Le 3 avril 2002

 

Professeur de Philosophie à l'Université de Bologne, ancien élève de Karl Popper, Angelo Petroni atttire l'attention sur l'ensemble des erreurs intellectuelles qui, en contradiction avec le contenu des Traités, sont responsables de la dérive européenne vers toujours plus de centralisation.
 

 

 

Bioéthique et politique de la santé : les dérives de l'Union Européenne

par Angelo Petroni

 

 

L'Europe est-elle libérale ou socialiste ? Bien malin qui saurait le dire. L'Union Européenne cultive l'ambiguité. Elle est clairement libérale lorsqu'elle s'occupe de démanteler l'empire des anciens monopoles publics. Nul ne saurait en douter. Son objectif appartient au pur credo libéral : libérer l'entrée sur les marchés traditionnellement contrôlés par les firmes de "service public". Mais, paradoxalement, lorsqu'il s'agit des marchés privés, l'action des autorités communautaires s'exerce en sens exactement inverse : sa politique d'harmonisation réglementaire aggrave les coûts d'entrée de nouvelles firmes et réduit d'autant la concurrence effective. L'inverse même de ce qui est en principe recherché.

Angelo Petroni est un universitaire italien bien connu - et apprécié - des anciens étudiants d'I.H.S.-Europe, ainsi que des habitués de l'Université d'été de la Nouvelle Economie à Aix en Provence. Membre de l'Etat-major de Forza Italia, il vient d'être nommé Directeur de la Scuola Superiore della Pubblica Amministrazione, l'équivalent italien de l'ENA française. Invité aux Etats-Unis par le professeur Tristram Engelhard à faire un exposé pour décrire l'attitude européenne par rapport aux problèmes de bioéthique et en matière de politiques de la santé, Angelo Petroni a rédigé un texte qui nous offre une remarquable synthèse de la manière dont les procédures de décision au sein de l'Union Européenne conduisent souvent les responsables européens à trahir les propres règles qu'ils s'étaient pourtant imposées.

Alors que s'engagent les travaux de la grande Convention sur l'avenir des institutions européennes, ce texte illustre à partir d'exemples politiques concrets comment les procédures de décision actuellement en vigueur, dans un contexte où chacun s'efforce d'accumuler et d'augmenter son pouvoir, créent des dérives systématiques dans un sens qui contredit non seulement les principes proclamés de l'Union, mais encore les textes mêmes des Traités. Autrement dit, il nous conduit au coeur même des problèmes qui devraient catalyser toute l'attention de la Convention (mais qui y seront sans aucun doute les plus négligés !).

Le professeur Petroni nous rappelle comment, à partir de la fin des années 1980, la Communauté européenne s'est de plus en plus transformée en une machine à re-réglementer les marchés à partir du centre, à réduire la diversité régionale, et finalement à réprimer les choix des individus. Il utilise l'exemple des politiques de la santé pour montrer comment des raisonnements d'une absurdité patente sont systématiquement invoqués pour neutraliser l'application du principe de la subsidiarité. De la même façon, il met à nu les perversions intellectuelles qui permettent d'utiliser le célèbre "principe de précaution" comme instrument pour renforcer la centralisation, de même que l'absurdité des arguments généralement invoqués pour plaider la cause d'une "grande politique scientifique européenne".

Nous remercions Angelo Petroni de nous avoir autorisé à traduire et publier ce texte (dont la traduction a été réalisée par François Guillaumat). Les critiques libérales de la façon même dont fonctionnent les institutions européennes actuelles sont trop rares. Ce texte comble une lacune. Nul doute que certains chercheront à le disqualifier en lui attachant l'étiquette d'"eurosceptique" ou même d'anti-européen. Ils auraient tort. Car ce n'est certainement pas par la pratique aveugle du dogmatisme, de l'exclusion et de la langue de bois que l'Europe progressera en surmontant ses contradictions et ses dysfonctionnements.

P.D.

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Section 1 : le cadre constitutionnel européen représente-t-il un ordre libéral.

Section 2 : les compétences de l'Union Européenne en matière de bioéthique et de soins de santé.

Section 3 : la nouvelle idéologie européenne du "principe de précaution".

Section 4 : l'Europe et la Bioéthique.

Section 5 : cette situation est-elle le produit d'un processus démocratique ?

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Texte original :  "Perspectives for Freedom of Choice in Bioethics and Health Care in Europe",  Texte préparé  pour le colloque du Liberty Fund :  "Global vs.  Regional Bioethics"  à  Houston,  les 4 et 7 octobre  2001.

Angelo M.  Petroni est et Docteur de l'Université  Catholique de Louvain.  Il a enseigné dans plusieurs universités,  y compris à l'Université Bocconi de Milan  et à la Sorbonne.  Il est aujourd'hui professeur de philosophie des sciences à l'Université de Bologne.  En juillet 2000 il a été nommé membre de la Scuola Superiore della Pubblica Amministrazione de la Présidence du Conseil des Ministres à Rome.  Il est aussi en ce moment Conseiller pour les Affaires Institutionnelles  du Ministre de l'Economie.Angelo Petroni a écrit de nombreux textes sur la découverte scientifique,  la méthodologie des sciences sociales  et la pensée libérale contemporaine.  Il participe  à plusieurs publications et institutions scientifiques,  dont les International Studies in the Philosophy of Science,  le Journal of Libertarian Studies,  Regards Européens,  le Center for the New Europe.  Il est rédacteur en chef de la Biblioteca della Libertà,  un des principaux périodiques libéraux  d'Italie.

Parmi ses publications figurent :  Karl R.  Popper: il pensiero [la pensée] politico (1981) ; Giustizia come libertà ? Saggi [essais] su Nozick (Editor,  1984) ;  I modelli,  l'invenzione e la conferma [confirmation].  Saggio su Keplero,  la rivoluzione copernicana,  e la "New philosophy of science" (1990) ;  Etica cattolica e società di mercato  (Editor,  1997).  Son ouvrage le plus récente est Il federalismo possibile.  Un progetto liberale per l'Europa (2000)

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