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La saga France Télécom

 

Les résultats de France Télécom pour 2001 font apparaître une dette financière d'un montant de 60,700 milliards €, record du monde toutes catégories !

… Qu'il faut relativiser par rapport aux capitaux propres : 21,087 milliards € soit un gearing de 288 % dépassant donc très largement la limite maximale de 66 % !!!

Pas de panique ! dit le P.D.G. nommé par un gouvernement français, car l'EBE s'élève à  12,320 milliard €ce qui permet de payer facilement les dettes.

… Mais le ratio dettes financières sur EBE est à 4,93 donc largement supérieur à la norme maximale de 3 !!! Ce deuxième indicateur est donc lui aussi clairement au rouge vif !

Troisième ratio d'analyse de l'endettement : le résultat d'exploitation 5,200 milliards € sur les charges financières 3,847 milliard € soit :  Rex / Ch fi  =  1,35 

… largement inférieur donc à la limite normale de 3 !!!

 

Si France Télécom consacre 74 % de son résultat d'exploitation au remboursement de sa dette, comment cette entreprise pourra-t-elle en même temps faire face à ses autres charges, investir pour rester compétitive et dégager des bénéfices, d'autant plus que la capacité d'autofinancement est négative à 393 millions € ?

La capacité d'autofinancement est le cash flow diminué des charges financières.

France Télécom ne peut donc déjà plus s'endetter pour investir… alors que les investissements nécessaires pour développer l'UMTS en France dans les prochaines années sont certainement supérieurs à 5 milliards €.

 

Pas de problème dit le P.D.G. car l'EBE progresse de 14 % en passant de 10,807 milliards € en 2000 à 12,320 milliard € en 2001… mais il provient pour l'essentiel des services fixes en France en baisse de 7,902 milliards € contre 8,011 milliards € l'année précédente !

En effet France Télécom avait le monopole sur ce marché qui est sa vache à lait car… il suffit effectivement de traire régulièrement des clients captifs pour faire son beurre !

France Télécom a tout fait pour retarder la concurrence sur le marché intérieur du téléphone fixe, ce qui se comprend aisément d'après ces chiffres. Cependant ces marchés, qui devraient s'ouvrir à la concurrence à l'avenir, risquent de faire baisser encore davantage ces revenus.

Conclusion

Les comptes de cette entreprise sont donc hors normes et aberrants… Il est très difficile pour une entreprise sur-endettée de s'en sortir, c'est pour cela que les agences de notation étudient très précisément les risques liés aux dettes des entreprises.

Si France Télécom avait été une entreprise normale, elle aurait fait faillite depuis deux ans ! … mais c'est une entreprise publique : l'Etat y est majoritaire.

Ce sont donc des hommes politiques (des gouvernements successifs), irresponsables (sur leurs propres deniers), qui la dirigent de loin et c'est donc une catastrophe majeure ! … qui sera évitée grâce aux contribuables et aux électeurs qui se feront comme toujours un plaisir d'apporter leur soutien en voix et en espèces sonnantes et trébuchantes à leurs hommes politiques préférés.

Une quarantaine de milliards d'euros de subventions (ou de taxes supplémentaires sous la forme d'abonnements à prix fort), cela ne fait pas beaucoup plus que le double du déficit du Crédit Lyonnais et seulement un peu plus de 15 % du budget de l'Etat. Echelonné sur plusieurs années, c'est finalement peu de choses pour une si belle entreprise !

Heureusement, les Français n'ont pas de culture économique élémentaire et ils ne comprennent rien à l'analyse financière !

 

 

Enron  /  France Télécom

 

La comptabilité doit donner une image fidèle de la réalité d'une entreprise.  Elle est à la base de toute analyse financière.

 

La faillite d'Enron a mis en évidence les risques liés aux acrobaties comptables et les marchés financiers sanctionnent rapidement les irrégularités condamnables… et aucun Américain ne demande à un Etat de subventionner cette entreprise pour la sauver !

Qu'en est-il en France ? Le P.D.G. de France Télécom présentait le 21 mars 2002 les comptes de son entreprise en comptabilisant sur l'exercice 2001 des ventes dont les actes n'avaient toujours pas été signés à cette date, le tout pour un montant de 2,7 milliards €  comme le rapporte le journal Les Echos le lendemain !

Pour un étudiant débutant en comptabilité c'est une grosse faute, pour un P.D.G. c'est un délit… qui n'est pas anodin, car contrairement à ses déclarations, l'endettement réel de l'entreprise ne baisse pas, mais au contraire, augmente ainsi en passant de 61,0 milliards € en 2000 à 63,4 milliards € en 2001 !

Il aurait donc dû déclarer : tout va mal, la dette augmente de 4 %, le gearing passe de 184 % à 300 %, le ratio des dettes financières sur EBE reste supérieur à 5 soit 5,14 (contre 5,6 l'année précédente et 4,9 annoncé). L'entreprise est sur-endettée. Rien ne va plus !

Quelles seront les sanctions ? … Réponse : aucune !

 

Sur les marchés financiers, les investisseurs américains, qui sont compétents en analyse financière et personnellement responsables de leur gestion, ont déjà réagi depuis deux ans en se désengageant de cette valeur qui est passée de 219 € (jadis au plus haut) à 28 € (au plus bas), mais il n'y aura pas de faillite, ni de sanction de la part des gentils actionnaires survivants, car l'actionnaire majoritaire est l'Etat, dont les intérêts sont défendus par les hommes politiques des gouvernements successifs, secondés par des Enarques qui n'ont aucune compétence en matière d'analyse financière et qui surtout, ne sont pas responsables personnellement ni pécuniairement de leurs actes.

Comme d'habitude, la C.O.B. ne voit rien d'anormal ni de répréhensible…

Sur le plan judiciaire aucune sanction ne sera prise contre des… serviteurs de l'Etat.

Sur le plan politique, si aux Etats-Unis le Président G.W. Bush a été inquiété pour avoir entretenu des relations amicales avec les anciens dirigeants d'Enron, gros contributaires de sa campagne électorale, les électeurs français ne sanctionneront pas les hommes politiques responsables des échecs de France Télécom.

De toutes façons, les administrateurs représentant le gouvernement socialiste ont approuvé les comptes présentés par le P.D.G. (qui a été nommé par Alain Juppé, alors premier ministre)… en accord avec le ministre des finances (ils sont donc tous complices de ce délit).

 

Dans la mesure où un délit de présentation de faux bilan en vue de tromper les actionnaires est ainsi facilement détectable et… impuni, qu'en est-il de la fiabilité des autres comptes ?

Il y a en effet un certain nombre de zones d'ombre, en particulier quant à l'évaluation de certains actifs dont la valeur s'est effondrée depuis leur acquisition. Certains analystes évoquaient (avant la publication des résultats) des déficits supplémentaires doublant au moins les pertes affichées arrêtées officiellement à… 8,280 milliards € !

Les dirigeants de cette entreprise, les hommes politiques français et les institutions ont perdu toute la crédibilité qui leur restait dans cette affaire.

 

Jean-Claude Trichet, alors directeur du Trésor, avait déjà… triché en 1993 en minorant frauduleusement les pertes du Crédit Lyonnais de 3 milliardsde francs ! On sait maintenant ce qu'il en est advenu de ce qui fut une grande banque et le candidat de la France à la présidence de la BCE  n'a pas été condamné pour délit de présentation de faux bilan.

France Télécom n'est pas le Crédit Lyonnais : on compte maintenant en euros

Conclusion

Aux Etats-Unis existent des sanctions naturelles en cas de dysfonctionnements des marchés, et les équilibres sont ainsi rétablis plus ou moins rapidement, généralement correctement, en éliminant les incompétents et ceux qui ne respectent pas les règles (comptables) sans qu'il soit nécessaire de réglementer davantage l'activité économique.

La seule mesure qui pourrait être prise à la suite d'un tel cas serait de donner la possibilité aux salariés américains de ne pas acquérir que des actions de la société dans laquelle ils travaillent dans le cadre de leur compte d'épargne défiscalisé 401 (k), mais de leur donner le droit de diversifier leur portefeuille, et il faudrait même les y inciter à la limite !

Par ailleurs, la S.E.C. surveille les marchés efficacement et avec compétence.

La justice américaine fonctionne normalement et sanctionne sévèrement les délits de déclaration de faux en écriture comptable, contrairement à ce qui se passe en France.

Les marchés du téléphone sont correctement organisés aux Etats-Unis et les opérateurs américains sont des entreprises normales : elles ont des résultats, des bilans et des ratios qui correspondent aux normes et elles respectent les règles comptables.

Ainsi le capitalisme libéral se développe durablement et dans la cohérence dans des conditions satisfaisantes… aux Etats-Unis en s'adaptant aux aléas de la conjoncture grâce à la liberté dont disposent tous les intervenants responsables de leurs actes et respectant les règles du jeu économique.

Une fois de plus, la France manque cruellement de libéralisme…

 

 

 

France Télécom  /  MobilCom

 

Le jeudi 21 mars, le PDG de France Télécom annonce sereinement ses résultats mais le lendemain des journalistes compétents et bons investigateurs mettent en évidence de graves irrégularités comptables : la dette devrait être majorée de 2,7 milliards €.

Le lundi 25 mars, le directeur financier de France Télécom annonce triomphalement qu'un accord vient d'être conclu avec Gerhard Schmid, actionnaire majoritaire et fondateur de MobilCom, opérateur téléphonique titulaire d'une licence UMTS en Allemagne, dont France Télécom détient 28,5 % du capital.

En effet, il vient d'obtenir à l'arraché, pendant le week-end un accord par lequel les époux Schmid cèdent (à bon prix) leurs actions (49,9 % du capital) à des banques qui ont accordé des prêts à MobilCom pour un montant de 4,7 milliards € arrivant à échéance en juillet 2002… que personne ne peut honorer !

La solution proposée (ou imposée) par le directeur financier de France Télécom est simple : les banques rachètent les actions des époux Schmid et reconduisent leurs prêts en juillet 2002 ce qui évite le dépôt de bilan et de perdre ainsi tout de suite toutes les créances !

MobilCom ne disparaissant pas, France Télécom, actionnaire majoritaire de fait, peut tenter à l'avenir de faire quelque chose (quand l'UMTS sera opérationnel) pour revendre cette société de façon à ce que les créanciers puissent espérer récupérer leurs investissements initiaux.

On peut toujours rêver

Ces acrobaties comptables, juridiques et financières sont gravissimes.

 

1          D'après la réglementation allemande, des actionnaires agissant de concert doivent dans ce cas lancer une offre publique d'achat, une OPA, sur l'ensemble de la société.

France Télécom, dont le directeur financier a annoncé lui-même cet accord (!) se conduit clairement comme l'actionnaire majoritaire d'un pacte, ce qui devrait l'obliger à lancer cette OPA et à consolider dans ses comptes la dette de 4,7 milliards € de MobilCom, faisant ainsi passer sa dette de 61,0 milliards € initialement et officiellement annoncé, à 68,4 milliards € ! … avec un gearing de 324 % !

 

2          Les agences de notation Fitch puis Moody's envisagent de dégrader la note de France Télécom, mais faiblement.

Cette prudence est légitime, dans la mesure où l'actionnaire majoritaire est l'Etat français dont les généreux contribuables solvables sont toujours prêts à se dévouer pour sauver une si belle entreprise nationale, symbole de la réussite du secteur public français !

Cette prudence est cependant inquiétante quand on apprend que quelques grandes banques se sont fait piéger dans cette aventure MobilCom en lui accordant des prêts aventureux : Deutsche Bank, Société Générale, Merrill Lynch…

Ne pas ravaler la note de France Télécom au niveau de junk bonds peut s'avérer être une complaisance coupable laissant planer un doute sur la crédibilité de certaines notations…

 

Conclusions… provisoire au 1° avril 2002 (!)

1          Les dirigeants de France Télécom ont commis des délits de faux en présentant le bilan de façon à tromper les actionnaires et le public sur le montant des dettes.

2          La réglementation des bourses allemandes n'est délibérément pas respectée à ce jour par les dirigeants de France Télécom de façon à ne pas faire apparaître une dette de 4,7 milliards € au bilan d'une entreprise européenne sur-endettée quasiment en situation de dépôt de bilan. Cependant, l'autorité allemande des marchés boursiers, le BAWe, vient de décider de mener une enquête sur cette affaire et peut rendre à tout moment une décision qui aura des conséquences importantes quant à sa crédibilité.

A la suite de la décision prise de commencer cette enquête,  Standard & Poor's a placé le 28 mars la note de France Télécom sous surveillance négative.

3          Des banques de premier plan transforment des créances irrecouvrables en actions d'une société virtuellement en dépôt de bilan sans provisionner les pertes probables importantes (de l'ordre de 500 millions € chacune).

Tous les éléments d'un scandale financier majeur sont réunis. Si d'autres France Télécom apparaissent, il y aurait alors un risque systémique.

 

Remarques

France Télécom a déjà provisionné 3,2 milliards € de pertes liées à MobilCom (soit la totalité de sa participation, montrant par là que la situation est bien désespérée), mais d'après le journal Les Echos la dette se monterait à 5 milliards € le 26 mars et à 6 milliards € le lendemain… sans compter les investissements dans l'UMTS dont les montants sont considérables mais officiellement minorés (500 millions €).

MobilCom a un chiffre d'affaires de 2,6 milliards € en 2001 et 5 600 salariés.

Un autre opérateur téléphonique, britannique, NTL est à court de liquidités et au bord du dépôt de bilan… France Télécom possédait 18 % de son capital mais a déjà provisionné des pertes pour l'intégralité de sa participation, soit 7 milliards € !!! Tout le monde peut se tromper

Aux Etats-Unis, les opérateurs téléphoniques sont des entreprises normales et les réglementations boursières sont respectées. Les entreprises innovent, mais ne se lancent pas prématurément dans des techniques nouvelles mal maîtrisées dont les coûts sont élevés et mal connus. Il faut toujours un certain temps pour que les marchés soient matures, celui de la 4° génération de téléphones portables comme les autres.

 

 

 

France Télécom, à l'eau…

 

Certaines personnes bien informées s'inquiètent déjà de la situation financière de France Télécom. Ce sont généralement des contribuables qui ont le téléphone.

Qu'ils se rassurent : l'avenir sera pire !

En effet parmi les nombreux scénarios possibles, l'un d'eux est de plus en plus plausible.

Le point de départ est le suivant.

 

Comment les banques créancières de MobilCom, société insolvable, en état de quasi faillite, dont l'actionnaire majoritaire est le fondateur, peuvent-elles récupérer leurs créances qui se montent à 4,7 milliard € ?

Une solution : devenir créancières de… France Télécom ! société solvable car l'Etat français en est l'actionnaire majoritaire à plus de 50 %.

Le problème est alors le suivant : comment faire passer les créances de MobilCom sur France Télécom ?

 

Réponse : en tendant un piège aux dirigeants de France Télécom !en acceptant la proposition de France Télécom de transformer de concert leurs créances en actions.

En effet, l'autorité allemande de régulation des marchés boursiers, le BAWe a maintenant la possibilité d'obliger France Télécom à lancer une OPA sur MobilCom, qui réussira certainement, car les anciens actionnaires en profiteront pour se débarrasser ainsi de leurs actions MobilCom !

La dette de France Télécom augmentera alors d'une demi douzaine de milliards € et les banques disposeront alors de créances certaines !

Ce scénario est d'autant plus plausible que les banques allemandes viennent de refuser de reconduire leurs prêts à la société Philipp Holzmann (BTP) dont l'ensemble des dettes n'atteignait que… 1,5 milliard € !

Il en est de même pour les dettes du groupe de médias Léo Kirch qui laisse une ardoise de 6,5 milliards € que les banques créancières ne veulent plus transformer en actions…

En prenant une telle décision, les autorités allemandes auraient ainsi une excellente occasion de renforcer leur crédibilité internationale et de dénoncer des acrobaties comptables et juridiques de dirigeants d'entreprises (françaises…) qui mettent en péril le capitalisme libéral, cf l'affaire Enron

 

Remarques

Le conseil d'administration de France Télécom est composé de 21 administrateurs.

*  Les 7 représentants des salariés sont des syndicalistes, militants socialistes de diverses tendances,

*  10 représentent l'Etat, c'est à dire le gouvernement, socialiste depuis 1997,

*  4 représentent les autres actionnaires, dont… Michel Bon, PDG nommé par le gouvernement !

Ce n'est plus un conseil d'administration, mais un soviet !

Cette remarque est peut-être tendancieuse… Pour rassurer tout le monde, Jacques de Larosière, administrateur de France Télécom, veille en expert à la régularité des comptes et aux intérêts de la nation : il était gouverneur de la Banque de France lorsque Jean-Claude Trichet, alors directeur du Trésor (et présentement candidat de la France à la Présidence de la BCE) a déclaré impunément en 1993 un faux bilan en maquillant une dette de 3 milliards de francs du Crédit Lyonnais, ce qui n'a laissé finalement qu'une ardoise de 20 milliards € !

 © 2002 Jean-Pierre Chevallier