Le 20 mai 2002

 

En défense du capitalisme mondial

par Johan Norberg [1]


 

 

 

"J'ai proposé  un tonique  pour la gueule de bois  que le Premier ministre  a prise  à Barcelone.  Il devrait se procurer le livre  effronté et rafraîchissant  que vient de publier Johan Norberg,  Suédois  […]  de tendance anarchiste modérée  qui est assez jeune pour être son fils.  Norberg parle aussi passionnément  du "mal terrible"  de la pauvreté  que le plus […]  motivé  des protestataires contre la globalisation.  Et c'est pourquoi il a écrit  ce livre [En défense du capitalisme mondial]" Rosemary Righter,  Times online [2]

"L'auteur  est abasourdi  de voir  des gens  qui se disent progressistes  s'opposer à l'ouverture des frontières  et à la déréglementation.  Dans les pays  riches,  la libre entrée  des produits  et du capital  peut sembler  un luxe superflu.  mais  dans le Tiers monde  le capitalisme mondial peut délivrer les masses  d'une vie  dans  la pauvreté abjecte,  la puanteur,  l'ignorance et l'impuissance,  toujours  à se demander  d'où viendra  le prochain repas et si l'eau  pour laquelle  vous avez marché  tant de kilomètres  est potable  ou mortelle". Samuel Brittan,  Financial Times [3] ,  17 décembre 2001

Autres lectures sur la Mondialisation

Julian Simon : "L'Homme, notre dernière chance : Croissance démographique, ressources naturelles et niveau de vie", coll. "Libre échange", ed. PUF, Paris, 1981 (disponible à l'ALEPS .

Stephen Moore & Julian L. Simon  :  "It’s Getting Better All the Time: 100 Greatest Trends of the Last 100 Years"

.Bjørn Lomborg :  "The Skeptical Environmentalist"

Tomas Larsson  :  "The Race to the Top, the Real Stgory of Globalization" [4]

 


 

Les opposants à la mondialisation  ont eu le temps  de propager  force mythes  contre le capitalisme.  Ils prétendent que le libre échange et le libéralisme  accroîtraient les inégalités,  que le capitalisme  maintiendrait les peuples dans la pauvreté,  que la croissance économique  nuirait à l'environnement,  que les sociétés multinationales  pèseraient à la baisse sur les salaires  et les conditions de travail,  et que les marchés financiers  seraient la cause des crises.  Rien de tout cela n'est vrai.

In Defense of Global Capitalism est le premier ouvrage  qui réfute  systématiquement  et complètement  la vision du monde et les prémisses fondamentales du mouvement anti-mondialisation.  Ecrit par un ancien anarchiste suédois de 27 ans,  il est rapidement devenu  une bête célèbre en Suède  après sa publication en mai 2001.

In Defence of Global Capitalism est le livre  qui entreprend  systématiquement  de réfuter les préjugés anticapitalistes.  Avec  des faits  irréfutables,  des statistiques,  et des graphiques simples,  Johan Norberg explique  pourquoi le capitalisme  est en train de créer  un monde meilleur.  Cependant,  le monde  est aussi écrit sur un ton personnel,  insistant sur les valeurs morales  et sur le fait  que la mondialisation donne de nouvelles libertés de choisir  aux pauvres du monde

L'ouvrage l'illustre  avec des exemples concrets  de personnes  et de pays  qui ont prospéré  grâce  au développement des échanges,  et de ceux  qui ont souffert du fait de leur isolement.  Johan Norberg montre  que la diffusion du capitalisme  au cours  des dernières décennies  a réduit la pauvreté  et ouvert nombre de possibilités nouvelles aux individus  dans l'ensemble du monde.  Presque partout,  niveaux de vie  et espérance de vie  se sont rapidement accrus.  La faim dans le monde,  a mortalité infantile  et l'inégalité matérielle ont régressé.  Tout cela  grâce  à des changements  économiques et techniques  qui sont le résultat  de politiques libérales.  Les pays pauvres qui ont libéralisé  leurs  économies  affichent des résultats impressionnants,  alors  que  ceux  qui ne l'ont pas fait  restent les prisonniers d'une misère profonde.  C'est pourquoi il nous faut davantage  de capitalisme mondial  et non moins  si c'est un meilleur monde  que nous voulons.

In Defense of Global Capitalism vient de valoir à l'Institut Timbro ,  qui l'a publié,  le douzième Antony Fisher International Memorial Award de l'Atlas Economic Research Foundation .  Le 11 avril 2002 Johan Norberg, auteur de l'ouvrage,  l'a reçu  au nom de Timbro  lors du second  forum annuel d'Atlas à Philadelphie .  Johan Norberg  était le premier Européen  non britannique  à recevoir ce prix,  institué  en l'honneur d'Anthony Fisher,   fondateur  de l'Institute of Economic Affairs  et de l'Atlas Economic Research Foundation .  Il succède  à l'Instituto Libertad y Democracia de Lima au Pérou,  éditeur de The Mystery of Capital  par Hernando de Soto.  Un jury unanime  a choisi In Defence of Global Capitalism parmi 15 sélections de différents instituts libéraux  à travers le monde  pour la raison suivante:

"Ce livre bouscule les argumentaires qui accusent le capitalisme d'être la cause des problèmes du monde,  et développe une base solide  pour comprendre comment  les marchés  ouverts  engendrent la prospérité  grâce  à la libre circulation des produits,  des services  et des gens."


 

Je pense  que le soudain débat sur la globalisation,  et notamment les protestations  dirigées  contre elle,  auquel nous  assistons  depuis quelques années,  est lié à une redécouverte nécessaire  de la pauvreté,  de la misère  qui existe  dans de larges parties du monde,  et aux  erreurs  d'interprétation dont cette pauvreté  fait l'objet.

La misère  est une situation terrible,  que dans nos pays riches  nous ne pouvons vraiment pas comprendre.  Dans un pays pauvre,  l'individu moyen  travaille 12 à 13 heures par jour,  six jours par semaine,  dans des conditions de travail épouvantables  de santé  et de danger.  Des paysans,  des sociétés entières  vivent dans la crainte  d'une mauvaise récolte,  parce que cela  signifie  littéralement  la faim  et la mort par la faim.

Les parents  sont bien contents  si leurs enfants  survivent à leur première année,  mais  alors même il ne se passe guère de temps  qu'ils  ne les mettent au travail,  pour maintenir  en vie  l'ensemble de la famille.  Presque personne ne reçoit une instruction digne de ce nom.

Les villes sont des foyers majeurs d'infection,  où de vilaines maladies  règnent incontrôlées,  les gens jettent dans les rues  ordures et excréments.  Bien peu sont ceux  qui atteignent ce que nous appelons l'âge mûr.

Ceci pourrait être la description d'un pays  africain,  ou d'un pays  pauvre d'Asie. Mais  ce n'en est pas  une.  Elle décrit mon propre pays,  la Suède,  il n'y a guère plus  de 130 années.  A cette  époque,  la Suède connaissait de mauvaise récoltes,  on avait faim,  et les gens  étaient forcés  de mélanger  de l'écorce  à leur pain,  pour ne pas  mourir  de faim.  La Suède  était un pays  "en développement",  et recevait de l'aide  extérieure  de la part  de pays "riches"  comme l'Angleterre et la France !

Cependant,  ce n'est pas  la redistribution  qui a sauvé cette pauvre vieille Suède. Même si vous aviez  écrasé  toutes les différences de patrimoine  au milieu  du XIXème siècle,  cela  aurait  condamné  tout le monde  à une vie d'absolue pauvreté.  Non,  ce qui a sauvé  la Suède  c'est la libéralisation.  En quelques décennies,  deux  ou trois  hommes politiques  libéraux  ont donné  à la Suède  la liberté de religion,  le Droit de libre expression,  et le Droit de faire  ce qu'on veut  avec ce que l'on a,  de telle manière  que les gens  puissent créer leu propre  entreprise  et vendre librement  sur les marchés.   La liberté  des échanges  a permis aux Suédois  de se spécialiser dans ce qu'ils savaient faire  le mieux,  comme le bois  et le fer,  et l'échanger  contre ce qu'ils  savaient moins bien faire,  comme la nourriture  et les machines. C'est cette production accrue  qui a donné  aux Suédois  la possibilité  de se nourrir,.  Elle nous  a apporté la croissance économique  et rendu possible  d'accroître le niveau de vie  et d'investir  dans l'éducation et la santé.   C'est beaucoup plus tard,  dans les années 1950,  qu'est venu l'Etat-providence,  lorsque les politiciens  se sont mis à redistribuer la richesse que le peuple et le libéralisme avaient créée.  Mes aïeux, ce sont l'échange  et le capitalisme  qui les ont sauvés.

Une des erreurs  logiques  les plus graves du débat  sur la mondialisation consiste  à supposer que la pauvreté  serait quelque chose de nouveau.  Une bonne partie du débat  semble  venir  de l'idée  suivant laquelle  les choses vont plus mal aujourd'hui qu'elles ne l'ont jamais fait,  tout se dégradant continuellement.  En 1013,  l'Archevêque  Wulfstan de York   avertissait :

"Le monde se hâte et va vers sa perte [5] "

Quelque mille ans  plus tard,  son collègue suédois  K. G. Hammar [6] ,  lui faisait écho :

"Le monde  déraille,  et il n'y a pas  de signal d'alarme  à tirer"

Comme si la pauvreté  n'avait pas toujours existé !  C'est  la richesse qu'il y a lieu d'expliquer.  C'est pourquoi je pense  que ces jérémiades d'évêques  sont dangereuses :  vous  ne remarquez  une situation désastreuse  que si elle apparaît  en contraste  avec quelque chose d'autre.  Lorsque  tout le monde  est pauvre,  vous  ne considérez pas  la pauvreté  comme un problème  à régler,  mais  comme une  situation naturelle,  un destin  qu'il faudrait supporter.   C'est seulement lorsque  vous  commencez  à vous  libérer  de la pauvreté  que vous  commencez  à remarquer ceux  qui sont restés  dedans.  C'est alors que leur  situation devient  un problème.   Nous avons  assisté  à cette réaction lorsque  la révolution industrielle a amélioré les niveaux  de vie.  Nous pouvons l'observer  aujourd'hui,  et si nous pouvons l'observer  c'est parce que la pauvreté,  en fait,  est en train de diminuer

Le monde

Au cours des 50 dernières années,  la pauvreté a davantage  régressé dans le monde plus  vite  qu'elle ne l'avait fait  pendant l'ensemble des 500 années antérieures.  Au cours des 30 dernières,  le revenu a doublé  dans les pays en développement.  Au cours  des deux  dernières décennies,  la proportion des gens  vivant  dans la pauvreté  absolue — c'est-à-dire  ceux  qui gagnent moins  d'un dollar  par  jour a baissé de 31 %  à 20 %  — c'est-à-dire  quelque 200 million de gens.

D'autres indicateurs  du niveau de vie dans le tiers monde  traduisent la même évolution,  ce qui n'est pas surprenant.  Peut-être que l'argent ne fait pas  le bonheur,  mais le niveau de vie,  il y contribue.

Au cours  des 50 dernières  année,  l'analphabétisme  chez  ceux  qui avaient atteint l'âge adulte est descendu  de 70 à 25 %.  La mortalité infantile  est passée de 18 à 8 %.  L'espérance de vie  est passée de 46 à 64 ans.  Et depuis 30 ans,  la malnutrition chronique  est passée de 37 à 18 %.

Ce que cela signifie,  c'est que ces indicateurs-là  sont meilleurs dans les pays  en développement aujourd'hui  qu'ils ne l'étaient il y a cent ans  dans les pays  les plus riches.  La plus importante  chose au monde  est d'expliquer pourquoi  ce processus  a eu lieu parce que si nous apprenons cela,  nous pourrons  reproduire cette croissance ailleurs.

Ma réponse  est que  c'est la conséquence  du fait  que certain éléments  qui dans le passé étaient une propriété exclusive  des pays occidentaux,  tels  que le patrimoine,  les investissements,  les sociétés  commerciales,  les idées,  les moyens de communication,  la science,  les techniques,  la médecine,  l'aide internationale,  etc.   ont commencé  à se répandre partout dans le monde.  Ce qui est drôle  c'est que cela,  c'est exactement ce que,  avec un certain manque de rigueur,  l'on appelle aujourd'hui  la globalisation.

Dès  les années 1990s,  lorsque l'écrivain suédois Lasse Berg   et le cinéaste Stig Karlsson retournèrent dans les pays asiatiques  où il s avaient voyagé  trente ans  plus tôt [7] ,  ils ne pouvaient pas croire  à quel point  ils se trompaient en repartant désespérés par la pauvreté,  la misère abjecte  et l'impression d'une catastrophe  imminente  qu'ils y avaient trouvées.  De même que bon nombre d'autres voyageurs  de ces mêmes contrées,  ils ne pouvaient pas  se résoudre  à croire  en un avenir d'espoir,  et croyaient  que la révolution socialiste  était  éventuellement la seule porte de sortie.  Revenus dans  des pays  tels  que l'Inde et la Chine,  ils voient de plus en plus  de personnes  qui se sortent  de la pauvreté,  de la faim et de l'insalubrité.  Le plus grand changement se trouve  dans les idées  et les rêves :  la télévision, les journaux,  apportent idées et impressions  de l'autre côté  du globe,  élargissant l'idée  que les gens se font  de ce qui est possible.

Ce changement  n'est pas le produit d'une révolution socialiste  mais,  bien  au contraire,  du passage  au cours des quelques lustres écoulés à une liberté  économique,  voire  personnelle  plus grande.  Les échanges internationaux  et la liberté du choix  se sont développés ;  les investissements  et l'assistance  au développement  ont opéré le transfert des idées et des ressources.  On a tiré profit  des connaissances,  des richesses et des inventions des autres pays.

Lorsque la globalisation arrive à la porte de Bhagant,  vieux travailleur agricole  Intouchable  du village de Saijani ,   cela veut dire  que l'on construit des maisons  en brique  et non plus  en terre séchée,  que les gens  ont des chaussures aux pieds  et sur le dos des vêtements propres  et non plus des haillons. Dehors,  les rues  ont désormais  des rigoles,  et le parfum de la terre cultivée  a remplacé  la puanteur  des ordures.  Il y a trente ans,  Bhagant ne savait pas  qu'il vivait en Inde.  Aujourd'hui,  il regarde  les nouvelles du monde  à la télévision.

Dans la génération de Bhagant,  tout le monde était illettré.  Dans  celle de ses enfants,  il n'y en a eu  que quelques-uns  qui ont pu aller à l'école,  et dans celle de ses petits-enfants,  tout le monde  va à l'école.  Bhagant trouve  que les choses  vont mieux  La liberté,  la prospérité  sont plus grandes.  Aujourd'hui,  ce sont les enfants  qui posent le grand problème.  Quand  il était jeune,  les enfants  étaient obéissants  et aidaient à la maison.  Aujourd'hui,  ils sont devenus  terriblement indépendants,  ils gagnent leur propre argent.  Cela peut causer des tensions,  mais  ce n'est pas  la même chose  que de craindre  de les voir mourir,  ou d'être obligé  de les vendre  à un usurier clandestin.

La position  que vous et moi,  et les autres personnes du monde privilégié nous prenons  sur la question brûlante  de la globalisation  peut déterminer s'il y aura  plus de monde à prendre sa part  au développement qui s'est produit au village de  Bhagant  ou si ce progrès-là se transformera  en régression.

La plus grande  erreur conceptuelle  dans le débat sur la globalisation  porte sur la cause de la pauvreté.  La plupart de ceux qui protestent contre ce qu'ils appellent la "mondialisation néo-libérale"  semblent croire  que l'économie serait un jeu à somme nulle.   Si vous y gagnez,  alors  il faut  qu'un autre perde [8]   S'ils ne le croyaient pas,  vous ne pourriez pas expliquer pourquoi ils semblent bien plus indignés  par le succès  et l'abondance  que par la pauvreté  et la misère.  Or,  la production et le croissance  engendrent davantage de richesses,   et le capitalisme encourage  une production toujours  meilleure  et plus efficace,  sous peine de faillite,  il encourage et récompense  l'investissement à long terme  dans  des productions  encore améliorées.  L'échange  libre  est celui qui est juste,  presque par définition,  parce qu'un échange ne se fait pas  si les deux parties ne pensent pas  y gagner  quelque chose. 

La liberté en soi

Il existe  une surabondance de preuves du lien entre le capitalisme  et la prospérité .  Plus élevé  est le degré de liberté économique  d'un pays ,  et plus il a de chances de prospérer ,  de se développer,  de mieux vivre,  etc. 

Si nous divisons le monde  en cinq groupes  selon leur degré de liberté économique,  comme l'a fait le Fraser Institute au Canada,  nous voyons que les pays les plus riches sont dix fois plus riches  que pendant les années 1990 tandis  que  les moins libres  en avaient un de 1.5 %.

Plus intéressant encore,  les habitants des pays les plus libres vivaient en moyenne 24 années de plus  que dans les pays les moins libres

Ces données nous permettent aussi de comprendre la valeur de la liberté économique pour la démocratie. Les populations qui se voient reconnaître le Droit d'échanger avec des non-résidents ont 4 fois plus de chances  de vivre dans une démocratie  que ceux  qui se voient refuser ce Droit.

Cependant,  ce que j'aime le plus  dans le concept de liberté économique   n'est pas le mot "économique"  mais le mot "liberté" .  C'est la liberté en soi,  la liberté de choisir,  avec la dignité  et les chances que cela apporte.  Et la "mondialisation",  en bousculant les anciennes frontières et les vieilles interdictions accroît  cette liberté-là,  chose dont parfois nous ne tenons pas compte  quand nous nous  concentrons  sur les "taux de croissance". En voici trois exemples simples : 

En Amérique Latine ,  les pauvres  travailleurs agricoles avaient toujours  été totalement dépendants  des seuls employeurs  qu'il y eût,  les grands propriétaires terriens.  Même lorsqu'ils avaient la liberté  de voter,  ils étaient forcés de le faire  comme l'exigeaient leurs propriétaires,  sous peine de se retrouver à la rue  sans moyens  de subsistance.  Aujourd'hui, après un peu de "mondialisation",  d'autres entreprises  peuvent entrer  sur le marché  et leur offrir un travail ;  avec la libéralisation  ils peuvent  monter leur propre entreprise.  Ils s'émancipent.

Lorsqu'en Inde un paysan  avait besoin de capital pour envoyer ses enfants à l'école,  il était forcé  de s'adresser à un usurier,  qui se payait avec le travail futur de l'enfant.  le joug de l'usure,  qui tenait en servitude  des villages entiers,  s'évanouit lorsqu'arrivent  les marchés financiers,  et permettent d'emprunter de l'argent à une banque.

Les chances d'amélioration du sort des femmes sont étroitement liées à leur  capacité à recevoir un revenu indépendant.  Une femme battue par son mari,  la loi est (on l'espère) censée la protéger.  Mais  ira-t-elle vraiment  porter plainte contre lui ?  Sûrement pas,  si cela veut dire  qu'elle se retrouverait sans moyens d'existence.  C'est seulement dans  de nouveaux marchés  en expansion,  dans l'économie monétaire,  qu'elle a la possibilité  de se trouver un travail à elle,  ou de menacer de le faire,   et c'est alors  qu'elle est moins  dépendante  de la conduite de son mari.

Les grandes entreprises

Maintenant,  l'un des plus importants moteurs  de cette machine à libérer    représente l'aspect de l'économie moderne  que l'on dénonce  et déteste le plus :  les grandes entreprises,  les sociétés multinationales.  Certains d'entre vous,  s'ils ne l'ont pas lu,  ont peut-être entendu parler de No Logo ,  livre de Naomi Klein ,  qui prétend  que des multinationales  telles que Nike  multiplieraient dans le tiers monde des emplois  quasi-serviles,  pour un salaire de misère.  La seule "preuve",  ou presque,  consiste  dans des articles  qu'elle a ramassés  en quelques années  sur les mauvaises conditions d'embauche dans les pays pauvres.  Vous m'en direz tant !  Montrer  que les conditions sont mauvaises dans les pays pauvres,  et voilà qui suffit à faire de Naomi Klein  un gourou du mouvement "anti-mondialisation" . 

Il en est parmi nous  pour qui ce n'est pas là  une nouvelle bouleversante.  C'est une chose qui tient à la faiblesse de la productivité ;  si un travailleur ne peut pas  produire  beaucoup,  eh bien il ne peut pas gagner beaucoup,.  Et si son "salaire"  était beaucoup plus élevé,  personne n'aurait les moyens de l'embaucher.  Cela n'a aucun sens de comparer ses conditions de travail  avec celles qui règnent dans les pays  développés, parce que  notre productivité  à nous  est beaucoup plus élevée.  Ce qui est intéressant,  c'est de comparer les conditions  faites à ceux  qui travaillent dans les sociétés multinationales  dans les pays pauvres  aux autres possibilités  qu'ils ont,  avec les autres travailleurs du même pays.  C'est ce que j'ai fait et,  à ma surprise,  j'ai découvert que dans les pays les moins développés,  ces multinationales payaient leurs salariés  deux fois autant que les employeur locaux dans le même domaine d'activité.  Et encore,  nous devons  nous rappeler  que dans tous les pays du monde,  les travailleurs  qui produisent pour l'exportation sont ceux dont les salaires sont les plus élevés.  Ceux qui travaillent pour une société américaine  dans les pays les moins développés   reçoivent 8 fois  le salaire moyen du pays en question !

Pourquoi ?  La réponse est simple  : avec leurs investissements,  ces multinationales  avec tous leurs logos  et leurs marques,  apportent aux pays pauvres de nouvelles machines,  une meilleure technique,  de nouvelles idées sur la manière de gérer et de produire,  un marché élargi, une formation professionnelle,  etc.  et c'est tout cela  qui accroît la productivité  et les salaires. Et c'est pour cela qu'au cours  des 40 dernières années,  les salaires  sont passés  de 10 %  à 30%  du salaire industriel moyen aux Etats-Unis.

La même différence  s'applique  aux conditions de travail.  L'Organisation Internationale du Travail  a montré  que ce sont les multinationales  qui ouvrent la voie  vers  de meilleures conditions de travail,  particulièrement dans les industries  du vêtement et de la chaussure.  — c'est-à-dire  dans les sociétés  telles que Nike ! L'avocat chinois Zhou Latai a souligné  que Nike et Reebook,

du fait de leurs conditions de travail,  font pression  sur  les sociétés chinoises  pour  qu'elles-mêmes  rendent leurs  usines  plus saines et plus sûres,  faute de quoi elles n'auront pas les employés  qu'elles veulent.  "Si Nike [9] et Reebok s'en allaient",  rappelle Latai ,   ce qui pourrait bien arriver  en cas de boycotts  et de protectionnisme,  "cette pression disparaîtrait.  C'est évident [10] "

Les critiques reprochent à la "globalisation"  d'établir  la domination des sociétés  commerciales.  La sottise inspire ce slogan.  C'est dans les sociétés  fermées,  que les sociétés capitalistes  ont le plus de pouvoir,  là où les tarifs douaniers  et autres privilèges de monopole  empêchent les entrepreneurs  de leur faire concurrence  et les consommateurs  de choisir.  C'est  dans ces sociétés-là  — comme l'Amérique latine après  la Seconde guerre mondiale  que les sociétés  peuvent se permettre de vendre hors de prix  des mauvais produits  — que les gens  sont  de toutes façons  forcés  d'aller chez  elles  et d'y travailler.

Le développement du libre échange  est un moyen  de donner  aux  sociétés  plus  de liberté  pour échanger  et investir  mais  en même temps  de leur  donner moins de pouvoir.  Sur un marché libre,   les entreprises sont comme le serveur du restaurant :  elles peuvent bien vous présenter le menu,   mais  s'il ne vous plaît pas,  vous pouvez  aller ailleurs.  Et la liberté des échanges,  cela veut dire  que d'autre serveurs,  y compris étrangers,  peuvent venir  vous présenter des menus concurrents !  Le patron,  c'est vous.  Il se peut que ce soient les sociétés et les banques  qui transportent les produits et le capital  à travers les frontières,  mais  s'il n'y avait pas  de demande populaire  pour qu'elles le fassent,  elles ne le feraient pas.

La "globalisation",  c'est nous,  le peuple,  qui la contrôlons !

L'inégalité

Ce monde est bel est bien  un monde d'inégalité.  Le facteur  qui détermine le plus  le niveau de vie d'un individu  est la latitude  à laquelle il se trouve être né.  20 % de la population  du monde consomme 80 % de ses ressources.  Cependant,  cela ne signifie pas  que ces ressources,  nous les prendrions,  nous du Nord,  au reste  du monde.  Non :  nous  créons  80 %  du produit,  des ressources  qui se renouvellent tous les jours.    Et cela n'a rien  à voir  avec le fait d'être plus malin  ou plus travailleurs  que les autres.  Cela tient au fait que nous avons la liberté  d'employer notre intelligence  comme nous le jugeons bon,  et que nous sommes libres  de travailler pour notre propre compte — libertés  que les gens du Sud  possèdent à un bien moindre degré.

La distribution statistique  des biens et du capital  est inégale  dans le monde ;  mais  c'est parce que le capitalisme  y est inégalement réparti.   Ceux  qui ont le capitalisme  s'enrichissent.  Ceux  qui ne l'ont pas restent pauvres.

Ce sont souvent les politiques nationales  qui détruisent les marchés  et la libertés ;  cependant,  lorsque  vous redressez  ces politiques-là,  presque tout est possible  et c'est en fait bien plus possible  à notre époque d'ouverture des frontières,  que cela  l'a jamais été.  Pour les pays  en développement,  ce n'est pas  un "problème",  comme semble le prétendre le mouvement "antiglobalisation" ;  c'est au contraire  une occasion incomparable.  Il y a 130 ans,  la Suède  avait été aidée par le fait que des pays  tels  que l'Angleterre et la France  étaient beaucoup plus  riches et industrialisées.   Cela voulait dire  qu'elle pouvait  employer  directement leurs idées  et leurs techniques,  qui coûtent du temps  et de l'argent  à développer à partir  de zéro.  Nous avons pu  emprunter et investir leur capital  pour développer notre production et notre infrastructure,  nous pouvions leur vendre davantage  de produits,   et acheter  en échange  davantage  de produits avancés.  Et comment les avons-nous  remboursés ?  En ayant des taux  de croissance beaucoup plus élevés !

Les statistiques montrent clairement que les pays pauvres  et ouverts  croissent plus vite  que les pays  riches et ouverts.  La liberté des échanges  enrichit les riches — et les pauvres — mais les riches  n'en profitent pas autant que les pauvres !

La possibilité d'une croissance rapide pour les pays pauvres  est d'autant plus grande que le reste du monde est plus évolué.  Lorsqu'en 1780  l'Angleterre  a commencé  à doubler sa richesse,  cela lui a pris 58 ans :  lorsque le Japon a commencé  à faire de même il y a cent ans,  cela ne lui a pris que 34 ans, an et quand la Corée du Sud  l'a fait cent ans plus tard,  cela ne lui a pris  que 11 ans.

Lorsque les pays  sont liés entre eux  par des mouvements de biens et de capitaux,  il semble  que ce soient les pauvres  qui en profitent le plus.

Le Défi

Et c'est là que nous  en venons  à ce qui devrait nous ennuyer le plus de la part des pays occidentaux. Ce n'est pas  qu'ils seraient en train d'essayer  d'attirer les pays  en développement  vers  une  sorte  de piège  "néo-libéral" de la "globalisation",  c'est qu'ils les empêchent d'y participer. 

Au cours des 50 dernières  années,   nous avons libéralisé  le commerce international  sur tout l'éventail des produits,  à deux  exceptions près :  le textile  et l'habillement,  et les produits de l'agriculture.  Et les produits  que l'Union Européenne n'empêche pas  d'entrer  à coups de "droits" de douane  et de quotas,  de règlements anti-dumping",  des règles bureaucratiques sur l'origine,   de "principe de précaution",  de prétextes "écologiques",  etc.

L'aspect le plus bizarre de tout cela  est le mal que nous nous faisons à nous-mêmes  avec ces politiques.  L'économiste français Patrick Messerlin  a montré que les quelques emplois que nous protégeons à coups de protectionnisme  coûtent quelque 1 400 000 francs par emploi [et par an],  ce qui représente   dix fois le salaire moyen dans ces branches d'activité.  Nous pourrions  tout aussi bien donner une Rolls-Royce à chaque ouvrier,  tous les ans.  La charge totale  du protectionnisme européen  représente  5 à 7 %  du PIB  de l'Union Européenne,  ce qui fait  trois fois  celui de la Suède (tous les ans)  — et si timides que soient les Suédois,  si courts que soient nos étés,  si élevés que soient nos impôts,  qui pourrait cracher  sur une Suède par an ?

Après la chute de l'Union Soviétique,  et les réformes économiques  en Chine,  il n'y a plus  que trois économies au monde  qui soient encore soumises à la planification centrale, la Corée du Nord,  Cuba — et la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne.  Non seulement la PAC  tient les exportateurs du monde  à l'écart  de son marché  avec force  "droits"  de douane