|
|
Le
communiqué de l'Université
de Harvard annonçant le décès
de Robert Nozick.
Le
commentaire
de Pierre Lemieux sur le décès
de Robert Nozick, dans The Montreal Gazette
L'hommage
de REASON magazine à Robert Nozick :
"Anarchist
in the Academy", par Brian Doherty.
La
dernière
interview de Robert Nozick à
Laissez Faire Books.
Une
présentation
résumée (en anglais)
des idées présentées par
Robert Nozick dans son livre "Anarchy,
State and Utopia"
"Life
of Liberty" : l'adieu de Richard
Epstein sur le site on-line de la National Review.
Fiche
de lecture (en français) publiée
à l'occasion de la traduction en français
du livre de Robert Nozick : "Anarchie,
Etat et Utopie" - par Vincent Leprince.
"Against
Distributive Justice", présentation
des idées philosophiques de Robert Nozick
par un professeur canadien.
"Why
Do Intellectuals Oppose Capitalism",
un texte de Robert Nozick publié par
le CATO Institute en 1998.
"Capitalism
for Consenting Adults", par
Robert Pollock, éditorial du Wall Street
Journal, 28 janvier 2002.
Raico
on Nozick.
Souvenirs personnels publiés sur le site
Lew Rockwell. 5février 2002.
|
|
Le philosophe
Robert Nozick, professeur à Harvard, est décédé
le 23 janvier 2002. C'est largement l'écho
fait à son livre "Anarchy, State and Utopia"
qui, dans les années 1970, avaient relancé
l'intérêt pour l'étude de la philosophie
morale du libéralisme, avant que nous ne redécouvrions
l'oeuvre d'Hayek, un peu plus tard, au début
des années 1980.
Même
s'ils ne sont pas toujours totalement d'accord avec
lui, Robert Nozick est un homme dont les travaux ont
joué un rôle décisif dans l'engagement
d'un grand nombre de ceux qui, depuis trente ans,
tant en Europe qu'aux Etats-Unis, ont consacré
leur vie à faire progresser les idées
libérales et libertariennes.
Ci-suivent
deux textes pour nous rappeler qui était Robert
Nozick et le sens de son oeuvre. Le premier
a été écrit il y a dix ans pour
figurer dans une mini-encyclopédie de la pensée
libérale contemporaine. Mais le livre n'est
jamais paru, l'éditeur ayant fait faillite
entretemps.
Le second
est un commentaire que Marc
Grunert, Professeur à Strasbourg,
vient de diffuser par mail sur le Forum du Cercle
Hayek.
H.L.
*******************************************
Avec
John Rawls (dont le livre "Une Théorie de la
Justice" était paru trois ans plus tôt
avant son propre "Anarchy, State and Utopia"), Robert
Nozick est celui qui a relancé aux Etats-Unis
le débat de philosophie morale sur la théorie
des droits; ou, tout au moins, qui lui a permis de
sortir du cénacle académique de quelques
initiés auxquels il était jusque là
réservé.
Publié
en 1974, son ouvrage Anarchy, State and Utopia
(traduit en français sous le titre "Anarchie,
Etat et Utopie", et publié aux P.U.F)
réalisera en quelques mois un score tout à
fait inhabituel pour un livre philosophique dont la
lecture est loin d'être aisée. Son succès
contribua à révéler l'existence
du mouvement libertarien qui,à l'époque,
faisait ses premiers pas sur la scène politique
américaine ( le "Parti Libertarien" a été
fondé en 1971).
Sachant
que ce qui définit l'Etat est le monopole de
la violence, est-il possible d'imaginer une forme
d'état compatible avec le principe que les
gens ont des droits qu'il n'est permis à personne
, sous quelque prétexte que ce soit, de violer
? Telle est la question centrale que pose le livre.
Oui,
répond en un mot Robert Nozick, mais à
condition que cet état ne dépasse pas
les fonctions qui seraient celles d'un état
"ultra minimal", sorte de veilleur de nuit collectif.
Classé par son livre comme un auteur "libertarien",
Nozick réplique à son ancien professeur
de Harvard, John Rawls, en lui démontrant que
ses critères de justice violent les droits
fondamentaux des gens, et sont donc en réalité
immoraux (réfutation de l'Etat social-démocrate);
mais en même temps il s'oppose aux "anarcho-capitalistes"
du mouvement libertarien pour qui tout état
est nécessairement illégitime (David
Friedman).
Ses
arguments consistent à démontrer que
l'une des agences de protection privée existant
dans l'état de nature peut se transformer en
monopole sans que cela se traduise par une violation
des droits des agences ainsi éliminées
du marché, et de leurs clients. Pour cela,
il invoque deux idées . D'abord l'idée
qu'en profitant de sa force pour établir son
monopole, l'agence dominante rend en réalité
un service à tout le monde car, dit-il, cela
réduit "le risque" de voir les autres agences
recourir à des techniques d'auto-défense
"dangereuses" pour tous. Ensuite l'idée que
personne ne doit se plaindre de la nouvelle situation
dans la mesure où l' agence gagnante offre
en quelque sorte une compensation aux clients des
autres agences en leur apportant désormais
de façon gratuite un service identique, mais
plus efficacement produit.
Les
limites de cette argumentation ont été
démontées par les réponses d'un
certain nombre d'auteurs "libertariens" comme Rothbard,
Roy Childs et Maurice Goldsmith. Son argument sur
le risque ressemble beaucoup à ceux qui expliquent
que l'agriculture est un secteur spécial où
les risques du temps sont tellement alléatoires
qu'il n'y a que l'état qui puisse les prendre
en charge (avec le résultat que les agriculteurs
ont aujourdhui à supporter, en matière
de prix ,une incertitude politique qui s'avère
en définitive d'amplitude plus importante encore
que le risque naturel et , surtout, qui est non assurable).
Quant au mécanisme de la compensation, il se
heurte bien sùr à la non comparabilité
des préférences, et donc à l'impossibilité
pratique de jamais pouvoir en évaluer le montant.
Par
ailleurs, le défaut de Nozick est de ne jamais
expliquer d'où viennent précisément
ces "droits" que les gens sont supposés avoir.
Bien qu'il reprenne le principe de non-agression ,
commun à tous les libertariens, il n'y a dans
son livre aucune théorie de l'origine des droits.
Pour cela, il faut se tourner vers des auteurs comme
Ayn Rand, Murray Rothbard, Tibor Machan, Douglass
Rasmussen, Erick Mack.
Cela
dit, il ne fait aucun doute que, par les arguments
qu'il développe notamment pour contester la
validité des "droits sociaux", Anarchy,
State and Utopia est un ouvrage très représentatif
de ce que représente actuellement sur le plan
intellectuel l'émergence d'un mouvement "libertarien".
H.L. (1988)
******************************************************************************
DES
ATOMES ET DU VIDE par
Marc Grunert
On a pu parler d'équilibre cosmique lorsque
disparurent, la même semaine, deux philosophes,
Robert Nozick et Pierre Bourdieu, défendant
des conceptions du monde radicalement opposées.
En restant dans le registre métaphysique et
du jeu de mot, j'ai bien envie de me laisser aller
à une métaphore inspirée par
la cosmologie de Démocrite. Nozick, Bourdieu
: des atomes et du vide.
Du côté "atomes", Robert Nozick, théoricien
de la liberté, initiateur d'un libéralisme
éthique fondée sur la propriété
de soi, usant
d'arguments
parfois difficiles mais ayant toujours le souci de
la clarté et le respect de l'intelligence du
lecteur. Robert Nozick a connu une renommée
mondiale grâce à son ouvrage "Anarchie,
Etat et utopie" publié en 1974.
Les arguments de Nozick visaient à réfuter
les thèses de "Théorie de la justice"
de John Rawls, le plus important théoricien
de la social-démocratie. Le livre de Rawls
prétendait justifier la possibilité
d'un accord unanime raisonnable pour une société
dans laquelle les ressources seraient redistribuées
de manière équitable, en conciliant
un principe de liberté et un "principe de différence"
destiné à justifier certaines inégalités.
Cette construction théorique ne pouvait déboucher
sur rien d'autre que la pérpétuation
d'un Etat redistributeur soumis aux chantages des
groupes de pression. Mais du moins, elle fournissait
aux élites de l'Etat, une nouvelle justification
de leur pouvoir. Avant Hayek, Nozick, critiqua la
conception de "justice sociale" ou "distributive"
car il n'existe pas un état de la société
que l'on pourrait qualifier de "juste en soi". "Toute
chose, écrit Nozick, quelle qu'elle soit, qui
naît d'une situation juste, à laquelle
on est arrivé par des démarches justes,
est-elle même juste".
Depuis Nozick, le libéralisme n'est plus seulement
une théorie économique mais une théorie
politique fondée sur le principe de justice,
sur une une théorie du droit. Les libéraux
pouvaient enfin s'appuyer sur une oeuvre qui ne cantonnait
plus le libéralisme dans l'efficacité
du marché. Simultanément, l'école
autrichienne d'économie, et principalement
Rothbard, accomplissait le même travail théorique
d'une autre manière. Le libéralisme
se dotait d'un volet éthique en cohérence
parfaite avec la théorie économique.
On ne peut plus dire depuis Nozick et Rothbard : le
libéralisme c'est utile en économie
mais il ne vaut rien, ou ne dit rien, en matière
d'éthique et de justice.
Comme vient de l'écrire Pierre Lemieux, Nozick
a montré combien il était difficile
de justifier l'Etat. Dans "Anarchie, Etat et utopie"
(PUF, libre-échange), Nozick tente de montrer
qu'un Etat minimal pouvait naître à partir
d'un marché
libre où une multitude d'agences privées
de sécurité conduirait sans violence
à un monopole dont l'unique fonction légitime
serait la protection des droits individuels, qui sont
des droits de propriété. Toute extension
de l'Etat minimal par le financement obligatoire de
services dont certains ne veulent pas serait illégitime
car nécessiterait l'usage de la force. Nozick,
c'était le côté "plein" de l'univers,
celui de l'épanouissement personnel par la
minimisation de la violence de l'Etat.
De l'autre côté, avec Bourdieu, nous
avons une science crypto-marxiste, prétentieuse
et verbeuse, parfaitement adaptée aux fabriques
de politiciens, sciences-po, ENA, et autres panthéons
de la critique du capitalisme (école supérieure
de journalisme de Paris) et marchepieds vers le pouvoir.
L'oeuvre de Bourdieu, hypercritique, traquant les
rapports de domination et expliquant les mécanismes
de leur reproduction a débouché sur
une théorisation de la pratique du "mouvement
social" comme un moyen, pour les dominés, éclairés
par un bon guide (Lui), de se "libérer". Le
verbiage bourdivin a dégénéré
en un soutien "théorique et pratique" aux grandes
grèves et manifestations "prolétariennes"
qui existent encore parfois en France (celles des
routiers, des chômeurs, des "exclus" en tous
genres...).
En voulant croire que les gémissements des
victimes de l'Etat-providence en faillite étaient
autant de signes de l'Histoire annonçant la
fin du capitalisme, ou du moins sa nocivité,
Bourdieu a simplement pris ses désirs pour
des réalités. Enrober la contestation
et la "misère du monde" dans le verbiage de
la révolution permanente contre "la dictature
du marché" et se mettre soi-même en avant
pour révéler le Sens de l'Histoire,
c'était l'opportunisme et le charlatanisme
incarnés en une seule personne.
Après avoir élaboré "une version
distinguée du marxisme", Bourdieu a trouvé
le temps long et s'est jeté lui-même
dans la bataille en participant aux manifestations
et en théorisant "le mouvement social". Il
a fondé une collection de petits ouvrages militants
(Liber raisons d'agir) qui devaient servir de bréviaires
à la classe des intellectuels, elle-même
ayant pour mission de guider et d'éclairer
les "prolétaires".
Dans un recueil de textes intitulé "contre-feux"
et sous-titré "Propos pour servir à
la résistance contre l'invasion néo-libérale",
Bourdieu démontre son ignorance totale et volontaire
de l'aspect éthique du libéralisme,
tel que Nozick, Rothbard ou Pascal Salin, en France,
l'ont justifié. Selon Bourdieu, et l'intelligentsia
française, le libéralisme est impossible
sans la complicité de l'Etat et du pouvoir
politique. C'est le mythe du complot capitaliste qui
renaît sous une forme plus digeste que celle
du marxisme vulgaire. Mais au delà de tout
ce gâchis de mots consacré à l'analyse
des rapports sociaux, on peut retenir que la solution
de Bourdieu est dans l'Etat, un autre Etat, qui ne
serait plus complice des financiers et des capitalistes.
Ainsi écrit-il, "une des raisons majeures du
désespoir de tous ces gens tient au fait que
l'Etat s'est retiré, ou est en train de se
retirer, d'un certain nombre de secteurs de la vie
social qui lui incombaient et dont il avait la charge:
le logement public, la télévision et
la radio publique, les hôpitaux publics etc."
(p.10). Bourdieu n'était pas pour le statu
quo, il était contre le capitalisme, il diabolisait
le "néo-libéralisme", notion inventée
à l'usage des militants trop bêtes pour
réfléchir. Quelle société
désirait Bourdieu ? Eh bien vous ne le saurez
jamais. Disons qu'elle aurait comme un petit goût
de paradis. Un paradis où toute "domination"
serait abolie. Cela nécessiterait juste un
peu de contrainte, pour forcer l'Histoire. La chute
du mur de Berlin n'était, pour Bourdieu, qu'une
simple...vue de l'esprit.
C'était le côté "vide" de l'univers.
Marc
Grunert
******************************************************************************
|
|