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Les
Etats-Unis connaissent depuis une dizaine d’années
une croissance forte sans inflation. Certains évoquent
même l’apparition d’une nouvelle économie. S’il
ne semble pas raisonnable d’y voir là la nécessité
d’un nouveau paradigme, il est vrai qu’un certain nombre
de facteurs, rares dans l’histoire économique,
sont à l’œuvre pour ce qui peut être appelé
l’Age d’or du silicium.
Des
conditions technologiques très favorables
L’essentiel
du cycle de croissance est porté par les technologies
de l’information à la fois fondatrices de nouveaux
services, de nouveaux process et d’un besoin d’équipements.
Si l’on peut parler d’Age d’or, c’est parce que le coût
de traitement de l’information diminue au fur et à
mesure que la quantité traitée augmente.
Il y a 25 ans, Gordon Moore mettait en évidence
le fait que la puissance des microprocesseurs doublait
tous les 2 ans. Un microprocesseur de 1999 contient
4130 fois plus de transistors qu’en 1971 pour un prix
unitaire qui lui-même a nettement diminué.
Assise à la fois sur cette loi et sur la théorie
classique des rendements décroissants, la croissance
des ventes de produits informatiques a fortement augmenté
tandis que les prix de vente diminuaient d’un facteur
10.

gr1 :
Evolution des prix des composants et des matériels
informatiques (source Dep Commerce US et FED)
Le
coût du traitement de l’information s’est ainsi
effondré en 20 ans, permettant aux entreprises
et aux ménages américains d’investir massivement
en capacités de traitement à un moindre
prix.
Si
l’on retrace le montant des ventes en dollar courant,
on n’observe pas de véritable explosion de la
demande. En effet, le montant des ventes a doublé
en 12 ans, passant de 50 milliards de dollars à
près de 120 milliards de dollars estimés
pour 1999. En fait, ces chiffres masquent une véritable
explosion de la demande de matériels informatiques
dont les prix baissent très fortement.
Une
mesure économique délicate
Pour
retrouver le véritable impact économique
de ce secteur, il faut tenir compte à la fois
des volumes de produits vendus, mais aussi de leur capacité
de traitement ainsi que de leur prix de vente final.
Si l’on prend comme pivot la situation de 1992 (date
de révision du calcul du PNB US), on peut recalculer
à la fois les volumes vendus, l’évolution
de leurs prix finaux et de leur valeur en base 92.

Tab1 :
Calcul relatif aux ventes d’ordinateurs (source dep
of commerce US)
Ainsi,
entre 1987 et 1999, la production du secteur a doublé
en prix de marché, a été multipliée
par 16 en volume et par 23 en valeur. Comme on peut
le constater, cette tendance est entrain de s’accélérer.
En effet, pour une augmentation des volumes vendus de
14% au cours de ces six derniers mois, la valeur relative
s’est accrue de 36%.

gr2 :
Calcul sur la base 92 des ventes réelles de matériel
informatique
En
fait, cette évolution est surtout notable depuis
1994, période à laquelle apparaissent
deux innovations majeures : les Pentium de la société
Intel, qui dopent les performances des matériels
vendus à un coût raisonnable, et Windows
95 qui permet à un grand nombre d’utilisateurs
d’utiliser plus intuitivement l’informatique au quotidien.
Un
secteur sous-estimé, clé de la productivité
américaine
La
sous-estimation du poids de ce secteur dans l’ensemble
de l’économie est très importante. De
plus, cette anomalie est croissante. En 1987, le poids
réel du secteur était de 0.5% du PNB alors
que le montant mesuré représentait 0.3%
du PNB. Aujourd’hui, le secteur contribue pour 3.4%
du PNB alors qu’en fait, sa contribution effective est
de 8.7%, soit une sous-estimation de 5.3%.
On
retrouve au niveau de l’ensemble de l’économie
ce que chacun sait. D’année en année,
non seulement le prix unitaire d’un ordinateur diminue
mais sa puissance s’accroît. Au mieux, pour le
même prix la puissance a fortement augmenté
et en général, un ordinateur 30% moins
cher dispose de 20% de plus de puissance d’une année
sur l’autre. Cet effet exponentiel sur les prix se retrouve
sur la sous-estimation de la croissance américaine.

gr3
– Contribution du secteur informatique sur les variations
du PNB US (Source Dep of Commerce US)
En
regardant la variation trimestrielle du PNB, on constate
que l’impact comptabilisé des ventes en volume
est nettement inférieur à l’impact de
ce secteur en terme de valeur. S’il n’est qu’une des
réponses parmi un grand nombre d’autres hypothèses,
l’impact déflationniste de ce secteur en forte
croissance explique une partie du " miracle "
américain : croissance non inflationniste.
Une quantité importante de valeur ajoutée
produite par l’économie américaine n’est
pas comptabilisée dans son PNB. L’efficacité
de cette croissance s’en retrouve renforcée d’autant.
La
très forte progression de la productivité
trouve ici l’une de ses origines. En effet, la valeur
ajoutée induite par la production de ces biens
augmente plus vite que les volumes produits. Ceci est
d’autant plus remarquable qu’il ne s’agit pas d’un bien
ordinaire mais d’un bien d’équipement qui contribue
lui-même à l’amélioration de la
productivité dans de nombreux secteurs.
Une
demande source de déséquilibre extérieur
Si
les achats de matériels informatiques ont été
initialement le fait des producteurs de biens d’équipements,
l’écart n’a pas cessé de se réduire
avec les particuliers. Aujourd’hui une dépense
sur trois dans ce secteur est initiée par eux
contre 1 sur 10 il y a douze ans. Cela représente
une croissance d’un facteur 4.5 en douze ans (70 en
valeur) contre une facteur 2.5 (17 en valeur) pour les
producteurs.

gr4-
Consommation des agents économiques (source Dep
of Commerce US)
L’essor
des ventes aux utilisateurs individuels date de 1994
et continue de s’accroître sensiblement chaque
trimestre.
Un
autre phénomène à observer sur
la période vient de l’impact de cette demande
sur les échanges extérieurs. Jusqu’en
1991, les Etats-Unis étaient exportateurs nets
de matériel. Depuis, la situation s’est inversée.

gr5
– Echanges extérieurs de matériels informatiques
La
dégradation sensible des échanges extérieurs
date de 92-94. Elle traduit l’évolution de la
demande qui s’accroît vivement dès cette
période. Mais l’explication tient sans doute
d’avantage de l’externalisation de la production que
les Etats-Unis pratiquent massivement dès cette
période.

gr6
– Valeur Unitaire de ce qui est échangé
L’intérêt
des Etats Unis à maintenir ces bases d’échange
se retrouve lorsque l’on cherche à savoir ce
qu’ils importent et ce qu’ils exportent. Le niveau de
valeur ajoutée n’est évidemment pas du
tout le même, allant jusqu’à un rapport
de 1 à 5 entre les matériels importés
et exportés. Cet avantage comparatif est à
la base du succès de ce secteur. En outre, on
ne peut pas conclure, en observant le déficit
commercial généré par ce secteur,
que les Etats Unis affaiblissent leur position concurrentielle
puisque le déficit ne résulte pas de l’échange
des mêmes biens. De plus, la position très
dominante des firmes américaines sur l’ensemble
de ce secteur laisse présager que si c’est la
main d’œuvre étrangère qui produit les
matériels importés, la conception, les
capitaux et la gestion sont très souvent d’origine
américaine.
Conclusion :
L’introduction
de l’informatique est la clé de la croissance
longue dont jouissent tous les pays occidentaux et en
premier lieu les Etats Unis. Toutefois, l’impact de
ce secteur sur l’économie est difficile à
évaluer tant sa production aussi bien en volume
qu’en valeur est fluctuante. Il semble que chaque année,
une contre-valeur de 5% du PNB échappe ainsi
à la comptabilisation du PNB ce qui correspond
presque à une année entière de
croissance. Outre ce dynamisme implicite, réel,
effectif mais non mesuré, ce secteur pèse
sur l’ensemble des prix en compensant largement, par
exemple, la hausse des prix des services dont la qualité
s’accroît grâce justement à l’utilisation
accrue de l’informatique. Nous sommes au cœur de l’amélioration
récurrente de la productivité. La Loi
de Moore, associée à la loi des rendements
décroissants, fait apparaître une croissance
géométrique de la valeur qui explique
en grande partie l’amélioration continuelle de
la productivité de l’économie américaine
depuis 1994.
Ainsi,
l’émergence de nombreux secteurs, de nouveaux
concepts, cette exubérance de créativité
qui caractérise de nombreux secteurs traditionnels
de l’économie, s’effectue à bon compte.
Les sources d’inflation sont partiellement gommées
par l’acquisition de nouvelles capacités dont
la valeur est sans rapport avec le prix effectivement
payé. Le revenu marginal peut s’accroître
facilement, comme lors de toutes les grandes révolutions
qui caractérisent l’histoire économique.
Malgré
tout, la Loi de Moore connaît des limites, certes
éloignées par rapport à aujourd’hui.
Par ailleurs, hormis pour certaines occupations ludiques,
les capacités actuelles des matériels
excèdent ce dont les utilisateurs ont besoin.
Ainsi, il est assez probable que l’on assiste à
une pause dans la demande de ces matériels ou
tout du moins à une moindre croissance des équipements.
La dernière grande étape sera sans doute
l’introduction massive du numérique dans les
foyers, facilitée par la convergence entre l’Internet
et la télévision.
Sous
ces hypothèses, on aurait toujours des services
dont la valeur s’accroîtrait mais dont les coûts
ne seraient plus tirés à la baisse comme
ils le furent dans le passé. Ceci nuirait sans
doute à la qualité de la croissance que
nous connaissons aujourd’hui sans pour autant diminuer
son dynamisme. Ce serait peut être le signe d’une
maturation du long cycle de croissance entamé
il y a quelques années et qui marquerait ainsi
la fin de l’age d’or du silicium.
Olivier
CARRE
Président
FIVAL
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