Problèmes comptables

 

Quelques problèmes comptables sont mal résolus et risquent de nuire gravement à des entreprises et conséquemment au bon fonctionnement du capitalisme libéral.

Ils concernent pour l'essentiel :

·         La rigueur des enregistrements comptables,

·         La nature des immobilisations,

·         La distribution d'actions aux salariés.

 

1          Les enregistrements comptables doivent être réalisés avec la plus grande rigueur.

Ainsi, une vente ne doit être enregistrée qu'après la signature de l'acte de vente ferme et irrévocable et le versement d'acomptes significatifs engageant fermement les parties ce qui semble évident et normal mais loin d'être réalisé dans les faits !

Par exemple, sont à prohiber et donc à ne pas enregistrer :

·         Les intentions d'achats et les protocoles d'accord des gros contrats concernant des affaires qui se déroulent sur plusieurs années dont les négociations durent plusieurs mois comme par exemple les ventes d'avions par Boeing ou AirBus. Une option d'achat n'est pas une commande ferme et définitive… qui n'est pas non plus une vente certaine. France Télécom n'aurait jamais dû enregistrer sur l'exercice 2001 les cessions de son parc immobilier qui ne sont toujours pas effectivement réalisées… au premier trimestre 2002 !… surtout lorsqu'elles portent sur des montants importants : 2,7 milliards € qui augmentent un surendettement annoncé en voie de résorption

·         Dans l'informatique, les projets de développements de logiciels s'étalent souvent sur plusieurs années et ne doivent donc pas être enregistrés tant qu'un début significatif de réalisation n'est pas validé par des paiements effectifs.Ainsi par exemple la société française Kalisto a été liquidée après que son dirigeant principal ait fait croire que des contrats mirifiques allaient être signés en les incluant dans ses comptes alors que les négociations n'ont jamais été finalisées…

·        D'autre part, les provisions pour créances douteuses doivent être l'objet d'une surveillance attentive, car la tentation est forte pour certaines sociétés, en particulier pour les dot.com de comptabiliser des ventes effectuées à des entreprises dont on sait pertinemment que la probabilité de leur défaut de paiement est élevée ! Les faillites risquent alors de se propager dans ce secteur, puis dans toute l'économie, comme un château de cartes qui commence à s'effondrer au premier faux mouvement…

 

La comptabilité doit toujours respecter les règles élémentaire de base et donner une image fidèle de la réalité d'une entreprise. Les lois et règlements doivent être scrupuleusement respectés, sinon la confiance des investisseurs disparaît et de graves dysfonctionnements aux conséquences encore plus importantes risquent de ressurgir ultérieurement, comme l'atteste l'affaire du Crédit Lyonnais.

Si ces irrégularités sont pratiquées à grande échelle et généralisées, elles risquent même de remettre en cause la croissance et la prospérité d'une nation, comme cela s'est produit au Japon qui est englué depuis plus d'une décennie dans une situation provenant de créances irrecouvrables considérables qui ont bloqué net sa croissance antérieure fulgurante.

Ce qui se passe en Europe avec les sociétés de télécommunications est grave et très inquiétant.

France Télécom a une dette de près de 70 milliards € qui n'est absolument pas maîtrisée pour des capitaux propres de 20 milliards €. Deutsche Telekom est dans une situation analogue.

Aux Etats-Unis, le libre jeu des marchés fait que de telles entreprises, imprudemment et mal gérées, dépassant les normes d'endettement, sont amenées à disparaître, ainsi que les sociétés d'audit qui n'ont pas fait correctement leur travail, comme l'ont montré les affaires Enron et Andersen.

La sanction des marchés tarde peut-être, mais elle arrive finalement naturellement, ce qui produit ensuite un effet dissuasif sur les autres entreprises qui s'aventureraient dans de tels errements.

Ce qui est grave dans l'affaire France Télécom, c'est la collusion entre les autorités publiques censées défendre les intérêts de la nation et les faillis potentiels : ni le ministère de la Justice, ni le ministère des Finances, actionnaire majoritaire, ni un ancien gouverneur de la Banque de France membre du conseil d'administration, ne font respecter les règles comptables élémentaires !

De ce fait, ces institutions ne sont plus dignes de confiance.

Les acteurs français des marchés ne sont pas plus (ré)actifs et n'exercent aucune sanction, alors que l'information financière est clairement diffusée. Par contre, les opérateurs Nord-américains ont tiré les conséquences des caractéristiques inquiétantes des sociétés de télécommunications européennes en vendant les actions France Télécom qu'ils détenaient, si bien que leur valeur est tombée de 219 € à 28 €.

Telle est la sanction des intervenants avisés sur les marchés financiers, qui, s'ils avaient pu fonctionner normalement, c'est à dire entièrement librement, et en particulier si l'Etat français n'était pas intervenu, auraient fait subir à France Télécom un sort analogue à celui d'Enron. Les problèmes sont ainsi décalés dans le temps et risquent d'avoir des conséquences encore plus graves à l'avenir en ralentissant ultérieurement le potentiel de croissance de la nation.

Le capitalisme libéral ne peut fonctionner normalement et assurer sa pérennité qu'avec des intervenants compétents qui entretiennent des relations de confiance entre eux (et qui respectent une morale sans faille), et avec un Etat réduit au minimum mais faisant le maximum dans les tâches qui sont les siennes.

Les Etats-Unis en particulier sont un exemple significatif qui constitue un guide fiable de ce qui est du domaine du possible pour les autres nations.

 

2          La nature de certaines immobilisations amortissables devrait conduire à les comptabiliser comme des achats, c'est à dire comme des charges d'exploitation.

Ainsi, dans les grandes entreprises, la plus grande partie des dépenses en informatique est généralement considérée comme des immobilisations amortissables, ce qui est justifié dans le cas d'acquisition d'ordinateurs (par exemple des PC revendables) mais pas pour ce qui concerne les logiciels.

La valeur des investissements en matériel effectivement amortissables ne représente que 10 % environ du total des dépenses en informatique, et le reste est constitué de matériels spécifiques et de logiciels qui n'ont aucune raison d'être enregistrés sous la forme d'immobilisations amortissables.

 

En effet, une immobilisation amortissable est caractérisée par le fait qu'elle conserve une valeur de cession plusieurs années après son acquisition, ce qui apparaît clairement et logiquement par exemple en cas de liquidation : ces actifs peuvent alors être cédés à un certain prix et les créanciers peuvent ainsi espérer en récupérer quelque chose.

Par contre, les réseaux dédiés sont difficilement réutilisables par une autre entreprise et donc rarement cessibles. Il en est de même des logiciels spécifiques adaptés aux besoins d'une entreprise : ils n'ont aucune valeur de cession et ils ne devraient donc pas être comptabilisés en immobilisations incorporelles amortissables mais en charges.

De plus, ces dépenses sont récurrentes (le budget informatique des grandes entreprises est généralement le même que celui de l'année précédent, majoré ou minoré en fonction des résultats prévisionnels) et doivent donc bien s'analyser comme une charge de maintenance logicielle et non comme un investissement.

Leur enregistrement sous la forme d'immobilisations amortissables entraîne un transfert de l'enregistrement de ces sommes dans le temps, en les déplaçant dans l'avenir : en effet, les dépenses présentes sont minorées (puisque seules sont enregistrées des dotations aux amortissements et non pas le montant de la dépense totale) et font donc apparaître dans l'exercice en cours des bénéfices supérieurs à ceux qui auraient dû être publiés.

 

Exemple :

Une entreprise acquiert une licence d'un logiciel (spécifique, supplémentaire, non cessible) pour un prix de 100 000 € pour une durée de vie censée être de 5 ans.

Si cette opération est considérée comme un investissement, elle sera enregistrée dans les comptes de résultat sous la forme de dotations aux amortissements pour un montant de 20 000 € pendant chacune des 5 années.

Si la même opération est analysée comme un achat intégré dans le cycle d'exploitation de l'entreprise, elle sera enregistrée au moment de la facturation pour un montant de 100 000 €… ce qui réduira notablement le montant du résultat d'exploitation de l'exercice en cours, de 80 000 € par rapport à la solution précédente généralement adoptée.

 

La plus grande partie des dépenses en informatique est constituée par

·         des adaptations de logiciels,

·         des améliorations des systèmes informatiques complexes (en réseaux intranet, extranet et Internet), et

·         des adaptations, aux nouvelles techniques et/ou au développement normal de l'activité des entreprises.

Ce ne sont donc pas véritablement des immobilisations, mais des dépenses concourrant comme d'autres au cycle de production.

 

Ces pratiques ont incité beaucoup d'entreprises à investir pendant la dernière décennie du XX° siècle en biens d'équipements et plus particulièrement en logiciels ce qui a contribué à alimenter la bulle Internet en faisant apparaître des bénéfices supérieurs à la réalité, ce qui arrange beaucoup de monde, en particulier les dirigeants des entreprises fiers d'afficher de bons résultats, les sociétés de services et de conseils en informatique (vendant des logiciels et diverses installations techniques) et les Etats qui perçoivent des impôts indus sur les bénéfices des sociétés…

Des réformes s'imposent de façon à modifier les règles de l'enregistrement des immobilisations, c'est là le rôle des autorités concernées : les organismes réglementant la comptabilité des entreprises, les autorités boursières, les banques centrales, et l'Etat (le fisc). Tous devraient coopérer pour défendre des solutions conformes à la vérité des comptes dans l'intérêt de tous les partenaires économiques contre les manipulations comptables soutenues par le lobbying de certains professionnels.

 

Cependant, l'évolution des marchés va spontanément et naturellement dans le bon sens. En effet, pour s'assurer des revenus récurrents, les éditeurs de logiciels ont maintenant tendance à proposer à leurs clients des contrats sophistiqués qui ont pour conséquences de remplacer les ventes des logiciels par des locations avec prestations de services, qui sont alors clairement des charges d'exploitation non amortissables. Ainsi, les enregistrements comptables se rapprochent d'une représentation logique des marchés montrant que le capitalisme libéral fait finalement preuve de facultés d'adaptation remarquables aux techniques nouvelles !

Par ailleurs, les dotations aux amortissements dépendent trop de considérations fiscales dans la mesure où la durée de vie des immobilisations, encadrée, est choisie par les dirigeants des entreprises de façon à déterminer un résultat final satisfaisant leurs objectifs.

Ainsi, on observe assez souvent une majoration des dotations aux amortissements pour minorer des bénéfices importants, en prévision d'années moins fastes au cours desquelles ces dotations sont à leur tour minorées pour majorer des bénéfices manifestement trop étriqués.

Il suffit pour cela de jouer sur la durée d'amortissement des immobilisations.

Les immobilisations devraient plutôt être considérées à leur valeur réelle de cession en fin d'exercice et les dotations aux amortissements devraient être calculées en conséquence de façon à donner une image fidèle de la réalité de l'entreprise. C'est d'ailleurs une solution de ce type qui a été retenue et qui est maintenant appliquée pour les survaleurs.

Les distorsions fiscales qui sont le jeu favori des fiscalistes européens et français en particulier ne sont plus en ce début de XXI° siècle que des amusements dignes du folklore d'une époque révolue, et des errements condamnables susceptibles de mettre en péril l'ensemble des équilibres économiques.

Un minimum de sérieux s'impose dans ce domaine, il en va de la crédibilité des comptes des entreprises et donc de la confiance que les investisseurs doivent avoir dans les marchés financiers et des équilibres économiques fondamentaux.

 

3          La distribution d'actions aux salariés.

Les rémunérations annexes de salariés sous la forme de distribution d'actions doivent indubitablement s'analyser comme des charges de personnel.

En effet, les actions distribuées sont une part des capitaux propres supplémentaires provenant pour l'essentiel des bénéfices. Il s'agit donc là manifestement d'une minoration de ces bénéfices (destinés originellement à être intégrés dans les capitaux propres), pour les distribuer sous la forme de revenus complémentaires à des dirigeants qui sont des salariés dont les rémunérations correspondent par définition à des charges de personnel.

Les stock options, c'est à dire la possibilité donnée à certains salariés de bénéficier d'options d'achat d'actions à des cours privilégiés, devraient donc être considérées comme des charges de personnel et non pas comme des opérations de bilan (ou hors bilan).

Les professionnels intéressés par cette mesure, et au premier rang, les chefs d'entreprises ont réussi à faire pression sur les organismes comptables et les Etats pour la faire adopter, mais elle a des conséquences catastrophiques sur la gestion des entreprises.

En effet, certains dirigeants sont ainsi incités à privilégier la présentation de comptes faisant apparaître des ratios de rentabilité rendant imparfaitement et même faussement compte de la rentabilité réelle de l'entreprise, en privilégiant par exemple l'excédent brut d'exploitation (ou le taux de marge) et le recours à l'endettement (les taux d'intérêt sont faibles) plutôt qu'aux capitaux propres car les actionnaires demandent (avec raison) une rémunération élevée en retour de leur investissement.

Les conséquences de ces effets pervers sont finalement considérables et contribuent grandement aux dysfonctionnements du capitalisme libéral tel qu'il est appliqué.

Il en est de même de la distribution d'actions sous la forme de participation des salariés aux bénéfices des entreprises et de l'abondement réalisé dans le cadre de dispositions fiscales avantageuses, comme le compte 401 (k) aux Etats-Unis.

 

En réalité, les stock options sont un dispositif qui ne se justifie pas  : c'est là une manifestation de l'abus de la position dominante des dirigeants des grandes entreprises qui les présentent comme une incitation nécessaire et souhaitable à la réussite des entreprises qu'ils dirigent.

Or le jeu est biaisé : en cas de réussite, c'est à dire quand le prix des actions de la société augmente, les bénéficiaires gagnent et en cas d'échec… ils ne perdent rien puisqu'ils ne lèvent pas l'option d'achat !

Il serait préférable d'adopter un autre système plus logique les incitant à mener rationnellement et naturellement une saine gestion, tel que celui qui a été imposé aux cadres de Rhodia par exemple : les dirigeants doivent investir une part significative de leurs revenus sous la forme d'actions de la société dans laquelle ils travaillent : l'équivalent de 6 mois ou un an de salaire par exemple.

En cas de chute des cours, consécutive à des erreurs de gestion de leur part, la perte est alors effective, significative et… dissuasive !

Les dirigeants seraient ainsi placés dans une position équivalente à celle… des actionnaires dont ils sont les serviteurs (alors que dans le cas présent, la situation aurait plutôt tendance à être inversée), en liant effectivement leur rémunération aux avantages et… aux inconvénients des conséquences de leur gestion !

Il est possible de perfectionner le système par la distribution de primes versées… sous forme d'actions. Cette façon de procéder montre alors indubitablement qu'une distribution d'actions doit être analysée comme faisant partie des charges de personnel.

En cas d'augmentation des cours, l'effet est alors positif et incite les dirigeants à poursuivre leurs efforts… s'ils veulent en tirer parti pleinement.

Enfin, un effet de levier peut être envisagé par un abondement dans le cadre d'un plan d'épargne défiscalisé de retraite par exemple.

C'est aux autorités publiques, les organismes de normalisation comptable (le FASB), la SEC, la Fed, les Etats, fédérés et fédéral d'établir, aux Etats-Unis, des règles fiscales et comptables équilibrées, c'est à dire équitables pour toutes les parties en présence et non pas de laisser faire à leur avantage les intervenants dont le lobbying est le plus puissant.

Les partenaires les plus faibles dans ce jeu sont les actionnaires minoritaires, et plus précisément le public, c'est à dire les particuliers dont les intérêts sont mal défendus par rapport à ceux des professionnels nettement mieux organisés et plus influents.

Les autorités doivent intervenir en leur faveur car des dysfonctionnements risquent d'entraîner des dérèglements majeurs aux conséquences plus graves. Par ailleurs il est de leur devoir et de leur fonction de prendre les mesures qui s'imposent de façon à assurer la pérennité du système capitaliste libéral.

 

Les dispositions actuellement en vigueur conduisent à perturber gravement la rationalité de la gestion des entreprises dans la mesure où les gains réalisés sur les plus values par la vente de ces titres sont souvent plus rémunérateurs qu'un salaire ou une distribution de dividendes, principalement pour des raisons fiscales, ce qui contribue à éloigner les résultats comptables de la réalité économique de l'entreprise et à alimenter l'exubérance irrationnelle des marchés.

Si ces distributions d'actions avaient été comptabilisées en charges de personnel, le taux de marge nette des entreprises aurait été réduit de deux points environ en le faisant passer de 7 % à 5 % en moyenne d'après les calculs de la Fed, ce qui est loin d'être négligeable !

Une réforme des règles comptables et de la fiscalité de la distribution des actions par les sociétés s'impose.

 

Donc

 

Ces différents problèmes sont relativement techniques et ne sont maîtrisés majoritairement que par des professionnels comme par exemple les chefs d'entreprises et certains cadres, les sociétés de conseil (en gestion et en fiscalité) et d'audit, et les intermédiaires boursiers, qui ont tous intérêt à faire perdurer le système actuel… qui ne respecte pas les règles normales de bonne gestion. Or ces petits dysfonctionnements dans ce système peuvent avoir un jour des conséquences importantes au point de générer des récessions, comme en 2001 qui peuvent dégénérer en crises si des mesures correctrices ne sont pas imposées aux différents partenaires : les règles (comptables et fiscales) du jeu économique doivent être claires et édictées judicieusement pour laisser faire les marchés libres équilibrés et performants de façon à ce que le potentiel de croissance maximale soit atteint spontanément.

Aux Etats-Unis, c'est là le rôle de la Fed, de la SEC et des organismes de réglementation comptable (FASB), faisant appel si c'est nécessaire à des mesures législatives à l'initiative de l'exécutif et du Congrès. Cependant, dans le cadre d'un libéralisme bien compris, il est préférable de ne pas recourir à ces solutions qui augmentent dangereusement les réglementations comme l'a fait admettre fort justement Alan Greenspan.

C'est aux hommes politiques à la tête de l'Etat et aux spécialistes des organismes techniques qui s'y rattachent, de veiller à défendre les intérêts de l'ensemble des partenaires économiques et au besoin de s'opposer aux professionnels avec lesquelles ils collaborent ordinairement, si certains de ces derniers risquent de mettre en danger les équilibres économiques généraux en obtenant des mesures qui avantagent trop leurs seuls intérêts.

 

Il y a donc manifestement un conflit entre ces deux parties, et les professionnels des marchés semblent être les plus puissants au point d'imposer leurs solutions.

Ainsi le seule mesure (fiscale et comptable) notable et importante qui a été prise aux Etats-Unis a été la suppression de l'obligation de l'enregistrement de l'amortissement des écarts d'acquisition, qui doivent être enregistrés maintenant en totalité sur l'exercice concerné.

C'est là une mesure judicieuse et importante qui va dans le bon sens : la suppression de certains amortissements intempestifs, engendrant un décalage dans le temps de charges enregistrées dorénavant dans l'exercice initial générateur.

Cependant, d'après les professionnels, cette disposition va conduire paradoxalement à une augmentation des bénéfices de 5 à 10 % pour les prochains exercices… ce qui les satisfait finalement pleinement mais cela risque d'alimenter encore davantage la spéculation à la hausse du cours des actions, c'est à dire que l'on risque d'aboutir à une situation contraire aux objectifs recherchés !

 

La Fed et l'autorité chargée de définir les règles comptables, le FASB, ont déjà tenté en vain au début des années 1990 d'imposer d'inclure les stock options dans les charges de personnel, mais ont dû malheureusement renoncer à ce projet face aux pressions de la puissante coalition de certains professionnels. Les conséquences de cette faiblesse apparaissent importantes maintenant et d'autant plus graves que le montant de ces rémunérations complémentaires, souvent considérables, déconsidère l'ensemble du système par son injustice manifeste contraire à la morale.

 

L'une des causes principales de ces dysfonctionnements est finalement l'Etat qui perturbe gravement le jeu économique des marchés libres par des impôts, des taxes et des réglementations intempestives.

Une solution : continuer à réduire son influence en tendant vers l'Etat minimal, avec surtout une baisse de l'impôt sur les bénéfices des sociétés dont le principe même ne se justifie pas.

Certains pays, en dehors des paradis fiscaux, se sont engagés dans cette (bonne) voie : l'Irlande, le Royaume-Uni, l'Allemagne en particulier.

Il faut continuer ainsi et réalistement, baisser le taux de cet impôt qui devrait être de l'ordre de 10 à 20 % au maximum. Dans ce cas, ne serait-ce que pour des raisons fiscales, la rémunération perçue sous forme de dividendes redeviendrait attractive par rapport aux gains espérés sous forme de plus values tirées de la cession d'actions.

Ainsi les entreprises seraient gérées plus rationnellement, leurs dirigeants cherchant à maximiser la rentabilité des capitaux investis durablement.

En France, cette mesure pourrait être prise d'autant plus facilement sans avoir de conséquences négatives sur l'équilibre du budget de l'Etat car la baisse des recettes fiscales pourrait être compensée par l'arrêt des subventions aux entreprises qui représentent des sommes supérieures au produit de cet impôt sur les sociétés !

Ainsi les mécanismes des marchés libres pourraient enfin produire leurs effets positifs et bénéfiques.

 

Il apparaît que le principal auteur des dysfonctionnements économiques actuels est une fois de plus l'Etat,

·         par ses réglementations trop lourdes et surtout mal adaptées au fonctionnement des économies modernes : les règles fiscales et comptables ne sont pas compatibles avec l'efficience optimale de la gestion des entreprises,

·         par l'importance du taux de certains impôts, en particulier de celui de l'impôt sur les sociétés qui atteint des niveaux pénalisant lourdement la réussite des entreprises performantes.

Il importe de rendre l'ensemble de ces dispositifs plus cohérents de façon à ce que le capitalisme libéral fonctionne au mieux, dans l'intérêt de tous les partenaires économiques.

Les hommes politiques ont tout à gagner à résoudre ces problèmes en diminuant leur champ de compétence, c'est ce que semble faire avec une certaine réussite l'administration Bush en réactivant et en actualisant la doctrine Reagan.

C'est une erreur de croire que les hommes politiques dirigeant les Etats sont inéluctablement amenés à augmenter leur influence et leur pouvoir sur l'économie. En effet, les dysfonctionnements qu'ils génèrent amènent certains acteurs des marchés à réagir, ainsi que… les électeurs, à condition toutefois qu'ils aient un minimum de culture économique bien assimilée…

La faible croissance relative du pouvoir d'achat des Français, et surtout l'ouverture des marchés, devrait conduire naturellement à un renforcement, tôt ou tard, du libéralisme.

Ainsi l'influence préjudiciable de l'Etat et des organismes publics à la réussite économique diminue.

Si les règles du jeu économique sont bien posées, le capitalisme libéral peut se développer harmonieusement. Il est alors cohérent et moral, car les marchés sanctionnent rapidement et irrémédiablement les dysfonctionnements, les erreurs et surtout les manquements à l'éthique comme le montrent la faillite d'Enron et surtout la débandade d'Andersen.

 

Remarques

En tenant compte de l'incidence des stock options sur les bénéfices des sociétés et des problèmes liés à l'amortissement des immobilisations, il apparaît que la croissance des bénéfices réels des sociétés américaines du SP 500 n'a pas été de l'ordre de 5 à 7 % en moyenne à la fin du XX° siècle, mais bien inférieure à celle qui a été affichée, vraisemblablement de l'ordre de 3 à 5 % par an.

Cette croissance est réelle, mais faible et donc fragile. C'est la raison pour laquelle les efforts de rigueur dans la gestion des entreprises et des administrations publiques ne doivent pas être relâchés.

Le niveau de vie est certes élevé dans les pays développés, mais cette prospérité apparente est trompeuse et la croissance peut être remise en cause, en particulier par un certain laxisme généralisé entretenu par l'illusion d'une richesse facile.

Un revirement de tendance peut se produire rapidement à tout moment.

Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles, écrivait Paul Valéry.

Par contre, ces remarques peuvent quand même conduire à un certain optimisme, dans la mesure où le capitalisme libéral bien ordonné condamne irrémédiablement les dérives moralement répréhensibles qui ont cours dans les pays dans lesquels l'Etat joue un rôle trop important, accompagné de son inévitable cortège de corruption et d'abus en tous genres.

De telles pratiques dignes de républiques bananières sont condamnées à disparaître.

Les Français qui ont sombré dans de telles dérives depuis un certain nombre d'années le payent déjà par un net repli relatif de leur niveau de vie. Le socialisme rampant produit lentement ses ravages, d'autant plus facilement qu'il se confond avec un étatisme suranné.

En effet, l'observation de ce qui se passe aux Etats-Unis avec les affaires Enron et Andersen montre clairement que le système capitaliste libéral s'autorégule de lui même : les sociétés qui trichent avec leurs comptes finissent par disparaître ainsi que les sociétés d'audit qui ne respectent pas les règles comptables ni l'éthique indispensable.

Il n'est pas nécessaire de réglementer davantage pour assurer la pérennité du capitalisme libéral. Il suffit au contraire de restaurer la plus grande liberté possible des marchés, en adoptant quand c'est indispensable, les correctifs qui s'imposent.

 

Les mesures qui doivent être prises pour restaurer les équilibres économiques ne passent pas nécessairement uniquement par l'intermédiaire du maniement des taux d'intérêt par les banques centrales.

La Fed a augmenté ses taux de base en mai 2000 à 6,5 % et les a maintenu à tort à ces hauts niveaux jusqu'à la fin de l'année, pour corriger l'exubérance irrationnelle des marchés, mais cela a entraîné un arrêt brutal de la croissance en 2001 et fragilisé l'ensemble de l'économie Nord-américaine et par effet de contagion, le monde entier.

Il eut été préférable de prendre les mesures correctrices et pertinentes qui s'imposaient, en matière de fiscalité (baisse des impôts sur les sociétés) et dans la normalisation comptable (pour les amortissements et stock options).

Ainsi tous les pays auraient continué à bénéficier d'une croissance autorégulée et auto-entretenue.

Une fois de plus les décisions prises par le hommes politiques qui se trouvent à la tête des Etats et des organismes publics apparaissent comme catastrophiques : les multiples décisions prises par les opérateurs agissant sur les marchés libres sont préférables et plus judicieuses.

 


Effets pervers

 

Les dirigeants d'entreprises qui veulent faire apparaître de bons résultats pour mettre en valeur la réussite à court terme de leur gestion sont amenés à privilégier l'utilisation de certains indicateurs qui risquent de compromettre en fait l'avenir de leur entreprise.

Ainsi l'excédent brut d'exploitation (et le taux de marge) est souvent avancé au cours de ces dernières années, de préférence au résultat d'exploitation.

Pour le maximiser, il est possible d'augmenter la productivité, ce qui est louable, mais une autre solution est souvent malheureusement utilisée : la diminution des charges de personnel en supprimant des postes de travail, solution obtenue en remplaçant le travail par le capital, l'homme par la machine.

Cette façon de procéder se justifie si un calcul de rentabilité fait apparaître un gain de productivité par la substitution du travail par le capital.

Cependant, cela ne se justifie pas si le but de l'opération est uniquement d'obtenir une diminution des charges de personnel indépendante de la rentabilité du capital technique utilisé, c'est à dire si la baisse des charges de personnel est inférieure au coût supplémentaire du capital employé.

C'est malheureusement ce qui s'est produit souvent au cours de ces dernières années.

Certains dirigeants d'entreprises peu scrupuleux ont ainsi surinvesti, c'est à dire remplacé des postes de travail par des équipements très et trop coûteux, à l'achat et en maintenance, alors qu'il aurait été plus rentable de conserver le mode de production manuel antérieur.

Par ailleurs, ces façons de procéder ont contribué au surendettement des entreprises amenées à privilégier le financement par les dettes de ces investissements plutôt que de procéder à un autofinancement par les capitaux propres (insuffisants pour mener une telle politique).

Pour éviter de telles distorsions, il est préférable de revenir au seul indicateur synthétique du cycle d'exploitation qu'est le résultat d'exploitation… à condition d'enregistrer correctement les amortissements des immobilisations de façon à rendre compte fidèlement de la réalité économique. Jongler avec des règles comptables ou fiscales déconnectées des faits pour chercher à contourner une fiscalité inique et pénalisante empêche les dirigeants des entreprises de prendre des décisions de gestion rationnelles.

 

 


Balises

 

Le fonctionnement optimal du capitalisme libéral repose en particulier sur la circulation de l'information financière portant sur les marchés libres.

Cette information doit être fiable et donner une image fidèle de la réalité pour que chacun des partenaires économiques puisse prendre les meilleures décisions en fonction de ses propres intérêts.

L'information financière passe souvent pour être complexe et technique, et paraît donc réservée à des spécialistes. Cependant, elle ne devrait pas être l'apanage de quelques professionnels.

Tous les partenaires économiques sont concernés, en particulier les salariés qui travaillent dans les entreprises, quelque soit leur niveau, et les consommateurs des produits financiers que sont toutes les personnes qui vivent dans les pays développés.

Cette information financière doit donc être comprise par le plus grand nombre de personnes.

 

Pour cela deux conditions doivent être respectées.

·         L'information doit être claire et simple

·         Les gens (c'est à dire le grand public), doivent disposer d'une culture économique et financière pour savoir interpréter correctement ces informations et les utiliser à bon escient.

Le capitalisme libéral peut alors fonctionner normalement, c'est à dire, en réalisant le potentiel de croissance optimale.

 

1          La clarté et la simplicité de l'information financière peut et doit être réalisée quand les entreprises publient leurs comptes, ce que font depuis longtemps les sociétés cotées en bourse. Les autres sociétés devraient également être astreintes à cette obligation de communication financière élémentaire.

Cependant, les dirigeants de beaucoup d'entreprises utilisent la complexité des réglementations fiscales ainsi que diverses acrobaties comptables et juridiques pour induire les observateurs en erreur… ou les perdre sous une pléthore de chiffres dont il est impossible d'en tirer des conclusions claires et simples.

Un retour aux sources s'impose.

 

Le périmètre d'une entreprise doit être clairement établi. Au XIX° siècle, une entreprise était avant tout une usine entourée de murs. Elle était donc physiquement et géographiquement clairement identifiée, et même visible. Il en était de même pour les comptes qui faisaient naturellement apparaître le résultat, le bilan, et donc les dividendes !

Il n'en est plus de même aujourd'hui : les entreprises sont devenues des entités abstraites dont il est difficile de cerner les limites et les comptes, même pour ce qui concerne les entreprises industrielles.

Ainsi par exemple, dans les usines VolksWagen les salariés de cette entreprise sont devenus minoritaires à côté de ceux des équipementiers, des fournisseurs et des prestataires de divers services.

Une telle sophistication de l'organisation des entreprises n'est pas nécessairement préjudiciable au fonctionnement normal et sain de l'économie, mais il demeure indispensable de publier clairement les étapes essentielles du résultat et du bilan de toutes les entreprises de façon à ce qu'il y ait des balises claires, identifiables et fiables pour pouvoir naviguer dans cet univers complexe sans échouer sur un écueil fatal.

L'abandon de l'obligation de l'enregistrement de l'amortissement des écarts d'acquisition va dans le bon sens car la publication de comptes avant et après les survaleurs entretenait une confusion qui rendait obscurs les résultats.

Des progrès sont encore à faire, en particulier sur l'enregistrement des distributions d'actions aux salariés (qui doivent s'analyser comme des charges de personnel) ainsi que pour l'enregistrement des amortissements de certaines immobilisations.

La définition des capitaux propres (et des dettes) en Europe doit être clarifiée et alignée sur celle qui est en vigueur en Amérique du Nord.

Des normes doivent être définies et respectées de façon à pouvoir faire simplement des comparaisons fiables entre les entreprises des différentes régions du monde à partir des solutions dominantes, c'est à dire celles qui sont retenues aux Etats-Unis.

Les autorités concernées (les organismes de régulation comptables et des marchés boursiers, les banques centrales et les Etats), doivent pouvoir les imposer aux dirigeants des entreprises (qui sont réticents car cela permettrait de clarifier des situations qui risquent de mettre en évidence les faiblesses de leur gestion) et aux sociétés d'audit.

 

2          La culture économique et financière de la  population doit lui permettre de comprendre les problèmes de gestion des entreprises.

Dans les sociétés développées comme les nôtres, les gens doivent savoir maîtriser ordinairement des techniques et des connaissances plus ou moins complexes pour vivre. Il ne suffit plus de savoir lire, écrire, compter ! Les connaissances minimales sont devenues élevées : il faut savoir conduire une voiture, utiliser Internet sur un ordinateur, etc.

Il est également indispensable de posséder un minimum de connaissances économiques et financières pour comprendre les données comptables et financières qui sont à la base du fonctionnement des entreprises.

L'ensemble de toutes ces connaissances constitue une culture qui évolue dans le temps et celle du XXI° siècle doit être enrichie de ces connaissances économiques et financières acquises par l'intermédiaire de diverses institutions…

·         C'est d'abord aux établissements d'enseignement, principalement dans le secondaire mais aussi dans le supérieur, de donner une culture économique générale et financière permettant de connaître ces bases du fonctionnement des entreprises, avec un minimum de comptabilité et d'analyse financière.

·         Ensuite, c'est aux personnes qui travaillent dans les entreprises de parachever cette formation initiale en mettant en application ces connaissances et surtout en (ré)expliquant à tous les salariés ces principes et leur application dans l'entreprise dans laquelle ils travaillent.

·         C'est également, en dehors du cadre professionnel, aux établissements financiers et aux médias de concourir à la diffusion de cette culture économique et financière en diffusant des informations fiables de façon à donner la possibilité au public de devenir des investisseurs avisés à titre personnel, en particulier pour compléter leurs revenus présents et futurs (pour leur retraite).

 

Les solutions appliquées en Amérique du Nord semblent être un modèle à suivre dans leur principe et pour un grand nombre de leurs applications.

Enfin, c'est aux hommes politiques, en particulier ceux qui dirigent l'Etat et les organismes qui s'y rattachent, de poser correctement certains problèmes qui sont de leur compétence, de les résoudre (compte tenu des contraintes et des objectifs économiques et financiers et du niveau des connaissances des électeurs), et de mettre en place une fiscalité et des réglementations permettant de faciliter la réalisation du potentiel de croissance optimale.

 

Balises de base

 

Pour comprendre les comptes et le fonctionnement des entreprises, les balises suivantes doivent être clairement définies et publiées, sans devoir passer par l'intermédiaire de retraitements par des analystes financiers.

Soldes intermédiaires de gestion                        


Chiffre d'affaires

Achats

Valeur ajoutée

Charges de personnel

Excédent brut d'exploitation

Dotations aux amortissements

Résultat d'exploitation

 

Charges financières

Résultat financier

Produits exceptionnels

Charges exceptionnelles

Résultat exceptionnel

Résultat avant impôts

Impôts sur les sociétés

Résultat net

 

Bilan

 

Immobilisations incorporelles, corporelles et financières

Actif immobilisé

Stocks

Clients

Disponibilités

Actif circulant

Total du bilan

 

Capital

Résultat

Capitaux propres

Dettes financières

Dettes à court terme

Fournisseurs

Dettes d'exploitation

Pour ce qui concerne la présentation selon les normes américaines des comptes, les données suivantes doivent être publiées avant de déterminer le résultat d'exploitation :

 

Coût des ventes

Marge brute

Frais commerciaux et de marketing

Frais de recherche et développement

Frais administratifs et généraux

Charges opérationnelles

 

Des postes supplémentaires peuvent être retenus pour des raisons techniques, à condition qu'ils n'aient pas d'incidences quant à la signification de ces balises de base. Ils peuvent être regroupés sous une dénomination autres…sans nécessairement apparaître dans une présentation simplifiée

 Retour sommaire

© 2002 Jean-Pierre Chevallier