22 Novembre 2000

 

CONTRE LE PRINCIPE DE PRECAUTION

par Fred Smith, Président du Competitive Enterprise Institute

 

 

 

 

 

UNE REGRESSION DE LA CIVILISATION DU DROIT

par Gérard Bramoullé, professeur à l''Université Aix-Marseille III

 

La transcription écrite de la conférence de Gérard Bramoullé n'étant pas encore disponible, le titre renvoie pour l'instant à la connexion vidéo de la conférence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction.

Alors que l'affaire de la vache folle bat son plein nous vous proposons deux textes critiques d'analyse et de réflexion sur les tenants et aboutissants du principe de précaution.

Fred Smith développe l'idée que c'est en prenant des risques que l'on progresse dans l'élimination (ou la réduction) des risques. Son exemple favori est celui du mythe de Prométhée : si l'homme avait du réfléchir aux risques qu'il prenait en domestiquant le feu (incendier sa cabane, le risque de mourir asphyxié, le risque de se bruler...) et s'il avait appliqué le principe de précaution dans les conditions dans lesquelles il est actuellement préconisé, nous en serions toujours à l'âge de pierre. Le progrès implique l'expérimentation, donc le risque de se tromper. Si l'on élimine toute prise de risque, il n'y a plus de progrès et plus de civilisation. Le principe de précaution est donc absurde dans son essence même. La civilisation passe par des prises de risque "raisonnées" encadrées par un droit de la responsabilité dont le rôle est d'inciter les gens à faire preuve d'une vertu de comportement qui est la "prudence". Le principe de précaution va bien au-delà de la "prudence" puisqu'il aboutit à poser comme règle que là où il existe le moindre doute - ou, tout au moins, là où l'on n'a pas démontré qu'il n'existe avec certitude pas de doute - il faut s'abstenir d'agir. Une telle attitude conduit paradoxalement à l'impossibilité désormais de progresser dans la réduction des risques. Effet pervers classique.

Gérard Bramoullé s'est attardé sur l'histoire du principe, notamment le travail de Hans Jonas, l'inventeur du concept. Il en ressort clairement que le principe est issu d'une attitude typiquement "Saint Simonnienne", mais à l'envers (contre l'industrie, et non au nom de l'industrialisation). Même attitude qui revient à rendre une "élite" responsable de guider l'humanité vers la lumière. Bramoullé montre comment on est passé en quelques années d'un principe qui n'était au fond qu'une reformulation encore relativement raisonnable du "principe de prudence" (Barnier) à une doctrine totalitaire qui envahit tout le champ du droit. On y trouve une dynamique purement "scientiste" du savoir, de type tout à fait saint simonnienne nourrie par l'illusion que crée l'art de la statistique. Le risque devient une notion objectivable et mesurable - alors qu'en réalité la notion même de risque est quelque chose de purement subjectif (personnel) lié à la singularité de situations particulières. On aboutit ainsi à cette absurdité que l'on demande aux tribunaux de vous sanctionner en décidant a posteriori ce que vous auriez du faire (ou ne pas faire) en fonction d'un ensemble d'informations qui n'étaient pas disponibles au moment où vous aviez à prendre la décision. C'est un pas, et un nouveau pas "gigantesque", dans la destruction de la conception juridique classique de la "responsabilité" - où c'est à la victime d'établir qu'il y a eu faute et au tribunal d'apprécier les liens de causalité ( précisément pour rester dans les limites d'une attitude de prudence). Avec le principe de précaution - et surtout la manière dont on est en train de le mettre en pratique - on entre dans un nouvel univers où il suffit que naisse la moindre rumeur sur la présence d'un risque supposé pour que naisse un principe de droit selon lequel vous n'auriez pas du agir - indépendamment de tout comportement de "prudence". Où a-t-on vu qu'une rumeur puisse suffire à poser un principe de droit ? C'est la porte ouverte à toutes les manipulations politiques (c'est bien ce qui se passe actuellement). C'est surtout une régression gigantesque de la civilisation du droit puisque cela nous ramène à l'ère où la simple présence d'une rumeur - une telle est une sorcière ! - suffit pour établir a priori, sans aucune autre forme de procès, que quelqu'un est coupable d'avoir mal fait ! Dans ce nouvel environnement, le "non agir" devient une vertu, alors que dans l'ordre civilisé du droit c'est "l'action raisonnée, donc prudente" qui est vertu. La différence est plus qu'une nuance. Il s'agit bien d'une évolution typiquement de type totalitaire car cela aboutit à la négation pure et simple du libre arbitre individuel dans la mesure où ce n'est plus votre conscience qui doit présider à la prise de risque (l'information personnelle éclairée et tempérée par la conscience) mais l'application de règles et de critères qui vous sont imposés en fonction de l'idée que l'opinion dominante -médiatisée par des "prêtres" - a de ce à quoi correspond le savoir scientifique du moment.

Henri LEPAGE