15 Juin 2000

 

 

 

 

Controverse

"OUI, THE MARKET KNOWS BEST ! REPONSE A PAUL FABRA"!

par Nicolas BOUZOU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QU'EST CE QUE LA TITRISATION ?

Extrait du Courrier Economique et financier de KBC Bank SA, Bruxelles

 

 

Dans Les Echos du vendredi 9 juin 2000, le très libéral Paul FABRA vante les mérites d'un livre qui l'est moins, à savoir On Money and markets : a Wall Street Memoir du financier Henry KAUFMAN.

Henry KAUFMAN a deux bêtes noires : la titrisation et les marchés de produits dérivés. Rappelons tout d'abord les principes de la titrisation. Traditionnellement, les banques disposent de créances à leur actif, créances qu'elles conservent jusqu'au remboursement du débiteur. Comme le rappelle Paul FABRA, ces créances conservent jusqu'au dernier moment leur valeur nominale d'origine, à moins qu'elles ne deviennent "douteuses".

La titrisation a émergé dans les années 60 comme une innovation destinée à améliorer le fonctionnement du marché. Les banques vendent les créances dont elles souhaitent se débarrasser, à des opérateurs qui acceptent de gérer ce risque. La titrisation consiste donc à accroître la division du travail en transférant le risque à ceux qui sont les plus à même de le traiter. Comme nous l'avons montré dans notre article Produits dérivés et instabilité boursière : mort aux mythes, la stabilité du marché s'en trouve accrue puisque les tâches sont allouées en fonction des compétences. Les produits dérives remplissent la même fonction.

Henry KAUFMAN conteste ce mécanisme. Selon lui, la titrisation aurait pour conséquence un abaissement de la qualité moyenne du crédit puisque le prêteur, sachant qu'il pourra revendre sa créance, serait moins attentif à la solvabilité des débiteurs. S'en suivrait un accroissement de l'incertitude, de la volatilité des prix et de la liquidité. Le procédé se retournerait donc contre ses initiateurs.

Pourtant, cet enchaînement comporte une erreur de raisonnement cruciale. En effet, si le créancier est moins regardant sur la qualité des crédits, il doit s'attendre à vendre sa créance avec une décote. Or ce n'est pas obligatoirement dans son intérêt. En effet, tout le raisonnement de KAUFMAN repose sur le fait que les intervenants sur le marché seraient prêts à racheter des créances à un prix qui n'est pas justifié par leur risque. Cela revient à dénier toute capacité de jugement aux banques, aux fonds mutuels ou aux compagnies d'assurance.

En fait, ce phénomène ne peut s'observer que dans un seul cas : celui où la banque prend des décisions hasardeuses du fait de la protection implicite d'une Banque Centrale, ce que les économistes appellent le hasard moral. Dans ce cas, l'idée de KAUFMAN selon laquelle la concurrence serait une bonne chose dans le domaine de la sphère réelle et une mauvaise dans le domaine de la sphère financière vole en éclats. Non seulement la déréglementation financière doit être poursuivie, mais elle doit être prolongée par une déréglementation monétaire, seule susceptible de re-responsabiliser les banques et de les recapitaliser.