| |
EFFET
DE SERRE, COUTS SOCIAUX ET IMPOT SUR LE CO2
(Notes
rédigées à partir d'un texte manucrit
de Roy Cordato)
La
réunion des Nations Unies de décembre
1997 a débouché sur la publication d’un
Protocole - dit " Protocole de Kyoto "
- dans lequel les pays développés s’engagent
à réduire leurs émissions de gaz
à effet de serre. Si ce Protocole est ratifié
par le Congrès américain, il obligera
les Etats-Unis à réduire, d’ici à
2008-2012, les émissions de gaz à effet
de serre à un niveau inférieur de 7 %
à celui atteint en 1990.
Ce
n’est pas une mince réduction. Si l’on ajoute
l’accroissement des émissions de gaz à
effet de serre intervenu depuis 1990, l’augmentation
probable des émissions qu’il faudrait compter
en l’absence des contraintes du Protocole, et les sept
pour cents de réduction imposés par l’accord
de Kyoto, c’est à une réduction globale
de l’ordre de 28 % qu’il faudra procéder par
rapport à ce qui se serait passé si rien
n’était entrepris. Atteindre cet objectif implique
un effort massif pour diminuer la consommation nationale
d’énergie primaire, ainsi que pour accroître
les rendements énergétiques des produits
ainsi utilisés. Même si les Etats-Unis
réduisent de 50 % leur consommation d’énergie
primaire d’ici à 2010, cela ne permettra jamais
que d’obtenir la moitié des réductions
d’émission de gaz à effet de serre imposées
par le Protocole de Kyoto. Une réduction aussi
massive de la demande d’énergie primaire, ainsi
que le remplacement accéléré des
équipements existant par de nouveaux investissements
bénéficiant d’un rendement énergétique
fortement accru, ne pourront être obtenus que
par une augmentation très forte de la fiscalité
portant sur la consommation de sources d’énergie
fossile, essentiellement le charbon et le pétrole.
Nombre
d’experts considèrent qu’une telle diminution
du niveau des émissions de gaz à effet
de serre imposera des changements substantiels dans
l’activité économique ainsi que le style
de vie de la plupart des américains. L’estimation
la plus courante est que pour ramener les émissions
américaines de C02 à leur niveau de 1990,
il faudra recourir à une taxe de l’ordre de 100
à 200 dollars par tonne de CO2. A quoi, pour
obtenir la diminution de 7 % prévue par l’accord
de Kyoto, il faudra ajouter un coût supplémentaire
d’un montant à peu près proportionnel.
Un tel impôt augmentera sensiblement le prix de
l’essence, des fuels combustibles et de l’électricité.
Bien
qu’il soit reconnu qu’alourdir la fiscalité décourage
l’effort économique et conduit à une mauvaise
allocation des ressources, les partisans d’un nouvel
impôt sur le C02 considèrent qu’en raison
de ses conséquences environnementales bénéfiques,
celui-ci produira un bénéfice social net
positif grâce à l’émination de coûts
sociaux plus importants que ceux résultant de
ces effets pervers.
Cet
argument est en réalité bien moins fondé
qu’il n’y paraît. Il dépend en effet de
notre capacité à calculer ce que devrait
être le montant de cet impôt compte tenu
des gains ou des coûts individuels et sociaux
qui résulteront de la diminution du niveau de
concentration en gaz à effet de serre, et de
notre capacité à empêcher certains
changements climatiques de se produire. Or un tel calcul
est matériellement impossible. Pour justifier
un impôt sur le C02 en utilisant la technique
du calcul coûts/avantages, il faudrait prouver
que les hypothétiques gains découlant
d’une réduction des risques de changement climatique
feront, demain, plus que compenser les coûts certains
en termes de santé et de mortalité accrue
qui résulteront, dès aujourd’hui, du ralentissement
de la croissance économique provoqué par
cet alourdissement de la fiscalité.
Cette
étude met en lumière les problèmes
fondamentaux qui se posent dès lors qu’on cherche
à collecter l’information nécessaire pour
construire un impôt dont on puisse être
sûr que le bilan coûts/avantages sera positif.
Qu’on croie ou non à l’effet de serre, qu’on
croie ou non à l’imminence de son danger,
vue
l’ampleur des conséquences liées aux solutions
proposées, on ne peut pas ne pas soumettre celles-ci
à une analyse critique attentive. Tel est le
sujet de ce papier.
Comment
la théorie des " défaillance
du
marché " sert de fondement
aux propositions
d’impôt sur le CO2.
" Un
impôt sur l’énergie habilement calculé
augmentera le bien-être collectif en raison des
améliorations qu’il apportera à notre
environnement... Le justification de cet impôt
est que ses avantages seront plus élevés
que les coûts ".
" A
la différence des impôts qui découragent
l’activité économique bénéfique,
l’impôt sur l’énergie produira un plus
économique ".
Tel
est le genre de phrases que l’on relève dans
la littérature pro-environnementale.
Un
principe de base de la théorie économique
est que si l’on veut réduire la demande de quelque
chose, il n’y a qu’à mettre un impôt dessus.
(A l’inverse, si l’on veut augmenter la demande, il
n’y a qu’à y ajouter des subventions). Dès
lors il paraît logique d’affirmer que si l’objectif
recherché est uniquement de réduire le
niveau des émissions de CO2 dans l’atmosphère,
il suffit de mettre un impôt d’un montant suffisamment
élevé. Et le tour est joué.
Mais
il y a un autre principe de base de l’analyse économique
qui dit que l’impôt décourage l’activité
productive et encourage une mauvaise allocation des
ressources. Cet effet est d’autant plus grave qu’il
s’agit d’une activité ou d’un produit (tel l’énergie)
qui se situent très en amont dans la chaîne
de production, et constituent donc un intrant nécessaire
au fonctionnement d’un grand nombre d’autres industries.
Selon ce principe, tout impôt qui pèse
de manière significative sur le coût de
la production d’énergie primaire doit également
avoir des conséquences négatives importantes
sur la production de tout le reste - dans la mesure
où il n’y a guère de secteur d’activité
économique qui ne dépende pas d’une source
ou d’une autre d’énergie, que ce soit pour satisfaire
ses besoins de chauffage, de refroidissement, de transport,
d’électricité, etc...
L’impôt
sur le CO2, comme tous les autres projets d’impôts
écologiques, est généralement décrit
comme échappant à cette règle.
Ils feraient exception au principe ainsi décrit.
Les défenseurs de l’impôt sur l’énergie
affirment non seulement qu’il permettra de réduire
les besoins d’énergie primaire, mais également
qu’en définitive nous nous en porterons tous
mieux. C’est à dire qu’il augmentera notre niveau
global de bien-être.
Pour
arriver à cette conclusion, pour étayer
l’idée que de tels impôts ne souffrent
pas des mêmes effets économiques pervers
que les autres impôts en général,
ils s’appuient sur la théorie des " défaillances
du marché ". Selon celle-ci, quand
une activité économique - même efficacement
menée et socialement productive - impose à
des tiers un coût non comptabilisé (comme
c’est le cas lorqu’une telle activité s’accompagne
d’une pollution de l’eau ou de l’air), il en résulte
que le marché ne fonctionne pas de manière
optimale et ne permet pas d’assurer une répartition
efficace des coûts et des avantages. Lorsque cela
se produit, le coût des pollutions associées
à la production n’est répercuté
ni sur les producteurs, ni sur les consommateurs du
bien, mais est supporté par l’ensemble de la
collectivité. Ce produit, disent alors les partisans
d’une fiscalité écologique, est vendu
à un prix inférieur à son coût
économique réel, et sera donc demandé
plus qu’il ne devrait logiquement l’être. Il y
aura " surproduction " par rapport
à ce qui aurait dû être si tous les
coûts " réels ", y
compris les coûts de la pollution, étaient
facturés au producteur. L’impôt écologique,
en imposant de revenir à l’optimum - c’est à
dire en éliminant ce qui est " surproduit "
en raison d’un prix " trop faible "
-, permet d’obtenir un gain social positif égal
au supplément d’utilité que les gens enregistreront
du fait que des ressources qui étaient absorbées
pour produire ce " surplus " de
bien polluant seront ainsi dégagées pour
être investies dans la production d’autres biens
dont la valeur sociale est plus grande du fait qu’elle
s’accompagne d’une moindre pollution (ou de pas de pollution
du tout). Au total, disent les tenants de cette thèse,
c’est la combinaison de cet accroissement de la production
d’autres produits non polluants avec la réduction
de pollution liée à la diminution de la
production de biens polluants, qui conduit à
augmenter le niveau global de bien-être. Ce qui
revient à dire que les gens préfèreront
cette nouvelle allocation des ressources associée
à une moindre pollution, à la répartition
précédente accompagnée d’une plus
grande pollution.
Bien
qu’il paraisse a priori parfaitement logique, ce mode
de raisonnement se heurte à une multiplicité
de problèmes d’ordre méthodologique, conceptuel,
ou encore de mise en application totalement insurmontables,
et qui sont systématiquement négligés
par les partisans d’une fiscalité écologique.
Payer
dès aujourd’hui pour une réduction
d’
émissions polluantes dont les avantage
ne se manifesteront
pas avant la fin du 21ème siècle.
L’argument
en faveur d’un impôt sur le CO2 découle
directement du schéma précédent.
Ainsi
que Robert Stavins, économiste de Harvard, et
Bladley Whitehead, un consultant écologique,
le résument : " L’augmentation des
prix de l’énergie permettra d’internaliser dès
maintenant le coût social anticipé résultant
des effets de changement climatique attendus. Ceci réduira
la demande directe d’énergie primaire et permettra
d’obtenir un meilleur équilibre entre les ressources
utilisées ".
A
les en croire, s’il était possible d’obtenir
une évaluation quantifié des coûts
sociaux associés au réchauffement de l’atmosphère,
il serait alors possible de calculer un impôt
en sorte que les producteurs et les consommateurs d’énergie
à effet de serre prennent leurs décisions
en fonction d’évaluations qui en tiennent totalement
compte. Une telle " internalisation "
dans les décisions individuelles des coûts
anticipés de l’effet de serre diminuerait la
consommation d’énergie primaire à effet
de serre et, en conséquence, réduirait
les niveau coûts anticipés liés
à ce phénomène. Qui plus est, du
fait de la hausse des prix relatifs de l’énergie
produite à partir de combustibles fossiles (charbon,
pétrole), on devrait assister à une augmentation
de la demande de moyens de production d’énergie
sans incidence sur le climat (hydroélectricité,
énergie solaire). Comme le notent Roger Dower
et Mary Beth Zimmerman, deux grands partisans de la
taxe sur le CO2 : " en intégrant dans
le prix des énergies fossiles leur contribution
anticipée aux risques de changements climatiques,
l’impôt sur le C02 devrait inciter chaque consommateur
d’énergie à effet de serre à rechercher
une autre source d’énergie ". Selon
eux, une telle innovation devrait améliorer le
niveau total de bien-être, comparé à
la situation prévalant auparavant.
Dower
et Zimmerman estiment que le coût social anticipé
d’un réchauffement de l’atmosphère associé
à un doublement de la teneur en CO2 serait de
l’ordre de 60 milliards à 117 milliards de dollars
par an, au minimum. Cette évaluation représente
approximativement un coût annuel de 1 à
2 % du PNB américain. Elle est à mettre
en parallèle avec l’avis des experts concernant
l’échéancier probable du phénomène
de réchauffement. Ils estiment généralement
que, si rien n’est entrepris, la concentration de CO2
dans l’atmosphère doublera d’ici l’année
2025, " l’augmentation réelle des températures
n’intervenant vraisemblablement que quelques dizaines
d’années plus tard ". Autrement dit,
en admettant qu’on puisse faire confiance à leurs
calculs, les partisans d’un impôt écologique
demandent que l’on procède d’ores et déjà
à un transfert fiscal que certains évaluent
(Poterba) entre 3 et 6 points de PNB pour prévenir
un phénomène qui ne devrait pleinement
faire sentir ses effets que beaucoup plus tard, vers
la fin du 21ème siècle !
Les
partisans de l’impôt CO2 expliquent aussi que
cela apporterait à l’économie un certain
nombre d’avantages non spécifiés en matière
d’efficience énergétique, ou concernant
les investissements dans les technologies à faible
effet de serre. Dower et Zimmerman expliquent par exemple
qu’investir " pour améliorer le rendement
énergétique des moteurs, des modes d’éclairage
ou autres matériels électriques permettrait
de satisfaire la demande d’électricité
à la moitié de ce que cela coûterait
si, sans rien changer dans les performances des matériels
électriques, on avait cherché à
répondre au supplément de demande par
la construction de nouvelles centrales ".
Selon eux, le fait de payer plus cher l’énergie
produite à partir de combustibles fossiles devrait
inciter les consommateurs à rechercher des matériels
moins gourmants en énergie, et donc amener les
fabicants à améliorer la performance énergétique
de leurs matériels. On entrerait ainsi dans une
nouvelle logique incitant l’industrie à chercher
d’abord à améliorer la performance des
matériels fonctionnant à l’électricité
pour réduire la demande plutôt qu’accroître
la production électrique pour répondre
à une demande plus forte de puissance. De plus,
la diminution de la demande de combustibles fossiles
aurait également pour avantage supplémentaire
d’amener une réduction des émissions dans
l’atmosphère d’autres polluants comme l’anhydride
sulfurique (SO2) et les Nox, tout en abaissant les risques
de pollutions accidentelles liés à des
ruptures d’oléoducs et autres incidents de transport.
Enfin, parmi les avantages, figurerait une meilleure
sécurité des approvisionnement due à
la diminution de la consommation de combustibles importés.
L’ensemble des avantages directs liés à
la réduction du risque de réchauffement,
plus ces avantages indirects, dépasserait largement
la somme des pertes économiques dues à
la mise en place du nouvel impôt.
Un
autre argument invoqué pour justifier le recours
à une taxe écologique spécifique
plutôt que d’autres méthodes de réduction
des émissions de CO2 est lié à
la manière dont les revenus de l’impôt
sont utilisés. Nombre de partisans de l’impôt
CO2 suggèrent que les revenus qui en proviennent
pourrait être utilisés à une réforme
en profondeur du système fiscal de manière
à alléger la charge prélevée
sur les revenus du travail, sur l’investissement et
la formation de capital. Pour Dower et Zimmerman, " l’impôt
CO2 devrait être utilisé pour réformer
la fiscalité de manière à encourager
les investissements tant dans le capital physique que
dans le capital humain ". Empruntant un certain
nombre de thèmes chers à l’économie
de l’offre, ils rappellent que : " Quand le
revenu de l’investissement en capital nouveau est imposé,
il sera fait appel à moins de capital pour produire
les mêmes biens et services, donc la productivité
va baisser. Il en va de même avec l’impôt
sur les revenus du travail. De ce fait, pour chaque
dollar collecté en plus sur les revenus du capital
ou du travail, on se retrouve avec une diminution de
ce qui est produit d’une valeur supérieure à
un dollar ".
Ce
n’est pas un argument plaidant en soi pour l’impôt
CO2. C’est plutôt un argument de nature relative.
Cet avantage en terme d’efficacité fiscale n’existe
que par rapport à d’autres solutions de réduction
des CO2, par exemple une réglementation quantitative
directe appliquée au niveau de chaque source
d’émission, ou encore la technique d’échange
de droits à polluer. Il est exact que toute réforme
permettant de réduire la charge fiscale supportée
directement par les investissements ou le travail est
un bien en soi. Mais les avantages d’une telle réforme
risquent d’être moindres s’ils sont combinés
avec la mise en place d’un impôt sur les CO2.
Les partisans d’un tel impôt citent à juste
titre les avantages que comporterait une réduction
de la fiscalité directe sur le capital et le
travail, mais ils les mettent au crédit de l’impôt
CO2 alors que les bienfaits d’un tel chantier seraient
encore plus importants si la réforme était
mise en oeuvre sans être accompagnée d’une
telle novation. Toute réforme fiscale mise en
place en même temps que l’impôt CO2 permettrait
de réduire les pertes économiques liées
à celui-ci; mais il faut bien voir que l’augmentation
de productivité que l’on pourra alors observer
sera un produit de la réforme fiscale, et non
un effet de la taxe sur les CO2.
Bien
des aspects de la théorie économique qui
sous-tend le plaidoyer en faveur d’une fiscalité
écologique sont donc contestables. Cela dit,
ce plaidoyer se heurte également à toute
une série de problèmes concrets qui font
que, dans la réalité, il est strictement
impossible de passer de la théorie à sa
mise en application, sauf à se contenter de calculs
en réalité totalement arbitraires.
Un
impôt dont le " bon niveau "est
strictement impossible à calculer.
Avant
même de se poser le problème théorique
de la valeur économique d’un impôt sur
l’énergie, encore faut-il, d’une part démontrer
que l’accumulation de gaz à effet de serre imposera
véritablement un coût important aux générations
futures, et d’autre part évaluer la valeur monétaire
de ces inconvénients avec un coefficient de précision
et de certitude suffisant. Cette exigence suppose qu’on
donne déjà une réponse satisfaisante
à deux grandes questions scientifiques : d’abord
savoir si l’accumulation de gaz à effet de serre
produira réellement ou non un réchauffement
notable de l’atmosphère; ensuite déterminer
si ce réchauffement, s’il se produit bel et bien,
est vraiment un mal pour l’humanité, en quoi,
et jusqu’à quel point. Répondre à
ces deux interrogations sort du sujet de cette étude
et dépasse les compétences de l’auteur.
Néammoins on ne peut rappeler que même
une rapide revue de la littérature sur ce sujet
démontre qu’il existe, chez les scientifiques,
encore bien des incertitudes.
En
vérité il ne se trouve personne pour prétendre
que la certitude de voir se produire le réchauffement
ainsi annoncé - avec les maux qui lui sont le
plus fréquemment attribué - est totale.
Même ceux qui en doutent le moins, et qui crient
donc le plus fort pour un impôt sur l’énergie,
continuent d’exprimer leur point de vue en termes de
probabilités. Par exemple, même les avocats
les plus farouches des éco-taxes du World Resources
Institute prennent la précaution de conclure
: " Les émissions humaines d’oxyde
de carbon peuvent conduire au réchauffement
de la l’atmosphère de la planète ";
" les risques sont potentiellement nombreux
et très importants ". De telles précautions
de langage impliquent qu’il se peut très bien
que ce réchauffement ne se produise jamais, ou
bien que son amplitude reste très inférieure
à ce que toute le monde craint. Dès lors
que le mot " probablement " n’a
pas été employé, cela veut dire
que les risques encourus peuvent tout aussi bien être
" potentiellement " zéro
ou proches de zéro. Enfin, il y a ceux comme
Fred Singer du Science and Environmental Policy Project
ou le climatologue Patrick Michaels pour qui il s’agit
là d’un domaine où nos connaissances restent
extrêmement incertaines, et qui pensent juste
d’affirmer qu’il n’y aura pas, ou très peu de
réchauffement. Singer n’hésite pas à
affirmer que le danger de réchauffement de l’atmosphère
du fait des activités humaines " n’existe
que gràce à des modèles d’ordinateurs
douteux et l’imagination exacerbée d’écologistes
en mal de publicité ". En Mai 1997,
le magazine Science a résumé le problème
en écrivant qu’il y a encore " de nombreux
experts pour qui il est loin d’être clair et évident
que l’atmosphère se réchauffe à
cause des activités industrielles humaines, de
même qu’il reste extrêmement difficile d’évaluer
quelle sera l’ampleur de cet effet de serre si jamais
il se produit ".
L’incertitude
concernant la réalité du problème
physique est une chose. Mais même si l’on prend
la menace au sérieux, une autre est de sauter
immédiatement à la conclusion que la solution
se trouve dans un impôt CO2. Encore faut-il admettre
qu’il est possible de calculer quel devrait le montant
de la taxe qui permettrait de satisfaire à la
règle selon laquelle les avantages que rapporte
cet impôt en réduisant le volume des émissions
polluantes doivent être au moins égaux
au coût que le supplément de concentration
de gaz à effet de serre imposerait à la
collectivité s’il n’était pas éliminé.
Ansi
que tout jeune étudiant l’apprend dans ses premiers
cours d’économie, seule la notion de " coût
d’opportunité " importe en matière
d’analyse économique. Le coût d’opportunité
est la satisfaction dont l’individu fait le sacrifice
lorsqu’il choisit de faire une chose plutôt qu’une
autre. Autrement dit, c’est la satisfaction qui n’a
pas été satisfaite du fait du choix final
de l’individu. Ces coûts d’opportunité
sont parfaitement subjectifs, et donc échappent
totalement à toute mesure quantitative. Il sont
également de nature purement spéculative,
même du point de vue de l’individu qui choisit.
Si une personne a le choix entre aller au cinéma
ou faire une partie de tennis, elle ne connait pas d’avance
la satisfaction finale réelle qu’elle retirera
de la décision qu’elle va prendre : elle ne peut
que spéculer sur les avantages ou les inconvénients
relatifs qu’elle retirera d’une décision plutôt
qu’une autre. Elle prendra sa décision en fonction
de son expérience passée et des enseignements
que cela lui apporte sur la probabilité d’éprouver
plus de satisfaction en faisant un choix plutôt
que l’autre. Si elle décide d’aller au cinéma,
c’est parcequ’elle espère en tirer une satisfaction
plus grande, mais elle ne saura jamais si elle a eu
vraiment raison n’ayant pas concrètement fait
l’expérience des avantages et inconvénients
que lui eut rapporté le fait de préférer
aller au tennis. Le " coût "
d’aller au tennis par rapport à aller au cinéma
- c’est à dire la moindre satisfaction enregistrée
dans cette activité plutôt que l’autre
- lui est apparu plus grand que le " coût "
d’aller au cinéma plutôt qu’au tennis,
mais c’est quelque chose qui ne pourra jamais être
vérifié empiriquement, et relève
donc d’une décision purement personnelle, subjective
et spéculative.
L’idée
qu’on puisse calculer un " coût social "
qui serait la somme de l’ensemble des coûts d’opportunité
individuels, est donc totalement absurde. C’est un concept
qui n’a pas de sens puisqu’on ne peut par définition
faire l’addition de coûts d’opportunité
dont nous venons de démontrer qu’ils sont de
nature fondamentalement subjective, personnelle, et
donc non mesurable, inquantifiable par aucun observateur
extérieur. La notion de " coût
social " est un concept abstrait, certes utile
au raisonnement, mais qui ne peut être " objectivé "
et donc servir opérationnellement de fondement
à des actions publiques. Nous n’avons aucun moyen
de connaître quel serait le " bon "
niveau de l’impôt.
Avec
l’idée d’impôt CO2 et l’effet de serre,
c’est même pire que cela. L’impossibilité
de tout calcul est rendue doublement impossible non
seulement du fait de la nature subjective des coûts,
mais également en raison de ce que ce n’est pas
nous qui en réalité subiront ces coûts,
mais nos enfants et petits-enfants, les générations
de demain. Pour calculer le " bon "
niveau de l’impôt, il faudrait le faire par rapport
aux choix qui seront demain ceux de nos descendants
face aux problèmes posés par le réchauffement
de la planète. Or nous n’avons aucun moyen de
nous mettre à leur place, et encore moins de
mettre une valeur quelconque sur les opportunités
de choix dont ils feront alors le sacrifice en conséquence
des décisions qu’ils seront très concrètement
amenés à prendre. Autrement dit, nous
n’avons strictement aucun moyen de connaître ces
" coûts " individuels dont
la somme est supposée donner naissance à
une entité baptisée " coût
social ".
Plaçons
nous par exemple en l’an 2050, et mettons-nous à
la place d’un groupe de populations vivant dans des
régions qui, selon toute vraisemblance, devraient
être les plus menacées de disparaître
sous les eaux si les effets du réchauffement
se déroulent comme certains le prédisent.
Pour déterminer la valeur du coût d’opportunité
que représentera pour eux le fait de ne rien
entreprendre pour entraver l’effet de serre, il faudrait
que, dès aujourd’hui, nous ayions en 1998 le
moyen de connaître l’ensemble des opportunités
de choix dont ils devront alors faire le sacrifice comme
conséquence de leur préférence
plus grande pour la recherche de moyens de se protection
contre le risque de submersion par les flots. Admettons
qu’une manière de se protéger soit de
mettre de l’argent dans un fond d’assurance destiné
à financer la construction de digues ( à
la manière de ce que les hollandais ont fait
dans leurs polders). Il faudrait que nous, en 1998,
soyons en mesure de connaître à combien
ces gens de 2050 évaluent la valeur des biens
et services qu’ils auraient pu consommer s’ils avaient
disposé de l’argent qu’on leur a pris pour constituer
ce fond d’assurance. Par ailleurs, les compagnies d’assurance
collecteront plus de moyens. Comment les redépenseront-elles
? à quelles fins ? par le moyen de quels investissements
? Quelle sera la valeur pour " la société "
des résultats de cette réallocation des
moyens financiers par rapport à la valeur que
cette même redistribution aurait pour la société
dans le cas où l’hypothèse d’un réchauffement
ne se confirmerait pas ? Encore une fois, insistons,
ce sont toutes ces choses qu’il faudrait connaître
pour calculer le " coût d’opportunité "
du risque de réchauffement. Par ailleurs, une
part plus importantes des ressources de la collectivité
seront affectées à mettre du sable dans
des sacs pour élever des digues, ou pour construire
de nouveaux barrages. Pour calculer le coût d’opportunité
qui résulte pour la collectivité de l’accroissement
des superficies terrestres menacées de disparaître
sous l’eau, il faudrait aussi que nous ayons les moyens
de savoir à combien ces gens évaluent,
en termes de sacrifices de satisfactions alternatives,
les biens de consommation et les services dont ils ne
bénéficient plus du fait que leur argent
a été réorienté vers d’autres
activités produisant ce qui est nécessaire
à la protection des terres menacées. Autrement
dit, il faudrait que le décideur public, responsable
en 1998 de déterminer le montant " optimal "
de la taxe, soit en mesure de connaître aujourd’hui
ce que seront les valeurs subjectives que placeraient
des individus de l’an 2050 sur le fait de disposer alors
de moyens de consommation qui en réalité
n’auront jamais été produits, et donc
jamais proposés à leurs choix, à
cause de la réorientation des ressources qui
auraient servi à leur fabrication vers d’autres
usages.
La
nature subjective des coûts d’opportunité
n’est qu’un des nombreux obstacles qui s’opposent au
calcul d’un impôt CO2 qui n’entraîne pas
de dégradation globale du bien-être. La
première condition est de chiffrer le coût
des conséquences de l’effet de serre, or cela
est clairement une tâche impossible, méthodologiquement
impossible. On peut aligner des chiffres. En débattre.
Mais ces évaluations de " coûts "
n’ont en réalité aucune valeur, aucun
sens. Cela dit, il faudrait que ceux qui sont responsables
de ce calcul soient également en mesure de démontrer
que le gain résultant de la réduction
des coûts du réchauffement (cette réduction
représentant les " avantages "
attendus de la mise en place de l’impôt) sera
supérieure aux coûts supplémentaires
que le changement de fiscalité risque d’entraîner
(le coût de l’impôt). Cette opération
apparamment simple tant qu’on en reste au stade de sa
formulation théorique suppose en réalité
que soit réunie une somme d’informations à
laquelle seul un esprit omnisicient, et donc non humain,
pourrait avoir accès du fait de l’impossibilité
méthodologique de se livrer à une évaluation
inter-générationnelle des coûts
et des bénéfices. Elle est d’autant plus
impossible qu’il s’agit en plus d’additionner des coûts
et des bénéfices qui n’existent que subjectivement
dans l’esprit d’individus particuliers confrontés
en un moment donné à des circonstances
de choix spécifiques. Dès lors l’idée
d’additionner et de soustraire des coûts et des
avantages se rapportant à des aggrégats
de population regroupant des gens qui vivent aujourd’hui
et d’autres qui ne vivront que demain, et cela sur une
longue période de temps s’étalant très
loin dans le futur, afin d’en sortir une mesure de ce
que serait le " bénéfice social
net " de certaines politiques décidées
aujourd’hui par rapport à d’autres possibles,
est quelque chose d’insensé. Cela n’a conceptuellement
aucun sens.
Il
est tout à fait possible que des
générations futures considèrent
que, de leur point de vue, il eut été
préférable de
ne rien faire.
Et
comme si cela ne suffisait pas, la tâche est encore
rendue plus compliquée si l’on tient compte de
ce que réduire la production d’aujourd’hui implique,
toutes choses égales d’ailleurs, une production
moindre pour demain. Ainsi qu’un expert l’a résumé
: " toute perte de production provoquée
aujourd’hui par l’impôt est une perte irréversible ".
Par cela il veut dire qu’il eût fallu commencer
par déterminer si oui ou non les générations
futures tireront un avantage net de la mise en place
de la nouvelle fiscalité écologique, avant
même d’entreprendre une comparaison intergénérationelle
des coûts et avantages (à supposer que
cela fut possible), et même si cette comparaison
donne des résultats positifs.
Les
conséquences économiques de l’impôt
sur la production sont cumulatives. Elles concernent
tant les générations futures que la génération
présente. Plus le montant de l’impôt CO2
sera élevé, plus l’investissement s’en
trouvera pénalisé, et moins on épargnera
pour financer les besoins des générations
futures. Moins d’argent sera disponible pour financer
la recherche et le développement, donc la progression
de la productivité. Et qui plus est moins de
gens se trouveront incités à prendre les
risques de l’entrepreneur. Toutes choses égales
d’ailleurs, l’alourdissement de la fiscalité
conduit à moins de croissance et réduit
en fait le niveau de vie anticipé des générations
futures.
Ainsi,
même si l’hypothèse du réchauffement
de la planète à cause de l’effet de serre
se révèle exacte, et même s’il est
possible de démontrer qu’un impôt CO2 permettrait
de compenser les coûts anticipés de ce
réchauffement (donc d’en éliminer les
effets en en supprimant la cause), encore faudrait-il
que les partisans de cet impôt démontrent
que les futures générations accorderont
au moins une valeur aussi grande à cette réduction
des risques de réchauffement par rapport à
la valeur qu’ils auraient accordée à la
production supplémentaire qui leur fera défaut
du fait des conséquences négatives du
surcroît de fiscalité. En d’autres termes,
il est tout à fait possible que, même en
ne faisant rien aujourd’hui, demain des générations
futures préfèrent devoir affronter les
coûts d’un réchauffement annoncé
avec un niveau de vie et des moyens financiers et technologiques
beaucoup plus élevés, plutôt que
de se contenter d’un niveau de vie inférieur
sur une planète où l’effet de serre aurait
été neutralisé grâce à
l’impôt.
Nul
ne peut se mettre à leur place pour affirmer
a priori qu’une situation (disparition de l’effet de
serre, mais au prix d’un niveau de vie moindre) est
préférable à l’autre (beaucoup
plus riche, mais devant dépenser beaucoup pour
trouver des solutions aux problèmes posés
par le réchauffement). Faut-il donner la priorité
à la lutte contre l’effet de serre même
si on n’est encore absolument sûr de rien, même
si les résultats de cette action ne se manifesteront
que dans très longtemps et si les générations
futures doivent le payer au prix de sérieux sacrifices
en termes de niveau de vie ? Ou au contraire donner
la priorité au maintien d’une croissance qui
décuplera les moyens financiers et techniques
que les générations futures pourront consacrer
à se protéger des effets du réchauffement
lorsqu’il s’avèrera que le problème est
bien réel ?
Pour
comprendre ce que ce genre d’alternative implique, il
faut aller au-delà des simples considérations
macroéconomiques et évoquer les conséquences
humaines qui se cachent derrière les chiffres,
notamment les évaluations quantitatives de la
croissance. Leur mise en perspective permettra de mieux
percevoir les raisons fondamentales qui font qu’il est
radicalement impossible de découvrir a priori
ce que pourrait être le niveau " optimal "
d’une telle taxe.
Au
cours des dernières années, on a vu apparaître
un nouveau champ d’étude : celui des analyses
de risque. Il s’agit d’étudier les relations
entre certaines variables économiques - par exemple
les qualifications professionnelles, l’évolution
des classes de revenus, le taux de chômage...
- et le taux de mortalité. Ces études
montrent qu’il existe une liaison significative entre
ces variables économiques et le taux de mortalité
(aussi exprimé par la mesure de l’espérance
moyenne de vie). Ces informations ont trouvé
leur place dans les médias. S’appuyant sur une
étude de risque de ce genre, John Stossel, un
journaliste de la chaîne ABC remarque que s’appauvrir
réduit l’espérance de vie de l’individu
d’environ 3900 jours - une réduction supérieure
à celle que l’on impute généralement
au tabac et à l’abus de consommation de cigarettes.
Il est possible de combiner ces résultats avec
les évaluations dont nous disposons sur les coûts
économiques d’une fiscalité du CO2 du
type de celle que l’on nous propose, et ainsi de mettre
en lumière les coûts humains qui pourraient
y être associés. Ceci permettra de confirmer
à quel point la méthode de calcul des
coûts-avantages proposée par les partisans
de la taxe sur les CO2 est inappropriée.
Croissance
économique (c.à d. croissance du PNB)
et créations d’emplois vont de pair. La croissance
augmente le nombre des opportunités d’emploi.
A l’inverse, lorsque la croissance s’arrête, la
création d’emplois s’arrête, et le chômage
augmente. De plus, un ralentissement de la création
d’emplois dans l’économie réduit la demande
de travail, et pèse sur l’évolution des
salaires. Les salaires et les revenus de ceux qui ont
un emploi sont plus faibles.
Plusieurs
études récentes ont tenté d’évaluer
les coûts humain du chômage. Après
les avoir passées en revue, Bernard Cohen conclue
que " de loin l’occupation humaine la plus
dangereuse est celle de ne pas en avoir ... c’est à
dire d’être au chômage ". Etre
au chômage accroit la probabilité de décès
de 4 % - ce qui revient à réduire la durée
de vie probable d’environ 1,4 année. " Ce
risque est grosso modo égal à celui que
prendrait un chômeur qui fumerait 10 paquets de
cigarettes par jour ". L’accroissement du
taux de mortalité chez les chômeurs s’explique
par le taux relativement plus élevé des
attaques cardiaques, des cirrhoses du foie, des suicides
et des homicides. De même le chômage accroît
statistiquement les chances de se retrouver en prison
ou dans un hôpital pour aliénés
mentaux. Qui plus est, cet accroissement des risques
concerne également l’environnement familial du
chômeur, et même les amis de la famille.
L’étude
macroéconomique entreprise par Charles River
Associates et DRI/McGraw-Hill pour le compte de l’EPRI
(Electric Power Research Institute) évalue entre
$100 et $200 par tonne d’émission le niveau auquel
il faudrait fixer le nouvel impôt sur les CO2
pour qu’on ramène en l’an 2010 le volume des
émissions polluantes de CO2 au niveau atteint
en 1990. Les travaux de l’EPRI considèrent qu’une
taxe de $100 la tonne alourdirait le taux de chômage
de 2010 d’environ 0,18 %. A $200 la tonne l’augmentation
serait de 0,39 %. Si l’on prend les chiffres de Juin
1997, cela implique une augmentation du nombre annuel
moyen de chômeurs de l’ordre de 245 000 personnes
pour la première hypothèse, et de 530
000 personnes pour la seconde (aux Etats-Unis). Autrement
dit, un nouvel impôt sur les CO2 établi
à un niveau suffisamment élevé
pour permettre une stabilisation des émissions
polluantes en 2010 à leur niveau de l’année
1990 aurait pour conséquence d’exposer 530 000
personnes de plus par an, sans compter leur entourage
familial, aux suppléments de risques individuels
évoqués plus haut.
Une
autre relation étudiée est celle qui lie
la réduction de l’espérance de vie à
la baisse des revenus. Cette relation se trouve souvent
au coeur des études dont l’objet est d’évaluer
l’incidence des réglementations publiques qui,
en matière de santé et de sécurité,
ont généralement été mises
en place pour économiser des vies. Ces études
montrent comment en réduisant l’espérance
de revenu des individus, de telles réglementations
aboutissent au contraire à diminuer leur espérance
de vie, donc à augmenter les risques réels
de la population. L’une de ces études, celle
de Randall Lutter et John Morrall montre comment le
coût humain d’une récession est de l’ordre
d’une vie humaine pour 9 à 12 milliards de dollars
(1991) de PNB en moins. La raison de cette relation
se trouve dans les facteurs déjà évoqué.
Il faut y ajouter que la baisse des revenus amène
de nombreuses personnes à accepter de vivre dans
des quartiers plus dangereux, et réduit aussi
leur capacité d’accès à de nombreux
services sociaux, comme les services de santé.
Des
évaluations et des comparaisons qui
se heurtent à un problème
de collecte d’informations
méthodologiquement insurmontable.
Selon
l’EPRI la perte de PNB due à un impôt de
$100 la tonne serait, pour l’année 2010, de l’ordre
de $167 milliards. Et de $309 milliards avec un impôt
à $200 la tonne. Après ajustement pour
l’inflation, ce calcul conduit à évaluer
le nombre de décès supplémentaires
en 2010 liés à l’impôt CO2 entre
16 000 et 30 000.
Aucun
partisan de la fiscalité écologique n’a
encore tenu compte de ces pertes humaines dans ses calculs.
En toute rigueur, pour calculer le niveau " optimal "
de l’impôt il faudrait également tenir
compte du " coût d’opportunité "
- lui aussi impossible à calculer - de ces décès
supplémentaires. Pour que ce calcul soit possible,
il faudrait que ceux qui décident soient en mesure
de répondre aux deux questions suivantes : 1/
quel aurait été le PNB (de quel pays ?
le monde entier ?) si ces gens avaient vécu;
et 2/ quelle valeur les générations actuelles
et futures auraient-elles affectée à cette
perte de production ? En supposant que ces données
soient accessibles, encore faudrait-il alors comparer
la " valeur " de la perte de production
ainsi subie avec la " valeur " que
l’humanité retire de l’élimination des
sources de l’effet de serre.
Toutes
ces comparaisons, comme notre discussion le montre,
sont radicalement impossibles à faire. Elles
se heurte à des problèmes insurmontables
de collectes de données et d’information. Afin
de calculer le niveau optimal de la taxe sur les CO2,
il faudrait que le décideur public soit en mesure
de comparer ce qui sera une fois l’impôt mis en
place avec ce qui aurait été si l’impôt
n’avait pas été mis en place, et cela
sur une suite de générations s’étendant
largement jusqu’à la fin du prochain siècle.
Dans la liste complète des coûts d’opportunité
à prendre en compte il faudrait faire figurer
ce dont des gens qui ne sont pas encore nés,
ainsi que leurs descendants, auront à faire le
sacrifice en conséquence de choix faits aujourd’hui,
par rapport ce qu’ils auraient librement fait si ces
choix n’avaient pas été faits. Jouer avec
les coûts d’opportunité, c’est jouer avec
l’invisible, le non-existant : ce qui pourrait être
mais ne sera pas !
Il
faut renvoyer les partisans de l’impôt CO2 à
F.A. Hayek et à sa fameuse conférence
du Prix Nobel sur le thème "The Pretence
of Knowledge ". A travers leurs
modèles économiques abstraits, ils se
comportent comme s’ils " prétendaient "
avoir une connaissance, un savoir qu’ils ne peuvent
pas avoir. Ils leur faudrait avoir la connaissance :
l
de l’ensemble des biens et services produits sur la
durée d’une période de temps indéterminée,
tant dans l’hypothèse où serait imposée
une taxe sur le CO2 (moins de biens et services produits,
mais moins de risques de devoir affronter les conséquences
d’un réchauffement significatif de l’atmosphère
terrestre), que dans celle où on y aurait renoncé
(plus de biens et services produits, mais un risque
d’effet de serre plus important), et cela par toute
une population de gens qui ne sont pas encore nés
et qui, peut être, ne naîtront jamais.
l
de
la " valeur " que les gens du
monde d’aujourd’hui ou des mondes de demain attachent
ou attacheront aux différentes alternatives
de production.
Autrement
dit, il faudrait que les analystes aient la connaissance
tant de ce qui est que de ce qui n’est que potentiel,
des raretés présentes et futures, de l’ensemble
des développements et innovations technologiques
à venir possibles, des goûts et des préférences
individuelles sur plus d’un siècle... Bien sûr,
on peut se contenter d’estimations, d’approximations
pour déterminer le montant de l’impôt.
Mais à moins que ces estimations n’intègrent
l’ensemble des informations qui viennent d’être
évoquées, elles ne pourront jamais nous
donner le moindre renseignement réel sur l’avantage
ou le coût social net de l’impôt.
Les
partisans de l’impôt écologique admettent
dans une certaine mesure la présence de tels
problèmes. Par exemple, Roger Dower et Mary Beth
Zimmerman du World Resources Institute admettent que
: " Le montant de l’impôt idéal
est évidemment spécialement difficile
à établir, en particulier pour ce qui
concerne les avantages dont seront censées bénéficier
les générations futures, ou pour des situations
futures à propos desquelles la science n’est
pas encore en mesure d’avoir une connaissance précise
de l’ensemble des risques relatifs auxquels les populations
seront alors exposées. Pour être calculé,
ce chiffre devra attendre que les effets environnementaux
et économiques du réchauffement terrestre
puissent être observés et mesurés
en termes monétaires sur la base d’estimations
vérifiables. Nos chercheurs n’en savent tout
simplement pas encore assez pour se livrer à
un tel calcul ".
Bien
qu’ils ne prennent pas vraiment conscience de l’ampleur
du problème ainsi posé (ils conservent
le sentiment que plus on se rapprochera des échéances,
plus on sera à même de disposer d’informations
valables autorisant un " meilleur "
calcul, alors qu’en réalité il s’agit
de savoirs dont nous ne pourrons jamais disposer qu’à
posteriori, de manière rétroactive), ils
reconnaissent que ce calcul pose quelques difficultés,
et qu’ils ne disposent pas d’assez d’informations. Néammoins,
cela n’empêche pas les auteurs du WRI d’avancer
des chiffres : leur étude évalue à
$ 27 milliards le montant global des coûts de
l’effet de serre en l’état actuel de la législation.
Cela n’empêche pas Dower et Zimmerman de conclure
que " le manque de données réelles
ne doit pas arrêter nos efforts pour réduire
ces risques ". Mais il s ne nous précisent
nulle part comment de tels efforts pourraient avoir
la moindre chance d’être efficaces en l’absence
de " données réelles "
sur les risques qu’il s’agit d’éviter.
Il
faut se garder de s’imposer aujourd’hui
de
lourds sacrifices pour de futurs avantages
dont
on n’est même pas certain qu’ils verront
le jour.
Un
autre élément complique encore davantage
les choses : le fait que l’accumulation de CO2 dans
l’atmosphère puisse peut-être se révéler
plus bénéfique à l’humanité
que négatif. De quel que côté qu’ils
se placent dans le débat sur l’impôt CO2,
les scientifiques ne peuvent nier qu’un accroissement
de la concentration de CO2 dans l’atmosphère
est aussi un facteur d’amélioration des rendements
agricoles. La revue Science fait ainsi remarquer : " le
CO2 n’est pas seulement un gaz à effet de serre;
c’est aussi un apport nutritif essentiel à la
croissance de la végétation, un " engrais
aérien " qui apporte aux plantes le
CO2 dont elles ont besoin pour former des sucres, des
hydrocarbones et autres composants chimiques nécessaires
à leur croissance ". Cette remarque
conduit à la conclusion qu’en agriculture " l’analyse
expérimentale permet de penser que des doses
plus élevées de concentration en CO2 pourraient
s’avérer être une véritable bénédiction
dans la mesure où cela permet d’obtenir plus
vite des récoltes à rendements plus élevés ".
Qui plus est, selon certains, ces avantages se manifesteraient
déjà dans notre univers. Selon certaines
évaluations d’un chercheur de Duke University,
Boyd Strain, 10 % de l’accroissement des rendements
des récoltes intervenu au cours des cent dernières
années serait imputable à l’augmentation
du taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère.
Si
cette découverte de Strain est vraie, elle signifie
que l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère
est un facteur social positif, et non négatif
comme nous le croyons généralement. On
ne devrait plus parler de " coût social ",
mais de " gain social ". Puisque
les récoltes sont plus abondantes, il en résulte
que les prix sont en réalité plus bas
qu’ils n’auraient été : plus de gens mangent
mieux, et moins de gens crèvent de faim. Si nous
nous fions au modèle économique de base
utilisé pour justifier l’impôt CO2 à
partir du concept de " défaillance
du marché ", nous devrions en conclure
non pas qu’il faut réduire la consommation de
charbon et de pétrole, mais au contraire qu’il
faudrait l’accroître ! Ce qui jette un sérieux
doute sur la validité scientifique de la démarche.
Si l’accroissement de la concentration de CO2 ne conduit
pas aux catastrophes annoncées par la théorie
de l’effet de serre, mais améliore au contraire
les conditions de vie de l’humanité, la conclusion
du mode de raisonnement économique adopté
pour justifier l’impôt sur le CO2 devrait être
non pas qu’il faut taxer l’usage du charbon et du pétrole,
mais au contraire le subventionner. Autrement dit, quelqu’un
de sérieux abordant les problèmes d’effet
de serre dans la perspective d’efficacité économique
acceptée par les partisans mêmes de l’impôt
sur les CO2 devrait admettre qu’en définitive
il se pourrait fort bien qu’au lieu de taxer les émissions
de carbone, la condition d’efficience économique
conduise à les subventionner. Au minimum, cet
individu devrait reconnaître que la présence
de possibles effets bénéfiques le condamne
à se replier sur une application de la théorie
du " second best " - cette théorie
qui dit que lorsqu’un processus entraîne des effets
à la fois négatifs et positifs, et qu’il
est difficile de savoir précisément lesquels
l’emportent, le critère d’efficacité impose
de bien se garder d’entreprendre toute action qui pourrait
conduire à taxer aussi bien qu’à subventionner
le produit. Autrement dit, si les partisans de l’impôt
CO2 étaient des économistes rigoureux,
allant au bout de la logique scientifique du modèle
d’analyse qu’ils ont adopté pour le justifier,
ils devraient reconnaître que, non seulement en
l’état actuel de leurs connaissance, mais du
fait même de la nature du problème traité,
le mieux est encore de ne rien faire.
En
poursuivant dans la même ligne de réflexion,
d’autres facteurs renforcent l’idée que le mieux
est de ne rien faire. Il existe déjà de
nombreuses réglementations qui encadrent l’exploitation
du pétrole ou du charbon. Il y a déjà
de nombreux impôts fédéraux ou taxes
locales portant sur la consommation d’essence, la consommation
d’électricité, les produits de chauffage,
etc... Qui plus est, l’électricité est
un bien traditionnellement produit et vendu dans le
cadre de structures industrielles " monopolistiques ".
Tous ces éléments introduisent déjà
un biais relatif qui biaisent le fonctionnement du marché
de l’énergie vers une " sous-production ",
et non l’inverse. Là encore, la théorie
classique du " second best " établit
que, lorsque sur un marché on est en présence
de distortions économiques tirant dans des sens
contraires, mieux vaut, du point d’une recherche de
l’efficacité, ni taxer, ni subventionner le bien
ainsi produit.
Compte
tenu de toutes ces incertitudes portant sur la connaissance
scientifique des conséquences économiques
de l’effet de serre, le danger est que si un impôt
sur les CO2 est mis en place, il ne représente
en définitive une bien coûteuse erreur.
Ainsi que nous met en garde James Poterba du MIT : " il
faut se garder de s’imposer aujourd’hui de lourds sacrifices
pour de futurs avantages dont on n’est même pas
certain qu’ils verront le jour ".
Imaginons
que l’hypothèse de réchauffement à
laquelle tout est suspendu ne se confirme pas. L’impôt
mis en place, lui, sera bien réel, ainsi que
les pertes de bien-être qu’il aura imposé
à la population dans l’attente d’un mal qui ne
s’est pas concrétisé. Toutefois, tout
le monde n’y perdra pas. L’Etat et certaines industries
directement concernées par la distribution des
revenus du nouvel impôt y auront gagné
un avantage relatif. Selon l’étude de Poterba
: " L’impôt sur les CO2 offre à
l’Etat la capacité potentielle d’augmenter considérablement
ses revenus fiscaux. Un impôt de $100 la tonne
(en dollars de 1988) rapporterait l’équivalent
d’environ 3 % du PNB américain ". Autrement
dit, mettre une taxe au minimum de $100 par tonne d’émission
de CO2 augmenterait la part de l’Etat dans l’économie
U.S. de 3 points de PNB. Ainsi que le soulignent Dower
et Zimmerman, " cela représente un
transfert économique d’un ordre de grandeur très
supérieur à tout ce que peut entraîner
un changement de prix relatif même extrêmement
fort (comme celui du pétrole en 1974) ".
Alors
que les auteurs du WRI ne voient que des avantages à
un tel transfert au bénéfice du secteur
public, il faut aussi se préoccuper de ce que
cela implique sur le plan de la dynamique économique
et du bien-être individuel.
L’argent
ainsi prélevé sera redistribué
dans l’économie, mais il a toutes chances de
l’être en priorité au profit d’activités
publiques ou de secteurs d’activité bénéficiant,
pour une raison ou pour une autre, de la préférence
de l’Etat. Parmi ces secteurs on notera sans doute les
industries qui développernt des sources d’énergie
non polluantes (énergie solaire, éoliennes,
hydroélectricité) ou à faibles
teneurs en carbones (gaz naturel). Ce qui ira à
ces industries sera autant de moins qui ira à
d’autres activités industrielles ou de services.
Tout transfert implique des gagnants, mais aussi des
perdants. On peut imaginer que les plus et les moins
s’équilibrent globalement (ce qui, de toute façon
ne fait pas l’affaire de ceux qui y perdent). Mais cet
équilibre comptable n’est pas économiquement
neutre. Tout transfert de ce type implique en effet
un " coût social " (dead weight
loss) indirect qui s’accompagne d’un moindre niveau
économique d’équilibre. Ces pertes ne
sont pas à confondre avec celles qui résultent
de la hausse du coût de l’énergie. Elles
s’y ajoutent. Ce " coût social "
vient de ce que le transfert au profit du secteur public
implique que des ressources seront retirées d’activités
à forte productivité (guidées par
les signaux du marché et les niveaux relatifs
de rareté) pour être réorientées
vers des activités publiques à moindre
productivité (parceque dominées par une
logique d’attributions politiques et le jeux des groupes
de pression) . Ce transfert réduira la productivité
moyenne globale de l’économie.
Ce
transfert de ressources du secteur privé vers
le secteur public s’accompagnera donc d’une réduction
de la production économique, cependant que l’Etat
verra ses moyens augmenter. Les partisans de l’impôt
énergie expliquent déjà que les
revenus de cet impôt devront être utilisés
pour étendre le champ de nombre de programme
d’intervention publics, ou pour en démarrer de
nouveaux théoriquement destinés à
aider ceux qui seront les plus touchés par le
mouvement des prix relatifs. Certains d’entre eux suggèrent
qu’ils soient affectés à renforcer les
ressources des divers programmes publics d’aide aux
bas revenus et aux plus déshérités.
Des mécanismes de compensation fiscale seront
sans doute mis en place au profit des états et
des régions industrielles les plus touchées
par la hausse des prix de l’énergie. C’est ainsi
qu’a été envisagée la mise en place
d’un programme fédéral de subventions
automatiques calculées en fonction de l’incidence
de la hausse des prix de l’énergie sur l’économie
de chacun des états américains. Ces subventions
pourraient être affectées au financement
de nouvelles zones d’entreprise, au renforcement de
la formation professionnelle, ou encore à inciter
un certain nombre de gens à partir en retraite
anticipée... Bien qu’on puisse imaginer que la
création d’un tel impôt puisse être
couplée avec la réduction du taux d’autres
impôts, ou même avec le retrait de certaines
taxes, il ne fait aucun doute que la création
d’un impôt sur les CO2 entraînera un accroissement
des dépenses publiques tant au titre de nouveaux
programmes d’intervention que d’anciens.
Il
est impossible de trouver la moindre justification
rationnelle
à l’impôt CO2 tant qu’on reste
dans le
cadre d’une démarche scientifique
fondée sur une logique
d’interaction des libertés individuelles.
L’impôt
sur les CO2 signifie aussi qu’une part croissante des
activités du marché de l’énergie
se trouveront désormais " planifiées ",
l’une des conséquences étant de réduire
la gamme de possibilité des choix privés
de consommation ou d’investissement. Rares étant
nos activités personnelles qui ne consomment
pas d’énergie, la hausse de son prix entraînera
inévitablement, à travers ses répercutions
sur le coût de nous chauffer, de nous déplacer,
etc..., une modification substantielle des contraintes
qui déterminent nos styles de vie.
Pour
certains des partisans de l’impôt CO2, ces conséquences
sur les styles de vie font précisément
partie du résultat recherché. Que la liberté
de choisir certains styles de vie se trouve ainsi contrainte
est pour eux une vertu. Leur plaidoyer pour cette sorte
d’impôt ne tient pas seulement à des critères
de nature économique (l’élimination d’un
risque), mais s’appuie sur des considérations
de choix éthique. Leur attitude est identique
à celle des partisans d’une prohibition légale
de l’alcool ou du tabac qui justifient l’interdiction
par référence à un " bien
moral " supérieur. Ils considèrent
que la prospérité de l’après-guerre
a débouché sur une croissance " artificielle "
nourrie par la consommation de biens superflus. Pour
eux, de tels modes de vie entrent en conflit avec les
exigences d’une " éthique écologique "
de type post-industrielle fondée sur le développement
de technologies " douces " plus
en harmonie avec les " vrais besoins "
de l’homme et plus respectueuses de son environnement
naturel.
Dans
cette perspective, l’impôt énergie n’est
plus seulement un choix économique d’efficacité
comme le suppose le modèle de raisonnement implicite
qui sert le plus souvent à le justifier; mais
l’expression d’une volonté d’orienter les comportements
individuels et collectifs vers l’adoption de nouveaux
styles de vie et de nouveaux principes éthiques
et moraux différents des valeurs de liberté
et de responsabilité individuelle sur lesquels
se fonde la tradition juridique occidentale. Mais dans
ce cas, point n’est besoin d’invoquer des modèles
complexes d’efficience économique pour justifier
la mise en place d’une nouvelle fiscalité. L’affirmation
de la nécessité de recourir à un
impôt sur les énergies polluantes se justifie
de par lui-même. Point n’est besoin non plus de
se compliquer la vie à rechercher quel pourrait-être
le niveau " optimal " de cet impôt.
L’impôt sur les CO2 est contraire à l’éthique
d’une société de marché fondée
sur le primat de la liberté individuelle des
choix et de ses avantages économiques. Les écologistes
les plus radicaux n’ont pas besoin de le contester puisque
c’est le résultat que précisément
ils recherchent au nom d’une morale collective supérieure.
La
conclusion de ce qui précède est qu’il
n’existe rien qui, aux yeux de la théorie économique,
permette de justifier sans ambiguîté le
recours à ce type d’impôt au nom d’un soi-disant
" bien-être " collectif. Dit
autrement : il est impossible de trouver la moindre
justification rationnelle à ce genre de fiscalité
tant qu’on reste dans le cadre d’une méthodologie
scientifique respectant en principe le primat philosophique
des choix individuels. On ne peut pas prendre partie
en faveur de l’impôt sur les CO2 et en même
temps se réclamer d’une démarche économique
fondée sur la logique de l’interaction des libertés
individuelles. Les deux sont conceptuellement incompatibles.
Ceux qui croient démontrer les bienfaits que
pourrait apporter un tel impôt au nom du respect
de l’environnement se rendent en réalité
coupables, sans le savoir, d’incohérence conceptuelle.
Ils sont victimes d’abstractions floues et flottantes
qui, à défaut de prendre au sérieux
les contraintes de la logique, les conduisent à
soutenir des points de vue qu’ils parent à tort
des vertus de la connaissance scientifique mais qui
sont en réalité contradictoires.
Le
calcul de l’impôt optimal - le niveau de prélèvement
qui non seulement permettrait de réduire la concentration
des gaz à effet de serre, mais resterait compatible
avec un accroissement du " bien-être
global " - requiert la connaissance d’un ensemble
d’informations qui sont non seulement très difficiles
à obtenir, mais qui plus est pour une très
large part conceptuellement impossible à produire.
Ces variables dont il faudrait avoir la connaissance,
mais que nous ne pouvons pas, et que nous ne pourrons
jamais connaître, concernent pratiquement tout
les éléments qu’il nous faudrait pouvoir
quantifier afin d’obtenir une mesure comparative des
coûts sociaux de l’effet de serre :
l
les
couts évités gràce à
la mise en place de mesures préventives concernant
le déclenchement de changements climatiques
encore aujourd’hui largement impossible à
prédire et à décrire avec précision;
l
les
échelles d’évaluation des coûts
des générations présentes et
à venir;
l
les
probabilités que la mise en place d’un tel
impôt entraîne l’aggravation des risques
humains liés au niveau de vie;
l
les
effets pervers d’une politique conduisant à
accroître le degré de contrôle
politique sur la production d’énergie.
Ce
problème de savoir et de connaissance (information
problem) concerne l’ensemble de toutes les données
qui devraient être prises en compte pour calculer
un impôt rationnel du point de vue économique.
A cause de cela, malgré toutes les analyses de
coûts-avantages que l’on peut entreprendre, malgré
les milliers de pages couvertes de raisonnements compliqués
que publient, et publieront les uns et les autres, il
est possible d’affirmer que tout projet d’impôt
CO2 présenté comme le produit d’une approche
scientifique ne sera jamais que le produit de démarches
arbitraires. Cette accusation peut paraître excessive.
Mais si on prend au sérieux l’idée que
l’objet de cette taxe n’est pas seulement de réduire
les taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère
terrestre, mais de le faire tout en conservant le niveau
global de " bien-être ", il
est alors possible d’affirmer qu’elle est en réalité
parfaitement justifiée.
On
rejoint la critique traditionnellement adressée
aux économies planifiées. En dépit
de tous les appareillages statistiques et mathématiques
de plus en plus sophistiqués utilisés
par les planificateurs, les prix de ces marchés
n’ont jamais perdu leur caractère artiticiel
et arbitraire. Ils n’ont jamais cessé d’être
des " quasi-prix " privés
des propriétés informatives et signalisatrices
qui font la vertus des vrais prix de marché.
En conséquence de quoi les économies de
ces pays devaient nécessairement s’effondrer
un jour.
L’impôt
écologique n’est qu’une reprise de la même
problématique planificatrice. Il ne peut que
reproduire la même incapacité à
résoudre efficacement les problèmes pour
lesquels il a été conçu. En introduisant
de faux signaux dans les économies occidentales
il ne peut que dégrader le niveau d’efficience
de leurs marchés et menacer le maintien de nos
niveaux de vie, sans pour autant garantir que cela soit
compensé par le bénéfice d’aménités
environnementales désirées.
|
|