Alan Greenspan
La forte baisse historique
des taux de distribution et de rendement sur les dividendes
a fait que l'on s'est mis à fonder l'évaluation
des entreprises de plus en plus en fonction des profits,
au lieu d'utiliser les dividences comme on faisait autrefois.
Or l'évaaluation des bénéfices est
une chose beaucoup plus incertaine et discutable d'un point
de vue comptable.
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Autre texte
traduit d'Alan Greenspan : "Les
conséquences économiques de la révolution
technologique"
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Remarques
présentées lors d'un exposé à la Stern
School of Business de l'Université de New York, le 26 mars
2002.
Au
cours du siècle écoulé, le gouvernement de
l'entreprise a su se transformer pour faciliter l'affectation
de l'épargne nationale aux activités les plus
productives. C'est pour cela que dans les entreprises, le système
global des incitations, de la publication et des comptes nous
rend des services satisfaisants. Nous ne pourrions avoir atteint
le niveau de productivité qui est le nôtre aujourd'hui
si le gouvernement des entreprises avait été affecté
par un défaut majeur.
Pourtant,
l'expérience récente de la faillite d'Enron
et, avant elle, plusieurs incidents semblables de moindre ampleur,
nous donnent à penser que la gestion de nos entreprises
s'écarte de notre idée de ce qu'elle devrait faire.
En Droit, les propriétaires de nos sociétés
sont les actionnaires et, dans l'idéal, leurs dirigeants
doivent travailler pour le compte des actionnaires
à orienter les ressources des entreprises vers
leur utilisation optimale.
Cependant,
à mesure que croissait notre économie et que nos entreprises
augmentaient en taille, le pouvoir des actionnaires s'est de facto
affaibli : la propriété des entreprises s'est
dispersée et peu d'actionnaires y prennent un intérêt
suffisant pour influencer personnellement le choix des Conseils
d'administration ou des directeurs généraux. La grande
majorité des actions possédées le sont en tant
que placement, et non pour contrôler les choix de gestion
d'une société.
Il
incombe donc de plus en plus aux cadres dirigeants, et particulièrement
au Directeur Général, de diriger l'affaire, on
peut l'espérer, dans ce qu'il ou elle croit être le
meilleur intérêt des actionnaires. En fait, dans
l'immense majorité des cas les Conseils d'administration
nommés par ces actionnaires sont choisis sur les listes
proposés par le Directeur Général. C'est
lui qui fixe la stratégie de l'entreprise, et il influence
aussi fortement les pratiques comptables qui mesurent en temps
réel le degré de succès ou d'échec
de cette stratégie. Les commissaires aux comptes venus
de l'extérieur, sont généralement choisis par
lui, ou par une Commission d'audit qu'il aura nommée. Les
actionnaires ne font en général que donner à
ces choix une ratification formelle.
Il
est vrai qu'un Directeur Général ne peut conserver
la main sur le gouvernement des entreprises dès lors
qu'il est établi que l'entreprise est en difficulté.
Lorsqu'elle l'est, on lui retire la carte blanche qu'on lui avait
laissée. Les actionnaires, anciens ou nouveaux en cas de prise
de contrôle hostile, remplacent en général le Conseil
d'administration et le Directeur Général. Ces
changements dans la direction des entreprises sont relativement
rares mais ont le plus souvent contribué à une allocation
plus efficace du capital des sociétés.
Dans
la plupart des cas, même s'il restreignait les motifs que
les administrateurs pouvaient avoir de préserver les
intérêts des actionnaires, ce modèle a bien
marché. C'est une chance pour nous, car les marchés
financiers n'ont pas de solution de remplacement réaliste
au fait de s'en remettre au Directeur Général
pour assurer une évaluation réaliste des perspectives
de sa société. Mis à part un nombre relativement
restreint d'investisseurs institutionnels, il n'y a pas beaucoup
d'actionnaires effectifs ou potentiels qui aient les moyens de recherche
nécessaires pour analyser les rapports d'activité
et juger la valeur de l'entreprise pour l'investissement. Celui-ci
a fini par être dominé par les entreprises dont le
métier est de garantir ou de vendre des titres
financiers.
Or,
comme nous pouvons l'observer dans l'histoire récente, les
prévisions de bénéfices à long
terme des analystes installés dans les maisons de courtage
ont en moyenne régulièrement péché
par excès d'optimisme. Les prévisions de bénéfices
à trois et cinq ans pour chacune des sociétés
cotées au Standard and Poor 500, compilées
par I/B/E/S à partir de projections de ces analystes
financiers, étaient en moyenne de presque 12 %
par an entre 1985 et 2001, alors que la croissance effective
des bénéfices au cours de la période a
été en moyenne de 7 % environ.
Il
est possible que les seize dernières années pour lesquelles
on dispose de données systématiques, aient été
une aberration historique. Cependant, la persistance de cette erreur,
année après année, donne à penser qu'elle
est plus vraisemblablement l'effet, au moins partiellement, de la
tendance des entreprises vendeuses de titres à embaucher
et à promouvoir des analystes portés à l'optimisme.
En outre, il semble que l'erreur ait été particulièrement
forte lorsque l'entreprise de courtage, auteur de la prévision,
servait aussi de syndicataire pour les titres de l'entreprise
Les
performances des analystes financiers pourraient s'améliorer
à la suite d'une récente initiative commune de
la National Association of Securities Dealers et de
la Bourse de New York, d'inclure dans leurs rapports de recherche
la distribution statistique des recommandations de leurs entreprises,
par exemple entre "acheter", "vendre" et "conserver". Les entreprises
de courtage devront aussi signaler dans leurs rapports de recherche
une note signalant lorsqu'un analyste assigne une cote
à une entreprise ou la modifie.
Je
soupçonne qu'une fois la base de données sous-jacente
publiquement disponible, ce ne sera qu'une question de temps avant
que l'analyse ex post des recommandations des analystes
soit régulièrement compilée et publiée.
Je me risque à avancer qu'avec une telle transparence, la
tendance actuelle des analystes à surestimer les résultats
à venir devrait diminuer plutôt rapidement, parce que
les sociétés de placement sont bien conscientes du
fait qu'une analyse de portefeuille sans crédibilité
aucune ne vaut rien sur le marché.
*
* *
Avant
les dernières décennies, les prévisions
de résultats n'avaient pas autant d'importance pour estimer
la valeur des sociétés de capitaux. En fait, je ne
me souviens pas que le PER ait été une statistique
essentielle dans les années 1950. Les investisseurs avaient
plutôt tendance à juger la valeur des actions à
partir du rendement en termes de dividendes. Depuis le début
des années 1980, en revanche, les sociétés
se sont mises de plus en plus à payer leurs actionnaires
en rachetant leurs actions plutôt qu'en payant des dividendes.
C'est que le taux d'imposition à la marge sur les
dividendes, à de rares exceptions près, a toujours
été plus élevé que le taux marginal
sur les gains en capital que les rachats d'actions créent
en accroissant le taux de rendement par action par réduction
de leur nombre. C'est que, jusqu'au début des années
1980, la Securities and Exchange Commission voyait d'un mauvais
oeil le rachat d'actions, et les sociétés qui le faisaient
couraient le risque d'une enquête pour manipulation des cours.
En
1982, la SEC leur a donné une facilité pour racheter
leurs actions sans risque d'enquête. Cette décision
a provoqué sur le marché un passage marqué
au rachat d'action en lieu et place des dividendes, pour assurer
aux actionnaires un moindre taux d'imposition sur leur rendement.
Plus récemment, un désir de maîtriser la dilution
des actions due aux effets croissants des distributions d'options
aux employés a aussi stimulé les rachats.
La
conséquence est que le taux de distribution en dividendes,
qui avait été en moyenne de 55 % pendant des
décennies, est descendu à une moyenne de 35 %
au cours des années récentes. Cependant, comme en même
temps la cote des actions montait beaucoup plus vite que
les bénéfices, le rendement en termes de dividendes
le rapport du dividende par action au prix de l'action
elle-même a bien plus baissé que
le taux de distribution. Il y a un demi-siècle, le rendement
moyen en termes de dividendes était typiquement de 6 %.
Aujourd'hui, il est à peine au-dessus de 1 %.
Cette
forte baisse des taux de distribution et de rendement sur les dividendes
a provoqué un transfert spectaculaire d'intérêt
de l'évaluation des entreprises vers le bénéfice.
Or, à la différence des dividendes en monnaie,
dont la valeur est dépourvue d'ambiguïté, il
n'y a pas d'estimation indiscutablement "correcte" de ces bénéfices.
Même
si la plus grande partie des bénéfices avant
impôt reflète les recettes en monnaie moins les dépenses
en monnaie, une partie importante provient des changements
dans les estimations du bilan. La valeur de presque tous les
actifs est basée sur la capacité de ces actifs
à produire un revenu futur. Cependant, un jugement
pertinent de cette valeur dépend de façon critique
d'une prévision des événements à venir,
lesquels sont par nature incertains.
Une
banque, par exemple, enregistre les intérêts reçus
comme une recette courante. Cependant, si l'emprunteur, ensuite,
ne peut pas rembourser, ce paiement d'intérêts sera
traité rétrospectivement comme un remboursement partiel
du principal. Nous tentons de traiter cette incertitude en définissant
des provisions pour créances douteuses, mais c'est aussi
une prévision qui décide si ces provisions sont suffisantes.
Les charges d'amortissement assises sur la valeur comptable
sont une approximation extrêmement grossière de la manière
dont la valeur d'une unité physique de production se
détériore au cours du temps. La dépréciation
réelle, on ne la connaîtra que lorsque l'unité
aura été fermée, ou vendue. De même,
la projection des rendements futurs sur investissement
sur les fonds de pension contractuels affectent notablement les contributions
aux fonds de pension et, par là, les bénéfices
avant impôt. Ainsi, la manière dont on choisit d'évaluer
la rentabilité potentielle à venir d'un bilan a un
effet significatif sur le bénéfice déclaré
maintenant.
*
* *
L'incertitude
sur ces bénéfices a été particulièrement
élevée au cours des années récentes.
Le progrès des techniques de l'information a créé
de nouvelles occasions pour les entreprises innovantes, mais un cadre
de changement technique rapide en est aussi un où les possibilités
de profit qui en résultent sont difficiles à estimer
et à prévoir. En particulier, un changement aussi
rapide accroît la possibilité pour les concurrents
de s'emparer de parts de marché antérieurement
établies. Ce processus de réallocation du capital
n'a pas seulement augmenté le potentiel de croissance
à long terme de l'économie dans son ensemble :
il a aussi accru le degré d'incertitude des entreprises individuelles.
Il
n'est alors pas surprenant, avec des perspectives à long
terme de plus en plus indistinctes, que le niveau et la croissance
récente des bénéfices à court terme
aient acquis une telle importance dans l'évaluation des actions,
les rapports trimestriels étant sujets à spéculations,
rumeurs et "habillage". De telles tactiques, on peut le penser,
poussent les investisseurs à chercher à extrapoler
de tendances à court terme des perspectives favorables
à long terme qui feraient monter le cours actuel.
Les
chefs d'entreprise, constamment pressés par la communauté
des investisseurs de satisfaire des attentes élevées
à court terme, ont a trop d'occasions été attirés
par des procédés comptables dont la seule raison
d'être est de dissimuler d'éventuels mauvais résultats.
Les commissaires aux comptes, à plusieurs occasions
bien connues, ont cautionné ces procédés-là,
soi-disant de peur de perdre des clients importants. Ainsi,
il n'est pas surprenant que depuis 1998, les réévaluations
de bénéfices aient proliféré. Cette
situation est à des années-lumière des décennies
plus anciennes où, si ma mémoire est juste, les entreprises
rivalisaient pour savoir laquelle avait le système comptable
le plus conservateur. La cote à court terme des actions
paraissait alors moins importante que de maintenir un crédit
indiscuté.
*
* *
Un
changement de comportement, néanmoins, pourrait déjà
être en cours. Le déclin marqué des cours
des actions et des obligations à la suite de l'effondrement
d'Enron a calmé un bon nombre des praticiens inconditionnels
de la comptabilité acrobatique. Par bonheur, des cendres
de la débâcle d'Enron la réputation d'entrepreneur
émerge à nouveau comme une valeur économique
importante. A bénéfice égal, les Bourses
accordent visiblement une prime à des annonces de résultats
qui semblent libres de présentation tendancieuse. De même,
la manière dont la crédibilité des déclarations
financières des entreprises est perçue se reflète
de plus en plus dans les marges de taux sur les obligations
des entreprises. On peut déjà indiscutablement mesurer
à quel point le gouvernement des entreprises s'est amélioré
sous l'effet de cette plus forte discipline de marché à
la suite des événements récents.
Cependant,
le Congrès signale déjà qu'il y a lieu d'en
faire davantage. Je souhaite que toute initiative législative
ou réglementaires cherchera à rapprocher les pratiques
actuelles du modèle juridique de gestion qui nous a
si bien servis au cours des générations passées.
Le plus grand succès dans ce sens-là devrait venir
de changements dans les incitations auxquelles font face les cadres
dirigeants.
En
particulier, comme l'a proposé le Président Bush,
il semble approprié de définir plus clairement les devoirs
des chefs d'entreprise vis-à-vis des comptes et de leur publication.
Il existe indiscutablement d'autres mesures qui pourraient renforcer
les pressions, déjà mentionnées que les
marchés, après Enron, exercent pour plus de visibilité
des comptes et par là une plus grande confiance des investisseurs,
laquelle est tellement essentielle pour le bon fonctionnement du capitalisme
libéral.
Nous
devons nous garder, cependant, de voir dans un développement
sensible de la réglementation la solution de nos problèmes
actuels, surtout maintenant que les rapports cours/bénéfices
reflètent de plus en plus l'opinion des marchés sur
la qualité des systèmes comptables. La réglementation,
au fil des ans, ne s'est montrée qu'en partie capable de
dissuader les particuliers de jouer avec les règles
de la comptabilité.
*
* *
Certains
changements, néanmoins, ne viendront pas trop tôt.
En principe, la distribution des options d'achat sur les actions,
correctement conçue, peut très efficacement réorienter
les incitations des cadres dirigeants dans le sens des intérêts
des actionnaires. Malheureusement, le traitement comptable actuel
des options a engendré des effets nuisibles sur la qualité
des comptes publiés, et dont on peut dire qu'ils compliquent
encore l'évaluation des bénéfices et diminuent
de ce fait la capacité des déclarations de bénéfices
à promouvoir une bonne administration des entreprises. Qu'on
n'ait pas inclus la valeur de la plupart des options distribuées
dans la rémunération des salariés, ce qui les
aurait soustraites des bénéfices avant impôt,
accroît les profits déclarés et probablement
aussi le prix des actions. Ce serait le cas même en tenant
compte des options non exercées dont la date limite
est passée. Pendant la première moitié de la
décennie 1990, le Financial Accounting Standards
Board avait proposé de rendre obligatoire leur inclusion
dans les frais mais a renoncé au projet sous l'effet d'une
forte pression politique.
L'équipe
de la Réserve Fédérale estime qu'entre 1995
et 2000, le remplacement des compensations pécuniaires par
des options non comptabilisées dans les frais a ajouté
quelque 2 points et demi de pourcentage à la croissance déclarée
des bénéfices de nos plus grandes sociétés.
Beaucoup affirment que cette altération de la croissance
déclarée des bénéfices a contribué
à des erreurs dans l'investissement du capital, particulièrement
dans les entreprises de haute technologie.
S'il
était vrai que les participants aux marchés ont
été trompés, ce serait en soi une surprise,
car il n'y a guère de mystère quant à l'effet
des distributions d'options sur les bénéfices déclarés
aux actionnaires. Les règles comptables elles-mêmes
exigent que les rapports financiers fournissent en note
suffisamment de données sur les options ainsi attribuées
pour que les analystes financiers soient en mesure de calculer des
estimations raisonnables de leurs conséquences pour le bénéfice
déclaré.
Certains
ont objecté que l'évaluation des options par la formule
de Black et Scholes, manière la plus courante d'estimer les
frais de la distribution d'options, n'est approximative. Pas moins,
cependant, que la plupart des autres éléments d'évaluation
des bénéfices, comme je l'ai déjà indiqué.
En outre, toute société déclare déjà
bel et bien implicitement une estimation des frais d'options dans
son bénéfice déclaré. Pour la plupart,
bien sûr, elle est de zéro. Doit-on en déduire
que les distributions d'options n'ont vraiment aucune valeur ?
Ceux
qui critiquent l'inclusion des options dans les frais de personnel
ont aussi affirmé que cela rendrait plus difficile l'appel
au capital. Mais il ne s'agit là que d'une opération
comptable. Rien ne change dans les opérations réelles
ni dans la marge brute de l'entreprise. Si les investisseurs sont
dissuadés par de moindres bénéfices déclarées
du fait de cette opération comptable, cela veut seulement
dire qu'ils étaient moins bien informés qu'ils n'auraient
dû l'être. Le capital investi sur la foi d'une mauvaise
information risque d'être un capital mal employé.
Les
critiques de l'enregistrement des options dans les frais
objectent aussi que la possibilité de distribuer des options
permet aux sociétés d'attirer des salariés
plus productifs. Il se peut bien que cela soit vrai. Or, inclure
les options dans les frais n'interdit en rien d'en distribuer. Peut-être
qu'annoncer des bénéfices moindres à la suite
de cette opération pourrait amortir les hausses de cours
et exacerber les effets de la dilution des actions. Cela,
peut-on penser, pourrait décourager la distribution d'options.
Mais encore une fois, cette inhibition serait justifiée
puisqu'elle corrigerait les effets d'une fausse information.
*
* *
Dans
une tentative supplémentaire pour aligner les intérêts
des Conseils d'administration avec ceux des actionnaires
plutôt que ceux des cadres dirigeants, on a consacré
une attention considérable à l'idée d'y installer
ce qu'on appelle des membres indépendants. Mon expérience
est cependant que, dans ces Conseils, peu de membres considèrent
leurs intérêts comme distincts de ceux du chef d'entreprise,
qui les a en réalité nommés et qui pourrait
dans l'avenir les rayer de la liste des noms proposés
aux actionnaires.
Je
ne nie pas que l'on pourrait voter des lois pour imposer le choix
de Conseils d'administration qui seraient visiblement indépendants
de l'influence du chef d'entreprise, ce qui diminuerait sensiblement
le rôle de ce dernier. Cependant, je crains qu'une telle initiative,
tout en garantissant l'indépendance de certains administrateurs,
créerait des centres de pouvoir concurrents au sein des sociétés,
ce qui affaiblirait la cohérence de la gestion
et entraverait l'efficacité du gouvernement d'entreprise.
*
* *
Après
bon nombre d'examens de conscience et de débats parlementaires,
le modèle actuel du chef d'entreprise dominant, avec
tous ses défauts, continuera probablement à passer
pour le plus viable dans le monde moderne. La seule autre solution
viable est que des grands actionnaires principalement institutionnels
exercent sur les affaires des entreprises bien plus d'influence
qu'ils ne semblent prêts à le faire.
Heureusement,
il semble clair que, si le chef d'entreprise choisit de diriger
dans l'intérêt des actionnaires, il peut par l'exemple
et le contrôle, amener ses collègues et ses commissaires
aux comptes à se conduire d'une manière qui reproduit
de facto une gestion correspondant au modèle juridique d'une entreprise
dirigée par ses actionnaires. Ce comportement de chef d'entreprise
est crucial pour réaliser la meilleure allocation possible
du capital national.
*
* *
Avant
de conclure, je voudrais souligner qu'une économie de marché
nécessite une structure de règles formelles un
Droit des contrats, des règles de faillite, un code
des droits de l'actionnaire pour n'en nommer que quelques-uns.
Cependant, les règles ne sont pas un substitut au caractère.
Dans presque toutes les transactions, que ce soit avec des clients
ou avec des collègues, nous nous en remettons à la parole
de ceux avec qui nous faisons affaire. Si nous ne pouvions pas le
faire, les biens et services ne pourraient pas s'échanger
efficacement.
Lorsque
les gens qui dirigent les entreprises ont des principes moraux
élevés, on peut affirmer qu'elles n'ont pas besoin
de règles détaillées pour agir dans l'intérêt
à long terme des actionnaires et, peut-on penser, le leur
propre. Malheureusement, les êtres humains nous viennent
comme ils sont certains ont des normes enviables, d'autres
essaient sans cesse de prendre des raccourcis. Or, il ne peut y
avoir qu'un ensemble de règles pour diriger les entreprises,
et il doit s'appliquer à tous. Mettre au point des règles
pour apporter le mélange adéquat d'incitations
et pénalités réglementaires et contractuelles
n'a jamais été facile. Et je devine que, même
quand nous aurons dépassé la débâcle
d'Enron, rédiger et mettre à jour de telles règles
continuera à représenter un défi.
Traduction
de François Guillaumat
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