Théorie
des systèmes
La
théorie des systèmes de Ludwig
von Bertalanffy considère que tout système est constitué
de cinq éléments :
1
Des inputs
qui entrent dans le système : pour une entreprise, ce sont essentiellement
les achats effectués auprès des fournisseurs,
sous-traitants et équipementiers.
2
Un processus,
c'est à dire une suite
d'opérations au cours desquelles ces inputs sont transformés
: les salariés y ajoutent une valeur en travaillant.
3
Des outputs,
ce sont des éléments plus élaborés qui ressortent du système
qu'est l'entreprise : ce sont les ventes.
4
L'environnement.
Tout système existe dans un environnement dont il est tributaire.
Pour une entreprise, ce sont ses concurrents, ses clients, ses
fournisseurs, mais aussi les administrations publiques, ainsi
que d'autres éléments propres à chaque nation.
Il est plus ou moins
favorable aux entreprises…
5
Des buts ou objectifs.
Tout système est finalisé
comme les êtres vivants : les entreprises cherchent à se développer et à assurer leur pérennité,
ce qui passe par la recherche de bénéfices.
Cette théorie permet
de mieux étudier et expliquer certains phénomènes que le cartésianisme écartait car il ne les prend pas en compte. Deux
exemples parmi d'autres…
1
La dynamique.
Tout système évolue dans
le temps. Les entreprises comme les êtres vivants changent
et c'est la recherche du profit
qui les incite à utiliser le
progrès lié à l'utilisation de
techniques nouvelles. Celles qui l'utilisent à bon escient
se développent et il y a toujours un entrepreneur qui innovera
pour surclasser ses concurrents.
Les entreprises qui ne
s'adaptent pas régressent et sont vouées à disparaître à terme.
C'est la destruction créatrice de Schumpeter.
En Europe, les pays qui
ont été sous la domination de régimes communistes au XX° siècle
ont périclité car les entreprises n'étaient pas incitées à innover,
ce qui n'a pas été le cas dans le monde libre.
2 L'autorégulation. Un système bien organisé se développe
naturellement dans un certain équilibre
dynamique : il est alors autorégulé.
Si un enfant est en bonne santé et vit en toute quiétude, il
se développe harmonieusement. Il en est de même pour les entreprises
et en économie en général.
Un
système capitaliste libéral cohérent et bien structuré par
des règles adéquates devrait se développer… normalement, plus
ou moins régulièrement, sans à coups. Il ne devrait donc plus
y avoir de cycles,
c'est à dire une succession de crises
et de périodes de surchauffe.
En effet les marchés libres sont autorégulateurs et autorégulés.
Les éventuels déséquilibres
qui peuvent apparaître temporairement sur certains marchés sont
compensés par d'autres réactions en retour des marchés… si certaines
conditions qui permettent à une économie libérale de fonctionner
normalement sont établies.
Il semble que cela soit
ainsi le cas depuis quelques années aux Etats-Unis,
qui connaissent une longue période de forte croissance, et par
effet de contagion, dans les autres pays qui appliquent correctement
le libéralisme.
Les
cinq zéros olympiques
Les Japonais ont particulièrement
bien réussi dans l'industrie et impressionné les occidentaux
dans les années 1970 en appliquant certaines règles en apparence
simplistes et en lançant par exemple le slogan des cinq zéros olympiques.
Une
entreprise qui réussit aux jeux olympiques économiques est celle qui atteint les cinq zéros
olympiques, correspondants aux anneaux symbolisant les cinq
continents.
Zéro stock
Les stocks coûtent cher.
Il faut les éliminer et travailler en flux tendu, c'est à dire, pour un industriel, se
faire livrer les pièces au moment où on en a besoin et non pas
faire des achats en grosses quantités de façon à rechercher
des baisses de coûts par des économies d'échelle.
C'est ainsi que se sont
multipliées les livraisons rapides en juste
à temps dans l'industrie.
Zéro délai.
Pour assurer la continuité
de la production sans stocks, il faut faire appel à un système
de distribution rapide
et performant. L'essor des sociétés de transport rapides
routiers et des livraisons internationales express en est un
exemple.
Zéro papier.
Tout ce système ne peut
fonctionner que grâce à des réseaux de communication
informatisés performants mettant en relation les
clients et les fournisseurs qui assurent la sécurité des transactions au moindre coût.
La maîtrise et l'essor
des réseaux informatiques de type Ethernet et Internet
ont joué un rôle déterminant, en substituant l'édition de documents électroniques aux
papiers qui circulaient physiquement autrefois trop lentement
entre les partenaires commerciaux.
Zéro défaut.
Un tel système organisationnel
ne peut être efficient qu'en assurant la continuité des approvisionnements
en toutes circonstances de produits de la qualité requise.
Tous les partenaires
doivent donc travailler… sans défaut, car toute
erreur coûte cher, surtout à l'entreprise qui est au bout
de la chaîne de production, celle qui fournit des produits de
consommation finale.
Zéro panne
Pour que de tels systèmes
complexes puissent être efficients, il est nécessaire qu'ils
soient tous en bon état de marche. Toute machine, un ordinateur,
un véhicule, etc, est toujours susceptible de tomber en panne.
Pourquoi attendre qu'un de ces dispositifs soit hors d'état
de marche pour changer une pièce qui de toutes façons devra
être remplacée un jour ?
Il est préférable de
procéder préventivement aux réparations et remplacements nécessaires, cela
évitera le surcoût et les désagréments supplémentaires d'un
retard à un moment critique.
La société créée et développée
par Michael Dell fonctionne entièrement
sur ces principes et elle est devenue le premier
fabricant mondial d'ordinateurs de type PC en une vingtaine
d'années après sa création ex nihilo.
Immobilisations
Au XIX° siècle et pendant
une grande partie du XX°, la principale préoccupation des dirigeants
des entreprises, généralement industrielles, était de financer
la construction de grandes usines et l'acquisition de grosses
machines, c'est à dire un capital
technique le plus important possible, pour pouvoir
produire des biens réels.
L'essentiel des actifs
était donc constitué d'immobilisations
corporelles.
Au début du XXI° siècle,
la situation est tout à fait différente.
Les
actifs immobilisés ont perdu de leur importance relative au
profit de l'actif circulant, et principalement des disponibilités.
En effet, la plus grande
partie du PIB d'une nation développée est constituée par des
prestations de services
et non plus par des biens industriels.
Des firmes comme Microsoft par exemple
n'ont pas besoin de grosses machines coûteuses dans des usines
gigantesques : quelques mètres carrés avec une chaise, une table
et un ordinateur, un simple PC, suffisent à un informaticien
pour créer une valeur
élevée grâce à son travail
essentiellement intellectuel qui permettra à un
grand nombre de personnes d'augmenter leur productivité
grâce à des logiciels plus performants et plus faciles à
utiliser.
Les besoins en capital
technique, c'est à dire en immobilisations corporelles, sont
généralement faibles dans beaucoup d'entreprises de services.
Leur problème n'est plus
de dégager des bénéfices pour augmenter
les capitaux propres pour financer
des immobilisations corporelles, mais de faire tourner l'entreprise, c'est à dire de supporter des frais de marketing pour chercher
à développer et à commercialiser des produits innovants
qui permettront de dégager des bénéfices.
L'exercice est subtil
et dangereux car la réussite comme l'échec sont vite arrivés
!
Dans les entreprises
industrielles, l'actif immobilisé ne représente plus que le tiers du bilan
généralement.
Dans les sociétés
de services liées à l'informatique, la proportion est bien
inférieure et les immobilisations sont constituées pour l'essentiel
d'immobilisations
incorporelles, c'est
à dire des licences acquises pour pouvoir développer
plus rapidement des produits nouveaux.
Les entreprises, comme
l'activité économique en général, sont de plus en plus dématérialisées.
Amortissements
L'enregistrement des
dotations aux amortissements
joue un rôle non négligeable, voire important dans la comptabilité
des entreprises.
Cependant, les charges
ainsi comptabilisées dépendent souvent trop de considérations fiscales.
En effet, les dirigeants
avisés d'entreprises bien gérées cherchent généralement à…
· augmenter ces charges d'amortissement, pour payer moins d'impôts
sur les sociétés quand
les résultats prévisibles s'annoncent élevés, en
réduisant la durée d'amortissement sur la période la plus courte
possible,
· ou
au contraire, quand les affaires vont mal, ils cherchent à réduire
ces charges pour faire apparaître un résultat d'exploitation le plus important possible
en adoptant des durées
d'amortissement les plus longues autorisées…
Ainsi naissent des distorsions
non négligeables entre les résultats
affichés et la réalité
économique des entreprises.
S'il est légitime d'enregistrer
la perte de la valeur d'un véhicule ou d'une machine avec le temps, qu'en est-il pour certaines
immobilisations comme par exemple les logiciels ?
La plupart des entreprises
acquièrent régulièrement tous les ans des
compléments de logiciels pour rendre leurs systèmes informatiques plus performants
ou pour en diminuer le coût d'utilisation.
Est-il légitime de comptabiliser
ces dépenses comme des immobilisations amortissables ?
Les solutions adoptées
actuellement le sont à la suite de considérations fiscales
qui n'ont pas de justification économique et qui entraînent donc des écarts qui peuvent être significatifs entre les résultats comptables affichés et la réalité.
Pire était le cas des
entreprises acquérant d'autres entreprises de plus petite dimension.
Ces opérations se réalisent généralement au dessus de leur valeur comptable normale,
et engendrent donc des pertes… qui étaient amortissables sur
une longue période.
La suppression radicale
de cet amortissement des écarts d'acquisition,
aux Etats-Unis, est un grand progrès.
Cette mesure qui va faire baisser de 5 points environ le taux d'imposition réel sur les
bénéfices des sociétés est
très importante et s'ajoute aux baisses des impôts sur le revenu
dont bénéficient… les Américains.
Ainsi les bénéfices affichés
d'un grand nombre de sociétés américaines augmentera de presque
5 % du fait de cette réforme fiscale !
Il faudrait continuer
dans cette voie et réduire, voire supprimer
l'impôt sur les sociétés…
Cash
flow
Que gagne effectivement
une entreprise ?
Il est difficile de répondre
correctement à cette question. Le résultat
net devrait être la bonne réponse… mais il est totalement
déconnecté de la réalité du fait de l'impôt sur les sociétés
au taux moyen de 40 % en France comme aux Etats-Unis.
Aussi cherche-t-on à
concevoir d'autres indicateurs
plus fiables comme le cash flow, concept normalement clair et bien défini comme étant le
résultat net majoré des amortissements et diminué des dividendes
:
Cash flow = résultat net
+ dotations aux
amortissements - dividendes
Cependant les analystes
financiers utilisent également d'autres indicateurs de rentabilité.
Certains sont consacrés,
c'est à dire qu'il existe un consensus
pour en définir le contenu,
d'autres ont un contenu qui varie selon leurs auteurs… Il n'y
a pas de normalisation dans ce domaine. Parmi toutes ces possibilités,
certains concepts sont à retenir par leur pertinence.
Marge brute d'autofinancement
ou MBA
La marge brute d'autofinancement
est le résultat net majoré des amortissements :
Marge brute d'autofinancement = résultat
net + dotations aux amortissements
Elle donne une indication
utile sur les possibilités qu'a une entreprise d'investir, en dehors de l'enregistrement
des dotations aux amortissements ... qui dépendent du montant
des investissements réalisés !
C'est un indicateur fiable
lorsque seront prises les décisions d'investir ou pas…
Capacité d'autofinancement
La capacité d'autofinancement
est le cash flow diminué des charges financières :
Capacité d'autofinancement
= cash flow - charges
financières
Dans la mesure où les
charges financières
sont considérées comme une contrainte
fixe et incontournable, ce qui est souvent le cas dans des
entreprises sur-endettées, la
capacité d'autofinancement indique le niveau de la marge de
manœuvre dont dispose une entreprise pour investir.
Cet indicateur est très
pertinent. Cependant, lorsqu'une entreprise est peu endettée,
il perd de son intérêt.
Cash flow disponible
Le cash flow disponible
est le cash flow diminué des investissements industriels indispensables. En effet certaines
entreprises doivent investir continuellement pour perpétuer
leur activité et donc pour assurer leur pérennité. Dans ce cas,
il peut être particulièrement utile de savoir si ces entreprises
dégagent des excédents
leur permettant de dégager des bénéfices
supplémentaires pour se développer.
D'autres
formes de cash flow sont concevables, en particulier à partir
de l'EBE…
Tout dépend des analystes,
et de leurs besoins… La liberté règne dans ce domaine. La seule
contrainte est de bien
définir a priori ces
concepts… dont le contenu est variable selon leurs auteurs.
Il n'existe malheureusement
pas de normalisation impérative et beaucoup d'entreprises cherchent
à induire les analystes en erreur en diffusant des informations
financières partielles à leur avantage…
Taux
de marge
Comment maximiser cet
excellent indicateur
de rentabilité d'une entreprise qu'est le taux de marge, EBE / VA ? Réponse
: deux solutions logiques sont envisageables.
1
La première consiste à augmenter
l'EBE, donc le chiffre d'affaires
en utilisant les techniques classiques du marketing,
mais aussi en
réduisant le coût des achats, c'est à dire en négociant
mieux avec les fournisseurs, les sous-traitants et les équipementiers.
Pour les entreprises
industrielles, les achats représentent souvent plus de ma moitié
du chiffre d'affaires. La recherche de meilleures conditions
d'achat permet de… déplacer les délicats problèmes de gestion…
sur les fournisseurs ! ce qui les incite à rechercher eux aussi
des gains de productivité élevés en adoptant des techniques
nouvelles plus efficientes.
Ainsi, ce sont toutes
les entreprises qui sont condamnées
à progresser, ce qui profite finalement aux consommateurs et
à l'économie en général.
Dans l'industrie, pour
diminuer les charges de personnel tout en maintenant des niveaux
de salaires élevés (de façon à disposer de salariés motivés
et compétents), la solution généralement adoptée est de remplacer le travail
par le capital, c'est à dire d'acquérir des machines.
Cette solution a pour avantage de réduire les charges de personnel, donc d'améliorer
l'EBE, mais d'augmenter
l'endettement et les charges financières : les problèmes
sont ainsi une fois de plus déplacés, et mal résolus !
En conséquence, beaucoup
d'entreprises européennes souffrent de surendettement (cf le
gearing), et d'une rentabilité finale faible du fait de l'importance
des amortissements et des charges financières, alors
que les entreprises nord-américaines paraissent gérées plus
rationnellement (les soldes intermédiaires de gestion ne se
dégradent pas en descendant).
On peut également augmenter
le taux de marge EBE / VA en diminuant la valeur ajoutée.
2
Diminuer la valeur
ajoutée. Pour cela une entreprise peut externaliser les tâches secondaires
qui peuvent être confiées à des fournisseurs, des sous-traitants
et des équipementiers.
Ainsi, les constructeurs
automobiles ne fabriquent pas les sièges, les pneus, les batteries,
etc. C'est là le travail d'équipementiers qui sont ainsi plus performants que les constructeurs
qui limitent leur activité
au cœur de leur métier de base : la conception de modèles
de voitures, leur montage, et la maîtrise de leur commercialisation
tout en conservant parfois la fabrication d'éléments vitaux
comme par exemple celle des moteurs.
Certains industriels
tendent donc paradoxalement vers l'entreprise sans
usine ! … comme l'ont déclaré spectaculairement les
dirigeants d'Alcatel par exemple. Les tâches de fabrication
sont alors confiées à de meilleures conditions économiques à
des industriels spécialisés.
Les téléphones portables
des différents opérateurs sortent généralement des mêmes usines.
Ainsi le système productif
est optimisé.
Les emplois
industriels ont tendance à diminuer… au profit de la création d'emplois tertiaires comme
l'enseigne la théorie de Colin
Clark, au plus grand bénéfice des pays d'accueil de ces
entreprises, souvent délocalisées dans des pays qui étaient
pauvres.
C'est là un des effets
bénéfiques de la mondialisation.
L'utilisation du taux
de marge comme indicateur de la rentabilité d'une entreprise
est très instructif et très utile. Cependant, il peut avoir
l'inconvénient d'inciter les dirigeants des entreprises industrielles
à surinvestir et
donc à générer un certain surendettement.
L'externalisation et la mondialisation, en développant
des activités industrielles dans le pays du tiers monde, permettent cependant de résoudre ces problèmes au profit
de tous les partenaires du jeu économique.
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2002
Jean-Pierre Chevallier