Table des matières

 

 

 

POLLUTIONS

LES FONDEMENTS ECONOMIQUES D'UNE APPROCHE LIBERALE DE L'ECOLOGIE

par Henri LEPAGE

Délégué Général de l'Institut EURO 92

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

 

 

Autres textes d'introduction à "l'écologie de marché"

 

Capitalisme et écologie : privatisons l'environnement

(Extrait de Henri Lepage, "Pourquoi la Propriété", Hachette Pluriel 1985)

 

Pour une approche libérale de l'environnement

(Extrait de Henri Lepage, "La nouvelle économie industrielle", Hachette Pluriel 1990)

 

Pour une écologie libérale

(Document Démocratie Libérale)

 

La gestion des déchets ménagers dans une perspective d'écologie libérale

(Par Dominique Garrigues Document Euro92)

 

Non à l'horreur écologique

(Vidéo conférence Euro 92 de Dominique Garrigues)

 

Arguments contre l'impôt sur le CO2

(Document Henri Lepage, Institut Euro 92)

 

 

 

 

 

 

 

Sites Web "Ecologie de marché"

 

Competitive Enterprise Institute (Washington)

 

Political Economy Research Center (Bozeman, Montana)

 

Foundation for Research on Free Economy and the Environment (Bozeman Montana)

 

CATO Natural Resources and Environmental Studies (Washington)

 

CATO Risk and Science Studies

 

Heritage Foundation - Papers on Environmtal Issues (Washington)

 

National Center for Policy Analysis - Environment (Dallas)

 

Heartland Institute - The Common Sense Environmentalist's Suite (Chicago)

 

 

 

La sensiblité de l'opinion publique aux problèmes de pollution est le symptôme d'une rareté croissante.

L'air pur, l'eau pure, sont devenus des denrées "rares" - c'est à dire des biens pour lesquels plusieurs usages incompatibles sont en concurrence (exemple du ruisseau qui ne peut servir simultanément d'égoût à une grande industrie et de source d'alimentation en eau pour les habitants d'une ville située en aval de l'usine).

Cette incompatibilité des usages crée un problème politique : quel est celui des usages (ou des utilisateurs) qui doit avoir priorité sur les autres ? Quelles règles ou procédures d'allocation doit-on utiliser pour décider du choix des utilisateurs prioritaires ?

La pollution est comme la valeur, une notion essentiellement "subjective". Toute pollution a pour origine un phénomène de dégradation physique de la qualité d'une ressource. Mais cette dégradation ne devient "pollution" que lorsqu'elle est ressentie négativement par des esprits humains capables de s'exprimer de façon organisée.

Le symptôme d'une rareté croissante

A cet égard, la sensibilité croissante de l'opinion aux pollutions exprime bien un fait de société, un phénomène culturel. Elle est une conséquence de la croissance économique dans un monde de plus en plus peuplé, où la satisfaction des besoins élémentaires fait apparaître de nouvelles préférences plus évoluées. Mais il n'y a pas de raison pour que ces préférences soient universellement et également répartiées dans la population. D'où un problème de choix :à quelles préférences, de quelles populations, doit-on donner la priorité dans l'affectation des ressources rares ?

Ces choix forment l'essence du problème économique. L'originalité de l'Occident est de l'avoir résolu par l'émergence de principes et de procédures juridiques qui constituent ce que l'on appelait à une certaine époque (c'était à la fin du siècle dernier) le "droit individualiste classique". Appuyé sur le double pilier de la responsabilité individuelle et de la propriété privée, c'est ce système juridique qui a rendu possible l'essor économique de la civilisation occidentale. Les choix économiques y sont résolus par des mécanismes de marché dont la logique systémique est d'orienter les ressources, par un processus de tâtonnement et de découverte progressive, vers ceux de leurs usages dont la valeur sociale est la plus grande. C'est le critère d'efficacité.

Aujourd'hui il n'y a plus grand monde pour contester la supériorité des mécanismes de prix et de marché pour organiser l'allocation des ressources servant à la production de biens matériels. En revanche, en matière d'environnement et de lutte contre les pollutions, l'attitude est toute autre. Tout se passe comme si, par définition, la production de "biens environnementaux" ne pouvait être assurée que par des institutions d'etat, par la voie d'ordres et de contrôles législatifs ou réglementaires.

Cette conviction n'est pas spécifique aux adversaires du capitalisme et de l'économie libérale. On la retrouve solidement ancrée dans les écrits de gens qui, par ailleurs, ne manquent jamais de dénoncer les méfaits des politiques socialistes. Elle est largement partagée même dans les milieux patronaux qui, tout en s'opposant à certains excès de la réglementation, n'en restent pas moins souvent prêts à admettre la nécessité d'une certaine "forme d'autorité écologique planétaire".

Il est vrai que les marchés ne sont jamais parfaits. L'échange libre et volontaire n'est socialement efficace que si les transactions ne s'accompagnent d'aucun "effet externe" au détriment de tiers. Il est vrai aussi que, dans le contexte présent de nos institutions, le libre fonctionnement des marchés ne permet pas toujours aux décisions individuelles d'intégrer la dimension des préférences écologiques. Mais à qui la faute ?

La solution par les droits de propriété.

Pour changer les comportements, il y a deux méthodes. L'une est de faire appel au pouvoir législatif et réglementaire de la puissance publique pour imposer aux industriels et aux particuliers le respect de normes définies de manière "scientifique", et ratifiées par des décisions "démocratiques". Il s'agit d'une démarche qui n'est qu'une variante d'un système planiste. l'autre consiste à utiliser les ressources de l'Etat non pour définir des objectifs concrets et prioritaires, mais pour concevoir des solutions institutionnelles qui rétablissent dans le domaine des biens dits "non marchands" des procédures d'échange et d'allocation par des systèmes de prix. C'est la solution libérale.

L'analyse économique montre que la théorie des "défaillances" du marché ne suffit pas à justifier, en toutes circonstances, le recours à un système de commandement administratif, même dans le domaine particulier des biens environnementaux. Elle fait apparaître tout ce que l'approche actuelle des politiques de l'environnement, même dans les pays qui passent pourtant pour les plus libéraux, a d'angélique et d'irréaliste par rapport aux objectifs poursuivis.

L'économiste libéral ne dit pas nécessairement que l'Etat n'a strictement rien à faire dans ce domaine; mais que ses interventions doivent se limiter à ce qui est par excellence le rôle de la puissance publique : la mise en place de structures de propriété compatibles avec l'émergence de nouveaux marchés là où les échanges marchands efficients sont actuellement rendus impossibles du fait d'une pénurie de "droits de propriété" bien définis et efficacements protégés.

Notre conclusion est que les plus utopistes ne sont pas ceux qu'on pense. Il est bien plus irréaliste de croire que confier directement à l'Etat, ou même à ses démembrements locaux, à leurs assemblées et à leurs bureaucraties, la gestion des biens environnementaux puisse un jour déboucher sur les résultats recherchés, que d'imaginer un jour futur où les problèmes de régulation de la pollution et de l'environnement seraient pris en charge par des procédures faisant appel aux techniques de "l'économie marchande".

C'est ce qui se passera...

L'analyse que nous proposons dans ce texte a double caractère normatif et positif. Elle est normative en ce sens qu'elle suggère ce qu'il faudrait faire pour que l'action sur l'environnement respecte les contraintes de l'efficience économique. Mais elle va plus loin. Les solutions que nous évoquons sont "utopiques" par rapport au monde actuel. Mais cela ne veut pas dire qu'elles sont insensées. Notre propre conviction est qu'elles décrivent ce qui se passera nécessairement un jour ou l'autre, au fur et à mesure que la contrainte de rareté des biens environnementaux deviendra de plus en plus pesante et coûteuse.

Au fur et à mesure que le degré de rareté va croîtres, et donc que les biens environnementaux acquièreront une valeur croissante, il est inévitable qu'apparaissent progressivement des zones marchandes, qui naîtront d'abord dans les interstices du système réglementaire, et le grignoteront ensuite peu à peu grâce à l'initiative de gens qui chercheront les premiers à capter ces valeurs naissantes créées par la rareté.

Quand on relit l'histoire de l'occident des 16ème, 17ème et 18ème siècles, c'est ainsi que se sont développées les notions modernes de propriété privée et d'appropriation - dont nous ne réalisons plus aujourd'hui la complexité conceptuelle et juridique. Il est vraisemblable que c'est la même histoire qui se dérouleera demain pour les biens environnementaux. Cela ne se fera sans doute pas du jour au lendemain, ni de manière linéaire. Cela demandera sans doute beaucoup de temps. Mais l'un des verdicts de l'analyse économique est qu'il est difficile d'imaginer que cela ne se produira pas - même si certains régression historiques ne sont pas à exclure.

Demain, nos successeurs ne s'étonneront pas quand on leur parlera de droits de propriété sur l'eau, de droits à polluer, ni de devoir payer ppour accéder à l'usage de biens environnementaux élémentaires. Pour y accéder, il faudra vaincre bien des réflexes socialistes et égalitaristes, héritage du temps où ces nouvelles raretés n'existaient pas encore. Mais, précisément, la rareté s'en chargera. C'est l'une des principales leçons de l'histoire de la civilisation. La rareté appelle la propriété. La seule inconnue, ce sont les délais, que tout homme a toujours trop tendance à sous-estimer.

 

Ce texte est ancien. Il date d'Août 1990. Son contenu n'a cependant pas pris une ride. N'ayant pas les moyens d'en assurer une refrappe complète, nous avons choisi de le rendre disponible sans rien toucher à son état d'origine, qui était celui d'un document de travail interne.

Le document est donc reproduit ici en format acrobat . Pour qu'il ne soit pas trop lourd - et trop lent - à charger - nous l'avons découpé en 9 chapitres pouvant être appelés indépendamment :