Le 30 juin 2001

 

 

 

Que faire pour arriver à vendre les idées libérales?

par Kendra Okonski

 

 

Tant les libertariens que les écologistes ont commencé en même temps comme des mouvements marginaux au début des années 1970.

Trente ans plus tard, les écolos ont gagné. A chaque grand sommet international ils déploient leur savoir faire en matière d'organisation de manifestations. Ils captent l'attention des médias. Ils font trembler les grands de ce monde. Pourquoi cette différence ?

Pourquoi les libéraux, intellectuels et activistes, éprouvent-ils encore tant de difficultés à faire passer leurs idées ? Y a-t-il des recettes à apprendre de l'action de nos adversaires ?

Les réflexions qui suivent émanent d'une jeune activiste libertarienne, Kendra Okonski, assistante de recherche au Center for a Competitive Economy de Fred Smith. Elle a participé à la création d'un mouvement qui profite des grands happenings anti-mondialisation pour y organiser des contre-manifestations en faveur du libre-échange. Elle nous montre ce qui se cache derrière les grands mouvements anti-mondialisation, ainsi que les leçons que les libéraux pourraient peut-être en tirer pour obtenir sur l'opinion une action plus efficace.

Une première traduction de ce texte a déjà été diffusée par le canal de la liste "les libertariens". Elle a suscité un important courrier. Vous pouvez retrouver ce dialogue en vous y abonnant par l'envoi du message suivant : les-libertariens-subscribe@egroups.com

*****************************************************************************************************

Une nouvelle approche en matière de présentation des idées libertariennes est nécessaire pour faire face au developpement du mouvement anti-mondialisation, lequel apparait de plus en plus comme une force politique active, crédible et efficace.

Ce mouvement a subi une longue phase de maturation et bénéficié de facteurs divers : par exemple l'essor des nouvelles technologies de l'information et des communications, la chute du communisme dans la plupart des pays, l'ouverture des marchés financiers, mais aussi l'accumulation de richesses par des individus qui culpabilisent devant leur propre enrichissement et essaient de se racheter en finançant des mouvements dont le but est de détruire le systeme qui les a enrichis.

Pour l'observateur exterieur, le mouvement anti-mondialisation apparaît comme un monde bien embrouillé . Il consiste en réalite en une étrange coalition de groupes souvent antagonistes. Son étendue est très large. Cela va des syndicats aux intégristes religieux, en passant par des mouvements dits féministes, des défenseurs des droits de l'homme, des écologistes, des "anarchistes", des protectionnistes conservateurs, etc... Leur point commun est de prendre position sur des problèmes de société qui emportent généralement l'adhésion des bourgeoisies européenne et américaine, que ce soit en matière de biodiversité, de protection de l'environnement, de clauses sociales, de surpopulation, les craintes concernant l'application des technologies nouvelles, l'anti-racisme, et tutti quanti.

La vérité sur le mouvement anti-mondialisation

Les anti-mondialisation se servent souvent de porte-parole du tiers-monde tels que Vandana Shiva, un riche universitaire Indie, vieux militant de la lutte contre les biotechnologies. Sont aussi requisitionnés à leur service nombre d'individus des pays pauvres, dont le point commun est l'opposition au développement technologique, à l'ouverture des frontières, au changement en général. Ces gens jouent directement du complexe de culpabilité des riches occidentaux. Pourtant il suffit de demander à n'importe quelle victime du tremblement de terre en Inde de janvier dernier s'il est opposé aux constructions modernes anti-sismiques, à l'électricité, à l'Internet ou à la médecine occidentale, et immédiatement l'image donnée par les anti-mondialisations se brouille.

Ces militants de l'enfermement ont transformé leurs mots d'ordre en une forme d'art de la protestation. Pourquoi participer à un projet constructif quand il est possible de manifester pour une satisfaction immédiate, et tout particulierement si l'on se trouve être un étudiant à la recherche d'une cause à épouser ? Ces militants ont rendu aux manifestations la crédibilité qu'elles avaient perdu.

D'une certaine manière le mouvement rejoue les heures glorieuses des manifestations contre la guerre au Vietnam. Merritt College et New College (en Californie, comme il se doit) ont créé des cours de militantisme anti-mondialisation. La Ruckus Society, financée par le magnat des medias Ted Turner, forme les jeunes à la désobeissance civile. Parmi les savoirs inculqués dans ses cours, on compte l'art du discour improvisé, les techniques de sit-in, la construction de pantins bouc-émissaires, l'accrochages de calicots sur les ponts et édifices publics, les astuces pour éviter les arrestations, l'art et la manière de s'adresser aux media.

L'activisme des anti-mondialisation est, pour une large part, facilité par l'action des groupes d'intérêts publics reconnus que sont les ONG (Organisations Non Gouvernementales). Depuis ces dernières années, celles-ci se sont imposées dans l'arène politique internationale : elles participent aux conférences des Nations Unies et aux négociations internationales avec un statut d'observateur. Leur pouvoir de lobbying et d'influence sur les délégues nationaux qui ont le droit de vote est aujourd'hui considérable. Les observateurs des ONG sont, à chaque conférence, souvent plus nombreux que les pauvres délégués représentant les pays pauvres. Ces observateurs viennent en majeure partie des pays industrialisés, là où leur action" philanthropique " trouve un soutien financier, alors que les pays pauvres ne peuvent pas se permettre d'envoyer le moindre observateur, ce qui reste un luxe de pays riches.

Les raisons de leur succès

Les ONG ont aussi pénétré le monde des firmes multinationales. Elles ont débuté cet assaut par l'attaque d'entreprises transnationales qu'elles accusent de mettre en péril l'environnement, de favoriser le " dumping social ", et de ne pas respecter les droits de l'homme. Ensuite elles menacent ces entreprises en leur demandant de verser une rançon pour leurs méfaits. Un arrangement est trouvé qui se traduit alors par le versement d'un financement substantiel au profit de la cause anti-mondialisation. Le mouvement mondial des ONG est ainsi financé essentiellement par les fondations américaines, les gouvernements européens et quelques très riches personnalités.

Le mouvement peut mobiliser ses ressources humaines et financières pour les affecter n'importe où dans le monde : que ce soit à l'occasion de la négociation d'un traité international, d'une réunion des 500 plus grandes fortunes mondiales, ou encore pour bloquer le transport d'organismes génétiquement modifiés.

A aucun moment les membres de ces groupes ne rejettent cependant pour eux l'utilisation des technologies qu'ils veulent bannir du reste du monde. Leurs sites internet sont realisés par des concepteurs hors pairs, ils utilisent des téléphones portables, portent des chaussures estampillées Nike et prennent le temps d'un café chez Starbucks.

Ce qui est certainement le plus impressionnant pour l'observateur non informé est la jeunesse de ces militants sont jeunes qui s'inquiètent ostensiblement de l'avenir de la planète. Un nombre important d'étudiants s'est mobilisé pour la réunion contre le réchauffement de la planète organisé par l'ONU à La Haye en novembre 2000. Ce qui comptait n'était pas tant de savoir quelle organisation internationale se réunissait mais la certitude de pouvoir organiser une fête protestataire. Des groupes tels "Students United Against Sweatshops ", " Students for a FreeTibet " ou encore "cooltheplanet.org" usent et abusent de ce caractère festif et jeune pour capter dans leurs filets les esprits les plus faciles à impressionner, et ainsi élargir l'évantail de leurs happenings politiques.

Les mouvements écologistes diffusent des tracts où l'image occupe une place essentielle afin de mobiliser les émotions. Ces tracts aux couleurs très techno, diffusés sur les campus du monde entier, captent efficacement l'attention d'une génération dont la réceptivité a été fâcheusement dénaturée par l'habitude de regarder MTV ou CNN.

Avril 2001a marqué le premier anniversaire des manifestations contre le FMI et la Banque Mondiale à Washington, où je vis et travaille. Il me parait évident, après avoir parlé avec ces manifestants, mais aussi ceux de Seattle, que s'ils comprennent à peu près la signification des acronymes FMI et OMC, il n'en va pas tout à fait de même pour leur fonctionnement.

Savoir mobiliser les émotions par l'image

L'hypocrisie reste le sentiment le mieux partagé parmi eux. Ils sont engagés dans une nouvelle forme d'impérialisme politique visant en réalité à contrer l'initiative de ceux qui, dans les pays pauvres, cherchent à se sortir autant que possible du sous-développement. Dans le même temps ils critiquent la liberté du commerce et des échanges internationaux parce qu'ils y voient un instrument de désintégration des modes de vie locaux. Mais la plupart d'entre eux n'ont jamais connu la pauvreté. Ils ne font que développer un nouvelle forme de romantisme autour des modes de vie misérables des démunis du tiers-monde.

Le fondateur du " Liberty Institute ", Barun Mitra, un collègue et ami Indien,a participé aux manifestations de Seattle au titre d'observateur libertarien. Il a été particulièrement frappé par l'ironie du spectacle d'un jeune en Nike fracassant la vitrine d'un magasin d'articles de sport, Nike justement. Comme a Seattle, les " contre-forum " de Washington, de Londres, Melbourne, Prague, battirent le rappel des médias, particulierement friands de ce genre de spectacle . Dans son éditorial du 28 septembre 2000, le Wall Street Journal Europe évoque en ces termes les violentes échauffourees contre la Banque Mondiale et le FMI a Prague : " Aujourd'hui les manifestants veulent combattre la mondialisation, quoique cela puisse signifier pour eux … Alors qu'ils veulent être pris au serieux, ils n'ont rien à dire. Ils veulent " écraser le FMI ! " mais sont bien en mal de dire pourquoi …Les véritables victimes sont les Tchèques. Ils voulaient que tout se passe dans le calme … le pire est advenu. La police praguoise a du contenir une bande de manifestants très agressifs et la réputation de la ville en a souffert. Dans quelques jours les anti-mondialisation retourneront chez eux, alors les Praguois devront laver et réparer les dégâts tout en se demandant pourquoi les jeunes bourgeois occidentaux sont si remontés contre le capitalisme mondial. ".

Evidemment les Libertariens adhèrent en partie à cerains éléments des argumentaires developpés contre la Banque mondiale, le FMI et l'OMC. Mais en aucun cas nous ne reprenons à notre compte la haine du libre échange, de la technologie, de la prosperité, tout spécialement pour ces peuples vivant dans un univers où la création de richesses reste un impératif vital pour échapper enfin à une vie d'harassant labeur.

Le fossé philosophique qui sépare les Libertariens des autres mouvements politiques est particulièrement large. Ceux qui ne se réclament pas de nos principes croient que l'outil politique peut être utilisé pour contrôler les individus et la société afin d'oeuvrer à un monde meilleur - une conception que l'on pourrait qualifier de " suprême arrogance ", selon le terme utilisé par Hayek.

Une vision différente de l'homme, de la sociéte et du bonheur ont creusé ce fossé. Mais le fait que nous devions aujourd'hui encore expliquer et faire accepter les bases du libéralisme démontre que nous n'avons pas été capableé de transmettre notre message, ou que celui-ci n'interpelle pas suffisamment le citoyen lambda.

Nous sommes très fiers de la logique de notre système de pensée et de sa résistance à la réfutation, pourtant notre message reste confidentiel car son emballage n'est pas assez séduisant.

Nous n'avons pas investi le terrain de la créativité pour habiller nos idées de manière a les propager dans certains cercles où la forme importe souvent plus que le fond.. Nous avons le tort de ne pas aller à la rencontre d'un auditoire différent de notre " clientèle habituelle ". Nous reculons devant d'autres publics qui rejettent notre approche à cause de sa forme. C'est à nous de savoir nous adapter afin de propager notre message à des cercles élargis.

L'impératif de la créativité

Lors de ces manifestations d'avril à Washington, j'ai sérieusement réfléchi aux moyens de diffuser efficacement les idées libertariennes. La gageure est de permettre à nos vues de devenir dominantes en matière politique, economique, sociétale et culturelle.

Mais, pour cela, comment obtenir l'attention des médias ? Quel doit être notre stratégie afin de rendre notre philosophie populaire ?

Notre profonde opposition aux anti-mondialisation ne signifie pas que nous devions rejeter leurs tactiques. Comme le mentionne Randal O'Toole, tant les libertariens que les écologistes ont débuté ensemble comme des mouvements politiques marginaux dans les années 70. Dès le début les libertariens ont perdu et les écolos ont gagné, car ces derniers ont été capable de faire usage de toute une panoplie de méthodes et d'artifices pour personnaliser leurs messages : lobbying, manifestations, pétitions, campagnes de publicité, utilisation de témoignages de victimes exemplaires, théâtres de rue, réunions de protestation, prises de parole intempestives, utilisation de slogans spirituels, procès judiciaires au titre de partie civile, coalitions d'intérêts …

Aujourd'hui encore, les ONG de défense de l'environnement, qui ont repris le flambeau de l'anti-mondialisation, continuent de faire usage de ces méthodes de communication. Elles recourent a l'Internet pour créer des sites particulièrement attractifs, utilisent largement les médias populaires pour de pleines pages de propagande.

Les anti-mondialisation ont su s'implanter dans l'arêne politique internationale en tant qu'ONG. A ce titre ils assistent aux réunions des Nations Unies pour la ratification de traités internationaux. Ils sont présents lors des assemblées générales des plus grandes multinationales. Ils ont su s'allier les mouvements religieux, les associations de défense des droits de l'homme, les syndicats et les anarcho-communistes.

Cette approche multi-niveaux leur permet de faire du mouvement anti-mondialisation une force politique qui compte.

Que les libertariens soient des intellectuels ne les dispense pas de trouver les moyens d'en faire autant pour mieux diffuser leur message. Par exemple, aucune campagne de masse (à ma connaissance) n'a été lancée afin de créer des structures libertariennes sur tous les campus universitaires. Quelques efforts ont été entrepris : " Restoration Magazine ", hébergé à l'Université de Hillsdale de 1997 a 2000, a mis en place un réseau d'étudiants libertariens. Le parti libertarien et quelques étudiants ont obtenu de très bons résultats sur quelques universités. Pour autant aucune stratégie d'ensemble n'a été menée pour couvrir tout le terrain étudiant.

Nos adversaires gagnent le plus souvent grâce à leurs capacités de communication. Ils savent mobiliser des personnalites populaires auprès des étudiants. Ils adaptent leur message en transformant les problèmes évoqués en questions personnelles qui font appel aux émotions.

A l'Université de Floride, en octobre 2000, le candidat libertarien à la vice-presidence américaine, Art Olivier, parvint à mobiliser un auditoire important. Cependant il ne leur delivra qu'un discours de campagne appris par coeur et éprouva des difficultes à répondre à des questions qu'il n'avait pas préparées. En tant qu'orateur libertarien il n'a pas été capable de faire passer le message voulu dans la mesure où les auditeurs n'ont pas entendu des idées qu'ils pouvaient comprendre ou qui les concernaient directement.

Dans le même temps, le parti des Verts a réussi son pari auprès des jeunes. J'ai assisté à une réunion des Verts à Washington avant les presidentielles.12 000 personnes, en majorité de moins de 30 ans, avaient répondu présent au rendez-vous de Ralph Nader. Le parti des Verts avait choisi de s'adresser tout spécialement aux étudiants et recourait surtout à de jeunes bénévoles. Leur message est séduisant car il est question de faire de la politique autrement, sans étroitesse d'esprit, et en affichant une image" branchée ". En conséquence il y était du plus haut chic pour les jeunes d'arborer un vert et blanc " Nader/La Duke " sur la vitre arrière de son automobile.

L'art de la communication

Là où nous sommes doublement perdants, c'est que nous n'avons pas su séduire les jeunes dont un grand nombre, parmi les partisans de Nader, partagent en réalité un fond libertarien. Pour eux les Republicains et les Democrates sont du pareil au même. Ils n'ont que mépris pour le système de l'Etat-Providence et la guerre contre la drogue.

Les Libertariens n'ont pas encore acquis le savoir faire nécessaire pour mettre les jeunes de leur côté. Les étudiants sont souvent attirés par les questions idéologiques. Peut être parce qu'ils n'ont été que fraîchement confrontés a des idées dont la vocation est de contribuer à expliquer le fonctionnement du monde, et qu'ils n'ont que peu a perdre à adopter des positions idéologiques marquées. Les Libertariens devraient tirer avantage de cette inclination comme l'ont fait les Verts.

Les Libertariens doivent adopter une stratégie politique visant a utiliser une rhétorique capable de convaincre largement. Dans ce qui suit un certain nombre de suggestions sont proposées pour atteindre cet objectif :

Nouer des alliances .

Souvent nous nous focalisons sur des points particuliers sur lesquels il est possible d'avoir un fort impact. Sur ces points là il est possible de nouer des alliances tactiques tant à droite qu'à gauche, quand cela coïncide avec des préoccupations qui sont les leurs. C'est le cas notamment pour ce qui concerne la dépénalisation des drogues, l'immigration, les subventions, les droits civiques, la tolérance en matière de religion, la paix, le droit à la légitime défense…

Nous devons bien commencer quelque part afin de convaincre ceux qui ne sont pas encore dans notre camp. A notre contact ils auront la possibilite decomprendre que la liberté individuelle implique la liberté économique et vice versa.

Fonctionner en réseau

Pendant trop longtemps nos adversaires ont eu cet avantage sur nous de bénéficier de réseaux efficaces. Ils s'adaptent aux circonstances, ils ont chacun leur specialité. Où que l'action aie lieu, ils n'hésitent pas a se déplacer en masse pour se faire entendre. Ils sont capables de s'organiser et de réaliser des actions efficaces car ils savent se spécialiser et travailler ensemble à distance en utilisant les facilités du réseau Internet.

Anticiper

Le camp d'en face sait se préparer à l'avance afin de réagir aux événements. Au lieu, comme nous, d'adopter une éternelle position défensive, il sait s'organiser, ce qui lui permet de passer à l'offensive. Prévoir les événements et, en fonction de ceux-ci, déterminer une stratégie précise et longuement murie devrait nous offrir la possibilite de partir à l'attaque avec une longueur d'avance.

Financer les activites libertariennes

Nos adversaires sont des militants gauchistes dont le mouvement prend souvent la forme d'ONG, en conséquence de quoi leurs moyens financiers sont autrement plus abondants que les nôtres. A partir de cette manne, ils peuvent s'engager pleinement dans la préparation bien en amont des actions à mettre en place. Ils peuvent créer des sites web exceptionnels, disposer des moyens techniques, d'infrastructures à la hauteur d'un véritable mouvement politique. Ce sont des militants professionnels dont les dirigeants sont jeunes.

Les Libertariens doivent se décider à financer un mouvement de cet ampleur et former des leaders.

Communiquer de maniere efficace

C'est certainement le point le plus important : nous devons acquérir une rhétorique destinée à humaniser nos idées afin de se défaire de leur caractère trop abstrait, et ainsi mieux les faire passer auprès de tous les publics. Il s'agit également de les rendre séduisantes aux plus jeunes.

Pour y arriver nous devons avoir la volonté de les présenter de maniere créative et originale. Le " Competitive Entreprise Institute " est le premier organisme libertarien à avoir réellement adopté une telle stratégie pédagogique pour la promotion des idées libérales.

Ainsi que l'a écrit Fred Smith, nous ne devons pas trop compter sur la victoire de la bonne foi sur la mauvaise foi. La bonne foi n'est pas suffisante, nous devons aussi plaire, seduire, captiver. L'enjeu en vaut la peine mais pour réussir nous devrons nous préparer pour une lutte de longue haleine et accepter de prendre en cours de chemin quelques bons coups dans la gueule sans jamais pour autant baisser les bras.

La communication libertarienne

Il est fondamental de mettre au point une rhétorique qui nous permette de mieux " vendre " nos idées. Je pense qu’il importe d’adapter la culture et les valeurs contemporaines à des idées qui ont prouvé leur pertinence. Le Libertarianisme sonne faux pour une nouvelle génération qui, d’un côté méprise la politique et les politiciens, mais qui, d’un autre côté, est convaincue que l’Etat marche à condition qu’il soit administré par les bonnes personnes. Cette génération est victime du systéme éducatif qui leur a appris à admirer l’Etat mais jamais à le craindre.

Un élément important de notre rhétorique commence par la manière dont nous nous présentons nous-mêmes. Nos adversaires remportent des succès en faisant vibrer la corde sensible, utilisant des arguments capables d’émouvoir et obligeant à se poser cette question : " comment ne pourrais-je pas soutenir tel programme destiné à rendre le monde un peu plus juste ? ". Sauver les baleines, vacciner les enfants défavorisés, nourrir ceux qui ont faim, qui pourrait s’opposer à de tels projets ? Le défi auquel nous sommes confrontés est de démontrer que nous aussi nous en préoccupons , que nous pouvons être Libertariens tout en partageant des préoccupations humanitaires.

Bien qu’un Libertarien éprouve instinctivement de grandes difficultés à formuler le problème en de tels termes, nous devons trouver le moyen
de changer la présentation de nos thèses pour en appeler au coeur.
Les Libertariens agissent souvent comme si il suffisait que les gens
reçoivent la bonne information pour qu’ils reconsidèrent leur position. Mais pour devenir véritablement efficaces, je pense que nous devons nous adresser non seulement au cerveau mais aussi aux émotions : nous devons rendre les coeurs perméables a nos paroles.
Randall O’Toole observe que les Verts sont très forts dans ce domaine, ils ont accompli la prouesse d'humaniser des idées a priori rebarbatives.

Cette nouvelle approche est à la portée de tous, car je ne crois pas qu'il faille nécessairement être un intellectuel pour faire un bonLibertarien. Pour que tous puissent être seduits par nos idées, nous devons
être en mesure d’expliquer pourquoi l’Etat ne peut qu'échouer en matière de protection de l’environnement, de réponse a la pauvreté... bref pourquoi l’Etat est incapable de rendre la societe plus juste.

Bien sûr nous pensons que la liberté est bonne en elle-même.Mais, pour ceux qui ne sont pas motivés par la recherche de la liberté, il faut leur prouver que la liberté est le meilleur moyen d’atteindre les fins qu’ils se sont donnés et de répondre à leurs preoccupations. Alors, seulement, nous pourrons démontrer pourquoi la liberté est un impératif moral, et donc pourquoi les solutions que proposent les Libertariens sont nécessairement meilleures que les solutions étatiques en matière d’environnement, de droits civiques, ou encore d'amélioration du sort des plus pauvres.

Une partie de notre communication doit être consacrée à discrediter les positions de nos adversaires. Mais attention, ils detiennent toujours une grande superiorité dès lors qu'il s'agit de s'organiser ou de recourir aux meilleurs spécialistes dans tous les domaines.

Les cadres dirigeants du mouvement contre la mondialisation savent transmettre leur creativite et leur enthousiasme à leurs militants. Ils leur donnent les moyens de concevoir des slogans, monter des spectacles.

Mon experience m'a appris toutefois qu'il est possible pour un groupe de
Libertariens de se montrer aussi creatifs quand la situation l’impose.

Le succès de notre strategie repose aussi sur la capacité de casser le
positionnement de nos adversaires tout simplement en faisant apparaître l’hypocrisie morale de ces activistes qui n’en restent pas moins des politiques très engagés àgauche.

Nous devons enfin nous montrer particulièrement actifs auprès de ces jeunes qui se méfient instinctivement de ceux qui les gouvernent et de la politique. Ils n'en deviendront pas nécessairement Libertariens et peut-être ne le deviendront-ils jamais tout simplement parcequ'ils se méfient des arguments purement intellectuels. Savoir adapter notre discours à leurs mentalité de manière à nous faire mieux comprendre d'eux permettrait de renforcer notre mouvement avec une base de jeunes militants dont la qualité est d'être généralement extrêmement créatifs et de savoir communiquer. Ce défi doit donc être considéré comme prioritaire.

Les actions de CounterProtest, au cours de l'été dernier, sont restées trop confidentielles, et elles me font mieux comprendre nos limites : nous sommes confrontés à des adversaires pour qui les problèmes de financement n’existent pas, et qui sont passés maîtres dans
l’art de véhiculer des signaux émotionnels auxquels les medias s'empressent de faire résonnance.

Nous commencons seulement a comprendre comment frabriquer des
messages à la manière des militants de la cause anti-mondialisation. La question maintenant est de savoir comment leur conférer le même contenu émotionnel. Mais si nous leur laissons le monopole de la couverture mediatique, nous resteront condamnés à ne jamais exister.

Si nous voulons avoir une chance de gagner le débat politique, si nous voulons que nos idées sortent de l'univers étroit des bouquins pour passer à l'action, nous devons impérativement accepter de revoir la forme de notre message. Celui-ci doit pouvoir descendre dans la rue. Nous devons investir le terrain moral et y affronter nos adversaires. Nous devons pouvoir faire la preuveéde leur tartufferie et demontrer pourquoi nos solutions sont les mieux adaptées aux buts qu’ils affichent. Nous devons accepter de monter des coalitions et des alliances politiques avec ceux-la mêmes que, souvent, nous détestons. Nous avons besoin d’acquerir une aura de crédibilité en tant que force sociétale, culturelle et intellectuelle, et pas seulement comme un obscur mouvement politique connu, par exemple, pour militer en faveur de libéralisation de la législation contre l'usage des drogues.

Il faut copier les tactiques de nos adversaires, adapter nos messages
à leurs points de vue. " Faire descendre nos idées dans la rue " n’est pas une mince affaire. Il est certainement vrai que pour comprendre complètement la vision libertarienne il faut du temps, et que cela ne vient généralement qu'après avoir réussi à se débarrasser de maints préjugés concernant la nature des relations humaines en societe. Mais nous devons commençer par expérimenter ce que nous avons appris de nos erreurs et tirer avantage de toutes les opportunités qui se présentent pour casser la pensée unique.

Si nos idées n'ont aucune chance d'être acceptées par le plus grand nombre, ou, plutôt, si nous ne ne nous donnons pas les moyens pour qu'il en soit ainsi, à quoi alors cela sert-il de continuer à les défendre ?

*******************************************************************************************************