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Introduction
Avec
l’effondrement du socialisme traditionnel, de nombreux
arguments socialistes contre le capitalisme ont disparu.
Personne aujourd’hui ne songe à prétendre
que la propriété collective et la planification
centralisée sont supérieures à
la propriété privée et le libre
marché en tant que méthodes d’organisation
de l’économie. Or cela ne signifie pas que le
capitalisme n’a plus besoin d’être défendu.
En réalité, nous pouvons vérifier
encore une fois le dicton de Joseph Schumpeter : le
procès du capitalisme est instruit par des juges
- les intellectuels - qui ont déjà sa
condamnation à mort dans leur poche. Ils vont
mettre leur jugement à exécution, quel
que soit le plaidoyer de la défense. Le seul
élément qui change, ce sont les chefs
d’accusation (1). Ainsi, l’accusation
contre le capitalisme - contre la société
libre fondée sur la propriété privée
- change. Aujourd’hui, l’une des attaques les plus courantes
prend la forme d’un ensemble de points d’accusation
qui, avec un terme générique, s’appelle
le " communautarisme ".
Les
critiques communautaristes soutiennent que, alors que
la société libérale permet la création
de richesses matérielles abondantes pour ses
membres, elle les laisse insatisfaits au niveau spirituel
et psychologiquement démunis. La société
libérale met un accent trop fort sur les aspects
égoïstes et individualistes de la vie, et
tend à détruire les liens entre les hommes,
au sein de la famille, dans le voisinage et dans les
innombrables associations qui permettent une vie morale
riche et satisfaisante. Le libéralisme, disent-ils,
glorifie la notion d’un individu totalement autarcique,
indépendant et " atomisé ",
séparé des traditions de la société
qui l’entoure ; ce qui lui a précédé
lui est aussi indifférent que ce qui va le suivre.
Il n’y a pas de place pour l’altruisme, ni pour les
capacités humaines plus nobles pour l’individu
ou pour la société dans un régime
libéral.
Bien
que de plus en plus à la mode actuellement, cette
manière d’attaquer contre le libéralisme
n’est pas nouvelle. En réalité, elle remonte
à environ deux siècles, à la France
des années suivant la Grande Révolution.
Saint-Simon
et les saint-simoniens
La
critique communautariste du libéralisme commence
au fond avec les auteurs français, notamment
Joseph de Maistre. Leur point de départ fut la
Grande Révolution, dans laquelle ils voyaient
une catastrophe intégrale. De leur point de vue,
les Lumières, le libéralisme, la raison
de l’homme, le matérialisme égoïste
et l’esprit de rébellion étaient tous
d’une pièce. Satan fut le premier individualiste,
et l’origine des maux des temps modernes peut être
retracée au déclin de ce qu’ils pensaient
être le consensus caractéristique du Moyen-Age.
L’érosion de la foi inconditionnelle dans le
dogme catholique et en l’autorité suprême
du Pape avait conduit, d’après eux, à
l’âge présent de confusion et de contradiction.
Le terme anomie n’était pas encore inventé,
mais il exprimait la vue théocratique de la nature
des maux de l’époque. Ce qu’il fallait ressusciter
était le consensus social partagé sur
les valeurs fondamentales et les finalités de
la vie humaine, ainsi qu’une renaissance de l’engagement
en faveur des traditions et loyautés anciennes.
Ces
auteurs théocratiques exerçaient une influence
énorme, ce qui surprend peut-être. Leur
mode de compréhension de la société
moderne allait former le développement de la
sociologie au 19ème siècle et au-delà.
Nous pouvons encore aujourd’hui distinguer les traces
de cette école de pensée française
et conservatrice dans la dichotomie de Tönnies
et dans des typologies similaires.
Leur
impact le plus immédiat s’est excercé
sur un autre groupe hautement influent de penseurs français,
dans les deux générations ultérieures.
C’était l’école d’Henri de Saint-Simon
et ses disciples, à la fois ceux qui prétendaient
être dans sa droite lignée, comme Enfantin
et Bazard, et le schismatique Auguste Comte. F.A. Hayek,
dans son ouvrage brillant The Counter-Revolution
of Science, a examiné leurs idées
pour suivre la trace de leur vaste influence.
Saint-Simon
lui-même a subi une phase pendant laquelle il
s’approchait de l’idéologie " industrialiste ",
à la manière des auteurs du Censeur
Européen. Très rapidement, cependant,
il fut attiré par les théocrates français,
et transforma sa doctrine en religion, appelée
le nouveau christianisme. L’école de Saint-Simon
développa la critique théocratique du
libéralisme et de la société capitaliste
en une philosophie de l’histoire.
L’histoire
de l’humanité, selon cette école, démontre
un va-et-vient permanent entre deux types d’ordre social,
l’un organique, l’autre critique. L’interprétation
théocratique du Moyen-Age sert de modèle
d’un âge organique, où il y avait un certain
nombre de valeurs communes, un ordre social harmonieux
et une autorité suprême légitime.
Ce serait en quelque sorte le genre de société
qui convient à la nature humaine, celle où
il se sent content et à l’aise. Or la société
est toujours fondée sur un certain nombre de
croyances, sur le niveau de connaissance atteint par
elle. Avec le temps, la connaissance change et s’étend,
et les fondements intellectuels de la société
organique cèdent. Il s’ensuit un âge critique,
où l’individualisme vient se substituer au sens
de la communauté, et où les valeurs communes
sont remplacées par une cacophonie d’opinions
conflictuelles. L’harmonie devient alors impossible
; l’individu, bien qu’en principe " libéré ",
est incapable de tranquillité spirituelle, et
n’a plus de place assignée dans le monde ; le
résultat final est le passage à une nouvelle
ère, organique celle-là. Celle-ci est
supérieure dans le sens où elle fondée
sur des soutènements intellectuels nouveaux et
meilleurs.
En
tant que positivistes et ingénieurs sociaux par
excellence, les saint-simoniens croyaient que les idées
nouvelles et meilleures étaient désormais
disponibles, grâce aux méthodes et résultats
de la science empirique moderne. Il fallait mettre en
oeuvre une investigation systématique des phénomènes
sociaux à l’aide des méthodes positivistes
et l’application de la connaissance ainsi obtenue à
la restructuration scientifique de la société.
En définitive, tout le monde deviendrait adepte
de ce qu’ils appelaient sans modestie l’Eglise saint-simonienne.
Il
va sans dire que l’économie serait aussi mise
sous les ordres des experts positivistes. L’école
saint-simonienne peut aussi se vanter d’avoir introduit
le concept de planification centralisée de l’économie
dans la pensée socialiste. Entièrement
conscient de l’orientation de leurs idées, Benjamin
Constant accusait les saint-simoniens de vouloir devenir
les papes de la vie économique, et les " prêtres
de Thèbes et de Memphis " de la
vie intellectuelle(2). Ceci est un
point crucial. Si l’objectif consiste à mettre
en place un consensus social largement partagé
sur les valeurs fondamentales, il faudra un groupe d’individus
susceptibles de prétendre sinon à l’infaillibilité,
du moins à une connaissance supérieure
du reste de la société. Le clergé
catholique se voyait de cette manière, de même
que les prêtres de Memphis et de Thèbes,
comme le disait Constant. A notre époque, cette
revendication fut celle du Parti communiste de l’Union
soviétique. Dans les deux cas, la prétention
au privilège intellectuel fut soutenue par des
moyens de coercition. Avec le temps, les revendications
du Parti communiste soviétique ont dû concurrencer
celles du Parti communiste chinois, tout comme l’Eglise
catholique a dû affronter d’autres clergés
chrétiens. En l’absence d’une instance supérieure,
le résultat fut le conflit et la violence. Dans
la société moderne, inévitablement
fragmentée et divisée, il n’existe aucun
moyen de décider pour l’ensemble de la société
sur la supériorité prétendue d’un
groupe quelconque en matière de valeurs et de
significations.
Ceci
forme le problème fondamental qui rend invalide
la position d’Alisdair MacIntyre pour qui la polis
grecque et le royaume médiéval comme les
modèles de la communauté. En ce qui concerne
la polis, l’analyse de Constant ne laisse aucun
doute(3). Il n’y a pas de moyen de
recréer ou même de le reproduire grosso
modo dans le monde moderne. De plus, MacIntyre expose
le problème inhérent à la tradition
anti-individualiste à partir de Saint-Simon.
Lorsqu’il se plaint que dans une société
libérale, " une communauté
n’est qu’une arène dans laquelle les individus
cherchent à satisfaire leur propre conception
de la bonne vie ", se pose une question
inéluctable : comment peut-on savoir qui est
le mieux placé pour choisir une conception de
la bonne vie à la place de l’individu ?(4)
La
racine du problème : le pouvoir étatique
Une
bonne partie du discours communautarien contient à
mon avis un message sensé et important. Quel
que soit le point de vue, la société moderne
entraîne de mauvaises choses. Il est possible
de sympatiser avec ce que dit Michael Sandels : " L’angoisse
de notre époque concerne l’érosion des
communautés intermédiaires entre l’individu
et la nation, de la famille et du quartier en passant
par les villes, jusqu’aux communautés qui se
définissent par une tradition religieuse, ethnique
ou culturelle ". La question qui se pose
cependant est de savoir si la faute à corriger
réside dans le libéralisme en tant que
tel, ou ailleurs ?
La
part de responsabilité du libéralisme
et du capitalisme dans l’existence d’une pathologie
sociale n’était pas une inconnue pour les libéraux
français ; bien au contraire. Constant, et plus
tard Tocqueville, reviennent sans cesse à la
matrice de problèmes qui résultent du
succès même du système capitaliste.
A la différence des économistes britanniques
" pessimistes " de l’époque,
qui prévoyaient la stagnation et une baisse du
niveau de vie, des économistes français
comme Say et Dunoyer s’attendaient à voir les
richesses augmenter pour la grande masse de la population.
C’était la perspective aussi de Constant et de
Tocqueville ; le problème qu’ils entrevoyaient
n’était pas celui de l’ " appauvrissement "
- l’épouvantail marxiste - ou de la paupérisation
de la classe ouvrière, mais au contraire la multiplication
infinie des " jouissances ".
Pour Constant, les possibilités croissantes de
partager les " jouissances "
offertes dans la société moderne avaient
un pouvoir d’attraction puissant. Or, l ’expérience
récente montrait que certains sacrifices étaient
nécessaires pour combattre la tyrannie. Qui avait
combattu Napoléon, bec et ongles ? Etait-ce la
bourgeoisie parisienne qui, même sous Napoléon,
n’était pas privée de leur quête
de plaisirs ? Ou étaient-ce les paysans de Russie
et d’Espagne, qui n’avaient rien à perdre, et
qui risquaient leurs vies pour rejeter la domination
étrangère ?
Nous
savons qu’Alexis de Tocqueville était très
conscient des dangers de ce qu’il appelait péjorativement
l’ " individualisme ", à
savoir la tendance dans la société moderne
de chacun de s’isoler dans un environnement qui ne contient
que lui, sa famille la plus proche et ses amis. Pour
un tel " individualiste ",
la société plus large existe à
peine. En effet, les auteurs communautariens s’appuyent
souvent sur Tocqueville pour mieux attaquer le libéralisme
et la société commerciale. Or le problème
fondamental avec Tocqueville, comme avec Constant, est
que l’ " individualisme "
va ouvrir la porte à la domination de la société
par l’Etat bureaucratique. Il n’y a aucun doute que
le danger principal aux yeux de Tocqueville était
celui du pouvoir étatique et son potentiel de
destruction de l’individualité au sens traditionnel.
En conclusion de La démocratie en Amérique,
il écrit :
" C’est
ainsi que tous les jours [le pouvoir] rend moins
utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il
renferme l’action de la volonté dans un plus
petit espace, et dérobe peu à peu
chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même.
L’égalité a préparé
les hommes à toutes ces choses : elle les
a disposés à les souffrir et souvent
même à les regarder comme un bienfait.
Après
avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes
mains chaque individu, et l’avoir pétri à
sa guise, le souverain étend ses bras sur
la société tout entière ; il
en couvre la surface d’un réseau de petites
règles compliquées, minutieuses et
uniformes, à travers lesquelles les esprits
les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses
ne sauraient se faire jour pour dépasser
la foule ... et il réduit enfin chaque nation
à n’être plus qu’un troupeau d’animaux
timides et industrieux, dont le gouvernement est
le berger. (5)"
Le
besoin de décentralisation
La
décentralisation est devenue un mot-clé
pour les libéraux français ultérieurs.
Elle était considérée comme une
garantie de la liberté, pour plusieurs raisons.
La
division et la dispersion des pouvoirs avaient été
au coeur de ce qu’on appelle le " miracle
européen ". A la différence
des autres grandes civilisations, fondées sur
des empires centralisés, l’Europe s’était
développée en une mosaïque souvent
confondante de juridictions politiques concurrentes.
C’est une longue histoire grandiose que nous n’allons
pas résumer ici ; il suffit de noter que la concurrence
entre ces différentes juridictions avait conduit
au développement d’institutions libres et d’un
système de valeurs qui favorisait le respect
de la liberté personnelle et de la propriété
privée.
Dans
la France du 19ème siècle, l’on considérait
que la division et la dispersion des pouvoirs était
un garde-fou contre la tyrannie. Pour Constant, toute
institution qui prétendait à la loyauté
des hommes était un ennemi supplémentaire
d’un Etat visant à contrôler la société
dans son ensemble. Cela était particulièrement
vrai pour des mouvements sociaux puissants, tels que
le régionalisme.
" Les
intérêts et les souvenirs qui naissent
des habitudes locales contiennent un germe de résistance
que l’autorité ne souffre qu’à regret,
et qu’elle s’empresse de déraciner. Elle
a meilleur marché des individus ; elle roule
sur eux sans efforts son poids énorme, comme
sur du sable.(6)"
Dans
le chapitre important " De l’uniformité "
de son ouvrage De l’esprit de conquête et de
l’usurpation, il déclare :
" Rien
de plus absurde que de violenter les habitudes,
sous prétexte de servir les intérêts.
Le premier des intérêts, c’est d’être
heureux, et les habitudes forment une partie essentielle
du bonheur. "
Une
fois de plus, l’analyse de Constant reste d’actualité
pour les pays occidentaux aujourd’hui qui sont devenus
le théâtre de ce qu’on appelle la guerre
des cultures, par analogie avec les guerres de religion
des siècles précédents. Différents
groupes concurrents tentent de s’approprier le pouvoir
étatique afin de réaliser ses propres
valeurs culturelles - qu’elles soient d’ordre religieux,
moral, éthique, voire esthétique. La " droite "
favorise les valeurs " traditionnelles "
ou " familiales ", alors
que la " gauche " préconise
la diffusion des idées " progressistes ",
" égalitaristes " ou
" éclairées ".
Les deux camps se disputent le contrôle d’instruments
importants de l’appareil d’Etat : les écoles
publiques surtout, mais aussi les médias (dans
les pays où la radio et la télévision
sont contrôles par l’Etat) et les organismes publics
qui financent la culture. La lutte est souvent acharnée,
en particulier lorsque, comme dans le cas de l’Education
nationale, l’enjeu concerne le cerveau des enfants.
Répétons-le : tout cela représente
une tentative, moins brutale que pendant la Révolution
française, d’assurer l’uniformité de la
culture et des valeurs morales moyennant la coercition
de l’Etat.
Contre
les égalitaristes et socialistes qui visaient
à bouleverser les traditions, notamment la religion,
Constant appréciait l’importance des traditions
volontaires, celles engendrées par le
libre fonctionnement de la société elle-même.
A cet égard, Constant voyait plus loin que John
Stuart Mill dont le mépris pour l’ensemble des
traditions de l’humanité a conduit le libéralisme
anglo-saxon dans des directions très malheureuses.
Constant soulignait l’importance des traditions dans
la lutte contre le pouvoir étatique. Ayant vécu
la Terreur et la dictature napoléonienne, il
était l’un des premiers à comprendre le
pouvoir de l’Etat moderne. Tout élément
de la vie sociale susceptible de lui faire obstacle
était le bienvenu à ses yeux. Anticipant
la pensée de Tocqueville et, dans notre siècle,
celle de Bertrand de Jouvenel et de Robert Nisbet, Constant
écrit :
" Si
je repousse les améliorations violentes et
forcées, je condamne également le
maintien, par la force, de ce que la marche des
idées tend à améliorer et à
réformer insensiblement. (7)"
La
critique libérale française était
si incisive qu’elle impressionnait même Karl Marx,
comme on peut le voir dans son ouvrage Le 18 Brumaire
de Louis Napoléon :
" Tout
intérêt commun était ... arraché
à l’activité des membres de la société
eux-mêmes, et transformé en objet de
l’activité gouvernementale, d’un pont, une
école et la propriété communale
d’un village, jusqu’aux chemins de fer, la richesse
nationale et l’université nationale française.
Les partis qui se disputaient la domination [au
cours de révolutions] considéraient
la possession de cet édifice étatique
comme le butin principal du vainqueur ... (8)"
Dans
un travail ultérieur, La guerre civile en
France, Marx écrit de " l’Etat
parasite qui bloque le libre mouvement de la société
et s’en nourrit "(9)
L’Etat
bureaucratique moderne agit de multiples façons
pour déchirer les réseaux de loyauté
traditionnels, comme toujours. Pour la plupart, je ne
trouve pas que les auteurs communautariens soient sensibles
à ce comportement de l’Etat.
Le
renouveau urbain, comme l’on dit, bouleverse et détruit
les quartiers résidentiels depuis plusieurs générations.
Souvent, il les remplace par des cités qui ressemblent
étrangement aux ensembles de tours modernes que
l’on retrouve dans les banlieues des grandes villes
en Europe de l’Est : Budapest, Prague, Varsovie, Berlin-Est,
etc. - même s’il faut admettre que même
les HLM occidentaux sont de meilleure qualité
que ce que le socialisme a produit à l’Est. Ces
cités construites par l’Etat ne pourront jamais
remplacer les voisinages organiques véritables,
pour des raisons explorées par Jane Jacobs dans
son livre Death and Life of the Great American Cities.
Le
droit de discriminer
La
vie quotidienne des communautés se trouve également
sapée par le dispositif des " civil
rights laws " qui interdit ce qu’on appelle
la " discrimination " dans
la location et la vente de logements. L’un des liens
importants qui existent depuis toujours est celui de
la race, de la religion et d’appartenance ethnique.
Or l’Etat bureaucratique contemporain stipule que les
gens ne doivent pas discriminer - c’est-à-dire
distinguer - entre leurs voisins potentiels sur la base
fondamentale de la solidarité, à savoir
la ressemblance. Dans sa critique courageuse
des " civil rights laws ",
Forbidden Grounds, (10)Richard
Epstein souligne qu’il est normal pour les hommes de
vouloir s’associer à ceux qu’ils considèrent
être leurs semblables. Dans les grandes villes
américaines, les rares enclaves qui restent et
qui méritent le nom de quartiers sont celles
qui s’organisent autour d’éléments communs
d’ordre racial, religieux ou ethnique. Or de nos jours
l’Etat égalitaire décrète que cette
tendance humaine normale est l’équivalent du
crime hideux du " racisme "
; et le " racisme ", semble-t-il,
est pire que le reste, bien plus grave que la destruction
de la liberté d’association.
La
" tolérance " et la croyance
dans le monde moderne
Il
est généralement admis que la neutralité
de l’Etat en matière de questions litigieuses
de culture et de valeur forme une part importante de
la doctrine libérale. Pour les libéraux,
l’Etat doit se borner aux questions de procédure,
protéger les droits individuels contre l’usage
de la force, et sinon laisser les individus libres de
développer des systèmes de valeurs en
association volontaire avec autrui.
Bon
nombre de critiques du libéralisme prétendent
que ce principe de neutralité de l’Etat conduit
à la notion que l’ensemble des valeurs culturelles
et morales sont en fait " relatives ",
qu’elles n’engagent à rien, voire qu’elles n’existent
pas vraiment (ou alors - ce qui revient au même
- qu’elles existent toutes avec la même validité).
Or si tous les systèmes de valeurs - par exemple
toutes les religions - se valent en termes non seulement
de tolérance, mais de soutien et d’acceptation,
cela conduira nécessairement à saper et
en fin de compte à détruire tout engagement
ferme et sincère aux valeurs concrètes.
Ainsi, la vie spirituelle s’en trouvera appauvrie, alors
que les pathologies personnelles et sociales plus ou
moins sérieuses en seront encouragées.
Pourtant,
une telle amalgame entre libéralisme et relativisme
moral n’est aucunement nécessaire. Du moins en
partie, elle semble avoir son origine dans l’ambiguïté
du terme " libéral ".
C’est comme si l’on prétendait qu’un libéral
(en politique) doit obligatoirement exercer une profession
" libérale ", c’est-à-dire
qu’il ne pourrait pas être employé ou fonctionnaire,
par exemple.
Mais
l’idée qui rapproche le libéralisme à
ce qu’on appelle le relativisme moral bénéficie
d’un certain soutien par certains " libéraux "
autoproclamés, tels que Stephen Maced(11)o.
Celui-ci reconnaît que ce qu’il appelle la " justice
libérale " (le respect des droits
d’autrui) implique la " tolérance "
par rapport à des styles de vie et des choix
moraux divergents, etc. Cela ne suffit pas cependant,
d’après lui. " Une communauté
qui n’est que tolérante n’est pas une communauté
qui fleurit ". Pour qu’une communauté
s ’épanouisse " d’une manière
explicitement libérale ", des " vertus
libérales " sont nécessaires.
Il nous faut " sympathiser "
avec des " projets et des engagements qui
nous sont étrangers, avec des choix qui sont
différents des nôtres, avec des carrières
et des styles de vie qui n’étaient pas pris au
sérieux auparavant ".
" Les
citoyens libéraux qui acquièrent la
capacité de sympathiser avec une large palette
de styles de vie gagnent une série d’ ‘options
de vie’, et deviennent plus ouverts au changement.
Les options de vie incitent à l’introspection,
à l’autocritique et à l’expérimentation.
Les options de vie se multiplient avec ... l’acceptation
de carrières ‘ringardes’ et d’orientations
sexuelles différentes, avec l’effondrement
des stéréotypes homme-femme et avec
l’acceptation du divorce et du remariage.(12) "
D’après
Macedo, le libéralisme tend à " tempérer
ou d’atténuer le dévouement de l’individu
à ses propres projets et valeurs, en encourageant
les personnes à regarder leurs propres moeurs
comme étant ouvertes à la critique, au
choix et au changement ... " Cela doit
être salué, car " si les pratiques
sociales et les normes morales doivent promouvoir la
liberté plutôt que de la restreindre, elles
doivent posséder certaines caractéristiques
substantielles, elles doivent incarner des attitudes
tolérantes [au sens large] et une ouverture au
changement, plutôt que les tendances à
la conformité ". " L’obéissance
silencieuse, la déférence, le dévouement
inconditionnel ou l’humilité ne sont pas des
vertus libérales ", d’après
Macedo (13). Selon sa conception du
libéralisme, cela " présente
la promesse, ou la menace, de transformer le monde entier
à l’image de la Californie ". (14)
Enfin,
en proclamant que " l’idée libérale
ne va pas plaire à ceux qui cherchent une réponse
définitive et finale à la question de
savoir comment ils doivent vivre ",(15)
Macedo semble exclure la possibilité que l’adhésion
au libéralisme est parfaitement compatible avec
la foi dans des traditions religieuses strictes.
Cette
question a été abordée par une
école de pensée négligée
mais très importante du 19ème siècle
en France, à savoir les libéraux catholiques,
dont le chef de file était le Comte de Montalember
(16)t. Ces penseurs ont aidé
à introduire une nouvelle phase dans l’évolution
du libéralisme. Les libéraux antérieurs,
comme les Idéologues, étaient généralement
anti-religieux et en particulier anti-catholiques. Le
Censeur, par exemple, était profondément
voltairien dans son traitement de l’Eglise, menant " une
guerre sans merci contre les ordres religieux ressuscités,
la réouverture des séminaires, l’extension
de l’instruction religieuse et les activités
des missionnaires ", et dénigrant
sans cesse " les conversions et les ordinations
de masse "(17). En partie
grâce à l’influence de Benjamin Constant,
l’attitude du libéralisme commençait à
changer.
En
1830, un groupe de libéraux catholiques ont fondé
le journal L’Avenir pour militer pour la liberté
religieuse et travailler vers une réconciliation
entre le catholicisme et le libéralisme. Pour
ces écrivains, le souci premier était
le caractère de la société au 19ème
siècle, " avec ses opinions si variées
et contradictoires, ses croyances diverses, son besoin
immense et inexorable de tolérance et de liberté "(18)
- ce qu’on appellerait aujourd’hui le " pluralisme "
de la société moderne. Une conséquence
de ce pluralisme moderne était que tout groupe
- par exemple les catholiques - qui essayait d’entraver
la liberté des autres ne pouvait être sûr
que sa propre liberté ne serait pas restreinte
lorsque son adversaire arrivait au pouvoir (19).
L’un
des rédacteurs de L’Avenir, le comte de
Montalembert, est devenu le chef de file du mouvement.
La plus célèbre présentation de
ses idées eut lieu lors d’un congrès catholiques
à Malines en Belgique en août 1863(20).
La Belgique avait une grande importance pour Montalembert
et ses associés, puisque les catholiques (y compris
les évêques) s’étaient ralliés
aux libéraux pour établir la liberté
religieuse totale dans la constitution de 1831 (21)
Dans
ses deux discours, Montalembert place son plaidoyer
pour la liberté religieuse au sein d’un cadre
historiciste qui rappelle l’analyse par Constant de
la conception ancienne et moderne de la liberté.
Tout comme Constant, qui ne suggère pas que la
liberté ancienne était " mauvaise ",
Montalembert ne condamne pas de manière univoque
l’intolérance religieuse pratiquée dans
certains pays. Son attitude par rapport à l’usage
de la coercition par l’Eglise dans le passé est
un peu ambivalente. Alors qu’il ressent " une
horreur invincible de toutes les tortures et violences
faites à l’humanité sous prétexte
de servir ou de défendre la religion ",
il est vrai que l’Europe doit son caractère chrétien
aux relations entre l’Eglise et l’Etat dans le passé.
Or, la société européenne n’a plus
besoin d’une telle relation, et " même
en admettant que le système de la force au service
de la foi ... a produit certains grands résultats
dans le passé, il est impossible de nier qu’il
est condamné à une impuissance sans espoir
au siècle que nous vivons ". De
plus, trop souvent dans le passé, l’Eglise a
payé son accès privilégié
au pouvoir politique en devant se comporter en complice
ou en serviteur des gouvernants temporels (22).
Il
n’est pas, dit-il, concerné par une dispute théorique,
encore moins théologique. Il parle uniquement
en homme politique et en historien. " J’invoque
des faits, et je tire des leçons purement pratiques. "
Etant donné le caractère du monde moderne,
" rien n’est plus impossible aujourd’hui
que de rétablir même l’ombre du féodalisme
ou de la théocratie ". La liberté
est une nécessité absolue pour l’Eglise
; voilà son souci primordial. En effet, il décrit
sa propre carrière comme ayant été
" entièrement consacrée à
la défense des droits et libertés du catholicisme ".
Mais " l’Eglise ne peut plus être
libre sauf au sein d’une liberté générale.
Aucune liberté particulière, et celle
de l’Eglise moins que toute autre, ne peut exister aujourd’hui,
sauf sous la garantie d’une liberté commune.
Il en était autrement aux grands siècles
de l’histoire chrétienne ", mais
les temps ont changé, irrévocablement
(23).
Les
dictatures jacobine et napoléonienne avaient
donné aux libéraux européens, et
en particulier aux libéraux français,
une idée des possibilités du pouvoir centralisé
dans les mains de l’Etat moderne. Montalembert cite
un passage prémonitoire de Döllinger, le
professeur de Lord Acton, qui soutenait que le despotisme
unitaire de l’Empire romain était beaucoup moins
préjudiciable pour la liberté de l’esprit
et la foi chrétienne que l’absolutisme de l’Etat
moderne. Les premiers empereurs n’avaient pas de censure,
pas de police secrète, pas d’éducation
publique, pas de bureaucratie, pas de télégraphe,
pas de chemins de fer, pas de police, ni aucune des
ressources infinies mises à disposition de la
tyrannie par la civilisation. Aujourd’hui, la religion
est nécessaire en tant que garde-fou individuel
et moral, et comme institution, contre le pouvoir écrasant
de l’Etat moderne. Qu’est-ce qui pourrait sinon inspirer
à l’individu " la force morale,
la patience virile, l’invincible persévérance,
l’indépendance sans faille dont nous aurons de
plus en plus besoin pour résister au torrent "
? En particulier, la foi religieuse est nécessaire
pour défendre la propriété privée
en cette ère de démocratie envieuse, car,
note Montalembert ironique, " pour croire
dans la propriété alors qu’on ne croit
pas en Dieu, on doit être propriétaire ".(24)
Il
est très significatif que Montalembert, comme
il dit catégoriquement, refuse de défendre
la liberté religieuse sur la base " des
doctrines ridicules et coupables que toutes les religions
sont également vraies et bonnes en elles-mêmes,
ou que l’autorité spirituelle n’oblige pas la
conscience ". Il distingue nettement entre
l’ " intolérance dogmatique "
et la " tolérance civile ",
" l’une nécessaire à la vie
éternelle et l’autre nécessaire à
la société moderne ". Et
de citer François Guizot :
" Le
principe de liberté religieuse, comme tout
homme vraiment chrétien doit le comprendre
et le pratiquer, ne touche en aucune façon
l’unité, l’infaillibilité de l’Eglise
... Il consiste uniquement en la reconnaissance
du droit de la conscience humaine de ne pas être
gouvernée, dans ses rapports avec Dieu, par
des décrets et des punitions humains [c’est-à-dire
de l’Etat]. (25)"
La
société moderne est divisée en
deux camps, les croyants et les non croyants : alors
que chacun d’eux défend son propre point de vue,
ils doivent apprendre à vivre ensemble. " En
ce qui me concerne, je tiens chaque homme pour mon allié
qui, quelle que soit sa croyance ou bannière,
désire ma liberté comme la sienne, et
qui ne fait rien pour m’empêcher de prier, de
parler, d’écrire, de donner des aumônes,
de m’associer, et d’enseigner comme je l’entends ".
Faisant encore une fois la distinction entre le niveau
dogmatique et le niveau politique, Montalembert soutient
que :
" Le
Seigneur, en parlant de lui-même, dit : ‘Celui
qui n’est pas avec moi est contre moi’. Mais, en
s’adressant à ses disciples, il leur dit
: ‘Celui qui n’est pas contre vous est pour vous’.
C’est une règle essentielle qu’il faut suivre
dans la vie publique comme dans la vie spirituelle. "
Il
termine ses discours à Malines par un acte de
déférence et d’humilité, en faisant
son " devoir en tant que catholique, en
soumettant toutes mes expressions aussi bien que toutes
mes opinions à l’autorité infaillible
de l’Eglise ". (26)
L'éloge
de Molinari
Quelques
années plus tard, Gustave de Molinari, qui avait
apparamment assisté au congrès de Malines
en 1863, a rapporté les propos de Montalembert
en détail dans une critique hautement élogieuse(27).
Il nota que, suite à la réception enthousiaste
des remarques de Montalembert, l’assemblée catholique
a adopté une série de résolutions,
dont Molinari trouvait une " particulièrement
significative " :
" Il
est dans l’intérêt des catholiques
comme de l’ensemble des citoyens qui désirent
sincèrement voir la liberté se substituer
autant que possible à l’intervention et à
l’omnipotence de l’Etat [d’encourager ? il manque
un mot] l’énergie créatrice et le
principe d’expansion de l’esprit d’association. (28)"
Molinari
rendait hommage aux libéraux catholiques pour
avoir attaqué " le système
de protection appliqué à la religion ".
Tout comme les libre-échangistes soutenaient
que le protectionnisme sapait l’efficacité industrielle
et la prospérité, on peut arguer que le
" protectionnisme " religieux,
par exemple en Espagne, a été préjudiciable
pour la religion, alors que la " concurrence "
des religions a été bénéfique.
Molinari ajoutait qu’il fallait pas s’étonner
que l’organe du mouvement libre-échangiste belge
a félicité Montalembert pour ses discours,
en le qualifiant du " Cobden de la liberté
religieuse ". Molinari a conclu en disant
qu’il avait hâte de voir le jour où " l’alliance
du catholicisme et de la liberté "
deviendrait une " réalité
fructueuse ".(29)
Montalembert
n’était pas qu’un partisan de la liberté
religieuse au sein d’une société moderne
et pluraliste ; son anti-étatisme allait beaucoup
plus loin(30). Il était un
défenseur ardent de la propriété
privée et un adversaire du socialisme. Ayant
étudié avec soin les écrits de
Tocqueville, il était un ennemi ferme de la centralisation
et de la bureaucratie d’Etat comme tous les penseurs
français du 19ème siècle. La décentralisation
- qu’il définit, plutôt dans l’esprit du
dixième Amendement à la Constitution des
Etats-Unis, comme la somme des " libertés
locales et personnelles, municipales et provinciales "
(31) - doit être encouragée
de toutes les manières possibles. La bureaucratie
des sociétés modernes est un " virus ",
et l’Etat est devenu une " idole séculière ".
Les Français doivent apprendre à se retirer
de la tutelle de cette " colonie de fonctionnaires "
envoyée de Paris qui habite " la
capitale de chaque département, district et canton "
et qui " représente la caste dominante
ou conquérante, chargée, comme les Anglais
au Hindoustan, de penser, de parler et d’agir pour une
population d’indigènes incapables.(32) "
Le
monopole de l’Etat sur l’enseignement secondaire et
universitaire fut un objet particulier de l’assaut de
Montalembert(33). Dans l’état
actuel des choses, disait-il, les enfants subissent
un processus destiné à les convertir à
des valeurs et des opinions qui sont à l’opposé
de celles de leurs parents. La vision du monde de la
classe que sont les instituteurs est très différente
de celle du peuple français en général.
Les instituteurs et les professeurs d’université
prêchent le scepticisme et un rationalisme corrosif
qui sapent en permanence l’ordre social fondé
sur la religion, la famille et la propriété
privée. La jeunesse, et les gens au sens large,
sont privés de religion et ne bénéficient
d’aucun substitut, excepté le socialisme (34).
Si
cela ne tenait qu’à lui, Montalembert déclare
qu’il n’y aurait pas d’Education nationale du tout :
" l’Etat a déjà trop de responsabilités ".
Puisque la France s’engage par la Constitution à
fournir une éducation publique, il propose qu’au
lieu d’être centralisée et dirigée
de Paris, de l’organiser par département. Le
contrôle devrait être exercé par
des conseils comprenant des membres élus par
les pères de famille, au suffrage universel.
Ainsi, la " société "
plutôt que l’Etat dirigerait l’éducation
des enfants. Tout doit être mis en oeuvre pour
combattre les " monopoleurs [qui] au nom
de l’Etat et vêtus de ses couleurs "
arrachent les enfants à leurs parents " afin
de les enfermer dans des prisons intellectuelles et
de les y garder jusqu’à ce que les traces mêmes
des croyances de leurs foyers soient éliminés
de leurs esprits ... " (35).
La
position des libéraux catholiques comme Montalembert
ressemble fortement à celle présenté
dans les travaux de H. Tristram Engelhardt Jr (36).
En s’interrogeant sur les grands enjeux de la bioéthique,
Engelhardt a l’occasion d’étudier la place des
systèmes éthiques dans la société
libérale qui s’enracinent dans des conceptions
religieuses et autres, et qui exigent une bonne part
de rigueur et d’imperméabilité par rapport
aux autres systèmes de valeurs.
A
l’instar de Montalembert, Engelhardt souligne qu’il
ne propose " pas de manifeste au nom d’une
éthique laïque pluraliste ",
mais qu’il constate tout simplement son caractère
" inéluctable ". A
la différence de la cité grecque ancienne
ou de la société européenne médiévale,
de nos jours " un Etat de grande échelle
doit agir comme un instrument neutre pour de nombreuses
communautés dont les définitions de la
bonne vie sont souvent très diverses.(37) "
Or une telle neutralité éthique douce
et affaiblie ne convient pas aux individus :
" C’est
seulement au sein d’une communauté particulière
que l’on apprend s’il est bon ou mauvais, utile
ou non, de faire les choses que l’on a le droit
moral séculier de faire. Le domaine de l’éthique
laïque ne couvre pas l’univers de la réflexion
éthique ... C’est au sein des mondes moraux
particuliers que l’on vit et où l’on trouve
le plein sens de la vie ... une vie morale remplie
et concrète (38).
La
solution consiste à distinguer entre " l’éthique
en tant que procédure et l’éthique comme
contenu ". Cela donne la notion d’une
" vie morale à deux tiers ... 1)
celle d’une éthique laïque avec peu de contenu,
mais qui est susceptible de faire cohabiter de nombreuses
communautés dont les préceptes moraux
divergent, et 2) les communautés morales particulières
au sein desquelles l’on peut atteindre une compréhension
substantielle de la bonne vie "(39).
Les
visions morales concurrentes, tant qu’elles " sont
cultivées au sein de la règle de respect
mutuel ... doivent être tolérées,
même si l’on ne ne les approuvent ou ne les supportent
pas ". Dans l’esprit de Montalembert,
Engelhardt conclut : " L’on fait preuve
de suffisamment de tolérance pour les restrictions
procédurales globales de la société
libérale en allant jusqu’à la frontière
de son enclave morale mise en place par des moyens paisibles,
sa commune communiste ou sa communauté amish
... dans la mesure où l’on ne prétend
pas imposer son propre point de vue au-delà de
cette frontière ... "(40).
Les
dangers de l’éducation publique
Constant
craignait un système éducatif public et
centralisé comme un moyen de l’Etat de dominer
la culture, ce qui devrait être le domaine de
la société civile (41).
Il est allé jusqu’à s’opposer à
l’exigence d’un " certificat de moralité "
pour les enseignants de l’école publique.
C’était son dernier discours à la Chambre
des Députés, le 20 novembre 1830, quelques
jours avant sa mort. Le caractère moral de ceux
qui vont instruire les jeunes concerne les pères
de famille ; l’intervention de l’Etat en la matière
pourrait donner lieu à l’exercice d’un pouvoir
arbitraire. L’intransigeance de Constant sur cette question
lui valut un reproche amer de Guizot (aussi bien que
les remontrances d’un éminent spécialiste
de Constant) (42). Or l’expérience
nous a appris que Constant avait raison de craindre
le pouvoir de l’Etat. Ce que l’Etat estime être
incompatible avec les bonnes moeurs ne s’est guère
limité aux comportement indécents : dans
le passé il a comporté des attitudes comme
les opinions politiques de gauche (aux Etats-Unis) et
aujourd’hui le " racisme ",
le " sexisme " et d’autres
sentiments politiquement incorrects.
Constant,
avec les autres libéraux, pensait que le système
éducatif public et centralisé deviendrait
la proie d’un conflit politique, que quiconque réussissait
à s’emparer de l’appareil de l’Etat l’utiliserait
pour endoctriner les jeunes selon la Weltanschauung
qui bénéficiait à ce moment-là
des privilèges publics. Tocqueville partageait
ce point de vue, et présentait cette analogie
amusante à la Chambre des Députés
:
" Les
peuplades de la côte orientale d’Afrique ont
l’usage de placer la tête des enfants nouveau-nés
dans une sorte de moule qui donne à toutes
les mêmes formes. Tous les hommes y ont donc
le sommet de la tête, tantôt très
haut et tantôt très aplati, suivant
la règle adoptée à l’époque
de leur naissance. Voulons-nous faire subir à
la pensée elle-même quelque chose analogue
à cette pression régulière
et uniforme que ces sauvages impriment au cerveau
? "(43).
La
solution, d’après Tocqueville, était de
rejeter le monopole d’Etat en faveur de " la
liberté, la liberté réglée
mais véritable, qui soit pour tout le monde une
garantie ". Constant était allé
beaucoup plus loin en rejetant l’éducation publique
dans son principe.
Ayant
une plus longue expérience de l’éducation
publique, Montalembert avait cependant une compréhension
plus aïgue dans sa véritable dynamique,
compréhension qui s’est vu confirmée par
l’histoire de l’école publique dans tous les
pays occidentaux. Montalembert rassemblait les problèmes
de la centralisation et la bureaucratie, l’éducation
publique et la destruction des moeurs traditionnelles.
A Malines, il soulignait que l’Etat est désormais
doté " d’un pouvoir dont nos ancêtres
n’avaient aucune idée ; il envahit des domaines
comme l’éducation et la charité ... avant
tout la distribution exclusive d’emplois publics, dont
le nombre croît sans cesse et la chasse ardente
après lesquels enflamme successivement toutes
les générations. Cette passion universelle
et furieuse pour les emplois publics fait de la société
une proie de laquelle vivent des générations
entières de parasites ... ". " Toutes
les nations européennes subissent le même
processus. Il prépare l’avènement d’une
sorte de nouveau cosmopolitanisme, qui finira par tuer
l’idée de la patrie et en même temps la
dignité de l’individu. L’Europe marche ainsi
de tous les chemins vers le système hideux de
l’Empire Romain ... " Les nations centralisées
et démocratisées vont se ressembler, et
il n’y aura pas de limite à la centralisation
du pouvoir. Ce qui est en jeu n’est pas seulement les
libertés politiques et religieuses, mais même
l’idée de la nationalité, " si
chère à tous les coeurs libéraux ".
Les
changements dans la mentalité des gens qui rendent
cela possible sont effectués par l’establishment
éducatif de l’Etat : " l’éducation
de nos enfants, même de nos filles, convoitée
et contestée par la main insatiable des monopoleurs
[éducatifs] au nom et sous les couleurs de l’Etat,
nous les arrachant afin de les enfermer dans des prisons
intellectuelles et de les y garder jusqu’à ce
que les traces mêmes des croyances de leurs foyers
soient oblitérées de leurs esprits ... "
Constant avait estimé que : " L’éducation
appartient aux parents, auxquels par la nature les enfants
sont confiés ". Or le nouveau dogme
posait que l’éducation des enfants était
en premier lieu la tâche de l’Etat. Montalembert
se plaignait que, par l’école publique, la France
soit devenue une nation sceptique, sceptique des institutions
de la propriété privée et de la
religion. Ainsi, Montalembert annonçait l’émergence
d’une " nouvelle classe ",
l’intelligentsia contestataire.
Les
Etats du Sud et la Guerre de Sécession
L’attitude
des libéraux français par rapport à
la Guerre de Sécession (que les partisans de
la cause sudiste préfèrent appeler " la
Guerre des Etats ") présente un intérêt
particulier. La plupart des libéraux européens
soutenaient le Nord ; en Grande-Bretagne, la grande
exception fut Lord Acton, partisan fervent du Sud, qui
écrivait que son coeur fut brisé à
Appomatox - c’est-à-dire lorsque Lee s’inclina
devant Grant. Il en était de même en France
: les libéraux avaient tendance à soutenir
le Nord, avec peu de discernement d’ailleurs. Pour eux,
l’esclavage était l’unique enjeu ; assez curieusement,
ils n’avaient qu’une vague idée des questions
constitutionnelles cruciales qui se posaient. Un exemple
particulièrement insigne est fourni par Montalembert
lui-même qui déclare, étonnamment,
que " le vrai miracle et la victoire suprême "
était que le Nord a gagné sans enfreindre
la liberté : " aucune liberté
[ne fut] supprimée, aucune loi violée,
aucune voix étouffée, aucune garantie
abandonnée ... "(44) Cela,
il faut le dire, est d’une inexactitude risible. Le
fait est que l’administration d’Abraham Lincoln a jeté
des milliers de dissidents en prison dans les Etats
du Nord, a fermé des centaines de journaux, a
suspendu la règle de habeas corpus, et a annulé
les réunions des assemblées législatives
des Etats. Cela est incontestable. Parmi beaucoup d’autres
sources, l’on peut trouver des détails dans l’excellent
livre de Jeffrey Hummel sur la Guerre de Sécession,
Emancipating Slaves, Enslaving Free Men. Lincoln
et ses partisans ont justifié toutes ces violations
des droits individuels en disant qu’elles étaient
nécessaires pour sauver l’Union - en d’autres
termes, afin de préserver l’autorité du
gouvernement central. Ce qui a été fait,
avec une vengeance. C’est là le sens de la seconde
partie du titre du livre de Hummel, " enslaving
free men ".
Lorsque
Tocqueville a visité l’Amérique en 1831,
il observa que le gouvernement central existait à
peine. Les Etats-Unis étaient gouvernés
d’après l’esprit du dixième Amendement
:
" Les
pouvoirs non délégués aux Etats-Unis
[c’est-à-dire au gouvernement national] par
la Constitution, ni prohibés par lui aux
Etats, sont réservés aux Etats respectifs,
ou au peuple. "
Après
1865, tout a changé. C’est ce que Lord Acton
a appelé " la seconde Révolution
américaine ". Après 1865,
l’on commençait à faire référence
aux Etats-Unis au singulier plutôt qu’au pluriel
: en Amérique, nous disons les Etats-Unis est,
et non les Etats-Unis sont. Ce que Lincoln a
fait aux Etats-Unis est comparable avec l’oeuvre de
Bismarck en Allemagne. Ce fut la création d’un
pouvoir central écrasant qui avec le temps devait
poser de sérieux problèmes, pour ses propres
citoyens comme pour le reste du monde.
Ceci
exemplifie un phénomène qui existe encore
aujourd’hui, à savoir les malentendus fondamentaux
fréquents chez les libéraux de ce qui
se passe dans d’autres pays. Ainsi, je trouve que les
libéraux européens qui partagent mes idées
et mes valeurs sont souvent enthousiastes devant " la
révolution reaganienne ". Je peux
vous assurer que c’est là l’un des grands non-événements
de la fin du 20ème siècle. De même,
aux Etats-Unis les partisans du libre marché
sont souvent admirateurs de la " révolution
thatcherienne " en Grande-Bretagne. Beaucoup
d’entre eux ont été choqués en
1996 lorsque Margaret Thatcher est intervenue à
l’occasion du 50ème anniversaire de la Foundation
for Economic Education, à l’Hôtel Waldorf
à New York. Pour les libertariens, cela fut un
choc que de découvrir à quel point Lady
Thatcher croit dans les vertus de l’Etat-Providence.
Aux Etats-Unis, elle serait considérée
comme un " Démocrate conservateur ".
Gustave
de Molinari - l’anarchiste " conservateur "
Le
plus " extrême " des
libéraux français, voire peut-être
des libéraux européens (Auberon Herbert
en Grande-Bretagne le rivalisait de près) avait
une profonde sympathie pour la tradition et la culture
" organique ", allant même
jusqu’à critiquer le Code Napoléon pour
consolider les " réformes "
de la Révolution, en remplaçant les coutumes
variées des provinces par une législation
uniforme : " A bien des égards les
coutumes anciennes, adaptées au fil des siècles
aux populations qu’elles gouvernaient et successivement
perfectionnées par l’expérience, laissaient
un espace bien plus grand à la liberté
individuelle et établissaient la responsabilité
attachée à la liberté avec plus
d’équité ". Molinari attaquait
même " le système des poids
et mesures inventé par les professeurs de mathématiques,
au mépris de l’expérience et des besoins
des échangistes et imposé par la
Révolution " (45)
Molinari,
dans L’évolution politique et la Révolution
(p. 333, n.1) condamne même la Révolution
pour sa " guerre d’extermination "
contre la population catholique et royaliste de la Vendée,
laquelle a fait quelque 900 000 victimes, d’après
lui. Cet épisode avait été laissé
largement de côté dans les récits
par les libéraux français antérieurs,
qui craignaient de donner des armes à leurs ennemis
conservateurs et réactionnaires. A ma connaissance,
ni Constant ni Tocqueville ne traitent du destin de
la Vendée, alors que Molinari considère
qu’il avait une importance fondamentale dans l’évaluation
de la Révolution.
Il
est intéressant de noter qu’alors que Molinari
était " absolutiste "
en matière du droit naturel à la liberté
dans l’abstrait; il semblerait que les circonstances
historiques aient pu modérer sa position, comme
par exemple la question de l’émancipation des
esclaves aux Etats-Unis :
" En
vérité, c’est en masquant leurs propres
intérêts pratiques et égoïstes
en domination et protectionnisme sous couvert de
sentiments humanitaires que les hommes politiques
des Etats du Nord ont emancipé les Nègres
tout en ruinant leurs propriétaires. Ils
ont gagné l’admiration d’abolitionnistes
naïfs à travers le monde en donnant
aux esclaves libérés leur liberté
totale du jour au lendemain, avec la responsabilité
et des demandes que ces derniers étaient
incapables d’assumer, ajoutant même le bonus
improbable de droits politiques " (46).
Dans
ce dernier ouvrage, Molinari continue d’exprimer des
opinions " conservatrices ",
voire " réactionnaires "
qui ne concordent pas avec le profil habituel du libéral
partisan du laissez-faire du 19ème siècle.
Voyant plutôt plus loin que bien d’autres libéraux
français, Molinari ne soutenait pas le Nord dans
la Guerre de sécession américaine ; ici
aussi, il percevait l’intérêt de classe
à l’oeuvre. La guerre " a ruiné
les provinces conquises ", mais elle a
permis aux industrialistes du Nord d’imposer la politique
protectionniste qui a conduit " au régime
des trusts et a produit les milliardaires "
(47) .
Dans
l’histoire de France, la guerre contre la Vendée
en 1793 fut l’une des attaques les plus féroces
et spectaculaires menées par l’Etat bureaucratique
et centralisé contre les moeurs traditionnelles
d’une communauté. Ce fut, suivant l’expression
de Pierre Chaunu de l’Institut, " le premier
génocide idéologique "(48).
Les paysans et les artisans de Vendée avaient
osé resister aux empiètements du nouvel
Etat jacobin totalitaire. Favorables à certaines
des mesures réellement émancipatrices
introduites en 1789, ils rejetaient néanmoins
les nouvelles juridictions administratives et, surtout,
la Constitution civile du clergé ainsi que la
nouvelle invention en matière de liberté
humaine dont la France a fait don à l’Europe,
la conscription militaire universelle. Les Vendéens
résistaient, et à Paris la Convention
décréta que la Vendée devait être
" détruite "
C’est
là un exemple du fanatisme, de la volonté
de coercition à outrance de l’Etat égalitariste
moderne que nous retrouvons également dans la
guerre des Soviets contre les paysans, à l’époque
de la collectivisation forcée des terres. Inutile
de rappeler la manière dont la Convention a répondu
aux dissidents décentralisateurs de Nantes et
d’ailleurs, ou comment il décréta la destruction
des insurgés de Lyon ; ou encore comment, après
le passage de la Terreur jacobine, elle fut renommée
" Ville-Libre " avec un panneau
sur les ruines : " Lyon fit la guerre à
la liberté. Lyon n’est plus ".
En Vendée, " sciemment les colonnes
infernales n’ont épargné personne ...
il ‘fallait’ exterminer tout "(49).
Pour
conclure, soulignons que le débat politique d’aujourd’hui
souffre de l’existence d’un phénomène
de " deux poids, deux mesures ".
Les excès, et les crimes, des mouvements anti-égalitaires -
des national-socialistes allemands surtout - sont fort
bien connus et constamment rappelés à
notre attention, ce qui est normal. Or lorsqu’il s’agit
des crimes commis par des mouvements égalitaires
- le communisme soviétique, les Khmers Rouges,
les dizaines de millions de victimes du régime
maoïste, ou dans notre cas le fanatisme jacobin
- ceux-ci sont, sinon occultés du moins souvent
atténués. En tout cas, ils ne bénéficient
jamais du même statut que les crimes commis par
des régimes animés par des valeurs anti-égalitaires,
hiérarchiques et racistes.
NOTES
1
-Joseph A. Schumpeter : Capitalism, Socialism and
Democracy, 3ème édition (New York : Harper
and Brothers, 1947), p.144.
2-
Sébastien Charléty : Histoire du Saint
Simonisme (Paris, Gonthier, 1931), page 41.
3
- Rappelons que lorsque MacIntyre rend hommage à
la Polis ou lorsque Constant rejete sa pertinence
pour l'âge moderne, ils utilisent des idéaux-types
et non nécessairement les caractéristiques
historiques authentiques de la société
grecque.
4
- David Conway :Classical Liberalism : the Unvanquished
Ideal (London, MacMillan, 1995), pp 65-100.
5
- Alexis de Tocqueville :De la démocratie
en Amérique, vol.2, livre 4, chapitre 6.
6
- Cours de politique constitutionnelle, vol.2,
pp.170-171.
7
- Idem, p.172, note 1.
8
- Dans Karl Marx et Friedrich Engels : Selected Works
in Three Volumes (Moscou : Progress Publishers,
1983), vol.1, p.477.
9
- Idem, p.172, note 1.
10
- Richard A. Epstein, Forbidden Grounds : The Case
Against Employment Discrimination Laws (Cambridge,
Mass : Harvard university Press, 1992).
11
- Stephen Macedo : Liberal Virtues. Citizenship,
Virtue and Community in Liberal Constitutionalism (Oxford,
Clarendon Press, 1990).
12
- Idem, pp. 266-267
13
- Puisqu'il affirme ceci sans précision, Macedo
semble sous-entendre que ces qualités sont en
quelque sorte contradictoires ou sans rapport avec le
libéralisme en tout état de cause, y compris
probablement la déférence vis-à-vis
de ses parents, le dévouement inconditionnel
à sa famille et l'humilité devant Dieu.
14
- Idem,pp. 267, 270, 278.
15
- Idem, p.280. Puisque l'ouverture d'esprit, la volonté
d'expérimenter, la sympathie pour styles de vie
différents etc, sont censées stimuler
l'épanouissement individuel, il est remarquable
que Macedo soutient qu' "il n'y a pas de contradiction
entre le fait de se sentir bien dans une tradition ou
un ensemble de pratiques et le développement
de son individualité". Idem, p. 270.
16
- voir C. Constantin, "Libéralisme Catholique",
dans A. Vacant, et al (réd), Dictionnaire
de la théologie catholique (Paris : Letouzey,
1926), vol. 9, cols. 506-529; et George Armstrong Kelly,
The Humane Comedy : Constant, Tocqueville and French
Liberalism (Cambridge : Cambridge University Press,
19922), pp. 114-133. Je tiens à remercier le
professeur Leonard P. Liggio pour avoir attiré
mon attention sur l'importance de groupe de penseurs.
17
- Ephraïm Harpaz, Le Censeur Européen
: Histoire d'un journal quotidien, pp. 147-149.
18
- VCité dans C. Constantin, "Libéralisme
catholique", col 530. Dans le même passage,
l'on demandait "la liberté du travail et
de l'industrie".
19
- Idem, cols 536-537. La conception du pouvoir comme
étant toujours à double tranchant était
un argument essentiel utilisé par Constant contre
l'interférence de l'Etat dans les affaires religieuses
et culturelles.
20
- Ses deux discours sont reproduits dans Charles Forbes
René de Tryon, Comte de Montalembert, L'Eglise
libre dans l'Etat libre, (Bruxelles : La revue belge
et étrangère, 1863). Voir aussi C. Constantin,
"Libéralisme catholique", cols 585-590.
21
- Idem, cols 522-524. La constitution prévoyait
cependant des subventions publiques aux communautés
religieuses.
22
- Montalembert, L'Eglise libre dans l'état
libre, pp.47, 52, 63-65.
23
- Idem, pp. 7, 12-15.
24
- Idem, pp 26, 30-31.
25
- Idem, pp.44-45? Cf C. Constantin, "Libéralisme
catholique", col. 506, 509, 531, où l'auteur
souligne qu'il est erroné d'identifier la position
du libéralisme catholique, dans le sens défendu
par Montalembert, avec le point de vue protestant. Le
premier "n'a jamais voulu être et n'a jamais
été un libéralisme dogmatique,
dont le principe fondamental est la souveraineté
absolue de la raison de l'homme".Le mouvement libéral
catholique était plutôt et reste "seulement
politique et social". les libéraux catholiques
soulignaient qu'en matière de dogmes religieux,
ils étaient aussi orthodoxes que leurs opposants
les plus intransigeants au sein de l'Eglise. Le journal
du mouvement, L'Avenir, insistait pour dire que
"la tolérance civile parfaite" n'implique
d'aucune façon la "tolérance dogmatique".
L'Eglise " sur aucun point ne renonce à
sa doctrine qu'elle prêche, défend et propage",
tout en reconnaissant le même droit des autres
religions.
26
- Montalembeert, L'Eglise libre dans l'état
libre, pp.84-85.
27
- Gustave de Molinari, "Les congrès catholiques",
Revue des deux mondes, 3ème série,
vol. 11 (1875), pp. 411-430.
28
- Idem, pp.420-421. Molinari nota que lors de la réunion
l'année suivante à Malines, le Congrès
a fortement recommandé l'introduction ou le développement
de l'enseignement de l'économie politique dans
les écoles catholiques.
29
- Idem, pp. 427-428, 430,. Sur l'utilisation de l'analogie
du libre-échangisme au profit de la liberté
de conscience par les auteurs britanniques, voir Geprge
H. Smith, Atheism, Ayn Rand and Other Heresies (Buffalo
: Prometheus, 1991) , pp. 122-126.
30
- Cela ne signifie pas que Montalembert était
un libéral conséquent ou intégral
en matière économique. Cf par exemple
son discours à l'Assemblée Nationale,
le 13 décembre 1849, "Impôt des boissons",
Montalembert, Discours (Paris : Jacques Lecoffre,
1860), vol 3, 1848-1852, pp. 296-339, s'opposant à
la proposition de Bastiat d'abolir la taxe sur les vins.
31
- "La décentralisation", dans Montalembert,
Oeuvres polémiques et diverses, (Paris
: Jacques Lecoffre, 1868), vol.3, p.385.
32
- Idem, pp.388-390.
33
- Cf. par exemple les discours du 17 janvier, du 4 février
et du 12 février 1850 dans Montalembert, Discours
(Paris : Jacques Lecoffre, 1960), vol.3, 1848-1852,
pp.340-385, 385-389, et 390-417.
34
- Dans un passage qui anticipe l'analyse de Schumpeter
du rôle des intellectuels dans la subversion du
capitalisme, Montalembert s'attaque à un système
éducatif surdéveloppé produisant
une masse de diplômés à moitié
formés, "bons pour tout et bons à
rien", qui deviendront inévitablement de
futurs fonctionnaires, ce qui nécessitera une
vaste extension des fonctions de l'Etat : ensuite ils
seront "jetés sur les emplois publics, autrement
dit sur le budget, comme sur une proie".
35
- Montalembert, L'Eglise libre dans l'état
libre, page 25.
36
- H. tristram Engelhardt, The Foundations of Bioethics,
(New York : Oxford University Press, 1986).
37
- Idem, pp.viii, 48.
38
- Idem, pp.49-50.
39
- Idem, pp. 53-54.
40
- Idem, pp. 385-386.
41
- Sur les opinions de Constant sur l'éducation,
voir Benjamin Constant, "De la juridiction du gouvernement
sur l'éducation", dans Mélanges
de littérature et de politique (Paris : Pichon
et Didier, 1829), pp. 240-254. Voir aussi Paul Bastid,
Benjamin Constant et sa doctrine (Paris : Armand
Colin, 1966) vol.2, pp. 822-827.
42
- Paul Bastid, Benjamin Constant et sa doctrine,
p.827 où Bastid attribue la position de Constant
à sa "crainte presque maladive du pouvoir".
43
- Alexis de Tocqueville, Oeuvres Complètes,
t.3, Ecrits et discours politiques , partie
2 (Paris : Gallimard, 1985), p.586.
44
- Charles Forbes René de Tryon, Comte de Montalembert,
"La victoire du Nord aux Etats-Unis", dans
idem, Oeuvres polémiques et diverses (Paris
: Jacques Lecoffre, 1868), vol.3, pp.297-367, en particulier
pp.308-309.
45
- Gustave de Molinari, Ultima Verba, p. 272.
46
- Idem, pp. 37-38.
47
- Idem, pp.iii-iv.
48
- Dans Reynald Secher, Le génocide franco-français
: la Vendée vengée, préface
de Jean Meyer, avant-propos par Pierre Chaunu (Paris
: PUF, 1986), p.22. Voir aussi François Furet,
"vendée", dans idem et Mona Ozouf,
(éd.), A Critical Dictionary of the French
Revolution, traduit par Arthur Goldhammer (Cambridge,
Mass : harvard University Press, 1989), pp. 165-175.
49
- Jean Meyer, dans Le génocide franco-français,
p. 14.
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