions,
nous ne réussirons pas à reconstituer
une nouvelle force d’opposition efficace, si nous n’acceptons
pas le double pari à la fois souverainiste et
libéral .
DISCUSSION
Henri
Lepage : C’est très clair. En vous
écoutant, vous me rappeliez le discours de Ha,
l’héritier intellectuel de Murray Rothbard. Allemand
d’origine, il a la nostalgie de l’Europe du 19ème :
une Europe faite d’une multitude de petits états,
royaumes et principautés indépendantes.
Jean-Jacques
Rosa : Rappelez-vous qu’en 1848, le libéralisme
était allié aux nationalismes. Les mouvements
nationaux étaient des mouvements libéraux.
A mon avis, ce n’était pas seulement un hasard
historique.
Henri
Lepage :
La semaine dernière. ici même, François
Lefebvre nous a expliqué que la construction
européenne se heurtait aujourd’hui à une
nouvelle difficulté : celle de devoir traduire
toute la production juridique européenne dans
les droits nationaux. On ne peut pas y échapper.
Il y a des institutions, des traditions juridiques qui
existent. Il faut donc que tout ce qui vient de Bruxelles
soit nécessairement intégré aux
systèmes juridiques nationaux. Cela pose un vrai
problème en France, car il y a une incompatibilité,
au niveau même des concepts très souvent,
qui rend l’adaptation de l’un à l’autre très
difficile . C’est beaucoup plus facile, nous a-t-il
également expliqué, dans des pays comme
l’Allemagne où les principes d’organisation des
collectivités publiques autorisent une plus grande
souplesse que l’on ne retrouve pas chez nous en raison
de notre conception unitaire et centralisée.
Un
intervenant : Chez les allemands chaque land
est souverain, ce qui signifie qu’il conserve la possibilité
d’interpréter la loi générale donnée
pour l’ensemble du pays. Il peut l’admettre ou la refuser.
Les allemands bénéficient d’une unité
plus petite en mesure d’organiser, en dehors de l’État
commun, sa propre vie.
Jean-Jacques
Rosa : j’aimerais ajouter un mot à
propos de l’Allemagne et du fédéralisme
. On s’est trompé de perspective. On nous dit :
" le fédéralisme,c’est très
bien parce que cela permet de décentraliser ;
ça va dans un sens plutôt moins étatiste ;
on rapproche les décisions des gens : c’est
plutôt favorable aux marchés ".
Mais attention. C’est vrai si on fédéralise
un état centralisé. Dans l’opération
politique européenne , c’est le contraire. L’objectif
est de construire une superstructure. Ce n’est pas une
opération de fédéralisation. C’est
de la centralisation.
Un
intervenant : la construction européenne
est tout de même un élément clé
qui, dans le passé, nous a fortement aidé
à faire évoluer nos structures dans un
sens plus libéral.
Jean-Jacques
Rosa : Je suis d’accord avec le constat
que la contrainte européenne nous a aidé
à libéraliser la France, à assouplir
nos structures, nos réglementations, etc… Je
maintiens cependant intégralement l’analyse qu’à
partir du moment où il y a monnaie unique, les
difficultés d’ajustement des conjonctures nationales
nous conduisent nécessairement à des transferts
fiscaux massifs. J’ajoute - ce que je crois sur le fond,
mais que je ne peux pas prouver - que les états
nationaux européens craignent l’ouverture internationale ;
ils craignent la concurrence fiscale ; ils voient
dans la construction politique européenne plutôt
un instrument de cartellisation qui devrait leur permettre
de maintenir leur pouvoir fiscal. C’est clairement visible.
Les déclarations ne manquent pas. C’est de tous
côtés que l’on entend les responsables
se prononcer pour une harmonisation de la fiscalité.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Il s’agit de mettre
un plancher aux impôts, et non pas un plafond
(comme un libéral l’aurait souhaité).
Un
intervenant : croyez-vous vraiment
que c’est en s’alliant avec des gens qui restent profondément
étatistes (même de droite) que l’on peut
avoir l’espoir de faire un jour triompher les idées
libérales ?
Jean-Jacques
Rosa : Je suis navré de vous dire
des choses désagréables. Mais les libéraux
sont très minoritaires dans ce pays. Les étatistes
sont à droite comme à gauche. Ils sont
tous partisans d’une construction politique européenne.
Si vous voulez rester constamment minoritaires, demeurer
les supplétifs de gouvernements qui continueront
de mener des politiques opposées à ce
que vous désirez, cela ne regarde que vous …
Mais je ne crois pasque cela puisse être une bonne
stratégie politique. Votre ambition, que j’ai
partagée, est de dire : " nous,
les libéraux, nous allons convaincre la droite
et l’ensemble de la classe politique française
par la force de nos idées ". Je constate
qu’en France cela ne marché pas. Mais il n’y
a pas qu’en France. Au niveau européen, que représentent
les partis vraiment libéraux ? 5 à
8 % de l’électorat. … Ceci implique qu’on ne
peut pas devenir une majorité politique, ni construire
un programme de gouvernement uniquement à partir
d’une position strictement libérale. Henri Lepage
est témoin que je l’ai toujours dit. Il faut
être réaliste, et se demander quel est
le terrain à partir duquel on pourra le mieux
avoir une chance de reconstruire une force d’opposition
crédible. Si nous voulons nous opposer efficacement
aux socialistes, il me semble que nous devons choisir
le terrain qui devrait nous permettent de nous distinguer
le plus nettement d’eux.
Michel
de Poncins :
Je suis d’accord avec vous. Sauf sur un point :
lorsque vous dites que les français ne sont pas
libéraux. L’opinion publique est tellement faussée
par la presse, par les médias, par les partis
politiques qui sont interventionnistes, qu’on s’imagine
que les français ne sont pas libéraux ;
alors que je crois, personnellement qu’en majorité
le peuple français est libéral.
Henri
de Lesquen :
Non seulement j’approuve ce que dit Jean-Jacques Rosa,
mais j’applaudis des deux mains. Je trouve que sa démarche
intellectuelle et politique est exemplaire. Il montre
bien comment, en partant de la liberté, on arrive
à la nation. Les libéraux ont toujours
été, me semble-t-il, souverainistes sans
le savoir. L’harmonisation fiscale, comme l’a rappelé
Jean-Jacques Rosa, constitue l’embryon du super état.
Mais la concurrence fiscale, en revanche, c’est une
position " souverainiste ". Les
critiques contre les changes fixes, les positions en
faveur du flottement, sont des positions libérales
qui sont aussi " souverainistes "
sans le savoir.
Ceci
dit, au-delà du problème de l’état
européen, il y a aussi le débat sur l’état
mondial, l’état universel qui se profile à
l’horizon. C’est une vision de cauchemar d’envisager
qu’il puisse y avoir un jour un état mondial.
On peut être optimiste, et se dire qu’il sera
libéral… Mais qu’est-ce qui nous le prouve. Cela
m’étonnerai beaucoup qu’il le soit. S’il n’y
a pas concurrence entre les états, il ne sera
pas libéral. Il faut qu’il y ait dans le monde
beaucoup d’états en concurrence les uns avec
les autres pour que l’on puisse éventuellement
échapper à l’emprise d’un état
pour aller dans un autre. S’il y a un état mondial
nul ne pourra plus émigrer nul part. La liberté
d’émigrer représente en fin de compte,
au-delà de tous les aspects purement économiques,
la pierre de touche de la liberté.
Le
libéral est contre le monopole, et certains seraient
cependant prêts à admettre de donner le
monopole à un état mondial ! En commençant
par le sous-monopole d’un état européen.
C’est parfaitement contradictoire. Je suis prêt
à soutenir - mais ça n’intéresse
peut-être pas tout le monde ici – qu’en partant
de la nation on arrive aussi à la liberté.
Parce que si on aime la nation, on veut qu’elle soit
libre ; on s’aperçoit que la nation ce n’est
pas l’état, que l’état ce n’est pas la
nation, et ainsi de suite… Il existe une convergence
naturelle entre les partisans de la nation et les libéraux.
Cela fait longtemps que le Club de l’Horloge soutient,
pour sa part, qu’une synthèse est possible et
nécessaire, sur le plan intellectuel et philosophique,
entre la liberté et le libéralisme d’un
côté, et l’identité de l’autre.
Parce que au-delà de la nation, c’est la question
de l’identité qui est en jeu. Il y a quelques
jours, Alain Madelin a fêté la chute du
Mur de Berlin et l’effondrement du système communiste.
Cette chute n’était pas seulement une grande
victoire de la liberté ; c’était
aussi la réunification de la nation allemande.
Revel y a fait récemment allusion. L’effondrement
de l’empire soviétique a marqué à
la fois la fin du régime communiste et la réapparition
des nations qui étaient opprimées, annihilées
à l’intérieur de l’URSS. Je crois qu’il
y a une complémentarité naturelle entre
nation et liberté.
Jean-Jacques
Rosa :
L’ouverture économique des marchés mondiaux
permet aux sociétés, même de dimension
réduite, d’être aujourd’hui autonomes.
Telle est la clé des évolutions actuelles.
Si nous avons aujourd’hui de plus en plus de micro états,
c’est à cause du commerce mondial et des marchés
internationaux. Autrefois ces nationalités se
trouvaient contraintes de rester à l’intérieur
d’un ensemble politique suffisamment grand pour leur
offrir l’accès à des marchés et
des débouchés suffisamment importants.
Pour
répondre juste d’un mot à Michel de Poncins,
je n’ai pas dit que je ne croyais pas les français
libéraux. Je n’en sais rien à vrai dire.
Ce que je veux dire est qu’il me semble qu’il n’y a
pas en France de majorité possible sur des positions
strictement libérales. Il faut donc autre chose,
dans un programme politique, qu’une position strictement
libérale.
Antoine
Cassan :
J’ai cru comprendre à travers quelques échos
de presse que la position que vous avez essayé
de défendre au congrès national du RPF
avait été pulvérisée. Pourquoi ?
Ces gens là, nous les connaissons. Nous savons
que s’il éprouvent une haine sur cette terre,
c’est bien à l’encontre du libéralisme.
A mon avis vous partez d’un postulat qui n’est pas tenable :
non le libéralisme et le nationalisme, ne sont
pas compatibles. Parce que le nationalisme n’est qu’une
forme de socialisme.
Un
peu d’histoire des idées quand même. Le
nationalisme, il est vrai, à une époque
de l’histoire de France, au début du 19ème
siècle, où on ne parlait pas de nationalités,
était en germes assez proche du libre échangisme.
A la fin du 19 ème siècle, c’était
terminé. Le nationalisme s’est fondé en
disant " je vais doubler le socialisme en
étant un peu plus socialiste que lui vis à
vis de la classe ouvrière ". C’est
par exemple le programme de Nancy de Barrès ,
qui est absolument hallucinant. Ce programme là,
il suffit de le lire – c’est d’ailleurs un programme
que certains partis reprennent encore aujourd’hui - ;
il irait comme un gant au RPF. Non le socialisme et
le libéralisme, je suis désolé,
cela ne marche pas. Et que le libéralisme soit
minoritaire, quelle importance !…
Un
intervenant :
Comment analysez vous la valse hésitation que
l’on voit chez les dirigeants européens, notamment
ceux qui ont été les plus partisans de
l’Europe constructiviste, et de la construction européenne.
On assiste actuellement à une tentative de résistance
vis à vis de Bruxelles. Je prendrai trois exemples.
Le premier : la tentative française de protéger
le marché français de la viande bovine,
sous des prétextes sanitaires, mais qui sont
faux, on le sait. Le second : le veto de Lisbonne
vis à vis d’une tentative de prise de participation
par Banco Santander d’un groupe bancaire portugais.
Enfin, trois, l’opposition allemande à une OPA
d’une société anglaise sur une société
allemande.
Jean-Jacques
Rosa :
J’ai dit que, aujourd’hui, souverainisme et libéralisme
allaient de pair. Je n’ai jamais dit que j’étais
nationaliste. Je crois que les nationalismes correspondent
à une phase historique d'expansion territoriale
des états du monde entier. Cette phase est terminée.
Voilà pourquoi, aujourd’hui, je ne crains pas
le nationalisme. Nous sommes dans une phase d’atomisation
des états. Je ne suis pas nationaliste. Je crois
à l’indépendance des groupes nationaux.
Cela
me permet de répondre sur un thème qui
a été brièvement évoqué
par l’un d’entre vous : celui des régions.
Je crois qu’il y a un profond malentendu. Si vous me
dites que la coopération se fait désormais
de plus en plus entre Lyon et Barcelone, est-ce que
cela implique que tout état va disparaître ?
Je crois que c’est une utopie. L’état ne va pas
disparaître. Que vous me disiez que l’état
va se reconstituer à un niveau plus réduit,
je le croirai volontiers. Mais il ne va pas disparaître.
Notre sujet de discussion n’est pas la disparition pure
et simple de l’état, auquel on opposerait une
région qui aurait toutes les qualités,
mais simplement la taille optimale des états..
Nous sommes dans une phase d’atomisation des états.
Cette atomisation en termes territoriaux se double d’une
réduction du rôle des états en termes
d’importance économique - c’est à dire
une réduction du rôle de l’idéologie.
Ce qui me rend plutôt confiant. Je considère
que les souverainistes dont vous nous avez rapporté
les propos sont prisonniers d’une certaine expérience
du passé. Ils ont constaté que le nationalisme,
l’expansion des état et du dirigisme allaient
de pair. Ils en tirent la conclusion qu’il s’agit d’une
liaison inévitable. Cette liaison a sans doute
existé, dans le passé. Mais elle n’existe
plus aujourd’hui. C’est plutôt l’inverse qui se
passe. Sur la foi de cette expérience passé,
ils croient que l’indépendance politique et économique
de la France passe par l’étatisme et le dirigisme.
Je crois. Ils se trompent. C’est ce que je suis allé
leur dire.
Paul
Camous : Certes les corporatismes territoriaux
ont fait des centaines de millions de morts. Mais je
constate qu’apparaissent d’autres types de corporatismes
et de solidarités. Les corporatismes peuvent
être culturels, ils peuvent être d’intérêts
économiques… Ils traduisent le fait que les structures
politiques ne correspondent plus aux réalités
que vivent les gens dans leur quotidienneté.
Jean-Jacques
Rosa : Je voudrais revenir sur le thème
régional. Je pense que la question qui se pose
aujourd’hui à la France est bien plus celle de
la sécession – notamment en Corse – que la construction,
la fusion dans un grand ensemble continental.
Cela
dit, admettons que l’échelon régional
devienne le nouvel espace dominant de solidarité.
Il faudra bien qu’il y ait à un moment donné
une décision sur quelle politique sera pratiquée
dans cette région. Quel sera le système
juridique. Comment sera organisée la police.
Qu’est-ce ? Sinon les tâches fondamentales
d’un état.
Donc
j’insiste. Nous sommes dans une période de mobilité
des aires de solidarité collective. Je prétend
qu’elles ne vont pas disparaître purement et simplement.
Je ne crois pas que nous puissions avoir une société
mondiale d’anarchie, pas plus que nous ne pouvons avoir
une société mondiale avec un état
unique. La question concerne la redéfinition
des aires de solidarité. La région idéale
que vous décrivez n’est en fait qu’un très
petit état.
Alain
Laurent : Je voudrais votre avis sur l’emploi
abusif qui est fait du concept de souveraineté
lorsque par exemple le clown du Larzac, José
Bové, l’utilise pour défendre l’idée
d’une " souveraineté alimentaire "
française. Qu’est ce que cela veut dire ?
Est-ce que c’est l’État qui va nous imposer,
au nom de la souveraineté nationale, ce que nous
allons manger ? Est-ce que ce n’est pas à
la souveraineté individuelle de choisir son menu,
son repas, de savoir si l’on va manger au Mac Do plutôt
qu’au Resto de Millau. Je suis effaré par cette
dérive linguistique.
Gilles
de Montéty : Risque-t-on ou non
de voir un jour naître un état mondial ?
telle me semble être aujourd’hui la question primordiale.
Les micro états sont-ils une solution pour nous
éviter cet état mondial ? Je crains
qu’un état mondial ne devienne inévitablement
une dictature. Pourrait-on y maintenir un certain équilibre
entre les différents niveaux d’état ?
Un
intervenant : Une particularité
essentielle de votre développement est de constater
que la dimension optimale des organisations a diminué.
Quand je lis la presse économique, c’est peut-être
un effet d’optique, mais je n’ai pas l’impression qu’elle
diminue beaucoup.
Un
intervenant : Au début de votre
exposé vous êtes parti de l’idée
qu’il y avait désagrégation des grandes
organisations, et en particulier des états. Or,
parallèlement, on assiste à la constitution
de grandes organisations, notamment de très grandes
entreprises. Oui à la désagrégation
des grandes organisations qui ne respectent pas l’individu.
Mais non à la désagrégation systématique
de toutes les organisations. Le raisonnement ne me paraît
pas tout à fait juste.
Jean-Jacques
Rosa : Les présentations
de la presse sont biaisées. Sans que cela
soit intentionnel. Elle sélectionne les événements
marquants. La fusion de deux grandes entreprises au
niveau international en est un. La création de
150 petites entreprises n’en est pas. Or les statistiques
montrent – tous les spécialistes de l’économie
industrielle sont d’accord sur ce point - que la dimension
moyenne des entreprises en termes de salariés
diminue, tant aux États-Unis qu’en Grande Bretagne,
en Allemagne, ou même en France. Donc, statistiquement
on assiste à une réduction de la dimension
moyenne des organisations productives. Les grandes opérations
de concentration et de fusion reflètent un phénomène
différent. Elles concernent principalement des
secteurs à capacité excédentaire :
assurances, pharmacie, automobile… C’est une manière
de réduire l’excès de capacité
globale lorsque ces secteurs sont arrivés à
leur stade de maturité industrielle, avec saturation
de la demande. Il y a deux manières d’organiser
la sortie de ces secteurs : la faillite des entreprises,
ou bien leur reprise par un concurrent mieux géré
qui va réduire la capacité de production.
C’est ce qui se passe : restructurations, licenciements
, fermetures d’usines. Mais ces opérations, qui
focalisent notre attention, ne reflètent pas
l’évolution moyenne de l’industrie. Je crois
que nous sommes réellement – les observations
le confirment - dans une phase de diminution de la dimension
des organisations productives. Quant aux états,
nous constatons bien que leur nombre a considérablement
augmenté depuis quarante ans. Nous allons vers
des états de plus en plus petits. Savez vous
quelle est la dimension médiane d’un état
national aujourd’hui ? C’est la taille du Massachusetts,
six millions d’habitants.
Paul
Camous : Et le développement des
grandes organisations internationale ?
Jean-Jacques
Rosa : Je le sens mal. Le FMI est contesté.
La Banque mondiale aussi. Les grandes organisations
internationales ont des problèmes. N’oubliez
pas qu’elles ne disposent d’aucun pouvoir hiérarchique
pour imposer leurs décisions. Elles ont essentiellement
un caractère de club. Ce n’est pas tout à
fait pareil.
Paul
Camous :
L’imaginaire collective pousse à la centralisation.
L’ externalisation des fonctions de spécialité
favorise, comme vous le dites, la petite et la moyenne
entreprise. Elles ne sont pas totalement intégrées
au système de production. Mais elles relèvent
d’une logique de sous-traitance qui évolue dans
le sens de contrôles de plus en plus intégrés
jusqu’au niveau de la conception, et plus seulement
de l’exécution.
Jean-Jacques
Rosa : . Le mouvement industriel n’est
pas à l’intégration des sous-traitants.
Il va dans le sens opposé.
Paul
Camous : Non, on va vers la co-traitance.
Regardez toutes les entreprises, elles font de l’externalisation…
Jean-Jacques
Rosa :
Externaliser, c’est de la désintégration.
Je m’en réjouis.
Paul
Camous :
Pardon, elles restent en réseau …
Jean-Jacques
Rosa : Vous citez un mot qui me réjouis.
La mode est aux réseau. Qu’est-ce que ça
veut dire " réseaux " ?
Pour moi, cela veut dire " marchés ".
Des
collègues – comme John Kay, de la London School
of Economics – ont montré que même les
secteurs industriels où l’on nous dit habituellement
que le mouvement est à la concentration, sont
en réalité entrés dans une phase
de déconcentration. C’est par exemple le cas
de l’automobile. Le nombre de producteurs y est en augmentation.
Et pour chaque producteur, le nombre de modèles
augmente. Nous sommes dans une phase d’accroissement
de la diversité, non pas d’unification.
Henri
de Lesquen :
Je voudrais répondre de manière un peu
polémique aux interventions d’Alain Laurent et
d’Antoine Cassan. Alain Laurent a un discours brillant,
mais tout à fait utopique. Il rêve. Lorsqu’il
explique que l’alternative n’est pas entre le super
état européen et l’état national,
il rêve, me semble-t-il, d’une troisième
voie qui serait celle de l’anarcho-capitalisme. Ca ne
tient pas debout. On peut toujours en discuter. Mais
ce n’est pas le problème politique d’aujourd’hui.
C’est un rêve. Purement intellectuel. Sans contenu
politique. J’ajoute que lorsqu’il accuse les souverainistes
de tout mélanger sur la question de la souveraineté,
il envoie le bouchon un peu loin. Car, c’est un point
de philosophie politique, la notion de souveraineté
de l’individu employée volontiers par certains
libéraux, est sans consistance. Ou bien, la souveraineté
individuelle, c’est la liberté - et je ne vois
pas ce que cela apporte d’employer le mot souveraineté
comme synonyme de liberté. Ou bien on l’utilise
de la manière dont l’emploient les philosophes
du droit comme Carré de Marlberg. La souveraineté
de l’individu ne peut exister que dans l’état
de nature – c’est à dire, concrètement,
quand ? ; ou dans le paradis anarcho-capitaliste,
lorsque l’individu est totalement dégagé
de tout lien de subordination à l’égard
d’un état - ce qui n’existe nulle part. J’ajouterai
" qui, heureusement, n’existe pas ",
car l’anarchie n’est pas nécessairement une situation
très enviable.
Quant
à Antoine Cassan, lorsqu’il se réfère
à l’époque où Barrès était
socialiste, il extrapole. Le nationalisme, l’idéal
de la nation, peut se combiner, s’hybrider avec le socialisme.
Cela a donné le fascisme. Il peut aussi s’hybrider
avec le libéralisme, au sens européen
du terme, et cela donne Reagan et Thatcher. Le mouvement
" conservateur ", aux États-Unis
et en Angleterre, est une forme de synthèse libérale
nationale.
Michel
de Poncins nous dit que nulle part les gens ne sont
libéraux…En réalité, ils sont libéraux,
mais ils ne sont pas que libéraux. La tentation
de certains, dans notre cénacle de ce soir, est
de considérer que le libéralisme est une
doctrine totale, qui donne la réponse à
toutes les questions de la vie sociale et politique.
Cette attitude, à mon avis, correspond à
une impasse intellectuelle. En tout cas, elle débouche
sur une impasse politique, j’en suis sûr. Lorsqu’un
mouvement politique de droite réussit quelque
part, il est à la fois libéral et national.
Ce fut le cas de Reagan, mais aussi de Thatcher, et
même de Berlusconi.
Jean-Jacques
Rosa :
Il faut relire les derniers travaux de Mancur Olson.
Il montre que l’état prédateur, pour soigner
ses propres intérêts, doit être également
soucieux de l’intérêt de ses administrés.
S’il veut prélever beaucoup, il faut que les
gens soient riches. Je pense que c’est fondamental.
Il n’y a pas nécessairement opposition totale
entre l’intérêt étroitement conçu
des dirigeants d’un État et l’intérêt
des administrés. Il faut des garde-fou. Et quels
sont les seuls garde-fou en la matière ?
C’est la concurrence des états. C’est le fait
de pouvoir aller ailleurs se soumettre à une
autre règle. Il n’y aura pas de libéralisme
et de liberté individuelle s’il n’y a pas de
concurrence des états. Donc tout ce qui réduit
la concurrence des états me paraît mauvais.
Tout ce qui augmente la concurrence des états
me paraît bon. Nous sommes dans une phase d’augmentation
de la concurrence des états. Je souhaiterais
que l’on ne se trompe pas de chemin.
Maintenant,
sur le plan purement politique, j’aimerais dire qu’il
faut quand même être un petit peu réaliste.
On m’a opposé des propos, que je déplore,
de certains membres du RPF. Mais après tout,
les socialistes sont arrivés au pouvoir comment ?
avec des désaccords qui allaient des communistes,
leurs alliés, jusqu’à la position de gens
dont je vous rappelle qu’ils ont été parmi
les seuls à véritablement libéraliser
l’économie française. Qui a supprimé
les réglementations dans le domaine financier ?
Les socialistes. Qui à continué à
privatiser davantage que la droite ? Jospin. Alors,
admettons quand même que, si on est réaliste,
et si on veut le pouvoir, il faut tolérer l’autre
(c’est une vertu cardinale ), il faut tolérer
les désaccords. Les désaccords sont très
importants à droite aujourd’hui, mais il faut
s’employer à les réduire.
Antoine
Cassan :
C’est vrai. Après une phase de zèle intempestif,
les socialistes ont libéralisé, sous Bérégovoy,
les marchés financiers. Avec Jospin, ils ont
privatisé, et réussi leurs privatisations
autrement mieux que ce ne fut le cas avec Juppé.
Mais alors, à quoi bon aller serrer les rangs
avec des gens qui passent leurs journées à
déplorer cette évolution ? a quoi
bon leur servir de caution ? Il y a tout de même
un problème dans votre position. Vous compromettez
le libéralisme. Vous leur apportez votre caution.
Je ne donne toutefois pas très cher de votre
durée de vie dans ce milieu. Je souhaite d’ailleurs
l’échec le plus absolu de votre entreprise, et
que vous en partiez le plus vite possible .
Jean-Jacques
Rosa : Si je suis votre logique, j’en conclue
qu’il n’y aurait pas d’autre choix que de faire alliance
avec les socialistes, ou de s’abstenir de participer
à la vie politique active. Je crois à
la concurrence politique, et je souhaite qu’il y en
ait une véritable. Il n’y en a pas aujourd’hui.
Pour y arriver, il faut une alternance possible, et
on ne peut y arriver qu’en réunissant une coalition.
Tel est ce que j’ai essayé de vous dire. Les
socialistes sont arrivés au pouvoir parce qu’il
ont accepté la présence d’assez larges
dissensions au sein de leur coalition. Il nous faut
faire de même, sinon il sera quasiment impossible
de jamais réunir un parti qui ait quelque vocation
à exercer le pouvoir. On peut choisir la pureté
doctrinale et préférer rester pour toujours
minoritaires. C’est un choix que je respecte. Mais,
dans ce cas là, il ne faut pas faire de politique.
Si l’on veut faire de la politique, si l’on veut la
concurrence politique, il faut tolérer les dissensions
à l’intérieur d’une majorité, il
faut une coalition.
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