| Tant
les libertariens que les écologistes ont commencé en
même temps comme des mouvements marginaux au début des
années 1970.
Trente
ans plus tard, les écolos ont gagné. A chaque grand
sommet international ils déploient leur savoir faire
en matière d'organisation de manifestations. Ils captent
l'attention des médias. Ils font trembler les grands
de ce monde. Pourquoi cette différence ?
Pourquoi
les libéraux, intellectuels et activistes, éprouvent-ils
encore tant de difficultés à faire passer leurs idées
? Y a-t-il des recettes à apprendre de l'action de
nos adversaires ?
Les
réflexions qui suivent émanent d'une jeune activiste
libertarienne, Kendra Okonski, assistante de recherche
au Center
for a Competitive Economy de Fred
Smith. Elle a participé à la création d'un
mouvement qui profite des grands happenings anti-mondialisation
pour y organiser des contre-manifestations en faveur
du libre-échange. Elle nous montre ce qui se cache
derrière les grands mouvements anti-mondialisation,
ainsi que les leçons que les libéraux pourraient peut-être
en tirer pour obtenir sur l'opinion une action plus
efficace.
Une
première traduction de ce texte a déjà
été diffusée par le canal de
la liste "les libertariens". Elle a suscité
un important courrier. Vous pouvez retrouver ce dialogue
en vous y abonnant par l'envoi du message suivant
: les-libertariens-subscribe@egroups.com
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Une
nouvelle approche en matière de présentation des idées
libertariennes est nécessaire pour faire face au developpement
du mouvement anti-mondialisation, lequel apparait
de plus en plus comme une force politique active,
crédible et efficace.
Ce
mouvement a subi une longue phase de maturation et
bénéficié de facteurs divers
: par exemple l'essor des nouvelles technologies de
l'information et des communications, la chute du communisme
dans la plupart des pays, l'ouverture des marchés
financiers, mais aussi l'accumulation de richesses
par des individus qui culpabilisent devant leur propre
enrichissement et essaient de se racheter en finançant
des mouvements dont le but est de détruire le systeme
qui les a enrichis.
Pour l'observateur exterieur, le mouvement anti-mondialisation
apparaît comme un monde bien embrouillé . Il
consiste en réalite en une étrange coalition de groupes
souvent antagonistes. Son étendue est très
large. Cela va des syndicats aux intégristes religieux,
en passant par des mouvements dits féministes, des
défenseurs des droits de l'homme, des écologistes,
des "anarchistes", des protectionnistes conservateurs,
etc... Leur point commun est de prendre position sur
des problèmes de société qui emportent généralement
l'adhésion des bourgeoisies européenne et américaine,
que ce soit en matière de biodiversité, de
protection de l'environnement, de clauses sociales,
de surpopulation, les craintes concernant l'application
des technologies nouvelles, l'anti-racisme, et tutti
quanti.
La
vérité sur le mouvement anti-mondialisation
Les
anti-mondialisation se servent souvent de porte-parole
du tiers-monde tels que Vandana Shiva, un riche universitaire
Indie, vieux militant de la lutte contre les biotechnologies.
Sont aussi requisitionnés à leur service nombre
d'individus des pays pauvres, dont le point commun
est l'opposition au développement technologique, à
l'ouverture des frontières, au changement en général.
Ces gens jouent directement du complexe de culpabilité
des riches occidentaux. Pourtant il suffit de demander
à n'importe quelle victime du tremblement de terre
en Inde de janvier dernier s'il est opposé aux constructions
modernes anti-sismiques, à l'électricité, à l'Internet
ou à la médecine occidentale, et immédiatement
l'image donnée par les anti-mondialisations se brouille.
Ces
militants de l'enfermement ont transformé leurs mots
d'ordre en une forme d'art de la protestation. Pourquoi
participer à un projet constructif quand il est possible
de manifester pour une satisfaction immédiate, et
tout particulierement si l'on se trouve être un étudiant
à la recherche d'une cause à épouser ? Ces militants
ont rendu aux manifestations la crédibilité qu'elles
avaient perdu.
D'une
certaine manière le mouvement rejoue les heures glorieuses
des manifestations contre la guerre au Vietnam. Merritt
College et New College (en Californie, comme il se
doit) ont créé des cours de militantisme anti-mondialisation.
La Ruckus Society, financée par le magnat des medias
Ted Turner, forme les jeunes à la désobeissance
civile. Parmi les savoirs inculqués dans ses cours,
on compte l'art du discour improvisé, les techniques
de sit-in, la construction de pantins bouc-émissaires,
l'accrochages de calicots sur les ponts et édifices
publics, les astuces pour éviter les arrestations,
l'art et la manière de s'adresser aux media.
L'activisme
des anti-mondialisation est, pour une large part,
facilité par l'action des groupes d'intérêts publics
reconnus que sont les ONG (Organisations Non Gouvernementales).
Depuis ces dernières années, celles-ci se sont imposées
dans l'arène politique internationale : elles participent
aux conférences des Nations Unies et aux négociations
internationales avec un statut d'observateur. Leur
pouvoir de lobbying et d'influence sur les délégues
nationaux qui ont le droit de vote est aujourd'hui
considérable. Les observateurs des ONG sont, à chaque
conférence, souvent plus nombreux que les pauvres
délégués représentant les pays pauvres. Ces
observateurs viennent en majeure partie des pays industrialisés,
là où leur action" philanthropique " trouve un soutien
financier, alors que les pays pauvres ne peuvent pas
se permettre d'envoyer le moindre observateur, ce
qui reste un luxe de pays riches.
Les
raisons de leur succès
Les
ONG ont aussi pénétré le monde des firmes multinationales.
Elles ont débuté cet assaut par l'attaque
d'entreprises transnationales qu'elles accusent de
mettre en péril l'environnement, de favoriser le "
dumping social ", et de ne pas respecter les droits
de l'homme. Ensuite elles menacent ces entreprises
en leur demandant de verser une rançon pour leurs
méfaits. Un arrangement est trouvé qui se traduit
alors par le versement d'un financement substantiel
au profit de la cause anti-mondialisation. Le mouvement
mondial des ONG est ainsi financé essentiellement
par les fondations américaines, les gouvernements
européens et quelques très riches personnalités.
Le
mouvement peut mobiliser ses ressources humaines et
financières pour les affecter n'importe où dans le
monde : que ce soit à l'occasion de la négociation
d'un traité international, d'une réunion des 500 plus
grandes fortunes mondiales, ou encore pour bloquer
le transport d'organismes génétiquement modifiés.
A
aucun moment les membres de ces groupes ne rejettent
cependant pour eux l'utilisation des technologies
qu'ils veulent bannir du reste du monde. Leurs sites
internet sont realisés par des concepteurs hors pairs,
ils utilisent des téléphones portables, portent des
chaussures estampillées Nike et prennent le temps
d'un café chez Starbucks.
Ce
qui est certainement le plus impressionnant pour l'observateur
non informé est la jeunesse de ces militants sont
jeunes qui s'inquiètent ostensiblement de l'avenir
de la planète. Un nombre important d'étudiants s'est
mobilisé pour la réunion contre le réchauffement de
la planète organisé par l'ONU à La Haye en novembre
2000. Ce qui comptait n'était pas tant de savoir quelle
organisation internationale se réunissait mais la
certitude de pouvoir organiser une fête protestataire.
Des groupes tels "Students United Against Sweatshops
", " Students for a FreeTibet " ou encore "cooltheplanet.org"
usent et abusent de ce caractère festif et jeune pour
capter dans leurs filets les esprits les plus faciles
à impressionner, et ainsi élargir l'évantail
de leurs happenings politiques.
Les
mouvements écologistes diffusent des tracts où
l'image occupe une place essentielle afin de mobiliser
les émotions. Ces tracts aux couleurs très techno,
diffusés sur les campus du monde entier, captent efficacement
l'attention d'une génération dont la réceptivité a
été fâcheusement dénaturée par
l'habitude de regarder MTV ou CNN.
Avril
2001a marqué le premier anniversaire des manifestations
contre le FMI et la Banque Mondiale à Washington,
où je vis et travaille. Il me parait évident, après
avoir parlé avec ces manifestants, mais aussi ceux
de Seattle, que s'ils comprennent à peu près la signification
des acronymes FMI et OMC, il n'en va pas tout à
fait de même pour leur fonctionnement.
Savoir
mobiliser les émotions par l'image
L'hypocrisie
reste le sentiment le mieux partagé parmi eux. Ils
sont engagés dans une nouvelle forme d'impérialisme
politique visant en réalité à
contrer l'initiative de ceux qui, dans les pays pauvres,
cherchent à se sortir autant que possible du sous-développement.
Dans le même temps ils critiquent la liberté du commerce
et des échanges internationaux parce qu'ils y voient
un instrument de désintégration des
modes de vie locaux. Mais la plupart d'entre eux n'ont
jamais connu la pauvreté. Ils ne font que développer
un nouvelle forme de romantisme autour des modes de
vie misérables des démunis du tiers-monde.
Le
fondateur du " Liberty Institute ", Barun Mitra, un
collègue et ami Indien,a participé aux manifestations
de Seattle au titre d'observateur libertarien. Il
a été particulièrement frappé par l'ironie du spectacle
d'un jeune en Nike fracassant la vitrine d'un magasin
d'articles de sport, Nike justement. Comme a Seattle,
les " contre-forum " de Washington, de Londres, Melbourne,
Prague, battirent le rappel des médias, particulierement
friands de ce genre de spectacle . Dans son éditorial
du 28 septembre 2000, le Wall Street Journal Europe
évoque en ces termes les violentes échauffourees contre
la Banque Mondiale et le FMI a Prague : " Aujourd'hui
les manifestants veulent combattre la mondialisation,
quoique cela puisse signifier pour eux … Alors qu'ils
veulent être pris au serieux, ils n'ont rien à dire.
Ils veulent " écraser le FMI ! " mais sont bien en
mal de dire pourquoi …Les véritables victimes sont
les Tchèques. Ils voulaient que tout se passe dans
le calme … le pire est advenu. La police praguoise
a du contenir une bande de manifestants très agressifs
et la réputation de la ville en a souffert. Dans quelques
jours les anti-mondialisation retourneront chez eux,
alors les Praguois devront laver et réparer les dégâts
tout en se demandant pourquoi les jeunes bourgeois
occidentaux sont si remontés contre le capitalisme
mondial. ".
Evidemment
les Libertariens adhèrent en partie à cerains éléments
des argumentaires developpés contre la Banque mondiale,
le FMI et l'OMC. Mais en aucun cas nous ne reprenons
à notre compte la haine du libre échange, de la technologie,
de la prosperité, tout spécialement pour ces peuples
vivant dans un univers où la création de richesses
reste un impératif vital pour échapper enfin
à une vie d'harassant labeur.
Le fossé philosophique qui sépare les Libertariens
des autres mouvements politiques est particulièrement
large. Ceux qui ne se réclament pas de nos principes
croient que l'outil politique peut être utilisé pour
contrôler les individus et la société afin d'oeuvrer
à un monde meilleur - une conception que l'on pourrait
qualifier de " suprême arrogance ", selon le terme
utilisé par Hayek.
Une
vision différente de l'homme, de la sociéte et du
bonheur ont creusé ce fossé. Mais le fait que nous
devions aujourd'hui encore expliquer et faire accepter
les bases du libéralisme démontre que nous
n'avons pas été capableé de transmettre notre message,
ou que celui-ci n'interpelle pas suffisamment le citoyen
lambda.
Nous sommes très fiers de la logique de notre système
de pensée et de sa résistance à la réfutation, pourtant
notre message reste confidentiel car son emballage
n'est pas assez séduisant.
Nous
n'avons pas investi le terrain de la créativité pour
habiller nos idées de manière a les propager dans
certains cercles où la forme importe souvent plus
que le fond.. Nous avons le tort de ne pas aller à
la rencontre d'un auditoire différent de notre " clientèle
habituelle ". Nous reculons devant d'autres publics
qui rejettent notre approche à cause de sa forme.
C'est à nous de savoir nous adapter afin de propager
notre message à des cercles élargis.
L'impératif
de la créativité
Lors
de ces manifestations d'avril à Washington, j'ai sérieusement
réfléchi aux moyens de diffuser efficacement les idées
libertariennes. La gageure est de permettre à nos
vues de devenir dominantes en matière politique, economique,
sociétale et culturelle.
Mais,
pour cela, comment obtenir l'attention des médias
? Quel doit être notre stratégie afin de rendre notre
philosophie populaire ?
Notre
profonde opposition aux anti-mondialisation ne signifie
pas que nous devions rejeter leurs tactiques. Comme
le mentionne Randal O'Toole, tant les libertariens
que les écologistes ont débuté ensemble comme des
mouvements politiques marginaux dans les années 70.
Dès le début les libertariens ont perdu et les écolos
ont gagné, car ces derniers ont été capable de faire
usage de toute une panoplie de méthodes et d'artifices
pour personnaliser leurs messages : lobbying, manifestations,
pétitions, campagnes de publicité, utilisation de
témoignages de victimes exemplaires, théâtres de rue,
réunions de protestation, prises de parole intempestives,
utilisation de slogans spirituels, procès judiciaires
au titre de partie civile, coalitions d'intérêts …
Aujourd'hui
encore, les ONG de défense de l'environnement, qui
ont repris le flambeau de l'anti-mondialisation, continuent
de faire usage de ces méthodes de communication. Elles
recourent a l'Internet pour créer des sites particulièrement
attractifs, utilisent largement les médias populaires
pour de pleines pages de propagande.
Les anti-mondialisation ont su s'implanter dans l'arêne
politique internationale en tant qu'ONG. A ce titre
ils assistent aux réunions des Nations Unies pour
la ratification de traités internationaux. Ils sont
présents lors des assemblées générales des plus grandes
multinationales. Ils ont su s'allier les mouvements
religieux, les associations de défense des droits
de l'homme, les syndicats et les anarcho-communistes.
Cette
approche multi-niveaux leur permet de faire du mouvement
anti-mondialisation une force politique qui compte.
Que
les libertariens soient des intellectuels ne les dispense
pas de trouver les moyens d'en faire autant pour mieux
diffuser leur message. Par exemple, aucune campagne
de masse (à ma connaissance) n'a été lancée
afin de créer des structures libertariennes sur tous
les campus universitaires. Quelques efforts ont été
entrepris : " Restoration Magazine ", hébergé à l'Université
de Hillsdale de 1997 a 2000, a mis en place un réseau
d'étudiants libertariens. Le parti libertarien et
quelques étudiants ont obtenu de très bons résultats
sur quelques universités. Pour autant aucune stratégie
d'ensemble n'a été menée pour couvrir tout le terrain
étudiant.
Nos
adversaires gagnent le plus souvent grâce à leurs
capacités de communication. Ils savent mobiliser des
personnalites populaires auprès des étudiants.
Ils adaptent leur message en transformant les problèmes
évoqués en questions personnelles qui font appel aux
émotions.
A l'Université de Floride, en octobre 2000, le candidat
libertarien à la vice-presidence américaine, Art Olivier,
parvint à mobiliser un auditoire important. Cependant
il ne leur delivra qu'un discours de campagne appris
par coeur et éprouva des difficultes à répondre à
des questions qu'il n'avait pas préparées. En tant
qu'orateur libertarien il n'a pas été capable de faire
passer le message voulu dans la mesure où les auditeurs
n'ont pas entendu des idées qu'ils pouvaient comprendre
ou qui les concernaient directement.
Dans
le même temps, le parti des Verts a réussi son pari
auprès des jeunes. J'ai assisté à une réunion des
Verts à Washington avant les presidentielles.12 000
personnes, en majorité de moins de 30 ans, avaient
répondu présent au rendez-vous de Ralph Nader. Le
parti des Verts avait choisi de s'adresser tout spécialement
aux étudiants et recourait surtout à de jeunes bénévoles.
Leur message est séduisant car il est question de
faire de la politique autrement, sans étroitesse d'esprit,
et en affichant une image" branchée ". En conséquence
il y était du plus haut chic pour les jeunes
d'arborer un vert et blanc " Nader/La Duke " sur la
vitre arrière de son automobile.
L'art
de la communication
Là
où nous sommes doublement perdants, c'est que nous
n'avons pas su séduire les jeunes dont un grand nombre,
parmi les partisans de Nader, partagent en réalité
un fond libertarien. Pour eux les Republicains et
les Democrates sont du pareil au même. Ils n'ont que
mépris pour le système de l'Etat-Providence et la
guerre contre la drogue.
Les
Libertariens n'ont pas encore acquis le savoir faire
nécessaire pour mettre les jeunes de leur côté. Les
étudiants sont souvent attirés par les questions idéologiques.
Peut être parce qu'ils n'ont été que fraîchement confrontés
a des idées dont la vocation est de contribuer à expliquer
le fonctionnement du monde, et qu'ils n'ont que peu
a perdre à adopter des positions idéologiques marquées.
Les Libertariens devraient tirer avantage de cette
inclination comme l'ont fait les Verts.
Les
Libertariens doivent adopter une stratégie politique
visant a utiliser une rhétorique capable de convaincre
largement. Dans ce qui suit un certain nombre de suggestions
sont proposées pour atteindre cet objectif :
Nouer
des alliances .
Souvent
nous nous focalisons sur des points particuliers sur
lesquels il est possible d'avoir un fort impact. Sur
ces points là il est possible de nouer des alliances
tactiques tant à droite qu'à gauche, quand cela coïncide
avec des préoccupations qui sont les leurs. C'est
le cas notamment pour ce qui concerne la dépénalisation
des drogues, l'immigration, les subventions, les droits
civiques, la tolérance en matière de religion, la
paix, le droit à la légitime défense…
Nous
devons bien commencer quelque part afin de convaincre
ceux qui ne sont pas encore dans notre camp. A notre
contact ils auront la possibilite decomprendre que
la liberté individuelle implique la liberté économique
et vice versa.
Fonctionner
en réseau
Pendant
trop longtemps nos adversaires ont eu cet avantage
sur nous de bénéficier de réseaux efficaces. Ils s'adaptent
aux circonstances, ils ont chacun leur specialité.
Où que l'action aie lieu, ils n'hésitent pas a se
déplacer en masse pour se faire entendre. Ils sont
capables de s'organiser et de réaliser des actions
efficaces car ils savent se spécialiser et travailler
ensemble à distance en utilisant les facilités du
réseau Internet.
Anticiper
Le
camp d'en face sait se préparer à l'avance afin de
réagir aux événements. Au lieu, comme nous, d'adopter
une éternelle position défensive, il sait s'organiser,
ce qui lui permet de passer à l'offensive. Prévoir
les événements et, en fonction de ceux-ci, déterminer
une stratégie précise et longuement murie devrait
nous offrir la possibilite de partir à l'attaque avec
une longueur d'avance.
Financer
les activites libertariennes
Nos
adversaires sont des militants gauchistes dont le
mouvement prend souvent la forme d'ONG, en conséquence
de quoi leurs moyens financiers sont autrement plus
abondants que les nôtres. A partir de cette manne,
ils peuvent s'engager pleinement dans la préparation
bien en amont des actions à mettre en place. Ils peuvent
créer des sites web exceptionnels, disposer des moyens
techniques, d'infrastructures à la hauteur d'un véritable
mouvement politique. Ce sont des militants professionnels
dont les dirigeants sont jeunes.
Les
Libertariens doivent se décider à financer
un mouvement de cet ampleur et former des leaders.
Communiquer
de maniere efficace
C'est
certainement le point le plus important : nous devons
acquérir une rhétorique destinée à humaniser nos idées
afin de se défaire de leur caractère trop abstrait,
et ainsi mieux les faire passer auprès de tous les
publics. Il s'agit également de les rendre séduisantes
aux plus jeunes.
Pour y arriver nous devons avoir la volonté de les
présenter de maniere créative et originale. Le " Competitive
Entreprise Institute " est le premier organisme libertarien
à avoir réellement adopté une telle stratégie pédagogique
pour la promotion des idées libérales.
Ainsi
que l'a écrit Fred Smith, nous ne devons pas trop
compter sur la victoire de la bonne foi sur la mauvaise
foi. La bonne foi n'est pas suffisante, nous devons
aussi plaire, seduire, captiver. L'enjeu en vaut la
peine mais pour réussir nous devrons nous préparer
pour une lutte de longue haleine et accepter de prendre
en cours de chemin quelques bons coups dans la gueule
sans jamais pour autant baisser les bras.
La
communication libertarienne
Il est fondamental de mettre au point une rhétorique
qui nous permette de mieux " vendre " nos idées.
Je pense qu’il importe d’adapter la culture et les
valeurs contemporaines à des idées qui
ont prouvé leur pertinence. Le Libertarianisme
sonne faux pour une nouvelle génération
qui, d’un côté méprise la politique
et les politiciens, mais qui, d’un autre côté,
est convaincue que l’Etat marche à condition
qu’il soit administré par les bonnes personnes.
Cette génération est victime du systéme
éducatif qui leur a appris à admirer
l’Etat mais jamais à le craindre.
Un
élément important de notre rhétorique
commence par la manière dont nous nous présentons
nous-mêmes. Nos adversaires remportent des succès
en faisant vibrer la corde sensible, utilisant des
arguments capables d’émouvoir et obligeant
à se poser cette question : " comment ne pourrais-je
pas soutenir tel programme destiné à
rendre le monde un peu plus juste ? ". Sauver les
baleines, vacciner les enfants défavorisés,
nourrir ceux qui ont faim, qui pourrait s’opposer
à de tels projets ? Le défi auquel nous
sommes confrontés est de
démontrer que nous aussi nous en préoccupons
, que nous pouvons être Libertariens tout en
partageant des préoccupations humanitaires.
Bien
qu’un Libertarien éprouve instinctivement de
grandes difficultés à formuler le problème
en de tels termes, nous devons trouver le moyen
de changer la présentation de nos thèses
pour en appeler au coeur.
Les Libertariens agissent souvent comme si il suffisait
que les gens
reçoivent la bonne information pour qu’ils
reconsidèrent leur position. Mais pour devenir
véritablement efficaces, je pense que nous
devons nous adresser non seulement au cerveau mais
aussi aux émotions : nous devons rendre les
coeurs perméables a nos paroles. Randall
O’Toole observe que les Verts sont très forts
dans ce domaine, ils ont accompli la prouesse d'humaniser
des idées a priori rebarbatives.
Cette
nouvelle approche est à la portée de
tous, car je ne crois pas qu'il faille nécessairement
être un intellectuel pour faire un bonLibertarien.
Pour que tous puissent être seduits par nos
idées, nous devons
être en mesure d’expliquer pourquoi l’Etat ne
peut qu'échouer en matière de protection
de l’environnement, de réponse a la pauvreté...
bref pourquoi l’Etat est incapable de rendre la societe
plus juste.
Bien
sûr nous pensons que la liberté est bonne
en elle-même.Mais, pour ceux qui ne sont pas
motivés par la recherche de la liberté,
il faut leur prouver que la liberté est le
meilleur moyen d’atteindre les fins qu’ils se sont
donnés et de répondre à leurs
preoccupations. Alors, seulement, nous pourrons démontrer
pourquoi la liberté est un impératif
moral, et donc pourquoi les solutions que proposent
les Libertariens sont nécessairement meilleures
que les solutions étatiques en matière
d’environnement, de droits civiques, ou encore d'amélioration
du sort des plus pauvres.
Une
partie de notre communication doit être consacrée
à discrediter les positions de nos adversaires.
Mais attention, ils detiennent toujours une grande
superiorité dès lors qu'il s'agit de
s'organiser ou de recourir aux meilleurs spécialistes
dans tous les domaines.
Les cadres dirigeants du mouvement contre la mondialisation
savent transmettre leur creativite et leur enthousiasme
à leurs militants. Ils leur donnent les moyens
de concevoir des slogans, monter des spectacles.
Mon
experience m'a appris toutefois qu'il est possible
pour un groupe de
Libertariens de se montrer aussi creatifs quand la
situation l’impose.
Le
succès de notre strategie repose aussi sur
la capacité de casser le
positionnement de nos adversaires tout simplement
en faisant apparaître l’hypocrisie morale de
ces activistes qui n’en restent pas moins des politiques
très engagés àgauche.
Nous
devons enfin nous montrer particulièrement
actifs auprès de ces jeunes qui se méfient
instinctivement de ceux qui les gouvernent et de la
politique. Ils n'en deviendront pas nécessairement
Libertariens et peut-être ne le deviendront-ils
jamais tout simplement parcequ'ils se méfient
des arguments purement intellectuels. Savoir adapter
notre discours à leurs mentalité de
manière à nous faire mieux comprendre
d'eux permettrait de renforcer notre mouvement avec
une base de jeunes militants dont la qualité
est d'être généralement extrêmement
créatifs et de savoir communiquer. Ce
défi doit donc être considéré
comme prioritaire.
Les
actions de CounterProtest, au cours de l'été
dernier, sont restées trop confidentielles,
et elles me font mieux comprendre nos limites : nous
sommes confrontés à des adversaires
pour qui les problèmes de financement n’existent
pas, et qui sont passés maîtres dans
l’art de véhiculer des signaux émotionnels
auxquels les medias s'empressent de faire résonnance.
Nous
commencons seulement a comprendre comment frabriquer
des
messages à la manière des militants
de la cause anti-mondialisation. La question maintenant
est de savoir comment leur conférer le même
contenu émotionnel. Mais si nous leur laissons
le monopole de la couverture mediatique, nous resteront
condamnés à ne jamais exister.
Si
nous voulons avoir une chance de gagner le débat
politique, si nous voulons que nos idées sortent
de l'univers étroit des bouquins pour passer
à l'action, nous devons impérativement
accepter de revoir la forme de notre message. Celui-ci
doit pouvoir descendre dans la rue. Nous devons investir
le terrain moral et y affronter nos adversaires. Nous
devons pouvoir faire la preuveéde leur tartufferie
et demontrer pourquoi nos solutions sont les mieux
adaptées aux buts qu’ils affichent. Nous devons
accepter de monter des coalitions et des alliances
politiques avec ceux-la mêmes que, souvent,
nous détestons. Nous avons besoin d’acquerir
une aura de crédibilité en tant que
force sociétale, culturelle et intellectuelle,
et pas seulement comme un obscur mouvement politique
connu, par exemple, pour militer en faveur de libéralisation
de la législation contre l'usage des drogues.
Il
faut copier les tactiques de nos adversaires, adapter
nos messages
à leurs points de vue. " Faire descendre nos
idées dans la rue " n’est pas une mince affaire.
Il est certainement vrai que pour comprendre complètement
la vision libertarienne il faut du temps, et que cela
ne vient généralement qu'après
avoir réussi à se débarrasser
de maints préjugés concernant la nature
des relations humaines en societe. Mais nous devons
commençer par expérimenter ce que nous
avons appris de nos erreurs et tirer avantage de toutes
les opportunités qui se présentent pour
casser la pensée unique.
Si
nos idées n'ont aucune chance d'être
acceptées par le plus grand nombre, ou, plutôt,
si nous ne ne nous donnons pas les moyens pour qu'il
en soit ainsi, à quoi alors cela sert-il de
continuer à les défendre ?
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