Ancienne salle de marché du Power Exchange californien (fermée depuis le 30 janvier 2001)

 

REGULATION, The Cato Review of Business and Government, numéro automne 2001

"Comment sortir du noir"

Extraits d'un étude sur les causes et solutions de la crise électrique californienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

"Getting out of the dark : market-based pricing could prevent futures crises", par Ahmad Faruqui, Hung-Po Chao, Victor Niemeyer, Jeremy Platt et Karl Stahlkopf de l'Electric Power Research Institute.

 

 

Le site du CATO Institute sur les problèmes de l'énergie et la crise californienne.

 

 

Electricity Crisis Information Center, Reason Public Policy Institute.

 

 

"Getting electricity deregulation right : How other states and nations have avoided California's mistakes", études de Lynne Kiesling, Reason Public Policy Institute, avril 2001.

 

 

"Crise électrique californienne : non le marché n'est pas le coupable",Mini dossier, par Henri Lepage, sur le site de l'Institut Euro 92 en date du 31 janvier 2001

 

 

 

 

 

Il est important de bien comprendre les causes de la crise énergétique californienne, ainsi que les moyens d'y porter remède, si l'on veut que les autres états et les autres pays tirent pleinement avantage de leurs projets de libéralisation électrique.

A l'origine de la crise californienne il y a un problème de déséquilibre fondamental entre une demande d'électricité qui ne cessait d'augmenter régulièrement et une offre de production et de transport qui était loin de suivre. Ce problème s'est trouvé aggravé par la mise en place d'un mécanisme de marché défectueux où les prix de gros étaient déterminés par un marché "spot" horaire privé de tout système qui aurait permis de transmettre les bons signaux aux usagers finaux, et où les concepts modernes de gestion de risque n'avaient pas leur place. La crise a finalement été précipitée par un concours de circonstances exceptionnelles, avec un été d'une chaleur exceptionnelle, une sécheresse inhabituelle qui a réduit les capacités de production du système hydroélectrique, une hausse spectaculaire des prix du gaz, un nombre inusité de pannes d'usines, et une croissance économique extrêmement rapide dans certaines régions comme la Silicone Valley.

Un concours de circonstances exceptionnelles.

La loi de 1992 (National Energy Policy Act - NEPA) a libéralisé le marché de gros des approvisionnements électriques et incité les états américains à envisager la mise en concurrence des ventes d'électricité au consommateur. Cependant la période de transition qui a suivi s'est traduite par la montée d'une forte incertitude tant sur les marché de gros qu'au niveau des ventes aux usagers. Cette incertitude a cassé les projets d'investissements parce qu'elle a introduit, dans le contexte du nouveau marché, toute une série d'ambiguités sur la nature des incitations industrielles à construire de nouvelles installations, à améliorer les réseaux de transport, et aussi à offrir aux clients de nouveaux services pour leur permettre de mieux gérer leur consommation d'énergie.

Finalement, la chute des investissements électriques pendant plus de dix ans a causé un déséquilibre fondamental entre l'offre et la demande d'électricité sur le territoire californien, ainsi que dans le reste des Etats-Unis. De 1988 à 1998, la consommation électrique totale a augmenté de près de 30 % alors que les capacités de transport du réseau sur l'ensemble du pays n'ont progressé que de 15 %.

Les conséquences de cette insuffisance d'investissements ont été particulièrement accentuées en Californie, région des USA où la croissance économique était la plus rapide. La demande d'électricité y a progressé de 18 % en moins de six ans, entre 1993 et 1998. Pour la même période les capacités de production ont augmenté seulement de 0,1 %. Ce manque d'investissement dans les infrastructures électriques a rendu le pays particulièrement vulnérable au moindre signe de pénurie.

Ce qui a fait basculer la Californie dans le drame que l'on connaît fut cependant un concours de circonstances tout à fait exceptionnel. Le premier de ces évènements fut la sécheresse continue qui a frappé la côte nord-ouest du Pacifique. Celle-ci entraîna une terrible réduction des capacités de production hydroélectrique qui, en temps normal, représentent environ 25 % des capacités installées.

Pour aggraver les choses, l'année 2000 a été marquée à la fois par un été très chaud et un hiver inhabituellement rigoureux pour cette région. Ce temps exceptionnel a gonflé la demande de gaz pour assurer la couverture des besoins en chauffage et en production électrique, ce qui a fait flamber les prix. Mais à cela s'est malheureusement ajouté un autre événement exceptionnel : une explosion accidentelle qui a endommagé le pipe line d'approvisionnement reliant le pays au Nouveau Mexique, ce qui a considérablement aggravé la pénurie et poussé les prix encore plus haut. C'est ainsi qu'à la fin de l'année 2000 le prix du gaz livré aux industriels était passé d'un prix moyen de 2 dollars/MMBtu à environ 10 dollars/MMBtu.

En conséquence les prix de l'électricité dans l'Ouest ont flambé d'une moyenne de 30 dollars/MWh en 1999 à 100 dollars/MWh et plus en 2000. La production électrique californienne dépendant à plus de 50 % de l'utilisation de turbines à gaz, la montée des prix du gaz a entraîné une explosion des coûts de production électriques. En janvier 2001 un contrat à terme pour livraison d'électricité au mois d'août se négociait à près de 500 dollars/MWh. Ceci conduisit l'organisme de gestion du réseau californien (CAISO) à déclarer un véritable état d'urgence provoqué par une pénurie d'énergie d'ampleur sans précédent - évaluée autour de 3700 megawatts aux heures de pointe les plus critiques.

Le défaut fondamental du système

Ces problèmes ont également été aggravés par la manière même dont le nouveau mécanisme de marché électrique a été conçu par le législateur californien. Le défaut essentiel du système de passage à la concurrence a été de découpler les marchés de gros et de détail l'un de l'autre, cependant que rien n'était mis en place pour y impliquer véritablement les usagers.

En particulier rien n'y a été conçu pour transmettre aux usagers des signaux les incitant, si besoin est, à réduire leurs consommations. Rien n'était prévu pour faire varier les prix de manière à inciter les consommateurs à répondre à la pénurie. Par exemple en leur offrant de nouveaux mécanismes de tarification incitant à économiser l'énergie lorsque celle-ci est la plus chère (mise en place de compteurs "en temps réel"). Ou encore en incitant les plus gros clients industriels à modifier leur profil de consommation et à participer aux enchères de manière à retourner au marché une partie de leur consommation lorsque la pénurie est la plus intense (vente de "negawatts").

Lorsque la Californie fut touchée de plein fouet par un concours exceptionnel de circonstances échappant à son pouvoir, tous les défauts de l'organisation mise en place apparurent alors en pleine lumière. En particulier, 1. La dépendance exclusive du système à l'égard du marché spot horaire; 2. L'éclatement de l'organisation entre le marché où se négocient les contrats (le Power Exchange) et la gestion du réseau assurée par un opérateur indépendant (ISO); et 3. Des règles de marché ne laissant aucune place à la participation des consommateurs au marché et n'assurant pas d'incitation suffisante au développement des capacités.

Du fait des plafonds de prix imposés aux ventes de détail, ainsi que de l'insuffisance des motivations à offrir de nouveau sytèmes de tarifications plus imaginatifs, le marché est prisonnier d'une demande électrique totalement inélastique au prix. La Californie se trouvait face à une courbe de demande verticale.

La solution : une tarification "en temps réel"

Lorsqu'une courbe de demande quasiment verticale se trouve confrontée à une courbe d'offre également verticale (du fait du manque d'installations supplémentaires disponibles), et que les deux courbes ne se coupent pas, le marché se retrouve dans une situation particulière où celui qui est le dernier à définir son offre fait en quelque sorte la loi ("last bidding problem"). Dans une telle situation les producteurs ont tout intérêt à attendre le plus longtemps possible - jusqu'au dernier "round" d'enchère - avant de faire leurs offres, de manière à faire monter les prix le plus haut possible. Lorsqu'on atteint ce point, rien ne peut empêcher les producteurs d'adopter systématiquement des comportements anti-concurrentiels, et cela quel que soit le système d'enchères adopté. Le marché ne fonctionne plus.

(..) Ainsi c'est la combinaison de l'ensemble de ces facteurs qui explique l'extrême volatilité des prix qui a caractérisé l'an dernier le marché électrique californien. Nombre de facteurs exceptionnels ont joué. Mais la conception du marché, telle qu'il a été mis en place dans le cadre de la législation de 1996, a également joué un rôle important, contribuant à rendre la crise encore plus intense. La solution consiste à généraliser l'usage des compteurs "en temps réel" qui permettent de transmettre à l'usager des signaux de prix qui tiennent compte des variations horaires du coût de l'électricité. c'est le seul moyen pour que les citoyens bénéficient pleinement des avantages de la libéralisation du marché, et ne fassent pas les frais d'une mauvaise transition à la concurrence.

 

"Getting out of the dark : market-based pricing could prevent future crises", par Ahmad Faruqui, Hung-Po Chao, Victor Niemeyer, Jeremy Platt et Karl Stahlkopf, de l'Electric Power Research Institute. Regulation ,Fall 2001, Cato Institute.