|
CITATION
:
"L'argument
scientifique essentiel pour qu'on se serve du
système des prix chaque fois que c'est
possible est qu'il permet de coordonner les
choix de millions de personnes en fournissant
un système d'informations souple et subtil
qui permet de fonder des milliers de décisions"(1).
|
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
1.
Cf. Alan Day, "The case for road pricing", Economic
Affairs, 18 (4), décembre 1998, p.
5.
2. Les deux thèmes principaux
de cet ouvrage reprennent les travaux pionniers
de Reuben Smeed et Gilbert Ponsonby sur la nécessité
d'un système de prix pour la route comme pour
le rail, comme seul moyen de parvenir à une
intégration véritable. Cf. C. J. Ponsonby, Transport
Policy: Co-ordination Through Competition, Londres,
IEA, Hobart Paper 49, 1969. Cf. aussi David
M. Newberry, "Fair and efficient pricing and
the finance of roads", Proceedings of the Chartered
Institute of Transport, 7 (3), octobre 1998,
pp. 3-19
3. A
New deal For Transport: Better for Everyone,
The Government's White Paper on the Future of
Transport, Londres, 1998.
4.
David Parker et Ralph Stacey, Chaos Management
and Economics, Londres, IEA, Hobart Paper 125,
1994, p. 93.
5.
Deepak
Lal," Markets,
Mandarins and Mathematicians", in
Against Dirigisme, San Francisco, ICS Press,
1994.
6.
Cf. op. cit.
7.
Cf. Peter Mumford, The
Road From Inequity: Fairer ways of paying for
the true cost of road use,
Londres, Adam Smith Institute, 2000.
8. Cf. John Hibbs, Don't
Stop the Bus, Londres, Adam
Smith Institute, 1999.
9. Cf. Christian
Wolmar, Stagecoach: A classic rags-to-riches
tale from the frontiers of capitalism, Londres,
Orion Business Books, 1998, pp. 134 et suiv.
10.
Cf. Ibid., p. 138.
11.
Cf. John Blundell et Colin
Robinson, Regulation
Without the State, Occasional Paper
109, Londres, IEA, 1999.
12.
Cf. Peter M. Senge, The Fifth Discipline - The
Art and Practice of The Learning Organization.
Londres, Century Business, 1990.
13.
Cf. Daniel B. Klein, Adrian T. Mooore (sic)
et Binyam Reja, Curb Rights - A Foundation for
Free Enterprise in Urban Transit, Washington
D. C., Brookings Institution Press, 1997.
14.
Cf. "Privatisation and Innovation — Exploiting
Guided Bus", par Bob Tebb, in Proceedings of
the Chartered Institute of Transport 6(4), December
1997, pp. 42-49.
15.
Cf. Michael Baines, "Implications of organisational
complexity for local bus operations", Proceedings
of the Chartered Institute of Transport, 7(2),
June 1998.
16.
Cf. The Green Quadratic, Londres, Adam Smith
Institute, 1998, notamment p. 24.
17.
Cité par Matthew Parris (ed.), Scorn, with Added
Vitriol, Londres, Hamish Hamilton, 2° éd., 1995,
p. 87.
|
|
Comment
résoudre le problème des encombrements
? Faut-il donner la priorité au rail sur la route
? comment ? Quelles réponses les libéraux
donnent-ils à la nécessité moderne
d'avoir une conception "intégrée"
de la politique des transports qui permette notamment
de tenir compte des problèmes d'environnement
et de sécurité ?
Il faut
le reconnaître, nous manquons cruellement de réponses
écrites à ces questions. C'est pourquoi
nous attirons l'attention de nos lecteurs sur le petit
ouvrage que vient de publier l'Institute
of Economic Affairs : "Transport Policy
: The Myth of Integrated Planning" (Hobart Paper
140). Son auteur, John Hibbs,
est Professeur émérite de gestion des
transports à The University of Central England
de Birmingham, et a déjà de nombreux livres
sur cette question à son actif.
Nous
devons le compte-rendu qui suit à la plume de
François
Guillaumat. Bien des sujets mentionnés
mériteraient un traitement plus approfondi. Par
ailleurs, ce petit ouvrage a, bien sûr, été
écrit d'abord pour le public britannique, pour
répondre aux projets de l'actuel gouvernement
travailliste. Il n'en fournit pas moins un certain nombre
de lignes de réflexion dont nous aimerions qu'elles
soient ultérieurement reprises et prolongées
par certains de nos amis libéraux, dans le cadre
français.
*********************************************
Les
adversaires du libéralisme citent souvent la
"catastrophique privatisation" des chemins de fer en
Grande-Bretagne (on pourra aussi évoquer le tunnel
du Mont-Blanc et le "principe de précaution").
Le
Professeur Hibbs montre — à propos des transports
terrestres — que, si l'effondrement du socialisme
réel semble avoir contraint les hommes de l'Etat
à reconnaître qu'en principe, la planification
centrale ne marche pas, ils trouvent toujours aux "marchés"
concrets suffisamment d'"insuffisances" pour n'en tirer
aucune conséquence quand ils veulent intervenir
dans tel ou tel domaine, comme si celui-là échappait
justement aux lois générales de l'économie..
Il
rappelle donc que, la responsabilité étant
nécessaire et suffisante à la régulation
sociale, ce n'est pas le "marché" mais la prétention
des hommes de l'Etat à s'en charger qui
compromet celle-ci, détruisant la coordination
des choix de transport en interdisant aux gens de régler
eux-mêmes leurs propres affaires, tout en tenant
compte des choix d'autrui grâce à un véritable
système des prix(2).
Le
mirage de "l'intégration planifiée".
L'"intégration"
a succédé à la "coordination" comme
tarte à la crème des politiques de
transport. Ses adeptes ne se sentent pas pour autant
davantage tenus de définir le terme.
On peut seulement déduire de leurs propositions
qu'il s'agit pour l'Etat d'intervenir toujours davantage,
comme si le transport terrestre était par nature
voué à subir une réglementation
toujours croissante : par exemple, le thème
principal du Livre Blanc britannique de 1998 (3)
n'était visiblement pas l'intégration,
mais l'intervention.
Le
document sur l'encombrement des routes qui lui succède,
et prétend discuter du prix de la route,
continue de ne tenir aucun compte du fait que le problème
numéro un des routes est que c'est au
moment où on ne s'en sert pas qu'on les
fait payer. Il traite faussement les péages
comme une forme de "taxe" — ou pire, une taxe supplémentaire —
alors qu'il s'agit justement de remplacer une taxe
par le paiement du service rendu. La conséquence
politique est qu'instituer le péage électronique
comme solution aux problèmes de congestion
risque de contribuer autant à la "popularité"
du gouvernement que la fameuse Poll Tax
à celle de Mme Thatcher — ce dont l'opposition
conservatrice, sans souci du bien commun, semble disposée
à tirer parti..
En
outre, il reflète les préjugés
de certains groupes contre la liberté de choix
qu'incarne la voiture individuelle, et ne traduit ni
le respect des collectivités locales ni le fait
que c'est pour les autoroutes urbaines qu'un
système de paiement direct résoudrait
le plus de problèmes. Le document qu'il consacre
aux transports en commun traduit une tentation
inquiétante de revenir à un système
d'autorisation des lignes. Or, c'est au contraire la concurrence,
rétablie en 1986, qui a déjà permis
à des innovateurs de redéfinir pour
une clientèle plus aisée les services
du bus, autrement perçus comme le transport
auquel on se résigne faute de mieux : c'est
de cette manière progressive, et non en imaginant
des solutions-miracle, que l'on peut améliorer
les services.
Intégration
et coordination
Le
terme d'intégration évoque une politique
intégrée, à moins qu'il ne s'agisse
d'intégrer la branche d'activité.
Le terme de coordination fait plutôt penser
à des correspondances infaillibles, assurées
à grands frais comme en Suisse. Cependant, il
s'agit toujours de s'en remettre à un Grand Ordonnateur,
qui saurait toujours quoi faire (entre autres, développer
le transport par rail, comme si cela allait de soi).
Mais cela, on le tente depuis les années
30, et cela ne marche jamais. La quantité d'information
à traiter, pour des myriades de décisions,
dépasse la capacité d'une seule organisation
— ce qui illustre l'impossibilité de la
planification centrale. Comme le disent Parker et Stacey :
Tout
système qui tente de concevoir consciemment
ou de planifier des états à venir dans
le long terme doit nécessairement tomber
en panne. Les entreprises, les économies exigent
des structures et des institutions qui encouragent
le travail sur soi-même (4).
Le
préjugé réglementaire suppose toujours
que les Gardiens de Platon, comme les appelle
Deepak Lal (5), sauront toujours faire
mieux que le marché, et qu'ils n'auront
pas leurs objectifs à eux.
Une
version plus modeste de la "coordination" ne se soucie
que d'ajuster les offres aux diverses demandes ;
et là, on ne peut pas définir à
l'avance ce que serait un tel ajustement général :
on ne peut que définir les conditions qui permettront
aux demandeurs et aux offreurs de réaliser
eux-mêmes cet ajustement. Sur ce point, je suivrai
Ponsonby (6)) , pour qui l'intégration
venue d'en haut, et qui semble inspirer le Livre
Blanc, ne saurait résoudre aucun problème
mais seulement en créer.
C'est
à condition d'en tenir compte qu'il existe une
acception du terme d'"intégration" qui a un sens :
il s'agit de créer les conditions d'une prise
de décision informée à tous
les points du système, qu'il s'agisse
de rail ou de route. Et là, on doit bien reconnaître
qu'il existe dans le système actuel (outre les effets
de la réglementation) une source d'irrationalité
majeure, notamment dans le choix entre le rail et la
route, et qui est, comme nous l'avons déjà
vu, qu'on ne fait pas payer la route au moment de s'en
servir.
C'est
ce problème d'un prix nul à la marge
qui inspire les appels qu'on entend de plus en
plus souvent en faveur d'un péage électronique
sur les routes (PER). On reproche à celui-ci
de ne traiter que les symptômes. Or, le problème
va bien au-delà : il tient au fait
que personne n'est réellement propriétaire
de ces routes. L'"Etat" a peut-être acheté
le terrain et payé les travaux, et des fonctionnaires
les administrent mais personne si elles sont bien ou
mal utilisées, n'en ressentira ni le gain
ni la perte — alors que les chemins de fer, pour
leur part, ont toujours fait partie des capitaux propres
de quelque organe de décision. C'est pourquoi
le professeur Newberry a proposé de confier le
réseau routier à une "entreprise nouvelle",
qui posséderait les actifs routiers au
même titre qu'en Grande-Bretagne la société
Railtrack possède les rails.
Une
telle société serait — enfin— responsable
d'entretenir les actifs existants, de les améliorer
et d'en construire d'autres, et d'en faire payer l'usage
non seulement pour financer tout cela, mais pour
que cesse l'illusion suivant laquelle les routes seraient
"gratuites". Cette entreprise emploierait des péages
électroniques comme un moyen de vendre
ses services. Dans une économie ouverte, passagers
et marchandises emploieront l'infrastructure qui leur
paraîtra la plus économique. Depuis des
décennies, ce choix est faussé dans la
mesure où le prix des rails figure dans la note
du transport ferroviaire et non dans celui du transport
routier. C'est pour cela que la logistique de
l'industrie du transport ne peut pas se rapprocher de
la meilleure allocation des ressources, en terre et
en capital. Alors, pourquoi ne pas avoir un seul
propriétaire des routes, qui serait une entreprise
privée ? La question des nouvelles constructions
deviendrait enfin question de rationalité économique,
au lieu d'être livrée au jeu des pressions
politiques.
C'est
cela qui peut représenter une véritable
intégration des décisions : celles-ci
seraient intégrées non pas parce qu'une
"autorité" les aurait toutes confisquées,
mais parce que, la propriété des routes
et le paiement de leurs services ayant remédié
au défaut de responsabilité,
elles prendraient en compte l'intégralité
des faits pertinents.
C'est
entre autres pour cela que la proposition récente
de traiter les chemins de fer à part, de
leur donner une importance démesurée (ils
ne transportent que 6 % des passagers en Grande-Bretagne
et 7 % de ses marchandises) apparaît comme
un contresens. Au nom de l'"intégration",
elle veut refaire du chemin de faire un jouet de la politique,
alors que la privatisation visait à en refaire
une entreprise de transport.
Le
marché de l'accès à la route
Même
lorsque les chemins de fer appartenaient à l'Etat,
c'est-à-dire en fait à personne, on tenait
compte de la valeur des infrastructures, et on ne tenait
même pas pour allant de soi que l'usager
ne devait pas les payer. Pour ce qui est des routes,
en revanche, on n'a jamais comptabilisé
ni leur valeur, ni leur coût d'utilisation, et
l'opportunité de les construire se
discute en termes de "coûts et avantages sociaux",
porte ouverte à toutes les manipulations… à
moins qu'il ne s'agisse des priorités budgétaires
du gouvernement. Ainsi, les utilisateurs du transport
routier ne tiennent aucun compte de cet aspect-là
du coût ; mais cela explique aussi pourquoi
il est si myope de n'envisager le péage
électronique que comme un moyen de décourager
la circulation excessive, et non comme le guide et le
moyen de l'investissement. Il n'y a qu'une entreprise
privée, possédant les routes et dépendant
des péages pour son financement, qui puisse apporter
une gestion pleinement rationnelle des ressources
impliquées. Et elle n'en pourrait que plus aisément
combiner des éléments de rail et de route.
C'est
pourquoi il faut considérer le péage électronique,
non comme un moyen d'étaler les horaires ou,
pire, de pénaliser l'usage de l'automobile, mais
comme l'instrument d'une solution radicalement
efficace aux problèmes de la route.
La
technique, pour sa part est au point, et on s'en sert
déjà. Il existe des péages,
à l'entrée des agglomérations ou
de certains quartiers — ce qui peut encourager leurs gestionnaires
à favoriser l'entrée, et des points
de paiement, aux endroits encombré,
qui visent plutôt à décourager le
passage. Une carte à puce et à points,
qui signale sa consommation par un signal sonore, est
idéale pour l'automobiliste. (une période
préliminaire où le point ne coûterait
rien, permettrait à l'utilisateur de s'habituer
à choisir ses itinéraires). Les transporteurs
en feraient payer le coût à leurs clients,
et bien entendu il faudrait en l'instituant supprimer
ou baisser un des impôts qui frappent l'automobile
(TVA, vignette, taxe sur l'essence)(7)
pour que l'opération, même sans tenir compte
du temps gagné, apparaisse visiblement
pour ce qu'elle est : une meilleure solution pour
tout le monde.
On
admet généralement que la recette des
péages routiers doit être ring-fenced
strictement affectée, mais la question essentielle
est de savoir à quoi. Il faut s'en servir
exclusivement pour l'infrastructure routière,
et jamais pour subventionner le transport collectif.
On peut favoriser celui-ci en développant des
sites propres, mais ce serait fausser de nouveau
les choix, alors même que l'on viendrait de se
servir des prix pour résoudre les problèmes
de congestion, que de dispenser ses usagers d'en payer
tout le coût.
Objections
au péage électronique
Outre
le "droit d'aller et venir", qui semble ignorer que
tout sol utile doit être approprié, on
invoque la charge pour les pauvres. Cependant,
les "pauvres" paient déjà les impôts
que le système de prix remplacerait ; en
outre, leur temps coûte moins cher, et ils pourraient
choisir des itinéraires moins courts et quasi-gratuits.
On
invoque aussi la vie privée, compromise
par les premiers systèmes qui notaient la plaque
d'immatriculation et envoyaient la note à la
fin du mois : c'est une raison supplémentaire
d'employer des systèmes à paiement immédiat
qui font savoir quand on paie.
Certains
réclameront des exemptions spéciales :
médecins, ambulances, divers "services publics".
Le statut commercial y remédiera en grande partie.
Un
problème réel est d'installer les points
de paiement aux endroits réellement encombrés,
ne serait-ce que pour éviter une simple redistribution
des bouchons (et sur de plus petites routes) :
ce qui implique d'en installer suffisamment.
Qui
doit gérer les transports collectifs
Le
système des subventions et des autorisations,
institué sous prétexte de coordonner et
de favoriser les transports publics, a pour effet d'isoler
les transports en communs des sollicitations de la demande.
Par exemple, le système qui demeure à
Londres met en oeuvre des sociétés privatisées,
mais les soumet aux prescriptions paralysantes
(le Route Agreement) d'une bureaucratie, la London
Buses Limited (et cette paralysie, qui n'existe
plus en province depuis 1986, certains l'imputent bien
sûr — comme à propos du rail —
au fait que les sociétés sont privées)
(8).
Que
les sociétés répondent à
des appels d'offre pour les trajets réglementés,
c'est là toute la liberté qu'un système
d'autorisations veut bien souffrir. Il implique en fait
que ce serait aux politiques et non aux clients
de guider la fourniture du service : c'est
pourquoi il représente une tentation constante
pour les élus.
L'état
des transports ferroviaires
Les
trains inspirent aux hommes politiques et au public
des croyances sentimentales sans rapport avec la réalité.
D'où l'importance disproportionnée du
chemin de fer dans le débat, et l'intervention
constante des hommes de l'Etat dans les chemins de fer,
d'abord sous prétexte d'un "risque de monopole"
puis, après l'avènement de la voiture
et de l'avion, pour combler les déficits. C'est
pourquoi personne ne s'était vraiment opposé
à la nationalisation de 1947. C'est aussi pourquoi
la privatisation est une affaire tardive : elle date
du Railway Act de 1993, et on la pensait compromise
si les Travaillistes revenaient au pouvoir.
Celle-ci établissait, suivant le plan proposé
par le Adam Smith Institute et qui avait la préférence
du Trésor (le Premier ministre John Major aurait
préféré des sociétés
régionales intégrées verticalement),
une autorité indépendante (Railtrack plc)
possédant le réseau, sur lequel roulent
des sociétés d'exploitation privée
Pour les passagers, cependant, il s'agissait de Train
Operating Companies, autorisées par appel d'offres
à exploiter telle partie du réseau - sous
la surveillance d'un Office of Passenger Rail Franchising
(OPRAF).
Le gouvernement espérait, en faisant appel aux
finances privées, libérer le rail de ses
propres contraintes budgétaires, qui laissent
en héritage le retard énorme que l'on
sait dans les investissements. Railtrack devait se financer
en faisant payer aux sociétés d'exploitation,
pour les passagers comme pour le fret, l'usage de ses
voies. Railtrack était aussi censé alléger
ses tarifs d'utilisation des voies en vendant des terrains
en surplus hérités de British Rail De
même, presque toutes les autorisations étaient
assorties d'une subvention, qui devait disparaître
voire pour certaines d'entre elles, être remboursées
: on voit le caractère politiquement sensible
de tels tarifs, qui devaient pourtant servir à
construire les infrastructures manquantes.
En outre, pour "superviser" l'ensemble et
soi-disant protéger les intérêts
des usagers, la loi a imposé un "Regulator",
aussi appelé OFRAIL, censé surveiller
les conditions de l'accès aux voies et notamment
de sa tarification.
En effet, on n'accorde les autorisations d'exploiter
que pour une certaine période, ce qui institue
un quasi-monopole régional pendant ladite période.
En outre, le matériel roulant y est attribué
à des entités distinctes, les Rolling
Stock Companies (ROSCO), limite considérable
imposée à une privatisation - en fait,
si Railtrack n'avait pas été privatisée,
seule l'exploitation l'aurait été en matière
de transports de passagers.
Où allons-nous?
Les chemins de fer sont des systèmes vulnérables.
Une erreur minime peut y avoir des conséquences
cumulatives spectaculaires. Avec le fait que les accidents
sont plutôt rares en comparaison avec la route,
c'est ce qui frappe l'opinion lorsqu'une catastrophe
se produit. L'expérience des accidents, et la
réglementation dont ils sont le prétexte,
a engendré une culture du rail plutôt conservatrice
que la privatisation a quelque peu bousculée
(en Grande-Bretagne aussi, les ingénieurs se
soucient de faire circuler des trains bien plus que
de vendre des services à des transporteurs et
des passagers).
Les nouvelles sociétés privées
ont bien attiré des capitaux considérables
et réalisé les économies qu'on
attendait d'elles. Les problèmes de l'époque,
qui ont déconsidéré la privatisation
aux yeux de journalistes à la courte mémoire,
tenaient à l'inexpérience des nouveaux
gestionnaires, souvent venus du monde de l'autocar .
Le développement rapide de la demande et les
succès, tels que l'expérience de la Tilbury
& Southend, naguère connue sous le nom de
Misery Line, en dépit des délais nécessaires
à l'investissement et des défauts de la
voie, dont le responsable était Railtrack et
non les TOC, traduisent mieux le succès réel
de la privatisation .
Cependant, la politisation traditionnelle du rail était
seulement atténuée : le parti travailliste
promettait de renationaliser - même s'il devait,
après sa victoire électorale de 1997,
se rendre compte que ce n'était ni possible ni
souhaitable.
On privatise, rappelons-le, pour que les dirigeants
des entreprises subissent de nouveau les conséquences
de leurs choix - et recouvrent en échange de
cette responsabilité la liberté de gestion
et de financement dont les règles de l'administration
publique les privaient. Cependant, la privatisation
ne peut pas remédier d'un coup aux retards d'investissement,
ni au fait que l'organisation elle-même porte
la marque de toutes ces années où le marché
n'a pas pu mobiliser l'information. Privatiser, outre
le fait que cela reste un choix politisé, implique
donc en partie de réorganiser à l'aveuglette
: c'est de là que viennent les problèmes
de l'entreprise privatisée.
Dans le cas du Railway Act de 1993, c'est assez arbitrairement
qu'on a séparé l'exploitation commerciale
et la propriété des lignes, et de livrer
celle-ci à une seule entreprise. Et c'est pour
des raisons politiques qu'on a soumis les tarifs à
l'autorisation d'un supposé "régulateur",
censé lutter contre le risque d'"exploitation
monopolistique".
Le résultat est que Railtrack, propriétaire
des lignes, n'a pas pu en faire payer l'usage suffisamment
pour combler les retards d'investissement, alors même
que la demande croissait fortement. Ce n'est donc pas
la privatisation en tant que telle, mais les contraintes
réglementaires que la loi de privatisation impose
aux tarifs qui prolongent la vétusté des
infrastructures héritée de la nationalisation
- et qui font toujours de ces tarifs une question politique.
Le gouvernement a bien pu faire mine de renationaliser,
il reste confronté aux contraintes, notamment
budgétaires, qui ont poussé à privatiser,
et sait bien quelle est au contraire la solution : se
résoudre à laisser Railtrack faire payer
suffisamment ses services.
D'autres changements structurels sont en outre nécessaires
: la Strategic Rail Authority (SRA), organe jusqu'à
présent superflu, semble comprendre les dangers
de la politisation ; cependant, la réglementation
étatique ayant ses lois, celle-ci demeure un
risque permanent qui réapparaît chaque
fois qu'expirent les autorisations. Il faut donc cesser,
sous prétexte de "lutter contre le monopole",
d'attribuer les lignes à titre précaire
et faire des TOC de véritables entreprises commerciales.
Le
métro et le tunnel sous la Manche
Le
métro est le domaine où la sous-capitalisation
et le retard technique sont les plus scandaleux, et
ce scandale exige réparation de l'Etat responsable.
Pourquoi ne pas confier les lignes du métro à
Railtrack, et faire exploiter les lignes par
des sociétés privées ? Une
société commune ferait marcher la billetterie
et London Transport, ce bastion de la bureaucratie,
n'aurait plus de prétexte pour exister.
Le
tunnel sous la manche illustre bien à quel point
c'est le transport des passagers qui fait fantasmer
les politiciens. Pour ceux-ci, le tunnel ne représente
qu'un avantage marginal par rapport à l'avion
sur la plupart des destinations, alors qu'on utilise
à peine son potentiel pour le fret.
Que
faire ?
L'activisme
brouillon qu'affiche aujourd'hui le gouvernement ne
doit pas cacher l'essentiel, à savoir que Railtrack
n'a pas reçu, ne reçoit pas assez d'argent
pour satisfaire la demande — et ce n'est pas l'Etat
qui lui en donnera. De sorte que réformer sa
tarification doit être l'axe de toute réforme :
il faut examiner sérieusement la proposition
du Dr Gylee, de l'organiser en fonction du temps, avec
des analyses de ponctualité et des pénalités
en cas de défaut.
Les
transports en commun par la route
L'opinion
générale est que la déréglementation
des autobus et des autocars apporte aux usagers
de meilleurs services à moindre coût, et
le système d'autorisations temporaires qui demeure
à Londres apparaît plus comme une survivance
que comme un exemple.
La
privatisation, pour sa part, a été politisée,
un certain nombre de dirigeants n'étant pas préparés,
voire hostiles à la réforme. D'où
des premières histoires de lignes supprimées,
de services défaillants, relayées et amplifiées
par la presse, même lorsque les sociétés
en cause étaient restées publiques. Cependant,
des statistiques impartiales montrent, comme on pouvait
s'y attendre, que la réforme a été
largement favorable à l'usager. Personne ne souhaite
revenir en arrière, et les entrepreneurs eux-mêmes
se félicitent de la concurrence.
Par
la suite, la taille moyenne des sociétés
d'exploitation a augmenté, par acquisitions plutôt
que par croissance interne, leurs financiers ne semblant
pas mesurer tout le potentiel de développement
de ces entreprises une fois déréglementées.
Il est vrai que des décennies de prix administrés
ont fait perdre l'habitude d'améliorer les services
pour attirer des clients. On n'en a pas moins observé
des investissements substantiels en dépit les
marges très serrées, et la qualité
s'en trouve améliorée (les collectivités
locales ont pour leur part facilité l'accueil
en embellissant les stations et en développant
les sites propres). On a offert des services de qualité
différente sont apparus sur les mêmes trajets,
pour des tarifs différents. La segmentation des
marchés marche donc là comme ailleurs,
mais on n'attirera pas le haut du marché
tant que la route restera pseudo-gratuite pour les automobilistes.
La
baisse des coûts qu'a permise la démonopolisation
est passée par la suppression des niveaux
d'administration superflus et par la négociation
salariale au niveau des dépôts, qui
a remplacé les grand-messes syndicalo-patronales
au niveau national. Il demeure que, le chômage
ayant disparu (on n'est pas en France), il va falloir
inventer des moyens d'attirer et de retenir le personnel.
Or, pour la croissance interne qui est souhaitable,
et pour attirer les segments supérieurs du marché,
il en faut, et qui soit bien formé (12),
tout autant que le dernier modèle de véhicules.
Ce sont les conducteurs qui font le succès
ou l'échec d'une telle entreprise. Pour cela,
il faut les intéresser davantage à
ses résultats… et faciliter l'entrée
dans la profession.
Il
reste que les gestionnaires n'ont pas tous appris à
définir des produits et chercher des clients :
à transporter des gens, et pas seulement
faire circuler des bus. Les autorités
locales peuvent négocier avec les sociétés
de transport des Quality Partnerships, mais elles
peuvent y trouver l'occasion de peser à
nouveau sur les choix commerciaux en échange
de privilèges de monopole et de subvention.
En outre, elles préfèrent traiter avec
des grandes sociétés plutôt
qu'avec des petites, alors que ces dernières
coûtent moins cher.
La
question qui se pose est celle de la liberté
d'accès au client. Certains prônent l'attribution
de droits exclusifs sur des portions de trottoir (13).
Mais cela, c'est le premier pas vers un retour à
un système d'autorisations contractuelles.
Le
tramway
Le tramway
passe pour "propre" parce qu'il marche à l'électricité,
et il est généralement neuf et à
la mode (l'intérêt démesuré
que lui portent les élus indiquant qu'il peut
être un prétexte à une politisation
renouvelée du transport urbain). Il exige pourtant
un investissement initial considérable :
dépôts, alimentation électrique.
L'autobus coûte beaucoup moins cher. Et s'il a
une image de transports pour pauvres, c'était
aussi le cas du tramway avant qu'il disparaisse vers
1960 ; l'exemple des Quality Partnerships
montre que cette image peut parfaitement changer — et
on peut obtenir l'équivalent du tramway en créant
des sites propres où un rail de béton
guiderait l'autobus… et celui-ci peut en outre, lui,
en sortir pour aller chercher des clients (14).
Il
se peut que la demande soit concentrée au
point de justifier la construction d'un tramway ;
mais on doit se méfier d'un système qui
est tellement à la mode chez les politiques — et
la faillite .du Sheffield Supertram justifie
cette méfiance.
Les
autocars
L'autocar
passe pour être moins chic encore que le bus,
alors qu'il est bien plus confortable et que d'honorables
congressistes, qui ne prennent jamais l'autobus, en
font épisodiquement un usage intensif. Le réseau
des cars express à longue distance, dominé
en Angleterre et au Pays de Galles par la société
National Express, a été déréglementé
par le Transport Act de 1980. Le trafic estival est
tenu par trois grandes firmes et d'innombrables petites,
de même que le marché permanent, qui loue
ses service soit à l'occasion, soit à
des collectivités locales.
La
plupart servent des clients à faibles revenus,
et la limite de vitesse, imposée à 85 km/h
en 1992, comme l'interdiction d'utiliser la voie de
gauche sur les autoroutes pour des véhicules
qui roulaient sans problèmes à 110, de
même que le refus de leur accorder l'exemption
fiscale sur le gas-oil dont jouissent les autobus, traduit
un mépris des politiciens aussi irrationnel
que leur adoration des trains. Les hommes de l'Etat
méprisent ces petits entrepreneurs, qu'ils jugent
taillables et corvéables sous prétexte
qu'ils sont leurs fournisseurs, et non syndiqués
parce que les conducteurs y forment uns sorte d'aristocratie
individualiste, fière de ses responsabilités
(15). Ces politiques ne nuisent pas
seulement aux retraités (qui votent) mais au
tourisme.
Que
faire des campagnes ?
Dans
une campagne dépeuplée depuis la fin des
années 40, les collectivités locales sont
trop petites pour organiser des transports collectifs.
Or, la plupart ne peuvent se faire que par car. Après
l'âge d'or du car dans les années 1950,
la concurrence des voitures a mis en cause les services,
et les petites entreprises y ont remplacé les
grandes. L'automobile est désormais le moyen
de transport des campagnes, et cela y a encore davantage
de sens d'abaisser la fiscalité et de faire payer
l'usage des quelques routes encombrées (notamment
pendant la saison touristique)
La
subvention prévue par le Transport Act
de 1986, soi-disant pour aider les communes rurales
nécessiteuses, est essentiellement allée
aux villes — question de poids politique. Et comme partout,
la subvention, quand elle arrive, conduit au mépris
du consommateur et creuse les déficits au
lieu de développer de nouveaux services. C'est
au contraire le sens de l'opportunité et de
la réalité des coûts à la
marge qui a permis d'innover, par exemple en associant
un service scolaire à d'autres tâches en
cours de journée, ou en étendant quelque
peu les services d'une ligne interurbaine rentable.
Si un groupe de personnes veut s'assurer un service
pour lequel il est prêt à payer, c'est
à ce niveau — celui de la paroisse, que le gouvernement
précisément remet en cause — que
la transaction doit se faire (16).
Le
transport des marchandises
Depuis
que l'avènement du Diesel dans les années
1930 l'a rentabilisé pour les distances moyennes,
le camion prend au train des parts de marché.
Après la privatisation en 1980 de la National
Freight Corporation et la déréglementation
par le Transport Act de 1986, Il a pu pleinement
profiter des deux grandes innovations d'après-guerre :
le supermarché et l'autoroute : de sorte
que la part de la route dans le transport de marchandises
est passée de 55 % en 1985 à
81 % en 1998, le tonnage transporté sur
route étant multiplié par 16 pendant la
même période.
Le
commerce électronique commence à poser
le problème des encombrement causés par
les camions qui livrent à domicile, mais cela
ne fait qu'illustrer le handicap du train, qui
(tout comme le tramway) ne peut pas sortir de ses
rails pour aller chercher la demande. Cependant,
la récente hausse programmée des taxes
sur l'essence, soi-disant pour décourager la pollution,
à un moment où les prix du pétrole
montaient eux-mêmes, a surtout eu un effet catastrophique
sur les entreprises de camions, a fortiori depuis
que les compagnies basées sur le continent (où
le carburant est moins cher) sont autorisées
à leur faire concurrence sur leur sol (certaines
se sont d'ailleurs délocalisées
depuis à l'étranger). Là encore,
faire payer l'usage des routes plutôt que d'imposer
de telles taxes ne ferait que du bien (d'autant plus
qu'en supprimant les embouteillages, cela réduirait
vraiment la pollution). C'est là que se
trouve la véritable intégration. Si on
veut développer le transport par train, ce qu'il
faut faire c'est développer lesinstaller davantage
de parcs routiers à proximité des
gares.
Les
canaux dont les politiciens sentimentaux font tant de
cas n'ont qu'une capacité minime ; cependant,
la déréglementation du travail des dockers
a permis une certaine reprise du trafic à proximité
des ports de mer.
Conclusions
La
civilisation, par définition la vie dans les
cités, a fondamentalement besoin de trois métiers :
l'agriculteur, l'éboueur et le camionneur. Or,
qui recommanderait a priori à ses enfants
d'embrasser de telles professions ? On ne s'y intéresse
qu'en cas de panne. Le résultat est qu'on
les connaît mal, à commencer par les transports.
Les journalistes n'y comprennent rien (comme exemples,
on citera la BBC dénonçant en novembre
1999 l'admirable Oxford Bus Strategy, qui avait
fait croître la fréquentation de 65 %
en dix ans, ou le Rapport 2000 du Royal Automobile Club
affirmant faussement que le transport public quotidien
était trois fois plus lent que l'automobile).
Malgré
les succès évidents de la déréglementation
et de la privatisation, la tentation est permanente
de centraliser la décision au niveau gouvernemental.
Aujourd'hui, sous le prétexte à la mode
de l'"intégration". Aux tendances dirigistes
naturelles du gouvernement s'ajoute aujourd'hui
le lobby de la haine contre les automobiles, et
son nihilisme vis-à-vis des routes. Comme
le dit le romancier Colin McInnes,
"L'Angleterre
est un pays infesté par des gens qui adore
nous dire ce qu'il faut faire, mais qui ne semblent
que très rarement savoir ce qui se passe vraiment"(17).
Bien
au contraire, ce qui ne marche pas ne marche pas parce
qu'il n'y a pas de marché. Il faut libérer
les choix personnels et restaurer la responsabilité
qui va avec la propriété. Et l'intégration
se fera quand on aura cessé de fausser les rapports
entre le rail et la route, par des réglementations
et des subventions pour les trains, des taxes discriminatoires
et la pseudo-gratuité payée par l'impôt
pour la route. Seul un système de prix peut ajuster
les offres et les demandes, marquer et faire disparaître
les points de congestion.
Si
le gouvernement cessait de décider seul de la
construction des routes, le processus serait bien mieux
ajusté aux nécessités de la circulation,
et moins vulnérable aux pressions des groupes
politiques
Le
problème essentiel à court terme est de
faire comprendre qu'un système de péages
électroniques n'est pas, ne doit pas être
et ne sera pas un impôt supplémentaire
sur les automobilistes qui souffrent déjà,
avec la vignette et la taxe sur l'essence, d'une double
taxation somptuaire — comme si seuls les "riches"
possédaient des voitures !
Il
faut supprimer inconditionnellement la vignette et les
taxes sur le gas-oil pour les autobus et les autocars.
Pour les automobilistes, supprimer la vignette
en instituant un système de péages
électroniques dans les villes. Pour les camions
supprimer la vignette et abaisser la taxe sur le
gas-oil en échange d'un système de péage
électronique sur les routes.
Il
fauit faire passer dans l'opinion des usager cette idée
qu'il existe un marché de la route et du rail,
et qu'il faut le faire fonctionner comme tel. N'en déplaise
à Jean-Paul Bailly, Président de l'Union
Internationale des Transports Publics, le transport
du public est une activité comme les autres.
Notamment, ce n'est pas parce qu'il transporte du
public qu'il devrait être public. L'intégration
doit se faire à partir du bas, au niveau
des utilisateurs confrontés à des
choix concrets dont ils subiront les conséquences
— et notamment paieront les coûts.
L'efficacité
en matière de transport, si c'est cela que demandent
ses utilisateurs, c'est de la concurrence et de la responsabilité,
et d'elles seulement, qu'on l'obtient. Et le plus grand
obstacle à cette efficacité est la tendance
qu'ont les hommes de l'Etat à se mêler
de ce qui ne les regarde pas — et à quoi
ils ne comprennent pas toujours grand-chose. Malheureusement,
l'opinion s'y retrouve encore moins (ce qui est normal
et serait sans conséquences si le transport
n'était pas tellement politisé). Si nous
abandonnons à ces préjugés la politique
des transports, on finira par nous réimposer
un système d'autorisations pour les bus, le train
périclitera faute de fonds et il sera de
plus en plus difficile de construire les routes.
Résumé
de François Guillaumat
utes
urbaines qu'un systè
|
|