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Les écarts
de richesse entre l'Occident et le reste du monde sont bien trop
grands pour s'expliquer uniquement par la culture(..).
Les villes du Tiers-Monde
et de l'ancien bloc communiste fourmillent d'entrepreneurs. Vous
ne pouvez pas vous promener dans un souk du Moyen-orient, vous aventurer
dans un village des Andes, ou monter dans un taxi moscovite sans
vous faire accrocher par quelqu'un qui essaie de vous fourguer quelque
chose. Les habitants de ces pays possèdent un incroyable
talent, une étonnant capacité à tirer un bénéfice
à partir de pratiquement rien. Ils savent utiliser et maîtriser
les apports de nos technologies modernes. Sinon les entreprises
américaines n'auraient pas à se battre comme elles
le font pour y défendre leurs droits de propriété
intellectuels contre un usage contrefait de leurs inventions protégées
par des brevets(..).
Mais si les gens
de ces pays en cours de transition vers le capitalisme sont plus
que de simples mendiants, s'ils n'y a aucune raison pour qu'ils
se trouvent éternellement coincés dans l'usage de
manières de faire totalement dépassées, et
s'ils ne sont pas définitivement prisonniers de cultures
étrangères à toute modernité, qu'est-ce
qui empêche le capitalisme d'y produire les mêmes richesses
que celles qu'il a apportées à l'Occident ? Qu'est-ce
qui fait que le capitalisme prospère seulement dans les pays
de l'Ouest?
L'objet de ce livre
est de démontrer que le principal obstacle qui empêche
le reste du monde de bénéficier pleinement des apports
du capitalisme est son incapacité à produire du capital.
Le capital est cette force qui augmente la productivité du
travail et est ainsi la source de la richesse des nations. C'est
la force vitale du système capitaliste, le fondement même
de tout progrès, et la seule chose que les pays pauvres du
monde entier semblent en définitive incapables de produire
par eux-mêmes, quelle que soit l'énergie que leurs
habitants investissent dans l'ensemble de ces activités qui
définissent en général une économie
capitaliste.
(..)En fait, la
plupart de ces pays pauvres possèdent déjà
les avoirs dont ils auraient besoin pour que le capitalisme y prospère.
Même dans les plus pauvres des pays pauvres, les pauvres épargnent.
La valeur globale de ces épargnes accumulées est en
fait gigantesque - environ 45 fois toute l'aide étrangère
reçue de par le monde depuis 1945(..).
Mais ils détiennent
ces ressources sous des formes difficilement exploitables, d'un
point de vue économique : il s'agit essentiellement de maisons
construites sur des terrains dont les droits de propriété
ne sont pas enregistrés, d'entreprises qui n'ont pas d'existence
juridique légale et dont les responsabilités se trouvent
en conséquences totalement indéfinies, d'industries
localisées dans des endroits où financiers et investisseurs
n'oseront jamais se rendre. Parce que les droits sur ces biens immobiliers
sont mal définis et protégés, ils ne peuvent
pas être facilement transformés en capital; ils ne
peuvent pas faire l'objet d'échanges au-delà du cercle
limité d'un petit nombre de gens qui se connaissent bien
et se font mutuellement confiance; ils ne peuvent pas être
utilisés comme garantie pour l'octroi de prêts bancaires
ou financiers; ils ne peuvent pas être transformés
en parts de propriété dans une société.
En Occident, au
contraire, chaque terrain, chaque construction, chaque machine,
chaque stock de matières premières est représenté
par un titre de propriété qui est la traduction visible
de l'ensemble des processus complexes et invisibles qui intégrent
ces ressources au reste de l'économie. Gràce à
ces mécanismes de représentation formalisée,
ces biens se trouvent en mesure de mener une vie invisible et parallèle,
totalement divorcée de leur existence matérielle.
Ils servent de garantie bancaire (..). Ils permettent de faire un
lien avec l'histoire personnelle passée de chaque emprunteur.
Ils fournissent une localisation concrète qui facilite le
recouvrement des créances tant privées que publiques
(les impôts). Ils assurent la possibilité de développer
des réseaux de services publics fiables et universels. Ils
servent de fondement à la création de titres financiers
complexes qui peuvent être ensuite escomptés ou revendus
sur des marchés secondaires. C'est par ces procédés
que l'Occident fait vivre ses avoirs et leur permet de générer
du capital.
Ce qui fait défaut
aux pays du Tiers-Monde et de l'ancien bloc communiste est précisément
ce processus de représentation. Il en résulte qu'ils
sont tous sous-capitalisés de la même façon
qu'une entreprise est sous-capitalisée lorsqu'elle met en
circulation moins d'actions que son chiffre d'affaires et la valeur
totale de ses équipements ne le justifieraient. Les entreprises
du monde sous-développé sont comme des sociétés
qui ne pourraient émettre ni actions ni obligations pour
obtenir les moyens de financer de nouveaux investissements. Sans
le système de représentation évoqué
plus haut, leurs actifs tant humains que matériels ne représentent
qu'un "capital mort".
Les pauvres de ces
pays - les 4/5èmes de l'humanité - ne sont pas totalement
dépourvus. Ils possèdent des biens et des ressources,
mais il leur manque le processus de représentation légal
qui permet de transformer ce qu'ils possèdent en propriété
réelle et en capital circulant. Ils ont des maisons, mais
pas de droits de propriété; des récoltes mais
pas d'actes de propriété; des entreprises mais pas
de sociétés. C'est l'indisponibilité de ces
modes de représentation essentiels qui explique pourquoi
ces gens qui, à bien des égards, ont fait la preuve
de leur ingéniosité à s'adapter aux technologies
du monde moderne, ne sont pas encore en mesure de produire le minimum
de capital nécessaire pour acclimater les mécanismes
de la croissance capitaliste à leurs pays.
(..) Cette indisponibilité
n'est pas le résultat d'un quelconque complot des grands
monopoles industriels occidentaux. C'est simplement le résultat
de ce que les occidentaux prennent ce processus de représentation
tellement pour donné qu'ils ont perdu toute notion même
de son existence. Bien qu'il soit présent partout, personne
ne le voit, personne ne le comprend vraiment, ni les américains,
ni les européens, ni les japonais, qui lui doivent pourtant
toute la richesse qu'ils ont accumulée dans le passé.
Il est la conséquence d'une infrastructure juridique complexe
enfouie au plus profond de nos systèmes de droit, dont la
propriété - au sens strict - n'est en fait que la
partie visible de l'iceberg. Le reste de cet iceberg est le produit
d'un processus humain compliqué qui a permis peu à
peu de transformer biens et travail en capital. Ce processus n'a
jamais été conçu par personne et n'est décrit
nulle part. Ses origines sont très mal connues, et sa signification
se trouve enfouie au plus profond du subconscient économique
des nations capitalistes.
(..) C'est cette
histoire qu'il faut redécouvrir. Ce livre s'efforce de reprendre
l'exploration des origines du capitalisme afin de mieux comprendre
le pourquoi de l'échec des pays pauvres et ainsi d'y porter
remède(..).
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