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textes de Jean Luc Migué :
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textes sur la monnaie :
Pour
toutes les questions monétaires abordées
d'un point de vue libéral, voir THE
CATO JOURNAL. Tous les ans le Cato
Institute organise une grande conférence
monétaire animée par des conférenciers
prestigieux.
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Comme
le dit Arnold Harberger, "tout se passe comme si les
économistes n'en finiront jamais de se disputer
pour savoir s'il vaut mieux avoir des changes fixes
ou des taux de change flottants". Plusieurs types de
régimes de changes fixes sont déjà
en place ou l'état de projets à travers
le monde - comme la dollarisation que certains proposent
pour le Mexique, et que des économistes aimeraient
même implanter au Canada, ou encore le système
commun de banques centrales que l'on trouve maintenant
en Europe -, alors que le Fond monétaire international,
lui, penche plutôt pour la flexibilité
des taux de changes. Il y a cependant un aspect important
du débat qui n'a jusqu'à présent
encore jamais été abordé, ni par
les uns, ni par les autres, que ce soit directement,
ou même indirectement. Il s'agit de la dimension
politique de la régulation monétaire,
que l'on peut résumer par la question suivante
: quel est le système monétaire international
le plus efficace compte tenu de la présence
inévitable de comportements individuels et collectifs
de recherche de rentes et de privilèges
? Aucune décision publique n'est jamais politiquement
neutre. Toute action publique est nécessairement
"politisée", c'est à dire déterminée
pour une très large part par le jeu relatif des
rapports de force entre groupes de pression cherchant
à obtenir du pouvoir des avantages particuliers.
C'est pour cela notamment qu'existent des constitutions
dont l'objet est de contraindre les comportements à
l'intérieur d'un un ensemble de règles
institutionnelles dont la fonction est de limiter les
possibilités de choix susceptibles d'entraîner
des conséquences négatives pour la collectivité.
Au niveau international c'est le rôle des contraintes
qui résultent d'accords inter-étatiques.
Or, pour ce qui concerne la monnaie, force est de constater
que tant les gouvernements nationaux que les organismes
internationaux ou pluri-étatiques comme le FMI
ou la BCE se trouvent en fait constitutionnellement
libres de choisir n'importe quel type de politique monétaire
qui leur plait.
Comme
ne cesse de nous le rappeler le prix Nobel d'économie,
James Buchanan, l'efficacité relative des institutions
politiques dépend de la nature du système
de règles juridiques qui conditionne le comportement
de ceux qui sont appelés à y prendre les
décisions. Des institutions politiques efficaces
dans le contexte d'un certain ordre juridique et constitutionnel
pourront se révéler totalement inefficaces
dans un autre système institutionnel. Lorsqu'il
s'agit de choisir entre plusieurs systèmes d'organisation
monétaire, les économistes raisonnent
comme si les Etats, ou les institutions collectives
internationales et régionales censées
se substituer à eux, se comportaient toujours
de manière neutre et désintéressée.
Ils distribuent leurs conseils comme si la politique
n'existait pas, comme si tous les organismes en charge
de la monnaie n'avaient pour seul préoccupation
que la recherche de la plus grande efficacité.
S'ils réfléchissaient sur la base d'un
modèle de représentation du fonctionnement
de l'Etat et des institutions internationales ou pluri-étatiques
plus réaliste, l'ordre de classement de leurs
préférences serait sans doute différent.
Il
ne fait aucun doute que deux des plus célèbres
protagonistes de ce débat, d'un côté
Milton Friedman, de l'autre Robert Mundel, sont parfaitement
au fait de ces aspects politiques. Il n'en reste pas
moins que leurs analyses et réflexions n'intégrent
pas encore explicitement cette dimension nouvelle du
"marché politique. Friedman insiste surtout sur
le besoin d'ajuster la politique monétaire aux
chocs que subissent les économies nationales.
Quant à Mundel, on ne peut pas dire que la manière
dont il aborde la discussion de ces matières
accorde une grande place au rôle de la politique.
Transferts
interrégionaux en régime d'intégration
monétaire.
En
pratique, la politique se traduit par la course aux
faveurs et aux prébendes. Au niveau d'un organisme
monétaire supra-national (comme la BCE), cela
signifie que pour atteindre ses objectifs il lui faut
compléter sa politique monétaire par une
stratégie de paiements compensatoires versés
au bénéfice des gouvernements, des entreprises
et des résidents des pays qui subissent une baisse
de leur demande avec montée du chômage.
L'idée est que la politique monétaire
ne peut garantir la stabilité macroéconomique
que si elle se trouve complétée par la
mise en place d'un dispositif supra-national de redistribution
budgétaire. C'est ce que l'on appelle - de manière
impropre - le "fédéralisme fiscal".
Les
régles du Système européen de banques
centrales ou du FMI ont précisément été
conçues de manière à autoriser
ce genre de transferts au profit de pays victimes de
tels chocs. Le dispositif comprend la possibilité
explicite d'y financer des opérations de sauvetage
industriel ou financier, l'allocation de subventions
au développement ou d'aides spécifiques
à l'emploi, la distribution de crédits
d'impôts régionaux, le partage et la redistribution
de ressources fiscales… toutes techniques que ceux qui
sont familiers avec le mode de fonctionnement des fédérations
politiques en régime d'union monétaire
connaissent bien. Le résultat est que les entreprises
et les habitants des régions ainsi subventionnées
sont encouragés, par ce qui n'est rien d'autre
qu'un cartel d'institutions publiques, à rester
sur place et à s'y maintenir dans les activités
les moins productives. A l'inverse, les détenteurs
de capitaux et de ressources des régions les
plus prospères et les plus productives ont maintenant
intérêt à se délocaliser
ailleurs du fait du poids relatif plus élevé
des prélèvements fiscaux - puisque ce
sont eux qui supportent le coût des tranferts.
Seule une autorité politique centrale dispose
du monopole de pouvoir nécessaire à la
pratique de telles discriminations. L'étude de
la manière dont agissent les gouvernements centraux
des grandes fédérations politiques existantes,
conduit à conclure que le monopole politique
d'un organisme multi-étatique tel que le FMI
conduit logiquement à la balkanisation de l'économie
mondiale par la multiplication de décisions dont
les coûts économiques sont équivalents
à ceux que l'on obtiendrait avec des barrières
commerciales traditionnelles.
Replacée
dans cette perspective, toute intégration monétaire
régionale combinée à une politique
de transferts compensatoires au bénéfice
des pays ou des régions considérées
comme les moins favorisées a pour effet de dissocier
le niveau des prix observés dans chaque pays
ou chaque région du niveau de ses coûts.
Ce qui revient à recréer l'équivalent
de barrières douanières et, paradoxalement,
engage donc dans un processus de balkanisation de l'économie
de l'ensemble de la région. Cela signifie que
l'intégration monétaire, qu'on la considère
au sein d'un même pays, ou d'entités continentales
régionales comme l'Amérique ou l'Europe,
n'annule en rien le coût de décisions politiques
économiquement incohérentes. Il faut toujours
en payer la note, d'une façon ou d'une autre.
Le passage à une union monétaire ou à
un système pluri-étatique de banque centrale,
accompagnés d'une politique régionale
de transferts, a simplement pour conséquence
de reporter le coût des ajustements économiques
et monétaire sur les régions les plus
prospères qui pratiquent la politique la plus
libérale. Il y a quelques années,
alors qu'elle était encore l'une des nations
les plus pauvres d'Europe de l'Ouest, il fallut littéralement
que ses partenaires achètent la participation
de l'Irlande à l'Union européenne. Au
Canada, les Provinces Maritimes sont en mesure de poursuivre
de fort coûteuses politiques économiques
parce qu'elles savent que grâce à l'union
monétaire canadienne elles peuvent compter sur
le transfert de milliards de dollars de subventions
qui les protègent d'avoir à payer le prix
de leur défaut d'ajustement aux nouvelles conditions
de l'économie américaine et mondiale.
De la même manière, la faiblesse du dollar
canadien s'explique dans une large mesure par les menaces
de sécession de certaines provinces, ce qui réduit
le niveau de vie de tous les habitants du pays, pas
seulement au Québec, du fait de la détérioration
des termes de l'échange et des taux d'intérêt
plus élevés. Mais la présence d'un
monopole monétaire central conduit à ce
que le coût de ces agissements politiques est
en fait reporté sur les autres provinces canadiennes.
Les déséquilibres économiques entre
régions ne se trouvent jamais corrigés.
Ils sont seulement gommés par l'illusion d'un
faux équilibre global obtenu par le jeu de multiples
prébendes.
L'ajustement
dans un régime monétaire à monnaies
multiples.
A
l'inverse, un régime de changes flottants entre
monnaies circulant librement au sein d'une zone d'échanges
raisonnablement libres nous donne rien moins que l'équivalent,
dans le domaine monétaire, de ce que le "fédéralisme
concurrentiel" représente dans l'ordre politique.
Entreprises et individus peuvent librement détenir
leurs actifs dans la monnaie de leur choix. Les autorités
de chaque pays n'ont pas d'autre choix que de se conformer
à ce que désirent leurs citoyens. Lorsqu'un
gouvernement mène une politique économique
irresponsable, il incite les mécontents à
choisir une autre monnaie, ce qui en fait apparaître
clairement le coût à tous et l'affaiblit
politiquement.
L'essence
d'un véritable Etat fédéral est
que toute déséquilibre régional
dans les rapports entre prix et coûts locaux déclenche
automatiquement un processus de migration des hommes
et des ressources. Ceux qui avaient pour habitude de
dévaluer leur monnaie afin d'encourager les exportations,
ou de relever leurs impôts pour financer les subventionsdistribuées
aux industries en déclin, découvrent rapidement
- comme cela se passe actuellement dans certaines parties
du Canada - que les ressources désertent leur
territoire. Ils peuvent réagir, ou continuer
comme si de rien n'était. Mais en tout état
de cause ce sont eux qui subiront les conséquences
financières et humaines de leurs propres décisions.
Par comparaison, les contraintes qu'un régime
de parités fixes impose aux choix des hommes
politiques relèvent du raisonnement abstrait
et restent essentiellement virtuelles. Un régime
d'union monétaire avec transferts compensatoires
n'incite à aucun ajustement, et ne peut donc
pas exercer l'influence stabilisante qu'on lui prête.
Il déplace seulement le point d'impact du coût
d'ajustement : des régions ou pays qui se comportent
de la manière la plus irresponsable en économie
vers celles ou ceux qui sont les plus efficaces parce
qu'ayant adoptées les politiques économiques
les plus libérales. La seule existence d'un mécanisme
de transferts financiers centralement coordonnés
neutralise les processus d'ajustement. Il en résulte
un problème d'aléa moral qui joue de la
même manière que l'on soit dans un régime
monétaire à monnaie unique ou à
plusieurs monnaies. Parmi les deux modes d'ajustements
possibles, les accords de coopération et d'harmonisation
monétaire, y compris la mise en place d'une monnaie
unique, relèvent plus d'un processus de choix
politique centralisé (ce que les spécialistes
des marchés politiques appellent Voice )
que d'une logique d' Exit.
On
ne peut jamais faire disparaître les coûts
d'ajustement
Ce
n'est pas parce que l'on a un marché unique que
celui-ci doit nécessairement s'accompagner d'une
monnaie unique ou d'arrangements de coopération
et d'harmonisation particuliers. Pas plus qu'il n'est
nécessaire de ne plus avoir qu'une seule politique
sociale, ou une seule langue. En tout état de
cause, comme il n'existe aucun moyen de deviner par
avance ce que seraient les limites de la zone monétaire
optimale , il n 'y a que le mécanisme de
découverte du marché qui peut nous dire
si nous avons besoin d'une ou plusieurs monnaies. Si
les avantages que l'on prête à l'existence
d'une monnaie unique européenne, ou au nom desquels
certains sont prêts à abandonner l'utilisation
d'une monnaie canadienne propre - sont aussi grands
qu'on le dit (en raison des économies d'échelle
et de coûts de transaction qui y sont liés),
il n'y a pas de souci à se faire : c'est vers
cela que le marché tendra naturellement. Mais
entretemps, la présence d'une libre concurrence
entre plusieurs monnaies - tant qu'elle ne sera pas
neutralisée par l'intervention discrétionnaire
d'une autorité supranationale - aura au moins
contribué à protéger nombre de
gens contre les méfaits de décisions nationales
économiquement erronées.
La
course aux rentes et aux prébendes est une donnée
institutionnelle qui doit être vue comme faisant
intrinsèquement partie des processus de décision
politiques. Tant qu'aucune contrainte constitutionnelle
n'impose de limite explicite à la nature discrétionnaire
des pouvoirs de gestion relevant de l'autorité
centrale, les mesures de redistribution entre Etats
et régions faisant partie d'un ensemble géographique
collectivement géré par des institutions
pluri-étatiques doivent être considérées
prioritairement comme des activités relevant
d'une pure logique de décision politique. Ceci
étant pris en compte, il en résulte que,
même en faisant l'hypothèse que les gouvernements
ne sont soumis qu'à des contraintes constitutionnelles
légères, il est préférable
que les décisions économiques et monétaires
demeurent du ressort national dans la mesure où
cela implique que les gouvernements restent soumis à
des disciplines concurrentielles éliminées
par le passage à l'union. Paradoxalement c'est
en maintenant la souveraineté monétaire
au niveau des autorités nationales que l'on a
relativement moins de risque de voir les pouvoirs publics
s'engager dans des politiques de redistribution économiquement
perverses. En régime de démocratie politique
il vaut mieux que les décisions de régulation
économique soient décentralisées
au niveau national parce que c'est à ce niveau
que le contexte institutionnel qui détermine
les processus de prise de décision politiques
est, relativement, le moins défavorable à
une gouvernance monétaire proche de ce que l'on
pourrait considérer comme optimal.
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