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Qu’en
est il de la
danse en France actuellement ?
La
situation économique et financière de ce secteur est
morose.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a pas assez de subventions !
La
réponse est claire et unanime et la situation va continuer
à se détériorer car l’Etat
se désengage de plus en plus de ce secteur qu’il subventionnait
plus ou moins, pour transmettre le relai aux collectivités
locales (régions, départements et communes) dans le
cadre de la politique de régionalisation, ou plutot
sous ce prétexte !
Tout
le monde déplore cette situation…
Qu’en
est-il de la
danse aux Etats-Unis, pays libéral par excellence ?
La
réponse est encore plus claire et nette : il
n’y a pas de subventions !
Ni
de l’Etat fédéral, ni des Etats fédérés, ni des comtés,
ni des communes. Il n’y a pas
d’argent public pour la danse !
C’est
compréhensible : aux Etats-Unis, c’est le règne
du libéralisme le plus pur !
Donc,
on en déduit logiquement qu’il n’y a pas de danse
dans ce pays
de cow-boys, c’est à dire de sauvages incultes dixit l’intelligentsia
européenne ...
Et
pourtant c’est tout le contraire qui se passe !
La danse est très développée, très vivante,
très dynamique, et attire un large public aux Etats-Unis.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’y a pas de subventions !
La
réponse est là aussi claire et sans ambiguité !
En
effet, comme il n’y a pas de subventions, les danseurs qui veulent vivre et faire partager
leur passion constituent des compagnies de danse qui
montent des spectacles
de qualité qui
plaisent aux spectateurs
qui… paient volontiers leurs places pour
assister à des ballets renommés, et les sponsors
attirés par ces représentations à succès et de
qualité financent facilement les compagnies de danse
pour entretenir leur bonne image de marque… ce qui
permet de diminuer le prix de vente des billets payés
par les spectateurs et rend cette activité culturelle
accessible à tous les Américains.
Les
étudiants, passionnés et débrouillards profitent des
places promotionnelles disponibles à $5. Pas cher,
social, de qualité et populaire : c’est la danse
aux Etats-Unis !
Soit,
mais les professionnels français de la danse critiquent
quand même la situation américaine, car il n’y a pas de danse contemporaine, ni de recherche,
ni d’avant garde aux Etats-Unis !
En
effet, la danse est classique : c’est le Lac
des Cygnes, le Casse Noisettes, ou du classique moderne
dans le style Béjart, le Ballet du XX° siècle… ce qui date déjà beaucoup ! ou de la danse
dérivée du classique, relookée jazz, à la brésilienne,
afro ou autre…
Pas
d’extragagance, car le public américain n’aime pas
cela, et dans ce cas, il n’y a pas de spectateurs,
donc pas d’argent ni de sponsors !
Telle
est la loi impitoyable du capitalisme libéral…Le
client est roi et pas si bête !
En
Europe et en France en particulier, c’est tout le
contraire.
Nous au moins, nous faisons
de la recherche !
Effectivement,
des subventions sont accordées pour des projets novateurs
par les hommes politiques qui
prennent des décisions sur des projets examinés par
des Enarques,
donc en fonction de leur volonté, de leurs goûts,
et surtout de leurs amitiés.
Ainsi
nait une culture oficielle, celle de la nomenklatura, en France et souvent ailleurs,
en Europe, comme jadis en URSS, dans les démocraties
populaires, dans les autres pays totalitaires, et
dans les dictatures, comme jadis dans l’Allemagne
nazie.
Une
bonne compagnie de danse sera celle qui saura défendre
un projet auprès du pouvoir politique et qui aura
de l’influence auprès des décideurs amis.
Jack
Lang en est l’archétype le plus connu.
Autour
de ces leaders
politiques culturels gravitent des personnages
qui vivent de cette culture officielle
et étatique : des critiques
par exemple, qui vont faire paraître dans les
médias des articles et des commentaires
avec des photos ou des images sur les dernières
innovations chorégraphiques.
Il
est évident qu’un papier sur une nouvelle interprétation
du Casse Noisettes ne présente aucun intérêt
pour son auteur et les lecteurs : tout a été
dit et écrit depuis plus d’un siècle !
Ce
n’est plus Casse Noisettes, mais Casse Pieds, sans parler des critiques marseillais...
Seule
l’originalité compte !
Un
article sur la nouvelle et dernière expérience d’un
chorégraphe ami dont le
travail transcende les expériences antérieures est
beaucoup plus séduisant pour des lecteurs branchés
curieux de nouveautés. Ainsi sont alimentés des press
books élogieux pour justifier a posteriori les décisions
technocratiques.
Cependant,
il y a peu de spectateurs acceptant de payer pour
assister à de tels spectacles qui ne correspondent
pas à ce que les gens attendent de la danse.
Pour
remplir quand même les salles, les organisateurs peinent
à attirer des spectateurs en offrant des places quasiment
gratuites à des comités d’entreprises (tenus par des
syndicalistes amis), aux enfants des écoles (conduits
par des enseignants amis) et aux camarades syndiqués.
C’est
ainsi que la danse attire un public restreint en France
et ailleurs en Europe.
Comme
il y a peu
de spectateurs payants, les recettes sont faibles
par rapport aux coûts, et des subventions
sont donc nécessaires !
Ce
système étatique s’auto-entretient aux frais des contribuables.
Conclusion :
une fois de plus, les marchés sont beaucoup plus pertinents qu’une
politique culturelle étatique servant les intérêts
d’une caste vivant aux dépens des contribuables.
Jean-Pierre
CHEVALLIER
Economiste
Agrégé de l’université,
07.01.02
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