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Il est important
de bien comprendre les causes de la crise énergétique
californienne, ainsi que les moyens d'y porter remède, si
l'on veut que les autres états et les autres pays tirent
pleinement avantage de leurs projets de libéralisation électrique.
A l'origine de la
crise californienne il y a un problème de déséquilibre
fondamental entre une demande d'électricité qui ne
cessait d'augmenter régulièrement et une offre de
production et de transport qui était loin de suivre. Ce problème
s'est trouvé aggravé par la mise en place d'un mécanisme
de marché défectueux où les prix de gros étaient
déterminés par un marché "spot" horaire privé
de tout système qui aurait permis de transmettre les bons
signaux aux usagers finaux, et où les concepts modernes de
gestion de risque n'avaient pas leur place. La crise a finalement
été précipitée par un concours de circonstances
exceptionnelles, avec un été d'une chaleur exceptionnelle,
une sécheresse inhabituelle qui a réduit les capacités
de production du système hydroélectrique, une hausse
spectaculaire des prix du gaz, un nombre inusité de pannes
d'usines, et une croissance économique extrêmement
rapide dans certaines régions comme la Silicone Valley.
Un concours de
circonstances exceptionnelles.
La loi de 1992 (National
Energy Policy Act - NEPA) a libéralisé le marché
de gros des approvisionnements électriques et incité
les états américains à envisager la mise en
concurrence des ventes d'électricité au consommateur.
Cependant la période de transition qui a suivi s'est traduite
par la montée d'une forte incertitude tant sur les marché
de gros qu'au niveau des ventes aux usagers. Cette incertitude a
cassé les projets d'investissements parce qu'elle a introduit,
dans le contexte du nouveau marché, toute une série
d'ambiguités sur la nature des incitations industrielles
à construire de nouvelles installations, à améliorer
les réseaux de transport, et aussi à offrir aux clients
de nouveaux services pour leur permettre de mieux gérer leur
consommation d'énergie.
Finalement, la chute
des investissements électriques pendant plus de dix ans a
causé un déséquilibre fondamental entre l'offre
et la demande d'électricité sur le territoire californien,
ainsi que dans le reste des Etats-Unis. De 1988 à 1998, la
consommation électrique totale a augmenté de près
de 30 % alors que les capacités de transport du réseau
sur l'ensemble du pays n'ont progressé que de 15 %.
Les conséquences
de cette insuffisance d'investissements ont été particulièrement
accentuées en Californie, région des USA où
la croissance économique était la plus rapide. La
demande d'électricité y a progressé de 18 %
en moins de six ans, entre 1993 et 1998. Pour la même période
les capacités de production ont augmenté seulement
de 0,1 %. Ce manque d'investissement dans les infrastructures électriques
a rendu le pays particulièrement vulnérable au moindre
signe de pénurie.
Ce qui a fait basculer
la Californie dans le drame que l'on connaît fut cependant
un concours de circonstances tout à fait exceptionnel. Le
premier de ces évènements fut la sécheresse
continue qui a frappé la côte nord-ouest du Pacifique.
Celle-ci entraîna une terrible réduction des capacités
de production hydroélectrique qui, en temps normal, représentent
environ 25 % des capacités installées.
Pour aggraver les
choses, l'année 2000 a été marquée à
la fois par un été très chaud et un hiver inhabituellement
rigoureux pour cette région. Ce temps exceptionnel a gonflé
la demande de gaz pour assurer la couverture des besoins en chauffage
et en production électrique, ce qui a fait flamber les prix.
Mais à cela s'est malheureusement ajouté un autre
événement exceptionnel : une explosion accidentelle
qui a endommagé le pipe line d'approvisionnement reliant
le pays au Nouveau Mexique, ce qui a considérablement aggravé
la pénurie et poussé les prix encore plus haut. C'est
ainsi qu'à la fin de l'année 2000 le prix du gaz livré
aux industriels était passé d'un prix moyen de 2 dollars/MMBtu
à environ 10 dollars/MMBtu.
En conséquence
les prix de l'électricité dans l'Ouest ont flambé
d'une moyenne de 30 dollars/MWh en 1999 à 100 dollars/MWh
et plus en 2000. La production électrique californienne dépendant
à plus de 50 % de l'utilisation de turbines à gaz,
la montée des prix du gaz a entraîné une explosion
des coûts de production électriques. En janvier 2001
un contrat à terme pour livraison d'électricité
au mois d'août se négociait à près de
500 dollars/MWh. Ceci conduisit l'organisme de gestion du réseau
californien (CAISO) à déclarer un véritable
état d'urgence provoqué par une pénurie d'énergie
d'ampleur sans précédent - évaluée autour
de 3700 megawatts aux heures de pointe les plus critiques.
Le
défaut fondamental du système
Ces problèmes
ont également été aggravés par la manière
même dont le nouveau mécanisme de marché électrique
a été conçu par le législateur californien.
Le défaut essentiel du système de passage à
la concurrence a été de découpler les marchés
de gros et de détail l'un de l'autre, cependant que rien
n'était mis en place pour y impliquer véritablement
les usagers.
En particulier rien
n'y a été conçu pour transmettre aux usagers
des signaux les incitant, si besoin est, à réduire
leurs consommations. Rien n'était prévu pour faire
varier les prix de manière à inciter les consommateurs
à répondre à la pénurie. Par exemple
en leur offrant de nouveaux mécanismes de tarification incitant
à économiser l'énergie lorsque celle-ci est
la plus chère (mise en place de compteurs "en temps réel").
Ou encore en incitant les plus gros clients industriels à
modifier leur profil de consommation et à participer aux
enchères de manière à retourner au marché
une partie de leur consommation lorsque la pénurie est la
plus intense (vente de "negawatts").
Lorsque la Californie
fut touchée de plein fouet par un concours exceptionnel de
circonstances échappant à son pouvoir, tous les défauts
de l'organisation mise en place apparurent alors en pleine lumière.
En particulier, 1. La dépendance exclusive du système
à l'égard du marché spot horaire; 2. L'éclatement
de l'organisation entre le marché où se négocient
les contrats (le Power Exchange) et la gestion du réseau
assurée par un opérateur indépendant (ISO);
et 3. Des règles de marché ne laissant aucune place
à la participation des consommateurs au marché et
n'assurant pas d'incitation suffisante au développement des
capacités.
Du fait des plafonds
de prix imposés aux ventes de détail, ainsi que de
l'insuffisance des motivations à offrir de nouveau sytèmes
de tarifications plus imaginatifs, le marché est prisonnier
d'une demande électrique totalement inélastique au
prix. La Californie se trouvait face à une courbe de demande
verticale.
La solution :
une tarification "en temps réel"
Lorsqu'une courbe
de demande quasiment verticale se trouve confrontée à
une courbe d'offre également verticale (du fait du manque
d'installations supplémentaires disponibles), et que les
deux courbes ne se coupent pas, le marché se retrouve dans
une situation particulière où celui qui est le dernier
à définir son offre fait en quelque sorte la loi ("last
bidding problem"). Dans une telle situation les producteurs ont
tout intérêt à attendre le plus longtemps possible
- jusqu'au dernier "round" d'enchère - avant de faire leurs
offres, de manière à faire monter les prix le plus
haut possible. Lorsqu'on atteint ce point, rien ne peut empêcher
les producteurs d'adopter systématiquement des comportements
anti-concurrentiels, et cela quel que soit le système d'enchères
adopté. Le marché ne fonctionne plus.
(..) Ainsi c'est
la combinaison de l'ensemble de ces facteurs qui explique l'extrême
volatilité des prix qui a caractérisé l'an
dernier le marché électrique californien. Nombre de
facteurs exceptionnels ont joué. Mais la conception du marché,
telle qu'il a été mis en place dans le cadre de la
législation de 1996, a également joué un rôle
important, contribuant à rendre la crise encore plus intense.
La solution consiste à généraliser l'usage
des compteurs "en temps réel" qui permettent de transmettre
à l'usager des signaux de prix qui tiennent compte des variations
horaires du coût de l'électricité. c'est le
seul moyen pour que les citoyens bénéficient pleinement
des avantages de la libéralisation du marché, et ne
fassent pas les frais d'une mauvaise transition à la concurrence.
"Getting out of
the dark : market-based pricing could prevent future crises", par
Ahmad Faruqui, Hung-Po Chao, Victor Niemeyer, Jeremy Platt et Karl
Stahlkopf, de l'Electric Power Research Institute. Regulation
,Fall 2001, Cato Institute.
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