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La
couverture des célèbres "Federalist
Papers".
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Le
Fédéralisme est devenu depuis quelques
temps un sujet à la mode, non seulement à
cause des débats entourant le devenir des institutions
européennes ( Plan Joscka Fischer ), mais aussi,
en ce qui concerne la politique intérieure
Française, en raison de la " question Corse
" et de la place des régions dans l'architecture
institutionnelle de notre pays.
Traditionnellement,
l'étude du Fédéralisme a été
l'apanage des constitutionalistes et des politologues.
Récemment pourtant, suivant en cela les travaux
des économistes Américains (James
Buchanan, Gordon
Tullock) ou Canadiens (Albert
Breton, Jean-Luc
Migué), des spécialistes
en Organisation et en Management (1)
se sont penchés sur cette question dans le
but de montrer les relations existantes entre la structure
fédérale et les structures des firmes
modernes.
Analogie
avec l'organisation de la firme
Il
est en effet frappant de noter que le fédéralisme
est l'analogue politique de la multi-divisionalisation
(2) dans les grandes entreprises,
stade ultime de la décentralisation. L'état
unitaire jacobin est, quant à lui, l'analogue
politique de la firme " bureaucratique " telle qu'elle
avait été décrite par Max Weber,
à savoir un type d'organisation pyramidale
où le pouvoir s'exerce du haut vers le bas
et qui repose sur la spécialisation fonctionnelle.
Dans
les années 30, le modèle bureaucratique
ou "fonctionnel", secoué par des
" menaces et opportunités " managériales,
technologiques, environnementales, géographiques
ou culturelles et sociales, a laissé progressivement
la place à une nouvelle forme d'organisation
centrée sur des unités de production
et de vente autonomes, appelées " divisions
", le siège ( central office ) se réservant
le rôle de planification stratégique
pour l'ensemble du groupe, de contrôler les
performances de chacune des divisions, gérer
le système d'incitations/récompenses
(incentives), et de décideur ultime
en matière d'orientation des " cash-flows "
en direction des activités procurant les plus
forts rendements.
Le
système fédéral US ressemble
beaucoup à ce modèle puisque chaque
Etat de l'Union est habilité à offrir
des " biens et des services publics " qui lui sont
propres et à charger un prix ( l'impôt
) destiné à en défrayer le coût.
Cela
dit, il convient de relativiser cette autonomie des
Etats américains puisque l'Etat fédéral
depuis les années 30 est devenu lui aussi un
bailleur de " biens et de services publics " autrement
plus important que les Etats, et donc à un
prix nettement supérieur ( l'impôt fédéral
) que celui chargé par les Etats de l'Union.
Qui plus est, le Congrès a pendant un temps
requis les Etats de poursuivre certaines politiques
économiques et sociales sans leur en donner
complètement les moyens financiers ( les "
infamous unfunded mandates ") jusqu'à ce que
la Cour Suprême mette fin à ces pratiques
inconstitutionnelles, voire immorales.
Fédéralisme
coopératif et multidivisionnalisation
Cette
forme de fédéralisme, que l'on a appelé
aux USA " cooperative federalism ", ressemblait
à s'y méprendre à une " jacobinisation
" ou " unitarisation " du système fédéral,
le gouvernement fédéral considérant
les Etats principalement comme de simples gestionnaires
ou administrateurs des programmes votés par
Washington.
Pour
en revenir à notre comparaison avec les firmes
multi-divisionnelles, Washington, l'analogue du Bureau
Central/Siège, tout en respectant la personnalité
ou la souveraineté des Etats( Divisions ) et
leur capacité à offrir des " biens
et des services publics " ( les produits des
divisions ) à leurs concitoyens ( la clientèle
), assume cependant le rôle de décideur
stratégique pour l’ensemble de la nation (
le Groupe ) en répartissant les cash-flows
du groupe ( les impôts et taxes fédérales
) selon les besoins de l’ensemble de la société
américaine ( le Groupe ) entre les Etats de
l’Union ( les divisions ) ou les citoyens ( les clients
) (3).
Comme
on le voit bien, il existe une très forte correspondance
entre le fédéralisme coopératif
et la multi-divisionnalisation. Cette structure est
supérieure en efficacité au modèle
jacobin, mais les tentations centralisatrices demeurent
très fortes bien que les aires de compétence
entre le centre et la périphérie soient
a-priori ( la constitution dans le régime fédéral,
les statuts du groupe privé ) bien délimitées.
Cependant,
en l’absence d’une constitutionalisation ou de loi
d’entreprise quant à l’appropriation des parts
de cash-flows/impôts, le risque demeure, comme
le prouve l’expérience de tous les régimes
fédéraux modernes (à la seule
exception de la Suisse où la part de l’impôt
revenant au fédéral est écrit
dans la Constitution) que le gouvernement fédéral
en promettant " toujours plus " aux électeurs/consommateurs
en arrive progressivement à vider les Etats
de leur capacité d’actions.
Comme
ces nouveaux droits, biens et services publics procurés
par le fédéral entraînent forcément
de nouveaux impôts que lui seul peut voter et
collecter ,et que la capacité fiscale des citoyens
est de toute évidence limitée, il en
résulte que les Etats se trouvent dans l’impossibilité
d’entrer en concurrence avec le fédéral
soit pour offrir d’autres " biens et services
publics " non-offerts par le fédéral
en raison de cette limite fiscale, soit d’offrir la
même gamme de " biens et services publics
" que le fédéral à un meilleur
prix puisque, par la loi fédérale, ces
derniers sont du ressort du fédéral.
Le
fédéralisme de la cébille
La
fédéralisme coopératif, c’est
le fédéralisme de la cébille.
Les Etats se battent entre eux afin d’obtenir les
subsides qui permettront leur développement
économique et social. Le fédéralisme
coopératif, pour reprendre l’expression de
Michael Greve (4), c’est un
cartel dans lequel le fédéral et les
Etats s’entendent derrière le dos des citoyens/consommateurs
pour fixer leur offre respective et commune de "
biens et de services publics " sans avoir recours
à la nécessaire concurrence entre les
différents niveaux de gouvernance telle qu’elle
devrait exister dans le fédéralisme
classique.
La
conséquence directe du fédéralisme
coopératif est que le citoyen/consommateur
ne sait plus distinguer de façon claire et
distincte " les centres de responsabilité
" et donc est incapable par son vote dans les
urnes de sanctionner les dysfonctionnements du système.
On
rencontre le même phénomène dans
toute firme où les niveaux stratégiques
et opérationnels se confondent et où
la direction générale se mêle
de micro-management.
Bureaucratie,
irresponsabilité et donc inefficacité
( coûts élévés dans la
firme qui se traduisent par des prix à la compétivité
sous-optimale; taux d’imposition trop élevés
dans l’appareil d’Etat) résultent de telles
pratiques. Comment donc obvier ces dysfonctionnements?
Le
fédéralisme moderne doit reposer sur
deux idées simples: le libre choix du citoyen/consommateur
et la concurrence verticale et horizontale entre les
différents de gouvernance.
En
l’absence du contrôle externe exercé
sur la firme par le marché, peut-on "
discipliner " l’Etat? Assurément, en mettant
en concurrence non seulement les Etats mais aussi
les régions/provinces qui les composent.
Comme
l’a très bien montré A.O.Hirshman (5),
les citoyens ont principalement deux moyens pour exprimer
leurs " fonctions d’utilité ou de préférence
"dans le champs politique: ils peuvent soit voter
avec leurs voix ( VOICE ), soit voter avec
leurs pieds (EXIT) en quittant le pays ou la
province qui ne leur offre plus des biens publics
au prix (la charge fiscale)qui leur convient.
Le
problème avec le fédéralisme
coopératif qui est en fait une variante de
l’état unitaire sinon dans la structure formelle,
du moins dans les faits, c’est que non seulement le
lien entre le vote et la satisfaction des préférences
personnelles pour tel ou tel " panier "
de biens publics est plus que ténu, mais, ce
qui est pire, que le vote avec les pieds entre les
différents Etats de l’Union n’est que faiblement
profitable dans la mesure où le fédéral
étend son bras fiscal sur tout le territoire
américain et même à l’étranger
puisque tout citoyen US résidant en dehors
des Etats-Unis doit continuer à payer certains
impôts aux autorités fédérales!
Assurément, il y a une certaine concurrence
fiscale entre les Etats: certains n’ont pas d’impôts
sur le revenu.Cependant, cette concurrence fiscale
ne peut pas jouer à plein car il reste l’impôt
fédéral, ce grand "égalisateur
" des conditions individuelles et de " nivelleur
" des diversités régionales.
La
réponse par le fédéralisme concurrentiel
Les
comparaisons inter-régionales n’ont donc dans
le domaine fiscal qu’un intérêt marginal
sans aucune mesure avec le " benchmarking
" qui existe dans le marché entre des
firmes concurrentes. Ce " benchmarking
" existe entre les nations, mais reste limité
entre les sous-ensembles d’une même entité
nationale. Qu’il y ait une certaine harmonisation
dans de nombreux domaines touchant à l’écomomie,
au social ou à la fiscalité, nulle ne
le conteste, mais celle-ci doit se faire par la concurrence,
et non par un "fiat" venu du gouvernement
central.
Dans
ce dernier cas de figure, les notions de " subsidiarité
" et de " souveraineté duale ",
apanage du fédéralisme, ne sont que
des vains mots destinés à rester lettre
morte. On n’est plus dans le fédéralisme,
mais dans un état unitaire qui se cache sous
les vêtements du fédéralisme.
La
clé de la survie d’un vrai fédéralisme
réside en conséquence dans le maintien
des éléments suivants:
- Une
Constitution qui liste de façon claire et
distincte les aires de légitimité
de chacun des niveaux de gouvernement;
- Il
convient de limiter de la façon la plus stricte
les " clauses élastiques " qui,
aux USA comme en Europe (6) -
depuis le traité d’Amsterdam - autorisent
le parlement fédéral à sans
cesse étendre son champs de compétence
fiscal au nom de buts réels ou imaginés
tirés de la Constitution.
Pour
ce faire il existe deux moyens:
- une
Cour Suprême chargée de l’interprétation
de la Constitution. Cela dit, forts de l’exemple
américain, il conviendra de trouver un mécanisme
qui empêche ses membres d’avoir une lecture
" expansionniste " des textes fondamentaux
afin de se prémunir contre les dérives
centralisatrices. Une piste serait de faire nommer
les juges fédéraux par les parlements
nationaux.
- enfin,
et c’est là probablement la seule vraie garantie
de préserver un fédéralisme
basé sur le principe de subsidiarité
et la concurrence, ne pas donner au niveau fédéral
le pouvoir de taxer directement les citoyens et
les firmes de l’Union. C’est le passage du 16ème
amendement donnant au fédéral le pouvoir
de taxer directement les citoyens américains
qui a fait pencher la balance vers le fédéralisme
coopératif. Si néanmoins l’état
fédéral devait se voir octroyer un
pouvoir d’imposition, le modèle Suisse devrait
servir de guide. En effet, en Suisse, le pouvoir
d’imposition du gouvernement fédéral
a été fixé dans la Constitution
à 10%, ce qui a eu pour résultat de
permettre aux villes et aux cantons de continuer
à jouer un rôle de vrais partenaires,
et non de supplétifs ou de " junior
partners " dans la vie de la Confédération.
Toutes
ces conditions non-limitatives devraient garantir
autant se faire que se peut un fédéralisme
basée sur la concurrence et la liberté
de choix des citoyens/consommateurs.
NOTES
1
Jean Schéré, " Pour
une France Fédérale: chance et nécessité
", FRANCE-FORUM, no 327, 1er trimestre 2000.
2
Oliver E.Williamson, " Markets & Hierarchies,
analysis and anti-trust implications", New York: The
Free Press, 1975.
3
Dans les firmes,
cela revient à choisir entre donner directement
des fonds aux divisions d’un même Groupe et
donner des avantages directement aux clients, par
exemple en faisant prendre financièrement par
le Siège des " discounts " ou autres
avantages en nature donnés à la clientèle.
Cela a pour résultat de diminuer d’autant la
part des cash-flows laissés aux divisions ou
aux actionnaires. Ce type de micro-management est
un des risques les plus graves rencontrés dans
les firmes multi-divisionnelles car le Centre abandonne
son rôle de décideur stratégique
pour celui de gestionnaire opérationnelle.
Ce dysfonctionnement du fédéralisme
coopératif est bien connu de l’Etat jacobin
Français où il en est la règle.
4
Michael Greve, " Real Federalism ", The
AEI Press, Washington DC, 1999.
5
A.O.Hirschman, " Exit, Voice and Loyalty ",Cambridge,
MA, Harvard U.Press,1970
6
Aux USA, il s’agit de la clause 18 de la section 8
de l’article 1er de la Constitution,la " necessary
& proper clause "qui donne au Congrès
le pouvoir de " faire toutes les lois qui seront
nécessaires et covenables …." Pour mettre
en application les pouvoirs qui lui sont conferrés
dans cet article 1er. Avec l’aide de nouvelles interprétations
de la Cour Suprême, surtout depuis les années
30, ces pouvoirs ayant été considérablement
étendus, les dysfonctionnements du système
se sont multipliés. L’alinéa 2 du Protocole
7 du traité d’Amsterdam est une version européenne
de cette clause de la Constitution américaine
et donc une bombe à retardement qui ne manquera
pas d’exploser tôt ou tard à la face
des partisans d’une Europe fondée sur le principe
de subsidiarité.
Jean
Schéré (Fletcher School/Harvard
Law School))
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