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Dans
Les Echos du vendredi 9 juin 2000, le très libéral
Paul
FABRA vante les mérites d'un livre
qui l'est moins, à savoir On
Money and markets : a Wall Street Memoir
du financier Henry KAUFMAN.
Henry
KAUFMAN a deux bêtes noires : la titrisation et
les marchés de produits dérivés.
Rappelons tout d'abord les principes de la titrisation.
Traditionnellement, les banques disposent de créances
à leur actif, créances qu'elles conservent
jusqu'au remboursement du débiteur. Comme le
rappelle Paul FABRA, ces créances conservent
jusqu'au dernier moment leur valeur nominale d'origine,
à moins qu'elles ne deviennent "douteuses".
La
titrisation
a émergé dans les années 60 comme
une innovation destinée à améliorer
le fonctionnement du marché. Les banques vendent
les créances dont elles souhaitent se débarrasser,
à des opérateurs qui acceptent de gérer
ce risque. La titrisation consiste donc à accroître
la division du travail en transférant le risque
à ceux qui sont les plus à même
de le traiter. Comme nous l'avons montré dans
notre article Produits
dérivés et instabilité boursière
: mort aux mythes, la stabilité
du marché s'en trouve accrue puisque les tâches
sont allouées en fonction des compétences.
Les produits dérives remplissent la même
fonction.
Henry
KAUFMAN conteste ce mécanisme. Selon lui, la
titrisation aurait pour conséquence un abaissement
de la qualité moyenne du crédit puisque
le prêteur, sachant qu'il pourra revendre sa créance,
serait moins attentif à la solvabilité
des débiteurs. S'en suivrait un accroissement
de l'incertitude, de la volatilité des prix et
de la liquidité. Le procédé se
retournerait donc contre ses initiateurs.
Pourtant,
cet enchaînement comporte une erreur de raisonnement
cruciale. En effet, si le créancier est moins
regardant sur la qualité des crédits,
il doit s'attendre à vendre sa créance
avec une décote. Or ce n'est pas obligatoirement
dans son intérêt. En effet, tout le raisonnement
de KAUFMAN repose sur le fait que les intervenants sur
le marché seraient prêts à racheter
des créances à un prix qui n'est pas justifié
par leur risque. Cela revient à dénier
toute capacité de jugement aux banques, aux fonds
mutuels ou aux compagnies d'assurance.
En
fait, ce phénomène ne peut s'observer
que dans un seul cas : celui où la banque prend
des décisions hasardeuses du fait de la protection
implicite d'une Banque Centrale, ce que les économistes
appellent le hasard moral. Dans ce cas, l'idée
de KAUFMAN selon laquelle la concurrence serait une
bonne chose dans le domaine de la sphère réelle
et une mauvaise dans le domaine de la sphère
financière vole en éclats. Non seulement
la déréglementation financière
doit être poursuivie, mais elle doit être
prolongée par une déréglementation
monétaire, seule susceptible de re-responsabiliser
les banques et de les recapitaliser.
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