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de la controverse scientifique sur l'effet de
serre, cliquez sur le logo ci-dessus (Science
and Environmental Policy Project). Les scientifiques
qui animent ce site sont ceux qui, en 1992,
ont lancé l'Appel de Heidelberg.
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Un
document du CATO Institute fait la critique
des modèles de prévision climatique
qui sont à l'origine de l'hystérie
collectivesur l'effet de serre :
"Latest
Science Debunks Global Warming Hysteria"
par
Patrick J. Michaels, Professeur à l'Université
de Virginie
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L'article
du
Figaro-Economie du Jeudi 7 Septembre
2000
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INTRODUCTION
Un
grand nombre de spécialistes du climat croient
que l'activité humaine, en particulier par l'usage
de combustibles fossiles libérant dans l'atmosphère
des oxydes de carbone, contribue au processus de réchauffement
progressif de la planète. Quelle est l'importance
de cette contribution ? A quel point faut-il vraiment
s'en inquiéter ? La réponse que donnent
les scientifiques est loin d'être claire et dépourvue
d'ambiguïté. "Il restent encore d'importantes
zones d'ombre et d'incertitude sur notre connaissance
de la manière dont le système climatique
est susceptible de répondre à l'augmentation
de la concentration du C02 et autres gaz à effet
de serre ", écrivait un chercheur de la NASA
en 1999. S'il y a au moins une chose dont nous puissions
être sûrs, c'est que nous sommes encore
très loin de pouvoir évaluer de manière
exacte la nature et l'importance de l'impact du développement
des activités humaines sur le système
climatique.
Dans
quelle mesure les émissions d'oxydes de carbones,
de méthane et autres gaz à effet de serre
par des activités humaines industrielles ou domestiques
sont-elles susceptibles de provoquer de graves dérèglements
climatiques est un sujet qui fait encore l'objet de
sérieuses controverses entre scientifiques. Il
se peut que cette contribution humaine au déréglement
des climats ne soit qu'un facteur secondaire par rapport
aux évolutions naturelles séculaires,
voire millénaires. Il se peut aussi qu'un réchauffement
d'ampleur limitée, se produisant essentiellement
l'hiver ainsi que la nuit, soit plutôt une bonne
affaire dont tireraient profit certaines régions
du globe. Il n'en reste pas moins que le fait même
qu'on ne puisse totalement rejeter l'hypothèse
que l'effet de serre soit une menace pour l'humanité
conduit les responsables politiques à invoquer
le "principe
de précaution" pour justifier que
soient prises dès aujourd'hui un ensemble de
mesures destinées à servir en quelque
sorte d'assurance contre l'effet de serre.
On
peut s'assurer contre le risque d'un changement climatique
de deux manières :
A
- soit en en réduisant la probabilité
en entreprenant de stabiliser, ou même de
diminuer le niveau des concentrations de gaz à
effet de serre par le contrôle des rejets
dans l'atmosphère;
B
- soit en essayant d'en atténuer les conséquences
économique et écologiques.
Quasiment
toutes les discussions actuelles n'évoquent que
la première option, et ignorent résolument
la seconde. La plupart des propositions visent à
réduire la concentration atmosphérique
des C02 et autres gaz, ou, tout au moins, à ralentir
leur vitesse d'accumulation. Leur inconvénient
est d'imposer à nos sociétés des
coûts très substantiels sans pour autant
réduire sérieusement le risque de changement
climatique lui-même.
Le
Protocole
de Kyoto de 1997, par exemple, prévoit
que les nations industrialisées devront réduire
leurs rejets de gaz à effet de serre de 5 % par
rapport au niveau de 1999 d'ici à 2008-2012.
Pour les Etats-Unis, l'objectif est une diminution de
7 %. Cela implique que les américains, d'ici
là, réduisent d'environ un tiers leur
consommation d'énergie par rapport à ce
qui était prévu, en contrôlant directement
les rejets des industriels ou en mettant en place de
nouveaux impôts. Le Protocole de Kyoto imposera
des coûts économiques exorbitants, pour
un avantage écologique en réalité
bien mince, même si on se place dans l'hypothèse
des scénarios de réchauffement les plus
apocalyptiques. Il pourrait en coûter chaque année
l'équivalent de 2 % du Produit national brut
alors que s'aligner sur les mesures proposées
restera en tout état de cause insuffisant pour
stabiliser le niveau global de concentration des gaz
à effet de serre. Il faut en effet ne pas oublier
que le Protocole de Kyoto ne s'applique qu'aux économies
industrialisées, et n'impose aucune contrainte
correspondante aux pays du tiers-monde. Ce qui fait
que même si les nations industrialisées
respectent leurs objectifs, de toute façon cela
sera insuffisant en raison des volumes croissants de
rejets supplémentaires qui résulteront
du développement rapide des économies
émergentes. A quoi il faut ajouter que les contrôles
et mesures réglementaires dissuasives prévues
risquent d'avoir pour effet pervers d'augmenter encore
davantage le coût futur de l'assurance dans la
mesure où l'une des conséquences de ce
genre de politique sera de ralentir la croissance, ainsi
que les incitations au progrès technologique,
et donc de réduire la capacité de nos
sociétés à se doter d'équipements
plus performants et mieux adaptés à ce
genre de tâche. Autrement dit, faire preuve de
trop de zèle pour répondre tout de suite
aux injonctions du Protocole de Kyoto risque en réalité
d'accroître les coûts futurs que nous aurons
à supporter pour atteindre les objectifs recherchés.
Même
si l'on admet l'hypothèse que stabiliser la pollution
atmosphérique pour les cent prochaines années
diminue les risques de catastrophe climatique, il n'est
pas du tout certain qu'une telle politique soit pour
autant souhaitable. Atteindre cet objectif supposerait
en effet que l'on réduise le niveau global des
rejets dans l'atmosphère de 60 à 80% par
rapport à aujourd'hui. Cela n'est pas faisable
sans une transformation radicale du mode de fonctionnement
de nos sociétés qui casserait définitivement
les mécanismes actuels de la croissance dans
le monde, et condamnerait le tiers-monde à rester
éternellement dans la pauvreté. Une telle
politique, du fait du coup d'arrêt donné
au développement économique, nous exposerait
à des risques au moins aussi grands, sinon encore
bien plus importants que ceux auxquels on nous dit que
nous expose le réchauffement de la planète,
même dans ses variantes de scénarios les
plus horribles. Peut-on, dans ces conditions, encore
parler d'assurance ? Souscrire à une police d'assurance
dont le coût serait aussi élevé
ne serait vraiment pas rationnel !
Pour
que l'assurance qu'on nous propose vaille la peine d'être
souscrite, il faut soit que la politique poursuivie
diminue les risques de changement climatique que font
courir les rejets polluants des activités humaines,
soit qu'elle réduise le coût des actions
futures qui seront entreprises demain pour atteindre
cet objectif. Contrôler les rejets des entreprises
n'a de sens que si cela n'aggrave pas d'autres risques,
comme ce serait le cas s'il y avait ralentissement de
la croissance économique et freinage du progrès
technologique. Compte tenu de l'extrême incertitude
qui entoure les prévisions climatiques, ainsi
que de ce que les objectifs de Kyoto ne pourraient être
atteints avec le niveau actuel de technologie qu'au
prix d'énormes dégâts économiques,
il vaut la peine de rechercher si une autre route n'est
pas possible. Au lieu d'imposer des niveaux maxima de
pollution, ou des quotas de rejets, il vaudrait mieux
accélérer le progrès technologique
de façon à améliorer les capacités
d'adaptation futures de nos sociétés.
Les
responsables politiques devraient en priorité
éliminer les interventions et réglementations
publiques qui nuisent au fonctionnement des marchés,
découragent la mise au point de technologies
moins polluantes, et freinent donc la capacité
des industries à réduire leurs rejets.
Une telle stratégie comporterait toute une série
d'avantages économiques et environnementaux indépendants
de la gravité des risques climatiques invoqués.
Elle mériterait d'être mise en œuvre même
si en réalité nous n'avons rien à
craindre des effets de la pollution sur le climat. Il
se peut qu'elle ne réduise pas de manière
significative le volume global des rejets polluants,
mais elle devrait conduire à une réduction
continue du niveau de pollution par unité produite
du fait des progrès réalisés dans
les techniques de dépollution. Ainsi s'il apparaît
un jour qu'on ne peut éviter de devoir contrôler
les rejets, cela pourra se faire sans menace de baisse
du niveau de vie aussi importante que celle dont il
faudrait prendre le risque aujourd'hui si l'on décidait
d'agir immédiatement. Que les grandes craintes
liées au réchauffement de la planète
se matérialisent ou non, la société
en tirera avantage, dans un cas comme dans l'autre.
Cette
politique alternative comporterait les aspects suivants
:
A
- Eliminer les réglementations constituant
une entrave à l'innovation. Nombre de
réglementations écologiques représentent
autant d'obstacles au développement et au
déploiement de nouvelles technologies fonctionnant
avec une moindre consommation d'énergie et
rejetant moins de pollution dans l'atmosphère.
B
- Eliminer les subventions au développement
d'énergies nouvelles. Ces subventions
faussent le fonctionnement du marché de l'énergie
ainsi que les décisions d'investissement
en matière énergétique sans
aucun avantage en compensation.
C
- Déréglementer le secteur de l'électricité.
Il s'agit d'un secteur où l'innovation et
le progrès technologique sont considérablement
freinés par la présence de monopoles
locaux ainsi que par le régime réglementaire
des activités de service public. La déréglementation
ouvrirait des opportunités nouvelles au développement
de sources d'énergie alternatives, et constituerait
une puissante incitation à l'augmentation
de la productivité.
D
- Déréglementer le secteur des
transports. Le transport aérien est l'une
des sources majeures de pollution de l'atmosphère.
Pourtant la réglementation empêche
les compagnies d'adopter les techniques modernes
qui permettraient aux équipages de choisir
en toute sécurité des routes aériennes
plus courtes qui réduiraient leurs consommations
et leurs coûts. Autoriser les "vols libres"
permettrait d'économiser près de 17
% sur les dépenses en carburants.
Nous
avons donc le choix entre des mesures qui ont aussi
pour conséquence de freiner la croissance économique
et l'innovation, et d'autres mesures qui auraient pour
avantage de libérer les ressources créatives
de la société tout en augmentant ses capacités
de résilience. L'effet des activités humaines
sur le climat restera encore pour très longtemps
une inconnue. Des événements imprévus
et imprévisibles, les uns d'ordre naturel, les
autres provoqués par les hommes, se produiront.
Pour ces raisons, la meilleure police d'assurance possible
est celle qui améliore la capacité générale
de la société à affronter les désastres,
qu'ils soient d'ordre écologique ou autres. Libérer
les secteurs économiques, notamment ceux qui
sont les plus consommateurs d'énergie, apporte
deux formes d'assurance : cela renforce l'innovation
dans le secteur de l'énergie, cependant que cela
améliore également la résilience
globale.
La
croissance économique, les institutions du marché,
et l'avance technologique représentent souvent
la forme la plus élaborée et la plus efficace
d'assurance dont nous puissions bénéficier.
DES
HYPOTHESES BIEN INCERTAINES
Le
rapport 1995 de l'IPCC
(Intergovernmental Panel on Climate Change)
est généralement considéré
comme l'avis le plus complet et le plus autorisé
concernant l'état de la science des climats.
Pourtant ce rapport, qui est censé représenter
le consensus de la profession, est particulièrement
équivoque en ce qui concerne la nature et l'importance
de l'effet des activités humaines sur le système
climatique. L'affirmation la plus forte concernant l'existence
d'un lien entre les rejets dans l'atmosphère
et les changements climatique se réduit à
une phrase où il est dit simplement que "tous
comptes faits, les preuves suggèrent la présence
d'une influence humaine perceptible sur le climat terrestre".
On peut difficilement se fonder sur une phrase aussi
nuancée pour justifier la mise en place de tout
un appareillage de contrôles, d'impôts et
de subventions publics. Les conclusions de l'IPCC sont
en fait extrêmement prudentes. Elles font apparaître
beaucoup d'incertitudes dans un grand nombre de domaines.
- Les
modèles. "La validation des modèles
est l'un des éléments les plus importants
de nos efforts pour prévoir les futures variations
de climat. Bien que l'efficacité des modèles
se soit généralement améliorée
au cours des dix dernières années, tous
ces modèles contiennent encore des erreurs
systématiques dans la manière dont ils
appréhendent la moyenne ainsi que la variabilité
des statistiques climatiques. Ces erreurs réduisent
notre confiance dans la capacité des modèles
de circulation globale atmosphère-océans
à prédire les changements imputables
aux activités humaines".
- Les
variations du niveau de la mer. "Les estimations
actuelles sur la montée des eaux de surface
et des eaux souterraines sont très incertaines
et résultent essentiellement de spéculations.
Nous n'avons pas trouvé de preuves nouvelles
réellement convaincantes qui soient susceptibles
de nous inciter à modifier la conclusion du
rapport 1990 selon laquelle l'impact net sur les cent
dernières années est probablement proche
de zéro, ou à tout le moins seulement
très légèrement positif".
- Les
changements du temps. "Dans l'ensemble, rien ne
prouve que les changements de temps extrêmes
soient, d'une manière générale,
plus fréquents qu'autrefois, ni que la variabilité
des climats ait augmenté au 20ème
siècle, tout en sachant que les données
et les analyses dont nous disposons sont pauvres et
loin d'être complètes. Au niveau régional,
on a des indices évidents de changements. Certaines
de ces évolutions se sont faites vers une plus
grande variabilité; d'autres vers une moindre
variabilité".
- "Bien
qu'on discerne une certaine cohérence dans
les tendances observées, il devrait être
clair d'après ce qui précède
que les données et les modèles dont
nous disposons restent incapables de nous donner une
description complète et fiable des changements
de climat. Si les moyennes globales suggèrent
la présence d'un élément d'influence
humaine sur les températures observées,
on ne peut considérer qu'elles établissent
la preuve certaine de l'existence d'un lien de cause
à effet entre les facteurs anthropogènes
et les variations de température à la
surface de la Terre."
Réalisé
en 1995 le rapport de l'IPCC n'est pas le dernier mot
de la science sur ce sujet. Depuis lors, de nombreux
autres rapports ont été publiés
qui insistent sur le caractère incertain des
prévisions ainsi que la faible probabilité
de voir les activités humaines menacer l'humanité
d'une véritable catastrophe climatique. L'un
de ces rapports est celui publié au début
de l'année 2000 par le
National Research Council de l'Académie
américaine des sciences (National
Academy of Science). Il a attiré l'attention
de la presse parce qu'il y est confirmé que les
températures terrestres auraient augmenté
au cours des vingt dernières années. Toutefois
l'étude révèle aussi que ce réchauffement
a à peine affecté la troposphère
qui est pourtant ce niveau de l'atmosphère décrit
par les modèles informatisés comme celui
qui devrait être le plus sensible à l'augmentation
de la concentration des rejets de gaz à effet
de serre. Sa conclusion est que l'importance de l'effet
des activités humaines sur les températures
globales est très incertain et qu'il faut intensifier
les recherches. D'autres études scientifiques
vont dans le même sens.
- Un
article de la revue Nature
(Juin 1998) explique que "le volume annuel global
des rejets de gaz méthane est resté
pratiquement constant durant la période 1984-96,
que le taux de croissance de ces rejets diminue, ce
qui semble indiquer qu'on se rapproche d'un état
stable correspondant à la durée de vie
du méthane dans l'atmosphère." On en
déduit que le niveau de gaz méthane
dans l'atmosphère ne devrait pas augmenter
de façon significative au cours des cent prochaines
années.
- En
Octobre 1998, James Hansen, le climatologiste dont
le nom est depuis longtemps associé aux pires
projections concernant l'effet de serre, écrit
: "les forces qui commandent les évolutions
climatiques de long terme ne sont pas connues avec
suffisamment de précision pour permettre de
prédire les changements à venir". S'il
est si difficile de faire des prévisions en
ce domaine, explique Hanse, c'est parce que "si les
gaz à effets de serre dus à l'activité
humaine, que l'on mesure assez bien, entraînent
bel et bien un effet de réchauffement positif,
d'autres forces, beaucoup moins bien appréhendées,
elles aussi liées aux activités humaines
- comme par exemple les aérosols, les nuages,
l'aménagement du territoire - provoquent des
effets inverses qui tendent à s'opposer à
ceux de l'effet de serre.
- Dans
une étude d'Octobre 1998 sur l'absorption naturelle
des CO2 des chercheurs ont mis dans deux modèles
informatiques toutes les données dont ils disposaient
sur l'évolution des niveaux d'oxydes de charbon
relevés entre 1988 et 1992 dans 63 stations
d'observation maritimes. L'un de ces modèles
était destiné à mesurer l'effet
de rétention d'oxydes de carbone par les océans,
l'autre à estimer comment ces oxydes sont redistribués
par les courants aériens. Ce qu'ils ont trouvé
est que l'Amérique du Nord pourrait être
un absorbeur d'oxydes de carbone bien plus important
que ce qui était généralement
estimé, et même que le continent Nord
Américain pourrait bien absorber plus d'oxydes
qu'il n'en est rejeté par l'industrie américaine.
- En
mars 1999, des scientifiques ont révélé
que lors des trois dernières grandes périodes
de réchauffement terrestre le relèvement
des températures avait précédé
l'augmentation des C02 dans l'atmosphère.
Se fondant sur l'étude d'échantillons
de la calotte glacière prélevés
dans l'Antarctique, ils ont observé que l'augmentation
de la concentration des oxydes de carbone s'est produite
des siècles après "le début du
réchauffement de chacune des trois dernières
périodes de déglaciation terrestre".
- Contrairement
à l'idée reçue selon laquelle
ce sont les rejets industriels qui causeraient le
recul de la banquise, une étude de novembre
1999 révèle que la banquise ouest du
continent antarctique s'est mise à reculer
bien avant que l'industrie moderne commence à
rejeter des gaz à effet de serre. En fait la
calotte glaciaire y a reculé approximativement
de 120 mètres par an depuis 7500 ans, et sa
vitesse de rétraction n'a pas augmenté.
Les scientifiques auteurs de cette étude en
concluent que "le recul actuel de la calotte participe
d'un mouvement qui a commencé dès le
milieu du Holocène. Ce n'est donc pas la conséquence
d'un réchauffement lié aux activités
humaines."
Ces
résultats, comme beaucoup d'autres, nous incitent
à nous montrer plutôt sceptiques à
l'encontre des affirmations des écologistes pour
qui l'accroissement des rejets de gaz à effet
de serre conduit inévitablement à une
apocalypse climatique.
LES
IMPLICATIONS D'UN RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE
Déterminer
si les activités humaines exercent effectivement
une influence ou non sur le climat n'est qu'une première
étape avant de se demander si les pouvoirs publics
doivent réagir, et comment. Il n'y a pas encore
de réponse définitive à la question
de savoir si les changements climatiques qui résulteraient
de l'influence des activités humaines seraient
en eux-mêmes une menace ou non pour l'humanité.
Le climat de la terre n'a jamais cessé de se
modifier au cours des millénaires, et nous ne
disposons d'aucune base solide qui permettrait d'affirmer
que les conditions climatiques actuelles correspondent
à un état optimal qu'il conviendrait de
maintenir pour le reste des temps. Nous disposons au
contraire de suffisamment de preuves historiques pour
penser qu'un léger réchauffement de la
planète serait sans doute ce qui conviendrait
le mieux à la plus grande partie de l'humanité
actuelle, ainsi qu'au monde naturel.
Depuis
dix ans, selon Robert
Mendelsohn de la Yale School of Forestry,
on assiste à une quasi révolution dans
l'interprétation de ce que serait l'impact probable
d'un réchauffement climatique sur notre environnement
naturel. "Les écologistes, écrit-il, ont
cessé de prédire une grande catastrophe
écologique; ils admettent désormais que
sur le long terme cela devrait plutôt augmenter
la productivité des activités primaires,
sans qu'il y ait de désastre économique.
" Il se pourrait que les régions côtières
subissent les conséquences d'une montée
du niveau moyen des mers, ou celles de tempêtes
tropicales plus fréquentes, mais globalement
la productivité des activités agricoles
et forestières devrait croître de manière
significative.
Le
diagnostic des recherches en cours est que là
encore on se heurte à "une grande incertitude
pour savoir si l'impact définitif de la tendance
prévue au réchauffement pour le siècle
qui vient sera une chose plutôt bonne ou mauvaise
pour l'humanité". De même qu'ils ont modéré
leurs prévisions sur le réchauffement
lui-même, les chercheurs ont aujourd'hui plutôt
tendance à revoir à la baisse leur évaluation
des effets que cela pourrait entraîner - certains
allant même jusqu'à affirmer qu'un petit
réchauffement pourrait être une excellente
affaire. Même si l'on se fonde sur les scénarios
les plus pessimistes, écrit Indur Goklany, il
est clair que pour encore un bon bout de temps "les
hommes resteront confrontés à des problèmes
d'environnement et de santé autrement plus importants
et plus urgents que ceux découlant de la menace
de changement climatique." Pour Mendelsohn, "ce n'est
pas un problème qui présente un degré
d'urgence tel qu'on prenne le risque de se lancer tête
baissée dans des programmes d'action inadaptés
et mal conçus." Même si l'hypothèse
d'un réchauffement progressif du globe est fondée,
il n'en reste pas moins que nous avons du temps devant
nous pour mettre au point des stratégies d'adaptation
et d'atténuation des conséquences de l'effet
de serre sans que nous nous précipitions pour
nous imposer un calendrier de contrôle des rejets
du type de celui adopté lors de la réunion
de Kyoto. Il n'y a rien qui urge…
COMMENT
ESTIMER LA VALEUR DE L'ASSURANCE CONTRE L'EFFET DE SERRE
Les
arguments pour justifier l'urgence d'une action se présentent
tous sous la forme d'une variante du principe de précaution
qui se résume essentiellement à affirmer
qu'il vaut mieux s'y prendre à l'avance que de
s'en mordre les doigts demain. Un exemple typique de
ce genre d'approche nous est donné par cette
phrase du Président du Council
on Sustainable Development :" Lorsqu'on est
en présence d'un risque grave pour la santé
publique, ou lorsqu'on craint que des dégâts
irréparables soient faits à l'environnement,
la prudence doit prévaloir même face à
de sérieux doutes scientifiques." Dans la même
veine, un document signé de plusieurs dizaines
d'experts et d'activistes adopte le point de vue selon
lequel "quand une activité humaine aggrave les
risques portés à la santé humaine
ou à l'environnement, des mesures de précaution
s'imposent même si la science éprouve encore
des difficultés à établir avec
certitude ce qui est en cause".
Stephen
Schneider de Stanford University est l'un
de ceux qui prêchent pour l'application de cette
approche a l'effet de serre. Il compare ce qui est en
cause à un jeu de paris à hauts risques.
Compte tenu des risques considérables qui en
résultent pour l'humanité, Schneider compare
ne rien faire à ce qui se passerait si un parieur
prenait le risque de mettre en jeu l'ensemble de l'épargne
qu'il entend accumuler pour sa retraite. Même
si les chances sont en votre faveur, explique-t-il,
vous ne pouvez pas parier sur quelque chose que vous
ne pouvez pas vous permettre de perdre. Appliqué
à l'effet de serre, cela signifie qu'on ne peut
pas se permettre de prendre le moindre risque d'un changement
de climat catastrophique dans la mesure où nos
écosystèmes naturels et l'humanité
elle-même risqueraient de ne pas y survivre. Dans
ce cas là, refuser de parier, explique Schneider,
revient à chercher à stabiliser, voire
réduire, le niveau d'accumulation des gaz à
effet de serre. Ce raisonnement est apparemment imparable,
mais il repose sur une mauvaise interprétation
de la notion d'assurance appliquée dans un tel
contexte.
La
comparaison avec un pari implique qu'on suppose qu'il
n'y a aucun coût associé à la réduction
des rejets. On imagine que celle-ci peut se faire sans
frais autres que le coût (écologique et
humain) de la catastrophe finale que l'on désire
éviter. Dans l'exemple pris par Schneider, pour
éliminer tout pari, il suffit de se conformer
aux décisions du Protocole de Kyoto. Ce point
de vue suppose que s'il y a bien un risque de changement
climatique, en revanche on considère qu'il n'y
en a aucun à entreprendre ce genre de politique.
Il se centre sur les risques qui découleraient
d'une poursuite du mouvement passé d'accumulation
de gaz à effet de serre, mais on passe sous silence
les risques qui pourraient résulter de mesures
ayant pour effet de réduire de manière
draconienne notre consommation d'énergie. Il
suppose aussi, sans aucun fondement, qu'il serait possible
de mettre en place un système international de
contrôles à échelle planétaire.
On peut douter de la faisabilité d'une telle
idée, surtout quand on constate déjà
à quel point il est difficile pour la communauté
internationale de s'entendre sur un accord qui permettrait
de contrôler efficacement l'application du traité
sur la prolifération des armes nucléaires.
Le danger est pourtant beaucoup plus immédiatement
appréhensible.
Il
faudrait des réductions de rejets énormes
pour bénéficier d'une réelle assurance
contre les conséquences possibles de l'effet
de serre. Comme il a déjà été
signalé, même les projections les plus
optimistes sont fondées sur le calcul qu'il faudrait
une diminution du volume global des rejets de l'ordre
de 60 à 80 % seulement pour espérer un
jour aboutir à une stabilisation du taux des
gaz à effet de serre présents dans l'atmosphère.
Cela impliquerait une réduction de la part des
pays industrialisés dans ces rejets encore plus
importante, accompagnée d'un plafond aux accroissements
de rejets autorisés pour les autres pays. Jusqu'à
présent, aucun projet politique sérieux
n'a pris le risque de proposer ce type d'assurance,
et cela pour de bonnes raisons. On est encore très
loin de voir les énergies alternatives fondées
sur l'énergie solaire ou la diffusion des éoliennes
prendre le relais des sources traditionnelles pour couvrir
la demande actuelle, et encore moins celle de demain.
Globalement, ces énergies sont plus coûteuses
et moins fiables que leurs équivalents à
base de carbone fossile, et elles ne sont absolument
pas en mesure de répondre même à
l'essentiel des besoins de nos sociétés
modernes. Les autres possibilités alternatives
- telles que le nucléaire et l'hydraulique -
se heurtent désormais à des obstacles
politiques, du moins pour le moment.
Les
stratégies de contrôle des rejets ne peuvent
constituer une assurance appropriée parce qu'elles
ne permettent pas de réduire les risques associés
à l'effet de serre à un coût socialement
acceptable - même en admettant qu'elles permettent
de réduire les risques, ce qui n'est pas nécessairement
certain. Si l'on accepte les projections de l'IPCC,
il faut alors en déduire qu'une large part du
réchauffement attendu au cours du présent
siècle est d'ores et déjà un fait
accompli, quelque chose à quoi on ne peut déjà
plus rien. Imposer des plafonds aux rejets n'empêchera
pas le réchauffement; au mieux, cela réduira
un petit peu l'augmentation des températures
attendue. Mais en même temps, même cet effort
limité comportera un coût qui se traduira
par une réduction de la capacité de résilience
de nos sociétés qui est une fonction de
leur niveau de richesses et de leur aptitude à
en générer de nouvelles.
Selon
certaines sources, les coûts nécessaires
pour éliminer l'effet de serre lié aux
activités humaine seraient d'un ordre de grandeur
vraisemblablement égal au coûts qu'imposeraient
à nos sociétés l'effet lui-même.
Par exemple, une récente étude cosignée
par le professeur William
Nordhaus de Yale Université suggère
que le rapport coûts/avantages des politiques
prévues au Protocole de Kyoto serait de l'ordre
de 7 à 1. Autrement dit, leur coût global
serait approximativement sept fois plus élevé
que le montant des coûts environnementaux évités
du fait des actions entreprises. Ainsi, même si
on accepte la validité des modèles de
projections actuels, il n'est pas certain qu'agir pour
empêcher le réchauffement de se produire
nous coûte moins cher que de simplement chercher
à s'y adapter.
UN
CHOIX DE POLITIQUE "SANS REGRETS"
De
nombreuses raisons justifieraient à elles seules
qu'on élimine les subventions et interventions
publiques qui faussent le fonctionnement des marchés
de l'énergie, réduisent les incitations
à innover, et encouragent les gaspillages. L'effet
de serre en est une supplémentaire car la meilleure
réponse aux incertitudes qui entourent le phénomène
est sans doute de poursuivre une politique qui améliore
à la fois la productivité énergétique
de nos industries ainsi que les capacités de
résilience et d'adaptation de la société.
Ce choix conduirait à réduire progressivement
les rejets de gaz à effet de serre par unité
produite, tout en stimulant la mise au point de nouvelles
technologies qui, demain, permettront d'agir sur les
rejets à un coût économique bien
moindre qu'aujourd'hui, si jamais les craintes entretenues
sur les conséquences de l'effet de serre se confirmaient.
Avec une telle politique, qui implique qu'on ne se presse
pas, il sera plus facile de réaliser un jour
les objectifs déduits des calculs des modèles,
si ceux-ci se vérifient, sans pour autant devoir
accepter des sacrifices en termes de niveau de vie aussi
énormes que ceux qu'il faudrait faire aujourd'hui,
et dans les années qui viennent, en ne comptant
que sur les technologies actuellement disponibles, et
qui auraient peu de chances d'évoluer en raison
des effets dissuasifs des actions réglementaires
sur les déterminants de l'innovation. A l'inverse,
son avantage est que si demain il se révèle
que la menace de l'effet de serre était en définitive
très exagérée, qu'il n'y a en réalité
pas grand chose à craindre, de toute façon
on n'aura pas à regretter les actions entreprises.
C'est ce que les anglo-saxons appellent un choix "sans
regrets". Une politique qu'il est en tout état
de cause conseillé d'entreprendre, et de poursuivre,
qu'il se vérifie ou non que les craintes nourries
par l'effet de serre étaient justifiées.
Nous
présentons dans ce qui suit plusieurs exemples
d'actions et de politique entrant dans cette catégorie
de choix "sans regrets". Il s'agit : 1) de réduire,
voire éliminer les barrières à
l'innovation, de manière à favoriser l'émergence
de techniques qui permettront demain d'améliorer
l'efficacité énergétique de nos
processus industriels, et ainsi d'atteindre plus facilement,
et à moindres coûts, les objectifs de réduction
des rejets compatibles avec une stabilisation à
long terme de leur niveau de concentration dans l'atmosphère,
si le besoin en est confirmé; 2) éliminer
les subventions au développement de l'usage de
certaines sources d'énergie de façon à
réduire les distorsions que cela introduit dans
le fonctionnement des marchés énergétiques,
et qui ont pour conséquence de gonfler les besoins
de consommation, et donc le volume des rejets, par rapport
à ce qui se serait passé dans l'hypothèse
de marchés libres; 3) déréglementer
les marchés, en particulier ceux de l'électricité
et des transports, de manière à y libérer
toutes les capacités d'accroissement de la productivité,
notamment celles qui affectent l'efficience énergétique.
Cette liste n'est absolument pas exhaustive. Il s'agit
simplement de donner un certain nombre d'exemples du
genre de mesures derrière lesquelles devraient
se ranger tant ceux qui croient aux dangers de l'effet
de serre que ceux qui n'y croient pas. Ces mesures n'apportent
absolument pas la garantie que les rejets dans l'atmosphère
diminueront au cours des années qui viennent.
Leur point commun est de nous apporter la promesse de
gains de productivité et d'efficience énergétique
tels que si jamais il se confirme qu'il est effectivement
impératif de mettre en place des limites autoritaires
aux rejets de gaz à effet de serre, cela se fera
à un coût économique absorbable,
sans pour autant avoir rien à regretter si, à
l'inverse, il apparaissait qu'on peut en définitive
faire l'économie de tels dispositifs.
ELIMINER
LES OBSTACLES A L'INNOVATION
Les
entreprises opérant sur des marchés concurrentiels
cherchent en permanence à réduire leurs
coûts. L'énergie est un coût de production.
En conséquence les entrepreneurs sont en permanence
à la recherche de moyens leur permettant de produire
la même chose mais en consommant moins d'énergie.
La pression de la concurrence conduit donc à
réduire la consommation d'énergie, et
avec elle le volume de gaz à effet de serre par
unité produite. C'est pour cette raison que le
contenu énergétique des produits fabriqués
en Amérique et dans les autres pays à
économie de marché ne cesse de diminuer
malgré la baisse des prix de l'énergie.
Les
réglementations publiques, notamment les réglementation
sur l'environnement, représentent souvent un
frein au développement d'innovations qui permettraient
de réduire les rejets dans l'atmosphère.
Un grand nombre de gains qu'il serait possible de réaliser
en matière d'efficience énergétique
exigent d'abord le renouvellement ou le remplacement
des équipements en place. Tout ce qui alourdit
le fardeau réglementaire sur les dépenses
en capital ralentit la réalisation de ces gains
en freinant le rythme de modernisation des équipements.
C'est ce qu'observe une récente étude
de l'Environmental
Law Institute : "Même si notre système
de réglementation de l'environnement nous rend
de grands services, son inconvénient est de placer
de nombreuses barrières à l'innovation".
Parce que ces réglementations alourdissent le
prix qu'il faut payer pour moderniser ou remplacer les
vieilles installations industrielles particulièrement
polluantes par de nouveaux matériels plus propres,
l'actuel système de contrôle des pollutions
conduit souvent à un résultat exactement
inverse de celui recherché. Ainsi que l'ELI le
remarque : "la plupart de nos réglementations
sont fondées sur l'utilisation de maxima d'émission
fixés à partir de normes technologiques
qui constituent autant d'obstacles au développement
de l'innovation". D'autres chercheurs concluent pareillement
que "les normes de type technologique sont celles qui
créent la plus faible incitation à l'innovation
tant pour les technologies qui permettent de réduire
les rejets à production constante que celles
qui ont pour objet d'accroître la production à
rejets constants".
Une
fois qu'une technologie est désignée par
les pouvoirs publics comme étant la plus préférable
du point de vue de l'environnement, pourquoi se fatiguer
à essayer d'en mettre au point une autre qui
soit écologiquement encore plus performante ?
Ainsi que le font remarque Adam Jaffe et Robert Stavins
: "une fois qu'une norme industrielle satisfaisante
a été définie, il n'y a plus guère
d'intérêt à essayer d'adopter ou
de mettre au point une technologie encore plus propre…
Beaucoup d'entreprises craignent que si elles investissent
dans le développement de techniques moins polluantes,
les normes de résultat qui leur sont imposées
ne soient encore relevées".
Selon
l'ELI : " Les normes anti-pollution qui se basent sur
le principe de la meilleure technique disponible créent
de véritables barrières car elles réduisent
les choix industriels aux technologies dont les résultats
en matière de dépollution sont déjà
bien établis. Cette exigence empêche le
processus normal d'évolution et de maturation
que requièrent la plupart des nouveautés
techniques pour arriver à leurs meilleures performance.
Dans bien des cas, elle a pour effet de restreindre
les choix industriels possibles à une seule technique."
L'OTA
(Office
of Technologie Assessment) arrive à
des conclusions similaires. Dans son rapport de 1995,
il écrit : " Les réglementations trop
rigides ont pour conséquence d'enfermer les entreprises
dans le choix des seules technologies qui existent déjà
au détriment d'autres techniques qui leur auraient
peut-être permis de faire encore mieux... Les
normes qui leur sont imposées sont généralement
calquées sur les performances de dépollution
d'une certaine technologie prise comme référence.
Il en résulte que tant les responsables industriels
que les autorités de surveillance auront naturellement
tendance à préférer adopter cette
technique dont ils savent par avance qu'elle permet
de respecter les normes de dépollution imposées
plutôt que d'autres pourtant techniquement plus
avancées et plus innovantes mais qui ne leur
donnent pas cette garantie".
Par
exemple, il est bien connu que la manière dont
est conçu le Clean Air Act décourage le
remplacement des équipements anciens par d'autres
installations plus neuves, à la fois plus efficientes
et moins polluantes. Le résultat est que les
installations industrielles en place, qui par définition
sont celles qui polluent le plus, restent en service
plus longtemps, ce qui accroît le nouveau général
de la pollution. Comme le résume Paul
Portney de Resources
for the Future, "la durée de vie anticipée
d'une usine n'est pas quelque chose qui échappe
à tout contrôle de la firme qui en est
propriétaire. En exigeant que les performances
de dépollution soient d'autant plus strictes,
et donc d'autant plus coûteuses à atteindre,
qu'il s'agit de sources de rejet nouvelles, l'administration
(en l'occurrence l'Environmental
Protection Agency) encourage les entreprises
à conserver leurs vieilles usines plus longtemps."
L'OTA tire la même conclusion : " un tel système
dissuade tout investissement nouveau qui fait que l'industriel
risquerait de se voir imposer de nouveaux objectifs
de dépollution plus stricts, ou qui risque de
lui imposer de longs délais avant de se voir
homologué". C'est ainsi que, selon un recensement
du General
Accounting Office, environ la moitié
des centrales électriques en activité
en 1990 datent d'avant 1971. Que des usines aussi anciennes
continuent encore de tourner est pour une large part
une conséquence de l'actuel système réglementaire.
Tous
ces problèmes sont aggravés par la lourdeur
et la longueur des processus administratifs d'homologation.
"Pour être adopté, tout nouveau projet
doit survivre à deux écueils : le premier,
être approuvé par des dirigeants industriels
qui cherchent à minimiser leurs risques; le second,
être approuvé par des bureaucrates qui
délivrent les autorisations et qui, par définition,
ne sont pas faits pour prendre des risques."
Par
exemple, le titre V du Clean
Air Act n'apporte aucune réelle protection
nouvelle, mais ajoute toute une série de nouvelles
procédures qui se traduisent par autant de nouvelles
possibilités offertes aux autorités fédérales
et locales, et même aux organisations d'écologistes,
d'arrêter un projet. "Le mécanisme des
autorisations, lui aussi, écrit l'ELI, sert à
décourager l'innovation en rendant le processus
d'homologation plus long, plus lourd, et plus aléatoire
que les autres approches plus traditionnelles. L'origine
de ces barrières se trouve dans la surcharge
dont souffrent les bureaux habilités à
délivrer les licences, leur insuffisante expérience,
leur niveau d'expertise trop faible, l'absence de toute
récompense pour ceux qui prennent des initiatives,
enfin la prudence extrême qui caractérise
l'action de toute bureaucratie d'Etat." Tout effort
sérieux des firmes électriques pour réduire
les rejets de gaz à effet de serre en construisant
de nouvelles centrales ou en modernisant leurs installations
existantes se heurte à ces tours d'ivoire, aux
coûts supplémentaires et aux retards qu'elles
imposent, sans parler des refus éventuels auxquels
les entreprises s'exposent. Comme tout le reste de la
loi, ce titre V encourage le statu quo, et joue donc
contre la réduction de l'effet de serre.
Même
la manière dont les niveaux de rejets autorisés
sont calculés incite les entreprises à
laisser fonctionner des établissements qui ne
minimisent pas la pollution. Les normes minimales de
dépollution imposées aux nouveaux équipements
industriels sont calculées sur la base du volume
de polluants rejeté divisé par le nombre
d'unités d'énergie consommées,
et non par référence à la production
finale. Il en résulte qu'une usine qui consomme
plus d'énergie pour un même niveau de production,
et qui rejette dans l'atmosphère plus de polluants,
passera mieux les test de l'administration qu'une autre
pourtant plus moderne et moins polluante, tout simplement
parce que sa production est beaucoup plus importante.
L'EPA (Environmental Protection Agency) a proposé
de changer ses critères, mais il semble que ce
soit encore loi d'être fait.
Ces
effets pervers ne concernent pas seulement l'obtention
des autorisations. Même une fois que celles-ci
sont accordées, les éventuelles modifications
pour améliorer encore les performances de dépollution
des nouveaux équipements sont elles aussi soumises
à de multiples procédures décourageantes
(nouvelles incertitudes, nouveaux coûts supplémentaires,
délais…). C'est pourquoi les industries qui progressent
les plus vite, sont aussi celles qui se plaignent le
plus fort…
D'une
manière générale, tout remplacement
d'un appareillage usagé par un autre appareillage
de même type sera classifié comme un acte
normal d'entretien, alors que son remplacement par des
pièces plus modernes court le risque d'être
considéré comme une modification, et donc
d'être soumis aux dispositions législatives
d'homologation. C'est ainsi que les autorités
d'une région électrique américain
ont un jour décidé que le remplacement
périodique des lames d'une turbine par de plus
modernes pouvait être concerné…
Il
n'y a pas que la réglementation des rejets atmosphériques
qui soit en cause. Dans bien d'autres domaines également,
la réglementation est une cause de retards et
d'incertitudes qui ralentissent l'introduction de technologies
dont l'avantage serait pourtant d'économiser
l'énergie. C'est par exemple le cas des cultures
trangéniques. Il est possible aujourd'hui de
produire des semences qui demandent moins d'engrais
ainsi que l'épandage de moins de pesticides,
ou encore des labours moins profonds. Cela permet de
faire des économies d'énergie sur l'ensemble
de la chaîne d'activités qui va de la fabrication,
du transport et de la distribution de ces produits chimiques
jusqu'aux opérations de labour. Des semences
de maïs, de coton, de pomme de terre ont été
modifiées de manière à fabriquer
par elles-mêmes un pesticide naturel à
partir d'une bactérie appelée Bacillus
thuringiensis (Bt). Cette modification rend la plante
plus résistante aux ravages de certains insectes.
Selon certaines études cette innovation augmente
les rendements de 7 % pour le maïs et de 15 à
17 % pour le coton. Et ce n'est qu'un début.
Selon les experts de la Banque
Mondiale et du Consultative
Group on International Agricultural Research,
le développement de l'ingénierie génétique
devrait accroître les rendements agricoles d'au
moins 25 %. C'est dire la dimension des enjeux. La diffusion
de ces nouvelles techniques d'amélioration des
rendements réduira la consommation agricole d'énergie,
et donc les émissions de gaz à effet de
serre qui y sont liés. Là encore la multiplication
des réglementations peut être fortement
contre productives sur le plan de la lutte contre les
pollutions en devenant une source supplémentaire
d'incertitudes et de délais qui retardent les
processus d'innovation.
ELIMINER
LES SUBVENTIONS ENERGETIQUES
Alors
que le gouvernement et les écologistes ne cessent
de dénoncer l'usage des énergies non renouvelables
d'origine fossile en raison de la contribution qu'elles
apportent à la concentration d'oxydes de carbone,
l'Etat fédéral n'en continue pas moins
à dépenser chaque année des milliards
de dollars pour subventionner la consommation de fuels
producteurs de C02. Autrement dit, certains ministères
contribuent financièrement à l'accroissement
de la consommation alors que d'autres expliquent également
à grands coups de dollars qu'il faut en réduire
l'usage pour minimiser les risques de changement climatique.
Certains des pays qui ont signé l'accord de Kyoto
pratiquent ce genre de subventions à une bien
plus grande échelle encore. Il s'agit pour eux
de freiner la concurrence que de nouvelles énergies
seraient en train de faire à leurs vieilles activités.
Ce qui, à son tour, incite ceux qui ont des intérêts
industriels dans les nouvelles énergies à
demander qu'on leur rende des chances égales.
Le résultat de toutes ces interventions à
contre sens les unes des autres est de créer
de sévères distorsions dans le fonctionnement
des marchés de l'énergie.
Même
si le volume de ces subventions fédérales
n'est pas très élevé, il n'en fausse
pas moins les choix énergétiques. Pour
l'année budgétaire 1999 le ministère
de l'énergie a reçu 384 millions de dollars
au titre de l'aide à la recherche dans le domaine
des énergies fossiles. Le chiffre a été
réduit à 364 millions pour le budget 2000.
Cet argent sert à financer des recherches sur
la liquéfaction des minerais de charbon, la rénovation
des mines, la mise au point de centrales électriques
au charbon plus efficientes, l'amélioration du
taux de récupération des huiles, l'utilisation
des études géologiques off-shore par les
firmes pétrolières privées, etc…
Par comparaison, en 1997 ,12 millions de dollars seulement
ont été affectés au programme chargé
de promouvoir le développement de centrales à
charbon propres (Clean Coal Technology Program - CCTP).
Depuis 1984 ce programme budgétaire a cependant
absorbé plus 1,5 milliards de dollars. Il sert
à financer des recherches sur la mise au point
de technologies avancées permettant d'améliorer
le niveau de dépollution des installations de
production électrique fonctionnant encore au
charbon.
Le
bureau des évaluations budgétaires du
Congrès américain fait remarquer que cet
argent censé servir à la recherche n'a
que rarement donné naissance à des innovations
technologiques commercialement rentables. La distribution
des crédits est inévitablement influencée
par la politique. Il en résulte que les dollars
de l'Etat servent plutôt à financer des
idées relativement marginales…
D'autres
programmes de subventions fédérales contribuent
également à renforcer l'usage des combustibles
fossiles de préférence à d'autres
sources d'énergie. C'est par exemple le cas avec
les crédits du Rural Utilities Service qui servent
à financer l'électrification des zones
rurales les plus isolées. L'objectif recherché
est de rattacher ces zones défavorisées
aux réseaux de transport et de distribution des
grandes centrales alors qu'il s'agit vraisemblablement
de l'un des rares cas où la mise en place de
moyens de production électrique alternatifs -
comme l'électricité solaire - serait en
fait justifiée. Ces subventions contribuent ainsi
à accroître la consommation de combustibles
fossiles et freinent l'essor du marché de certaines
formes d'énergie alternative là même
où elles ont le plus de chance d'approcher la
rentabilité…
Avant
même que d'aller plus loin dans la voie réglementaire,
il conviendrait ainsi de commencer par réexaminer
l'ensemble du budget fédéral de manière
à le purger de tout ce qui peut contribuer au
développement de l'usage d'énergies fossiles
désignées comme responsables de l'effet
de serre. Au lieu de se servir du budget ou de la fiscalité
pour encourager ou décourager l'usage de telle
ou telle forme d'énergie, la politique énergétique
du pays devrait redevenir essentiellement neutre de
manière à ne pas introduire de distorsions
dans le fonctionnement du marché. Même
les programmes de subventions au profit des énergies
alternatives devraient être revus ne serait-ce
que parce que l'argent ainsi dépensé tend
naturellement à financer des opérations
plus "politiques" que commerciales ( comme par exemple
le gigantesque projet de centrale à électricité
solaire développé dans le désert
de Mojave). Les partisans des énergies nouvelles
reconnaissent eux-mêmes que ces subventions visent
plus la prouesse technologique que la viabilité
commerciale, ce qui conduit à des prototypes
qui ne sont ni technologiquement fiables ni économiquement
viables.
Les
subventions à la recherche énergétique
coûtent au contribuable des milliards de dollars
pour des résultats très limités.
Même si, proportionnellement à la dimension
des marchés de l'énergie, elles ne représentent
pas grand chose, elles ne servent en définitive
guère qu'à enrichir les grandes compagnies
au détriment des contribuables. Leur contribution
à l'effet de serre, que celui-ci existe ou non,
apporte une raison de plus pour demander leur suppression.
LIBERER
LES MARCHES ELECTRIQUES
L'un
volets les plus importants de cette stratégie
est celui qui concerne le secteur électrique.
Il faut supprimer les franchises monopolistiques dont
bénéficient encore les entreprises locales
et régionales de distribution. L'avantage de
la déréglementation électrique
sera de favoriser un fort progrès technologique
qui accélèrera la pénétration
du gaz naturel et des autres sources d'énergie
moins polluantes. Ce qui se passe sur les marchés
actuellement confirme qu'en cas de déréglementation
le gaz naturel, qui rejette beaucoup moins de gaz à
effet de serre dans l'atmosphère que les autres
combustibles habituels, devrait prendre rapidement une
place croissance comme principale source d'énergie
pour la production d'électricité….
La
consommation d'énergie est la première
cause responsable de l'effet de serre. Toutes choses
égales d'ailleurs, une forte augmentation de
la consommation entraîne inévitablement
un fort accroissement des rejets de gaz polluants, et
notamment d'oxydes de carbone. Les entraves à
la libre concurrence qui caractérisent ce secteur
représentent autant d'entraves à l'arrivée
de nouvelles innovations qui permettraient de réduire
le contenu polluant des technologies utilisées
pour produire l'électricité. La technique
de régulation habituelle qui consiste à
autoriser les entreprises à fixer leurs prix
sur une base de "cost plus" va à l'encontre du
but recherché d'une plus grande efficacité
énergétique. Elle contribue indirectement
à accroître le volume des rejets par unité
de combustible brûlé. La raison vient de
ce que cette technique permet aux entreprises électriques
de répercuter sur leurs prix l'ensemble de leurs
coûts, y compris ceux de leurs approvisionnements
en combustibles. Si une centrale inefficace consomme
beaucoup plus de charbon qu'une autre qui produit autant
d'électricité, elle n'en est pas moins
assurée de récupérer l'intégralité
de ses coûts plus une marge de profit garantie.
Réintroduire la concurrence dans cette industrie
permettrait de faire disparaître ce système
de motivations perverses. Là encore cela y favoriserait
des progrès technologiques plus rapides favorables
au développement d'une production moins polluante.
L'expérience montre que la diffusion des innovations
technologiques prend en moyenne dix ans de moins quand
il s'agit d'une activité industrielle non réglementée
que lorsqu'on a affaire à un secteur sous tutelle
de l'Etat.
L'Agence
pour la protection de l'environnement (EPA) ainsi que
de nombreux groupes écologiques craignent que
la déréglementation ne conduise à
une augmentation de la consommation de charbon, et donc
à un accroissement des rejets de gaz à
effet de serre. L'Energy
Information Administration (EIA), dans un
rapport au Sénateur James Jeffords (Républicain
de l'Etat du Vermont) note par exemple que "le volume
des rejets devrait augmenter d'ici à 2015, qu'il
y ait ou non ouverture de l'accès aux réseaux"…
En
réalité, il y a de bonnes raisons de croire
que la déréglementation augmentera la
part des centrales à gaz naturel dans la production.
Le gaz naturel n'est pas seulement une source d'énergie
dont le niveau concurrentiel des prix s'accroît
tous les jours. Il présente également
l'avantage de rejeter dans l'atmosphère moins
de gaz à effet de serre que les autres technologies
de production à base de combustibles fossiles.
Les systèmes de cogénération doublent
la production d'électricité par la récupération
de la chaleur ainsi produite pour d'autres usages. Au
fond, la même consommation d'énergie sert
à deux choses à la fois, ce qui permet
de réduire les coûts ainsi que les rejets.
Comme le fait observer le PDG de Trigen, Michael
Casten, "quand une centrale de taille appropriée
est construite sur un site où il existe des débouchés
pour des utilisations commerciales possibles de la chaleur,
cette récupération permet d'économiser
de l'argent mais aussi d'éviter de brûler
autant de fuel qu'il en faudrait pour la produire indépendamment."
Le
rendement thermique d'une centrale électrique
américaine est actuellement de 33 % en moyenne.
Avec une turbine à gaz en cycle combiné
avec cogénération le rendement peut approcher
les 90 %. Normalement les centrales fonctionnant principalement
au gaz naturel devraient donc progressivement prendre
la place des vieilles centrales à charbon, pour
autant cependant que la réglementation publique
n'entrave pas leur développement.
Ceux
qui considèrent que la restructuration électrique
en cours aggravera la pollution négligent la
manière dont les barrières réglementaires
freinent l'amélioration des rendements énergétiques.
Un régime réglementaire qui permet aux
entreprises de distribution électriques de couvrir
leurs frais en les répercutant totalement sur
la note des utilisateurs incite plus au gaspillage des
ressources qu'à leur conservation. L'Etat encourage
l'irresponsabilité en matière de consommation
d'énergie. Comme l'écrit Lawrence
Summers, l'actuel sous-secrétaire
d'Etat au Trésor, "aujourd'hui, étant
donné que les utilities peuvent sans problème
répercuter l'intégralité de leurs
coûts, elles ne sont aucunement incitées
à améliorer le fonctionnement de leurs
cogénérations, et donc à réduire
leurs coûts, en jouant sur les rendements thermiques
de leurs installations".
Les
adversaires de la déréglementation se
focalisent sur les grandes centrales à charbon
du Midwest, craignant que la déréglementation
n'ait pour conséquence d'y accroître la
pollution. Michael Banta, de l'Indiana
Power and Light Company, leur répond
que "ce qui est le moins cher n'est pas nécessairement
ce qui pollue le plus. Les centrales anciennes qui sont
les plus polluantes sont aussi le plus souvent les plus
coûteuses à faire fonctionner, car les
moins efficaces. Comme les centrales nucléaires
la plupart de ces usines n'auraient aucune chance de
survivre longtemps dans un marché où la
concurrence serait réellement libre. " Pour Banta
cela apparaît encore plus clairement quand on
tient compte de la contrainte qu'impose à ces
centrales anciennes l'obligation d'acheter des quotas
d'émissions, ou d'installer des équipements
de contrôle supplémentaires.
Selon
The
Economist, "la libéralisation
des marchés électriques aura peu d'effet
sur l'environnement. Elle accélèrera le
passage du charbon à un gaz naturel plus propre."
Les centrales à gaz rejette en moyenne 40 % d'oxydes
de carbone en moins par unité d'énergie
produite par rapport aux centrales à charbon.
De plus, le gaz lui-même coûte moins cher
à produire. Globalement, les centrales à
charbon resteront majoritaires pendant encore un certain
temps, mais l'augmentation de la part du gaz paraît
inéluctable. L'EIA annonce que "la part du gaz
naturel dans la production d'électricité
(à l'exclusion de la cogénération)
triplera entre 1996 et 2020, passant de 9 à 30
%".
Les
turbines à gaz, dérivées des réacteurs
d'avion, représentent à l'heure actuelle
le moyen le plus économique pour produire de
l'électricité. Le combustible sert à
faire tourner la turbine qui produit l'électricité.
Les cycles combinés sont des systèmes
où la chaleur qui provient de la turbine de combustion
est récupérée pour fabriquer de
la vapeur qui à son tour sert à faire
tourner d'autres turbines, ce qui permet d'obtenir davantage
d'électricité. Par ce procédé,
on récupère en électricité
plus de 50 % de l'énergie qu'il a fallu brûler
pour activer la turbine à gaz. Alors que dans
une centrale à charbon classique, on ne récupère
sous forme d'énergie électrique finale
que 35 % seulement de l'énergie initialement
mobilisée. Le fait de brûler moins de combustible
pour obtenir la même production se traduit par
autant de rejets en moins dans l'atmosphère.
Même
les compagnies électriques se tournent désormais
vers des centrales à gaz de dimensions beaucoup
plus petites pour couvrir leurs besoins aux heures de
pointe et assurer la distribution électrique
aux marges du réseau. C'est ce qu'on appelle
la production décentralisée. Un évènement
sans doute révolutionnaire est l'apparition de
micro turbines à gaz de la taille d'un bureau
susceptibles d'assurer les besoins d'une maison ou même
d'un magasin de ville, et qui seront sans doute bientôt
fabriquées en grande série. La perspective
d'une telle micro production d'électricité
renforcera la dépendance des systèmes
électriques sur le gaz, et pourrait même
hâter brutalement la disparition du charbon -
facilitant là encore la réduction des
rejets de gaz à effet de serre. Avec ces micro
turbines on verra également émerger une
sorte de réseau bis s'appuyant sur ces grandes
artères de transport et de distribution d'énergie
que constituent les pipe lines de gaz naturel.
Au
fur et à mesure que la liberté de choix
en électricité s'étendra et réduira
le rôle de l'Etat dans la sélection des
sources d'énergie, les consommateurs pourront
eux même prendre directement en charge davantage
de choses. Pour anticiper sur ce qu'ils considèrent
être une donnée forte de l'évolution
future de la demande, des sociétés comme
Green
Mountain Energy Resources et
Enron ont entrepris
d'offrir à leurs clients des contrats d'énergie
propre. Les entreprises aiment se présenter elles
aussi comme des amies de l'environnement. C'est un argument
de vente auquel peuvent être sensibles certains
utilisateurs. C'est ainsi que d'ores et déjà
certains groupes écologiques s'efforcent d'orienter
les choix des consommateurs vers l'achat d'électricité
"propre" - c'est à dire produite à partir
d'une source d'énergie primaire à faible
pollution - en rassemblant pour eux l'information sur
les contrats susceptibles de leur être offerts.
Pour
l'instant, ces actions ne concernent encore que moins
de 5 % des acheteurs. Néanmoins il semble qu'un
pourcentage non négligeable de ménages
seraient prêts à acheter de l'électricité
propre s'ils en avaient la possibilité. Par exemple,
145 clients domestiques et 20 établissements
commerciaux ou industriels de la petite régie
municipale qui dessert Transverse City dans l'Etat du
Michigan - soit environ 3% de ses 8000 clients - ont
signé pour acheter de l'électricité
qui ne soit plus produite avec du charbon mais par des
moyens éoliens.
Même
si le surprix reste actuellement assez élevé,
la déréglementation totale devrait accroître
la diversité des choix offerts aux consommateurs,
et leur faciliter l'accès à de tels contrats.
L'Administration Clinton estime par exemple que la restructuration
de l'industrie électrique rapportera environ
230 dollars d'économies par an aux ménages
américains du fait de la baisse des prix attendue.
Celle-ci incitera davantage de ménages US à
"verdir" leur consommation électrique. Par ailleurs,
la chute des prix modifiera la structure relative des
prix des différents combustibles, en sorte que
l'électricité sera demain davantage utilisée
dans toute une gamme de métiers et d'activités
qui jusqu'à présent fonctionnaient sur
la base de combustibles plus polluants. C'est ainsi
que Resources
for the Future explique : "La baisse des
prix - et donc l'accroissement de production qui en
résultera - ne nous condamne pas nécessairement
à voir la pollution de l'air augmenter. De meilleurs
prix de l'électricité pourraient conduire
les usagers aussi bien domestiques qu'industriels ou
commerciaux à se tourner vers l'énergie
électrique et ainsi abandonner d'autres sources
d'énergie qui contribuent d'une manière
plus importante à la pollution de l'air et de
l'environnement. Par exemple, il pourrait se produire
que les gens achètent davantage de tondeuses
ou même de voitures électriques de préférences
à des engins équipés de moteurs
à combustion interne fonctionnant à l'essence.
Dans les ateliers industriels, les moteurs électriques
remplaceront par exemple les diesels et autres chaudières".
De
la même façon, Karen Palmer observe que
"si la concurrence fait baisser les prix de l'électricité
par rapport à ceux des autres combustibles, comme
le gaz naturel, il pourrait s'en suivre une forte explosion
de l'usage de l'électricité dans l'industrie,
ce qui réduirait le volume des rejets polluants.".
Elle poursuit : "par exemple une baisse du prix relatif
de l'électricité pourrait inciter un certain
nombre de familles à remplacer leur chauffage
au gaz par l'achat d'une pompe à chaleur électrique
dont la caractéristique est de consommer moins
d'énergie primaire par unité de chaleur
produite… Il est donc tout à fait plausible qu'ainsi,
dans le long terme, la restructuration électrique
conduise à ce que le développement industriel
se fasse avec des usines beaucoup moins polluantes que
celles que l'on connaît aujourd'hui en moyenne"….
LE
PRINCIPE DE RESILIENCE
Le
véritable choix auquel nous sommes confrontés
en matière d'effet de serre est entre:
1/
prendre des mesures qui limitent les choix économiques
des individus et ont pour conséquence de
freiner la croissance ainsi que l'innovation, et
2/
prendre d'autres mesures qui libèrent les
énergies créatrices de manière
à favoriser l'innovation et renforcer ainsi
les capacités de résilience de la
société.
Nous
ne connaîtrons jamais parfaitement l'impact des
activités humaines sur l'évolution des
climats. Celle-ci restera en partie déterminée
par une multitude d'événements naturels,
ou conséquences d'actions humaines, que nous
ne sommes pas, et seront jamais en mesure de prévoir.
C'est pour cela que la meilleure politique d'assurance
consiste à améliorer la capacité
générale de la société à
faire face à tous les désastres écologiques
ou autres qui pourraient se produire, et pas seulement
se contenter d'atténuer les effets d'un scénario
particulier dont nous ne sommes même pas sûrs
qu'il se réalisera.
L'importance
de l'environnement institutionnel et économique
comme facteur de résilience s'observe très
directement dans la manière dont les désastres
naturels affectent différemment les sociétés
humaines selon l'endroit du globe où l'on se
trouve. Un ouragan qui frappe le Bengladesh ou la République
Dominicaine y a un effet beaucoup plus dévastateur
qu'un autre ouragan de même force qui touche la
Floride ou la Caroline du Nord. Il en va de même
avec les tremblements de terre selon que cela se passe
au Nicaragua ou en Inde, ou au contraire en Californie.
Bien que la valeur des dommages matériels soit
beaucoup importante lorsqu'un cataclysme naturel frappe
une partie du territoire des Etats-Unis - à cause
de la plus grande accumulation et concentration de richesses
économiques -, on y compte en revanche beaucoup
moins de pertes en vie humaines que dans les pays pauvres.
Comme l'explique Indur Goklany : "Le niveau de richesse
à lui seul explique une large part de la vulnérabilité
plus ou moins grande des sociétés aux
agressions de la nature. De même qu'une personne
qui a le SIDA est moins protégée contre
les maladies infectieuses, de même ce sont les
sociétés les plus pauvres qui y sont les
plus vulnérables." Cette plus grande vulnérabilité
est une fonction de leur pauvreté, mais aussi
de leur choix fréquent pour des institutions
économiques centralisées.
Lorsqu'une
catastrophe naturelle frappe un pays pauvre il faut
généralement beaucoup plus de temps que
dans les pays riches pour remettre en ordre les services
et les infrastructures les plus essentielles. Ce n'est
pas seulement à cause des différences
de richesse, mais aussi de la plus grande résilience
que procure la capacité des économies
de marché à réorienter les ressources
vers les zones touchées. Les prix et autres mécanismes
de rétroaction des marchés envoient des
signaux très forts aux entrepreneurs, aux managers
et aux commerçants pour qu'ils approvisionnent
en priorité en marchandises et services les plus
urgents la zone où une catastrophe vient de se
produire. La réponse est beaucoup plus rapide
et beaucoup plus efficace que dans un système
de planification centralisé. Ainsi la plus grande
vulnérabilité que les nations en voie
de développement doivent à leur état
de pauvreté se trouve mamplifiée par leurs
systèmes d'économie centralisée.
Tout mécanisme dont l'effet est d'altérer
les capacités dynamiques d'une économie
de marché ne peut que rendre la société
encore plus vulnérable aux troubles de l'environnement
naturel, que ceux-ci soient ou non la conséquences
d'activités humaines.
Il
faut aussi se rappeler que la santé est fonction
du niveau de vie. De même la qualité de
l'environnement naturel, quoique à un moindre
degré. L'état sanitaire de la population
est généralement meilleur là où
le niveau de vie est le plus élevé. De
même, les pays les plus riches sont ceux qui disposent
généralement de la meilleure qualité
d'environnement. Il en résulte que freiner le
dynamisme économique d'un pays par des politiques
de contrôles autoritaires peut avoir un impact
considérable sur la qualité de vie, notamment
en y réduisant l'espérance moyenne de
vie. Les chercheurs ont prouvé l'existence d'une
corrélation directe entre niveau de revenu et
taux de mortalité, avec un effet d'autant plus
important qu'il s'agit d'une communauté pauvre.
Il en résulte qu'il faut attendre d'une politique
qui réduit le niveau de vie moyen d'une société
qu'elle entraîne une dégradation de l'état
sanitaire moyen de la population (davantage de maladies
et d'accidents), et donc également une augmentation
sensible du nombre de décès prématurés.
C'est ainsi qu'une étude récente conclue
: "Toute politique publique qui a pour effet de réduire
le niveau du revenu disponible, comme c'est le cas avec
la conception actuelle des politiques de lutte contre
l'effet de serre, ne peut qu'entraîner des conséquences
négatives sur l'état de santé général
du pays". Selon certains calculs, on compterait un décès
de plus pour toute perte économique de 4 millions
de dollars. Ce chiffre est relativement faible. Pour
plus de sureté, en prenant 10 millions de dollars
comme base d'estimation, et si on l'applique aux scénarios
envisagés par l'Accord de Kyoto, on arrive à
un coût total en vies humaines de l'ordre de 25
000 morts par an.
La
qualité de l'environnement est liée au
revenu national. C'est normal. Quand on est plus riche,
c'est qu'on est plus efficace, qu'on produit plus avec
moins, et en laissant proportionnellement moins de déchets.
Quand un pays se développe arrive un seuil à
partir duquel l'environnement tend à devenir
plus propre. La Banque mondiale observe que les concentrations
ambiantes des principaux polluants atmosphériques,
tels que les oxydes de soufre, atteignent un niveau
maximum aux alentours d'un revenu par tête de
3000 à 4000 dollars, pour ensuite diminuer. Le
seuil pour les coliformes fécaux dans l'eau est
nettement plus bas, à moins de 1 500 dollars
par habitant. D'où la conclusion de Goklany :
"tout ce qui ralentit la croissance économique
en général retarde également l'accès
à un environnement plus propre".
Il
existe aussi une corrélation entre la richesse
par tête et les rejets de gaz à effet de
serre. Selon l'OCDE,
il apparaît que, pour la période 1971-1988,
chaque fois que le revenu par tête dans les pays
développés s'accroît de 1500 dollars,
lui correspond une baisse de 3,5 % du volume des rejets
d'oxydes de carbone par habitant. De tous les pays,
ce sont effectivement les Etats-Unis qui rejettent le
plus de C02 dans l'atmosphère, mais, rapporté
au produit national, ils en rejettent de loin beaucoup
moins que des pays bien moins riches et bien moins performants
comme la Chine ou l'Inde.
Il
est vrai que la croissance économique et le progrès
technologique entraînent des risques écologiques,
y compris un risque de changements climatiques. Mais
les politiques réglementaires qui prennent pour
cible prioritaire la consommation d'énergie -
la force vitale d'une économie moderne - ne sont
en définitive guère plus sûres.
Parce qu'elles freinent la croissance économique,
ces politiques constituent une entrave au progrès
technologique et aux mécanisme d'adaptation du
marché qui représentent en définitive
la forme la plus puissante et la plus efficace d'assurance
contre les risques impossibles à prévoir.
Indépendamment de savoir si la plus grande menace
écologique qui pèse sur l'humanité
est liée à l'effet de serre, à
la possibilité d'un nouvel âge glaciaire,
ou à toute autre forme imprévisible de
cataclysme, en tout état de cause la société
sera d'autant mieux à même d'y faire face
et d'en surmonter les conséquences que ses institutions
économique seront plus libres. Libéraliser
les principaux secteurs de l'économie, en particulier
celui de l'énergie et de tout ce qui l'entoure,
présente donc deux intérêts : c'est
un gage d'innovation et donc de plus grande efficacité
énergétique, tout en contribuant à
améliorer la résilience globale de la
société.
CONCLUSION
: A LA RECHERCHE DU CHEMIN LE PLUS SUR
Aucune
mesure politique ne pourra jamais faire disparaître
tous les risques potentiels liés à de
possibles changements climatiques. Etant donné
le caractère limité de notre capacité
à prévoir les évolutions climatiques
futures, aucune action ne sera jamais sûre à
100 %. Rien ne nous permettra jamais d'éliminer
tout risque. La seule chose que les dirigeants politiques
puissent faire est de sélectionner parmi toutes
les options possibles celle qui apparaît comme
la plus sûre par rapport aux autres. Celle-ci
n'implique pas nécessairement une plus grande
intervention de l'Etat. Dans certains cas, même
lorsque le danger est le plus grand, il se peut que
le plus sûr soit simplement de maximiser la résilience
de la société. La prescription appropriée
consiste alors non pas à demander à l'Etat
d'intervenir davantage pour contrôler certaines
activités économiques, mais au contraire
de lui suggérer d'intervenir moins. Dans le long
terme, la croissance économique, les institutions
de marché, ainsi que l'innovation technologique
sont en définitive ce que la civilisation a sans
doute produit de mieux comme mécanisme d'assurance.
Les efforts déployés pour libéraliser
l'industrie de l'énergie ainsi que tous les secteurs
qui consomment beaucoup d'énergie profiteront
autant à l'environnement qu'à l'économie.
Les gains économiques viendront du surcroît
de productivité et d'efficience que cela engendrera;
les gains écologiques de la capacité à
produire plus tout en consommant moins d'énergie
et en rejetant moins de pollution par unité produite.
Que l'effet de serre constitue une menace à prendre
au sérieux ou non, la meilleure option consiste
à réduire les freins à l'innovation
et à l'adoption de technologies plus propres.
Une telle stratégie réduira les menaces
qui proviennent de changements climatiques provoqués
par les activités humaines tout en donnant un
coup de pouce au développement économique.
En d'autres termes, c'est ce qui nous donne la meilleure
assurance globale compte tenu des prévisions
que nous pouvons actuellement faire en matière
de climats. Le fardeau de la preuve incombe à
ceux qui voudraient prélever sur les ressources
actuelles de la société pour nous préserver
d'un avenir que nous restons incapables de prévoir
avec un degré de certitude suffisant.
Texte
anglais de Jonathan Adler (avec la contribution de Clyde
Wayne Crews, Paul Georgia, BenLieberman, Jessica Melugin
et Mara-Lee Seivert). Traduction française par
Henri Lepage
Pour
la bibliographie et les références des
textes et études citées, se reporter au
texte anglais original http://www.cei.org/MonoReader.asp?ID=1081:
.
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