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DOSSIER
textes
et liens sur la "nouvelle économie"
Textes
Euro 92
"Le
nouveau modèle de la croissance déflationnaire
: esquisse d'analyse théorique", par
Charles
Gave.
*
"L'Europe
va-t-elle suivre le chemin de la nouvelle économie
américaine", par Henri
Lepage.
*
"Productivité
et création d'emplois" par Olivier
Carré
*
"Pourquoi
la bulle n'éclatera pas", par
Henri
Lepage
*
"L'âge
d'or du silicium" par Olivier
Carré
*
"Le
secret de l'économie US", par Henri
Lepage
*
"Economie 1999 : le scénario
de l'inattendu", par Henri
Lepage.
*
Autres
liens en français
Des
actions demandées pour elles-mêmes"
par Jacques
Régniez, article Le Figaro-Economie,
vendredi 21 janvier 2000, pages "Cheminement
du futur" dirigée par JJ Rosa.
*
"Productivité
et croissance potentielle aux Etats-Unis",
Lettre de conjoncture de la BNP, Septembre
1999.
*
"Après
la décennie glorieuse, où vont les
Etats-Unis", Lettre de conjoncture de la
BNP, Avril
1999
*.
Textes
et liens en anglais
"How
the Bubble Bursts", par John H. Makin, AEI
Economic Outlook, American Enterprise
Institute, Janvier 2000.
*
"
Drivers of Economic Prosperity", par Harvey
Rosenblum, Research Department, Janvier 2000 Federal
Reserve Bank of Dallas,
*
"Low
interest rates are common thread in US virtuous
cycle", lettre d'un lecteur au
Financial
Times en réaction à
un éditorial de Martin Wolf. Janvier 2000
*
"Of
Bulls and Bubbles", par Holamn W. Jenkins,
Policy
Review, The Heritage Foundation,
Décembre 1999
*
"Productivity,
the Stock Market and Monetary Policy in the New
Economy", par Evan F. Koenig, Research Department,
Federal
Reserve Bank of Dallas, Novembre 1999
*
"America's
High Tech Economy :Growth, Development and Risks
for Metropolitan Areas", par Ross C. DeVol,
The
Milken Institute, Juillet 1999.(Voir
principalement les trente premières pages)
*.
The
New Economy Index,
un site web entièrement centré sur
la nouvelle économie.Mis en place par le
Progressive
Policy Institute (PPI), un organisme
porte-parole de "la troisième voie"
aux Etats-Unis
*.
"Has
the "New Economy" Rendered the Productivity Slowdown
Obsolete?" par le Professeur Robert
Gordon. Juin 1999.
*
Foundations
of the Goldilocks Economy: Supply Shocks and the
Time-Varying NAIRU" par le Professeur ,
Février 1999.Robert
Gordon
*
|
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Nous
sommes à quelques semaines d’établir le
record de la plus longue phase d’expansion économique
jamais enregistrée dans l’histoire de ce pays.
Le précédent record des 106 mois de croissance
des années 1960 (une croissance qui, à
l’époque, fut prolongée par le déclenchement
de la guerre du Vietnam) sera battu en février.
Néammmoins nous enregistrons actuellement la
présence de signes de vieillissement du cycle
qui annoncent généralement l’arrivée
d’un retournement de conjoncture imminent.
A
la fin des quatre ou cinq premières années
de ce cycle, au milieu des années 1990, il n’apparaissait
pas encore clairement si celui-ci allait simplement
reproduire, ou était différent de tous
ceux qui l’ont précédé depuis la
fin de la seconde guerre mondiale. Depuis lors, il est
toutefois devenu de plus en plus difficile de nier qu’a
émergé quelque chose de fort différent
du traditionel cycle économique de l’après
guerre. Non seulement cette expansion bat des records
de longueur, mais plus encore elle le fait avec des
taux de croissance beaucoup plus élevés
que ceux auxquels on s’attendait. Qui plus est, encore
plus remarquable, l’inflation est restée à
un niveau très modeste malgré des tensions
sur le marché du travail parmi les plus intenses
que nous ayions jamais enregistrées depuis une
génération. Et les économistes
éprouvent aujourd’hui le plus grand mal à
mettre au point un système d’analyse conceptuel
qui rende compte de cet ensemble de phénomènes
qui cadre mal avec le savoir et l’expérience
accumulés au cours des cinquante dernières
années de notre histoire économique.
Lorsqu’en
2010 nous regarderons derrière nous, et nous
rappellerons les années 1990, nous comprendrons
sans doute beaucoup mieux la nature des forces et dynamiques
en jeu. Il est vraisemblable que nous en tirerons la
conclusion que juste à la fin du siècle
l’économie américaine a bénéficié
d’un phase exceptionnelle d’innovation, comme on n’en
rencontre jamais qu’une fois en un siècle, et
qui a fait croître la productivité, la
production, les profits des entreprises, et le prix
des actions à des rythmes qu’on n’avait plus
connus depuis très longtemps (voire jamais auparavant).
A
l’inverse, il se peut aussi qu’une telle rétrospective
nous révèle qu’ une grande part de ce
que nous vivons ne fut jamais plus qu’un nouvel épisode
d’euphorie boursière et de bulle spéculative
comparable à ce qui s’est déjà
passé un certain nombre de fois dans la longue
histoire de l’humanité. Enfin, il n’est pas impossible
qu’on conclue qu’en réalité l’histoire
de ces quelques années combine à la fois
des éléments de ces deux scénarios.
D’un
côté, nous avons la réalité
d’une vague phénomènale d’innovations
technologiques dont l’existence ne fait plus aucun doute.
De l’autre, tout ceci se trouvent gâché
par la crainte que la Nouvelle Economie ne nourrisse
une série de déséquilibres susceptibles
d’entrainer un ajustement brutal qui mettra un terme
douloureux à l’expansion économique que
nous connaissons actuellement, à l’euphorie qui
l’accompagne, et à la phénomènale
création de richesses qui en résulte.
Il
est incontestable qu’un certain nombre de nouvelles
technologies issues d’innovations accumulées
au cours des cinquante dernières années,
sont désormais en train de produire de vastes
changements dans la manière dont les biens et
services sont produits, et encore plus dans la manière
dont leur distribution est assurée. Ces innovations,
en particulier l’émergence rapide de l’Internet,
ont entraîné la prolifération d’un
grand nombre de " start up " innovantes,
dont beaucoup peuvent prétendre un jour révolutionner
et dominer de larges secteurs de l’appareil de production
et de distribution. Les marchés de capitaux,
mal à l’aise chaque fois qu’ils ont affaire à
de brusques changements structurels, tâtonnent
pour arriver à en faire une évaluation
raisonnable. La volatilité très élevée
des cours de bourse de la plupart de ces nouvelles firmes,
ainsi que ce qui paraît être, au moins pour
certaines d’entre elles, une excessive surévaluation
du prix de leurs actions, témoignent de la difficulté
à identifier dès à présent,
dans le lot de toutes les technologies mises sur le
marché, celles qui, d’ici quelques dizaines d’années,
prévaudront et deviendront vraiment opérationnelles.
L’invention
et l’innovation relèvent bien sûr de processus
qui ne connaissent jamais de fin. Néanmoins,
le développement, après la seconde guerre
mondiale, du transistor apparaît rétrospectivement
comme l’événement qui a déclenché
une vague exceptionnelle de synergies inventives. Cela
nous a donné le microprocesseur, l’ordinateur,
les satellites, ainsi que l’alliance des technologies
du laser et des fibres optiques. A leur tour, ces nouvelles
inventions ont, dans les années 1990, entraîné
un accroissement colossal de notre capacité à
transporter et diffuser l’information.
Bien
sûr, l’innovation ne se limite pas au domaine
des technologies de l’information. On enregistre également
des avances technologiques exceptionnelles dans bien
d’autres secteurs de l’économie.
Mais
ce sont les technologies de l’information qui forment
le cœur de cette période si particulière
dans la mesure où ce sont elles qui se trouvent
à la racine du phénomène de croissance
de la productivité. Leur principal effet est
d’entraîner la réduction du nombre d’heures
de travail humain nécessaire à la production.
Mais, de plus, bien davantage de nouveaux postes de
travail ont été créé au
cours de cette période de santé économique
éclatante, que d’emplois ont été
perdus. L’extraordinaire épanouissement technologique
que nous venons de vivre s’est accompagné d’une
baisse elle aussi remarquable du taux de chômage.
L’une
des conséquences du progrès technologique
dans les secteurs de l’information a été
une accélération très sensible,
et visible, du processus de " création
destructrice " - c’est à dire le déplacement
du capital et des moyens de financement des technologies
obsolètes ou en voie d’obsolescence vers les
secteurs dont la technologie est à la pointe
du progrès. Ce processus de réallocation
du capital dans l’économie a été
facilité par un mouvement général
de segmentation et de désagrégation des
risques sur les marchés de capitaux rendu possible
par le développement de produits financiers innovants
qui, eux mêmes, n’auraient jamais vu le jour sans
l’essor des nouvelles technologies d’information.
Traditionnellement,
l’accès à l’information est un formidable
handicap pour les entrepreneurs qui prennent leurs décisions
dans un univers d’incertitudes extrêmement larges.
Jusqu’à ce que les nouvelles technologies de
l’information révolutionnent les conditions de
cet accès, la difficulté que l’on avait
à connaître avec précision les besoins
des consommateurs, ainsi que la localisation des stocks
nécessaires pour assurer en temps utile un approvisionnement
fluide des circuits de production et de distribution,
conduisait les entreprises à opérer avec
des programmes de redondance non négligeables.
Doubler
les circuits de matériels et de matériaux,
ainsi que les effectifs, était une mesure de
sécurité nécessaire pour ne pas
être pris au dépourvu dans un monde où
les entreprises doivent réagir au quart de tour.
On prenait souvent les décisions sur la base
d’informations vieilles de plusieurs heures, plusieurs
jours, voire plusieurs semaines. En conséquence
de quoi les plannings de production imposaient la présence
de stocks de sécurité financièrement
couteux, ainsi que la disponibilité de travailleurs
en sur-nombre.
Il
est vrai qu’il subsiste de larges zones d’information
insuffisante, et que l’on ne réussira jamais
à éliminer toute incertitude dans la prévision
des événements futurs dont dépend
en dernier recours toute décision managériale.
Il n’en reste pas moins que le formidable bond enregistré,
au cours des dernières années, dans les
capacités d’accès plus facile et plus
immédiat à l’information ont permis aux
entreprises de continuer à faire le même
travail tout réduisant considérablement
le volume et donc le coût de leurs stocks, ainsi
que les sureffectifs en surnombre.
L’accès
en temps réel à l’information – tel qu’il
se pratique par exemple avec les réseaux informatisés
(souvent par satellite) qui gérent quasi instantanément
les flux de livraison entre les usines, les transporteurs
et les points de distribution - a rendu possible une
formidable réduction des délais de livraison,
ainsi que du nombre global d’heures de travail nécessaire
pour assurer la fabrication et la distribution d’une
quantité considérable de produits de toutes
sortes, allant du livre aux équipements industriels
les plus lourds.
Cette
diminution des délais de livraison des biens
d’équipement a notablement amélioré
l’environnement économique des dix dernières
années. Quand il faut attendre longtemps avant
de voir ses nouveaux équipements arriver, les
entreprises doivent faire attention à choisir
des matériels susceptibles d’en faire beaucoup
plus qu’on n’en a réellement besoin afin de faire
face éventuellement à l’ensemble des cas
de figure susceptibles d’apparaître, même
avec de faibles probabilités, une fois les livraisons
effectuées et les machines installées.
Lorsque
les délais de livraison sont beaucoup plus courts,
il devient possible de faire l’économie de ces
nombreux double emplois prévus dans l’organisation
des ateliers pour faire face à toutes les hypothèses
susceptible de se manifester dans un certain horizon
de temps. Celui-ci peut être considérablement
réduit. Ce qui signifie moins de machines, de
matériels et moins d’heures de travail assignés
à des activités qui, tout en ayant une
valeur d’assurance contre des événements
susceptibles d’affecter la production, ne contribuaient
finalement à rien produire ayant une véritable
valeur autre que de sécurité.
Ces
activités intermédiaires de production
et de distribution, qui étaient si essentielles
tant qu’on évoluait dans un monde où l’accès
à l’information était lent et difficile,
et les opérations de contrôle de qualité
trop coûteuses, peuvent enfin être considérablement
réduites, voire, dans certains cas, totalement
éliminées. L’Internet devrait renforcer
encore davantage cette évolution dans la mesure
où il modifie complètement la nature des
relations entre les entreprises, leurs fournisseurs,
et leurs clients.
Le
processus d’innovation s’étend bien au-delà
du seul domaine de l’usine et des canaux de distribution.
Le temps pris par les activités de conception,
et donc leurs coûts, ont également connu
une diminution spectaculaire du fait que la simulation
sur ordinateur permet par exemple de faire désormais
l’économie des nombreux personnels autrefois
affectés, dans les cabinets d’architecte, aux
tâches de dessin. Les diagnostics médicaux
sont désormais plus approfondis, plus exacts,
et sont plus vite disponibles, avec mise à disposition
de tout un ensemble d’informations qui autrefois étaient
inaccessibles. Les traitements médicaux peuvent
ainsi être mis en œuvre plus tôt, et nombre
d’heures de procédures purement paperassières
sont éliminées.
Tous
ces développements mettent en lumière
ce qu’apportent fondamentalement les nouvelles technologies
de l’information - l’élargissement de la
connaissance, et son avers : la réduction
de l’incertitude. En conséquence de quoi le montant
de la prime de risque autrefois associée à
toute forme d’activité commerciale a lui aussi
diminué.
Comme
par essence le futur ne peut jamais être prévu,
la part de risque associée à la plupart
des activités économiques et commerciales
ne pourra jamais être totalement éliminée.
Les technologies de l’information, parce qu’elles améliorent
notre connaissance en temps réel des processus
de production ainsi que celle des variations de la demande
de consommation, réduisent le degré d’incertitude
et donc de prise de risque. En un mot, elles relèvent
la productivité de l’heure de travail dans toute
l’économie, principalement en diminuant le nombre
d’heures consacrées à des activités
qui servent essentiellement à protéger
nos processus productifs contre l’incertain et l’inconnu.
Réduire l’incertain permet de diminuer le nombre
d’heures requises pour assurer le maintien constant
de l’appareil de production au niveau d’activité
recherché.
Pour
parler le langage des économistes, cela revient
à diminuer la prime de risque, ainsi que la variance
des risques pris, tout au long de la chaîne de
décisions. Ce qui signifie que, toutes choses
égales d’ailleurs, pour faire face à des
risques accrus, nous avons besoin d’immobiliser aujourd’hui
moins de ressources rares que ce n’était le cas
dans le passé.
Les
nouvelles possibilités offertes par le commerce
électronique ont déjà commencé
à changer l’état des relations entre les
entreprises et leurs clients. Il est cependant presque
sûr que l’effet des forces déclenchées
par l’Internet sera encore plus fort dans l’univers
des entreprises, là où l’accès
à une information plus vaste, infiniment plus
rapide et plus fiable a pour conséquence de réduire
le plus les coûts de la prise en compte de l’incertain.
C’est ce que l’on constate à travers les efforts
déployés récemment par de nombreuses
entreprises pour réorganiser et rationaliser
leurs chaînes d’approvisionnement grâce
à Internet.
Tous
les progrès de la productivité (c’est
à dire, fondamentalement, la capacité
de produire plus par unité de temps) ne s’expliquent
pas seulement par la manière dont les nouvelles
technologies – qu’il s’agisse des technologies de l’information,
ou d’autres –réduisent les volumes de ressources
nécessaires à la production de biens existant.
Certaines technologies nouvelles font apparaître
de nouveaux biens et de nouveaux services recélant
davantage de valeur moyenne par heure de travail. C’est
le cas par exemple des spectaculaires développements
dans le domaine des biotechnologies, qui permettent
d’accroître considérablement la productivité
de nombreuses autres activités, allant de l’agriculture
à la médecine.
Dans
une économie comme la nôtre, bénéficiant
d’un marché du travail dynamique, les ressources
ainsi rendues redondantes par les nouvelles possibilités
d’accès à l’information sont réorientées
vers la production de nouvelles activités et
et de nouveaux produits, dont personne ne pouvait même
prévoir l’apparition il n’y a pas si longtemps.
L’ordinateur individuel, avec l’élargissement
presque infini de ses capacités d’utilisation
dans l’univers familial, comme dans celui de l’entreprise
et des affaires, en est un exemple typique. De même
que la télécopie ou le téléphone
cellulaire. Encore plus exemplaire est le cas des biotechnologies,
plus particulièrement celles qui sont en train
de révolutionner en profondeur tout le monde
de l’innovation médicale et pharmaceutique.
Toutefois,
les nouvelles technologies ne peuvent accroître
la production ou réduire les coûts de production,
et en conséquence améliorer la productivité,
que si elles se trouvent incorporées à
l’investissement en capital – celui-ci étant
ici défini dans son acception la plus large,
c’est à dire comme toute dépense qui augmente
les capacités de production futures, et donc
la valeur anticipée des actifs.
Mais
pour qu’il y ait investissement encore faut-il que le
taux de rendement anticipé soit supérieur
au coût du capital. Or les gains de productivité
par dollar investi se sont clairement accéléré
dans les années 1990, cependant que, nourrie
par les anticipation de profits plus élevés,
la hausse des valeurs boursières faisait, de
son côté, baisser le coût du capital.
En
particulier, il semble que le jeu des synergies technologiques
a fait émerger un nombre toujours croissant et
toujours plus diversifié d’opportunités
rentables d’investissements nouveaux en remplacement
d’anciennes immobilisations plus coûteuses.
C’est
dans le secteur relativement limité des industries
spécialisées dans la haute technologie
que ces augmentations de la productivité et du
taux de retour réel sur investissement sont les
plus apparents. Mais l’usage de ces nouvelles technologies
s’étend désormais à nombre de firmes
qui traditionnellement n’appartenaient pas à
cet univers de la high tech.
Il
serait exagéré d’affirmer qu’à
chaque fois qu’une nouvelle tension sur les coûts
se profile à l’horizon, de nouveaux investissements
viendront en compenser les effets. Néammoins,
il est vrai que l’explosion des dépenses en équipements
et logiciels high tech intervenue depuis cinq ans, et
qui a spectaculairement accru le taux de croissance
du stock de capital, ne se serait jamais produite s’il
n ‘y avait pas eu un formidable accroissement du nombre
de projets potentiellement rentables offerts aux appétits
de développement des entreprises et des entrepreneurs.
Comme la progression des gains de productivité
dans ce secteur a entraîné, depuis 1995,
une accélération de la baisse des prix
des équipements incorporés aux nouvelles
technologies, il en est résulté une véritable
explosion de la demande pour ces types d’équipements
dans un grand nombre de firmes appartenant un peu à
tous les secteurs industriels.
Si
les anticipations relatives à l’augmentation
du taux de profit de ces investissements ne s’étaient
pas matérialisées, il y a belle lurette
que l’actuel " boom " des investissements
– le mot n’est pas trop fort – aurait tourné
court. Or nous constatons qu’actuellement le montant
global des dépenses en équipements industriels
et en achats de logiciels, exprimé en pourcentage
du PNB américain, et calculé en dollars
courants, atteint son niveau le plus haut jamais enregistré
depuis la dernière guerre.
Tout
ceci s’explique notamment par le jeu d’un " cycle
vertueux " qui s’exerce au profit de l’investissement
en capital. Le fait que l’on soit, toutes choses égales
d’ailleurs, en présence d’un plus grand nombre
de projets d’investissement rentables augmente la productivité ;
ce qui, pour un temps, accroît les profits ;
stimule donc la demande pour encore plus d’investissement
– et indirectement de la consommation ; cependant
que, simultanément, l’accélération
des gains de productivité maintient la pression
sur les coûts unitaires et les prix. Les entreprises
hésitent à relever leurs prix de peur
que leurs concurrents qui bénéficient
de moindres coûts du fait de leurs nouveaux investissements
ne leur prennent des parts de marché croissantes.
C’est
l’arrivée d’une offre croissante d’équipements
et de logiciels industriels permettant de faire des
économies massives sur les coûts de main-d’œuvre,
et cela à des prix de plus en plus bas, ainsi
qu’avec des délais de livraison de plus en plus
courts, qui, en vérité, explique pour
l’essentiel pourquoi les entreprises, au cours des dernières
années, ont perdu une large part de leur pouvoir
de marché Bien sûr, d’autres facteurs de
désinflation ont joué. Par exemple, l’augmentation
très sensible de l’offre mondiale du fait de
l’ouverture croissante des pays émergents et
des anciennes nations du bloc soviétique aux
nouvelles forces du marché. Un autre élément
a été la réduction des budgets
et dépenses militaires en raison de la fin de
la guerre froide. Cela a libéré des ressources
qui, jusque là, restaient affectées à
des usages non productifs. Ajoutez-y la déréglementation
qui, dans bien des pays, mais surtout dans le nôtre,
a fait disparaître un certain nombre de goulets
d’étranglement ; d’où, toutes choses
égales par ailleurs encore, une offre plus abondante
et plus de concurrence. Cette déréglementation
n’a pas peu fait pour entraver les hausses de prix.
Finalement, la crise économique de 1997 et 1998
a pesé sur les prix de l’énergie et autres
matières premières clés, contribuant
ainsi à freiner l’inflation pour quelques années.
Bien
sûr, l’Europe et le Japon ont apporté leur
part à cette récente vague d’inventions
et d’innovation. Ils ont librement accès aux
technologies nouvelles. Il n’en demeure pas moins qu’ils
se sont montrés beaucoup moins diligents à
en tirer parti. La responsabilité en revient
pour la plus large part au caractère relativement
rigide du fonctionnement de leur marché du travail,
d’où des coûts de main d’oeuvre plus élevés.
Comme l’augmentation de la rentabilité du capital
dépend pour l’essentiel de la réduction
des coûts de main d’œuvre qui résulte de
l’investissement en nouvelles technologies, et que dans
ces pays, du fait de la législation, tout licenciement
coûte beaucoup plus cher, il en résulte
naturellement que le retour sur investissement offerts
par les mêmes équipements y est, toutes
choses égales d’ailleurs, plus faible qu’aux
Etats-Unis. Du fait de leur culture et de leurs traditions
juridiques, les américains admettent plus facilement
ces substitutions de main d’œuvre. Ce qui rend plus
facile l’introduction des nouvelles technologies, et
permet au niveau de vie de croître finalement
plus vite.
Il
n’est pas question de nier que l’Europe a fait de substantiels
efforts pour réduire ses coûts de main
d’œuvre face à la concurrence mondiale. Mais
il s’agissait principalement de mettre un frein à
l’inflation salariale dans le secteur des nouveaux emplois
créés par la croissance. En revanche,
on ne voit pas très bien dans quelle mesure ces
investissement ont également contribué
à réduire le coût des emplois existants.
Il ne faut jamais oublier que là où renvoyer
un salarié coûte trop cher, embaucher un
nouvel employé apparaît également
hors de prix.
Pour
tirer profit des nouvelles technologies, il est indispensable
de faire preuve d’une grande capacité à
réorganiser ses circuits de production et de
distribution. De fait, nous assistons à un accroissement
considérable du nombre des fusions et acquisitions.
De multiples et spectaculaires opératios d’alliance
stratégiques, non seulement à l’intérieur
du pays, mais également par delà les frontières,
visent à transformer et ajuster les structures
d’entreprises aux impératifs des nouvelles technologies.
Nous
assistons à l’effondrement progressif de toute
une série d’institutions dont le rôle était
de freiner le jeu de la concurrence. Je pense aux keiretsu
et aux chaebols d’Asie du sud-est, ainsi qu’aux traditions
dirigistes d’un certain nombre de pays européens.
L’impérative nécessité de tirer
à sontour avantage des nouvelles technologies
ébranle les soubassements de l’ancien ordre politique
protecteur. Pendant de nombreuses années encore,
le grand problème qui mobilisera notre attention
sera l’affrontement entre les forces technologiques
qui jouent en faveur d’une concurrence sans entrave,
et les vieilles traditions protectionnistes, tant internes
qu’externes. Les désordres de Seattle, le mois
dernier, ne sont qu’un avant goût de ce qui nous
attend.
Quelle
que soit la manière dont nous expliquons l’actuelle
croissance sans inflation, il ne fait aucun doute qu’au
seuil de ce nouveau siècle l’économie
américaine n’a jamais été aussi
prospère, du moins pour une majorité d’américains.
Il n’en reste pas moins que cette situation, aussi favorable
soit elle, nous pose un certain nombre de redoutables
problèmes. Cette croissance de l’offre tirée
par l’accroissement de la productivité, en augmentant
les espérances de profits à long terme,
a provoqué une formidable montée du prix
des actions. A travers ce que l’on appelle " l’effet
richesse ", ces gains en bourse ont à
leur tour entraîné une augmentation de
la demande globale plus forte que celle de l’offre.
C’est ce déséquilibre entre les croissances
de l’offre et de la demande qui, aujourd’hui, contient
les germes d’un retour de l’inflation ainsi que de pressions
financières susceptibles de saper les bases de
l’expansion actuelle.
L’accélération
de la croissance de la productivité doit nécessairement
déboucher un jour ou l’autre sur un relèvement
des revenus des salariés, ou des profits plus
élevés – généralement les
deux à la fois. Sauf à ce que la propension
marginale à dépenser baisse, elle doit
s’accompagner d’une accélération corrélative
de la consommation privée ainsi que de l’ investissement,
ne serait-ce que parce que, sur la longue période,
offre et demande doivent s’équilibrer. (Je néglige
pour l’instant les effets de la fiscalité). Si
les choses se passaient toujours ainsi, nous ne pourrions
que nous féliciter de voir la productivité
exploser. Mais ce n’est pas tout.
Ces
dernières années, conséquence de
l’appréciation continue de la valeur des droits
de propriété sur le capital des entreprises,
elle-même le produit en grande partie de l’accélération
des gains de productivité, la valeur de l’actif
net des ménages a littéralement explosé
par rapport au niveau de leur revenu moyen. Ce qui a
encore accentué le coup de fouet donné
à la consommation privée, celle-ci progressant
plus vite que les revenus engendrés par l’accélération
de la croissance. D’un autre côté, la baisse
du coût du capital provoquée par la montée
du prix des actions, plus l’anticipation de taux de
retour plus élevés, ont également
stimulé les dépenses d’investissement.
Les estimations concernant le surplus de croissance
engendré par " l’effet richesse "
varient fortement. Mais elles tournent généralement
autour d’un chiffre de 1 % du PN B - un pour cent
sur les quatre pour cent de croissance annuel enregistrés
depuis la fin de 1996.
Un
tel supplément de demande ne peut être
satisfait que par une augmentation des importations,
ou par l’apport de nouvelles capacités de production
faisant appel à de nouvelles embauches de travailleurs.
Celles-ci ne peuvent être satisfaites que par
une augmentation des flux d’immigration, ou par l’épuisement
du réservoir de personnes en recherche d’emploi.
Dès
lors, l’accroissement de dépense qui résulte
de " l ‘effet richesse " est
quelque chose qui, par essence, ne saurait durer éternellement.
Pour une large part, il s’agit d’une demande supplémentaire
de biens et services qui déboule sur le marché
avant que ne se matérialise l’accroissement
de production qui doit normalement résulter des
investissements qui en sont à l’origine. Autrement
dit, il s’agit d’un accroissement de pouvoir d’achat
prélevé sur des revenus futurs, et financé
soit par un supplément d’endettement, soit par
une liquidation partielle de ses plus-values.
Si
les plus-values boursières n’avaient aucune conséquence
sur la consommation ou l’investissement, nous n’aurions
à craindre aucun effet sur l’économie
réelle, qu’il s’agisse de la production ou de
l’emploi. L’augmentation de la valeur des titres correspondrait
simplement à l’augmentation de valeur marchande
des actifs industrielle. Seule la structure des bilans
s’en trouverait modifiée, sans aucune influence
sur les marchés réels, qu’il s’agisse
de l’offre ou de la demande, ou encore du marché
du travail.
Mais
il est clair que ce n’est pas le cas. La diffusion d’un
sentiment de richesse croissante a incontestablement
augmenté la consommation, réduit la propension
des ménages à épargner, et poussé
l’investissement en capital. Pour y faire face, notre
économie a du mobiliser toutes ses ressources
disponibles. Nos importations ont fortement augmenté,
avec pour résultat un déficit record des
comptes courants, financé par un afflux de placements
étrangers en dollars eux-mêmes attirés
par cette hausse réelle des rendements du capital
qui a initialement déclenché le boom des
investissements et entraîné l’apparition
de cet " effet richesse ". S’il
n’en avait pas été ainsi, le dollar se
serait retrouvé sous forte pression des marchés.
Il nous a fallu également avoir recours à
une immigration étrangère accrue. Et,
finalement, nous avons épuisé nos réserves
de main d’œuvre disponible.
Cela
dit, même si l’appel à l’immigration a
permis de réduire les difficultés, là
encore il y a des limites. Les mouvements de main d’œuvre
étrangère sont étroitement réglementés.
Les capacités d’importation sont elles aussi
limitées par le désir ou non des investisseurs
mondiaux d’accumuler des actifs en dollars. La mobilisation
de nos ultimes réserves de main d’œuvre se heurte
au risque de voir réapparaître de graves
déséquilibres inflationnistes sur le marché
du travail. Bien évidemment, nous nous efforçons
de découvrir à quels niveaux se situent
ces limites. Mais il y a au moins une chose de certaine :
c’est que ces limites existent, et que leur présence
ne sauraient être mise en question.
Quelle
que soit la thèse que l’on épouse sur
le caractère opérationnel de la fameuse
courbe de Phillips, et que l’on croît ou non à
l’existence d’un " taux de chômage naturel "
sans influence sur l’inflation - personnellement je
n’y crois pas du tout -, de toute façon il est
évident qu’on ne peut pas tirer à l’infini
sur le réservoir de nos ressources humaines sans
un jour voir les rémunérations croître
plus vite que la productivité. Que ce " taux
de chômage naturel " existe ou pas,
cela ne saurait remet en question l’éternelle
loi de l’offre et de la demande.
Bien sûr, une augmentation des salaires plus rapide
que la productivité n’est pas toujours inflationniste,
ni contraire aux exigences de la croissance, si elle
est compensé par la baisse d’autres sources de
coûts, ou bien par une réduction des marges
de profit. Une réduction prolongée des
marges est cependant un moyen infaillible pour provoquer
une récession. Dès lors, si notre objectif
est d’atteindre et maintenir un maximum de croissance
économique durable, nous devons bien avoir présent
à l’esprit que le réservoir de main d’œuvre
disponible ne peut pas continuer à se réduire
indéfiniment.
Ainsi
que l’exprimait mon vieil ami et éminent économiste
Herb Stein : si une tendance ne peut pas continuer,
elle s’arrêtera. C’est le retournement des marchés
financiers qui provoquera l’arrêt de l’excès
de demande induit par " l’effet richesse ".
Le
processus est déjà bien engagé.
Pour que l’effet richesse se trouve contenu, il faut
soit que les anticipations de profits futurs diminuent,
ou que le taux d’actualisation appliqué à
ces anticipation augmente. Pour l’instant nous ne disposons
d’aucun signe qui traduirait un freinage des anticipations
bénéficiaires. Bien au contraire, sur
la base des informations dont ils disposent, les spécialistes
des sociétés de bourse ont plutôt
tendance à réajuster à la hausse
leurs prévisions de long terme. En revanche,
les taux d’intérêt réels à
long terme appliqués aux emprunteurs professionnels
bénéficiant d’un classement BBB – la catégorie
qui reflète assez bien le niveau moyen de l’endettement
des entreprises – ont déjà augmenté
de plus d’un point entier depuis la fin 1997 ;
ce qui laisse entrevoir la présence d’une réelle
pression à la hausse sur les taux d’actualisation.
Ce fait ne devrait pas constituer une surprise dans
la mesure où, si la demande excède l’offre,
cela signifie que le montant prévu des investissements
planifiés par les entreprises dépasse
le volume des ressources d’épargne qui serait
disponible en situation de plein emploi. Le retour à
l’équilibre se fait nécessairement par
la hausse du coût des emprunts. La montée
des taux réels doit donc être vue comme
la conséquence naturelle de la demande excessive
de capital, provoquée par les espérances
de profits élevés que suscite l’explosion
technologique et qui se trouvent en quelque sorte entretenues
par le souci de la banque centrale de contenir les déséquilibres
susceptibles de mettre un terme prématuré
à l’expansion.
Nous
sommes dans l’incapacité de prévoir pendant
combien de temps encore la valeur du patrimoine des
ménages continuera de progresser plus vite que
leur revenu. Personne n’est en mesure de le savoir.
Il faut toutefois faire remarquer qu’une réduction
de cet " effet richess " ne signifie
pas nécessairement que les prix des actifs boursiers
cesseront totalement d’augmenter. Seulement qu’ils cesseront
d’augmenter plus vite que les revenus.
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